Duo n°2 : Cersei et Sansa
Prompt 1 : elles se coiffent mutuellement les cheveux.
Prompt 2 : Sansa doute de son orientation sexuelle et se confie à Cersei.
Foyer
oOo
Sansa était fascinée par les cheveux de Cersei.
C'était d'ailleurs la première chose qui l'avait frappée chez la reine le jour où elles s'étaient rencontrées et, lors de son séjour à Port-Réal, pas un jour n'était passé sans qu'elle ne songe à quel point sa chevelure était magnifique.
Lorsqu'elles s'était revues à Winterfell au début de la guerre, elle était tombée des nues en se retrouvant face à face avec ce qu'il restait de sa magnifique crinière.
« Ce monde n'est pas tendre avec les femmes qui s'écartent du rang, petite colombe, » avait-elle répondu à sa question muette, de l'amertume dans la voix et au fond des yeux.
Cette discussion lui paraissait si loin, à présent. Winterfell n'existait plus. Si l'armée des mots avait laissé sa maison exsangue, la folie de la reine dragon l'avait réduite en poussière, comme si elle n'avait jamais existé. Sansa n'avait plus ni foyer, ni famille.
Parce qu'elle était désormais une lionne solitaire, Cersei lui avait tendu la main et lui avait offert un endroit où aller.
Les premiers mois avaient été consacrés au deuil. C'était au cours d'une soirée silencieuse que Cersei avait demandé à Sansa d'un air timide qui ne lui ressemblait pas si elle pouvait lui brosser les cheveux. Elle avait dit oui, et cet étrange rituel qu'aucune n'avait vu venir ne les avait plus quittées. Sansa avait rapidement compris que ses longs cheveux manquaient à la lionne.
« Pourquoi ne pas les laisser repousser ? » avait-elle suggéré.
Le visage de Cersei s'était fermé.
« Je ne sais pas... »
« Je... je serais heureuse de pouvoir vous brosser les cheveux. »
Quelques étoiles lointaines s'étaient rallumées dans ses émeraudes.
Ses cheveux avaient à présent retrouvé leur longueur d'antan et c'était avec délectation que, chaque soir, elle enfouissait les mains dans cet océan doré qui la fascinait tant. Ce moment privilégié était l'occasion pour elles de se détendre après une longue journée à s'occuper des affaires du royaume, dans lesquelles Sansa était fortement impliquée puisqu'elle Cersei avait épinglé l'insigne de Main de la reine à sa robe quelques semaines après leur retour à Port-Réal.
Souvent, elles s'amusaient à se tresser les cheveux et à essayer des coiffures plus complexes les unes que les autres. Dans ces moments-là, Sansa se sentait plus légère et parvenait même à oublier un peu son chagrin.
Cependant, quelque chose lui pesait sur le cœur : depuis environ deux mois, des prétendants se présentaient au Donjon Rouge pour lui demander sa main. Et, pas plus tard que la veille, un prétendant plus prestigieux que les autres lui avait demandé de l'épouser : le nouveau prince de Dorne.
« C'est un bon parti, » lui fit remarquer Cersei le soir venu alors qu'elle lui brossait les cheveux avec douceur.
« C'est vrai, » admit-elle d'un air distrait.
« Il est jeune, et beau. Je suis sûre qu'à Dorne, les femmes se bousculent pour attirer son attention. »
Sansa se mordit la lèvre.
« C'est probable, en effet, » parvint-elle à articuler.
Cersei se figea.
« Quelque chose te tracasse. »
Renonçant à mentir – ce qu'elle faisait de toute façon très mal – Sansa acquiesça.
« Je... je ne suis pas sûre d'avoir envie de me marier. »
Le temps où elle rêvait du prince charmant était si loin qu'elle doutait parfois de son existence.
« Ça ne te plairait pas de fonder une famille ? »
Sansa éluda.
« Je suis votre Main. Je ne peux pas partir comme ça. »
Cersei lui sourit, touchée.
« Tu mérites d'être heureuse, petite colombe. Et si c'est ailleurs que le bonheur t'attend, tu ne dois pas hésiter une seule seconde. »
La louve lui offrit un sourire crispé. Le cœur du problème était bien là : Sansa doutait fortement que le bonheur se trouve aux côtés du prince de Dorne, ou de n'importe quel autre homme.
Joffrey et Ramsay avaient bien évidemment laissé des cicatrices indélébiles sur son corps et sur son cœur mais elle sentait que ce n'était pas tout.
Ce n'était pas en croisant le regard de preux chevaliers ou de puissants seigneurs, certes beaux, qu'elle sentait son cœur se mettre à battre plus vite. Cette délicieuse sensation ne se répandait dans ses veines que lorsqu'elle laissait courir ses doigts dans les mèches de soleil de Cersei. Et ce que cela signifiait lui faisait peur.
« Cersei ? » osa t-elle lui demander un soir.
C'était elle qui était en train de lui brosser les cheveux.
« Oui ? »
« Et si... et si je n'aimais pas les hommes ? Et si j'aimais... les femmes ? »
Elle croisa le regard amusé de Cersei dans le miroir.
« Eh bien... tu aurais bon goût, » plaisanta t-elle. « Les hommes se révèlent bien souvent incroyablement décevants. »
Sansa rit à son tour et se sentit plus légère.
« Je ne veux pas me marier, » affirma t-elle avec conviction.
« Et personne ne t'y obligera. »
Avant de lui souhaiter bonne nuit et de quitter ses appartements, Sansa enlaça fermement Cersei pendant de longues minutes.
Finalement, Sansa comprit qu'il n'y avait qu'une seule femme avec qui elle souhaitait être. Et, lorsqu'elle posa ses lèvres sur celles de Cersei après avoir passé de longues minutes à tresser ses cheveux et que Cersei lui rendit son baiser, elle eut la certitude qu'il n'y avait pas d'autre endroit où elle voulait être.
C'était ici qu'était son foyer.
