Duo n°3 : Cersei et Tyrion
Prompt 1 : Tyrion demande à parler à Cersei la veille de son duel judiciaire.
Liberté
oOo
Prisonnier de l'obscurité de sa cellule, Tyrion attendait avec anxiété, son désespoir et ses idées noires pour seule compagnie.
Quand il avait supplié Jaime d'insister auprès de Cersei pour qu'elle vienne le visiter, il avait pleuré toutes les larmes de son corps, et ses yeux à présent aussi rouges que la couleur favorite des Lannister verraient peut-être l'aube se lever pour la dernière fois le lendemain.
Jamais Tyrion n'aurait pensé que sa vie pourrait virer au cauchemar si rapidement. Cela lui donnait d'autant plus envie de hurler que, les quelques semaines précédant le mariage, il avait véritablement goûté au bonheur pour la première fois de son existence.
Cersei et lui s'étaient beaucoup rapprochés pendant la longue absence de Jaime. La tristesse pouvait de toute évidence davantage rapprocher deux êtres que la plus intense explosion de joie. Pour tromper l'ennui et le chagrin, ils passaient la plupart de leurs soirées ensemble. Les longs silences avaient peu à peu laissé la place à des remarques hésitantes, puis à de longues discussions, puis même à quelques éclats de rire.
Ses sentiments avaient éclos sans même qu'il ne s'en aperçoive. Un soir où Cersei avait fondu en larmes devant lui, il l'avait longuement enlacée, puis l'avait embrassée. Et elle lui avait rendu son baiser. Ils s'étaient endormis en se serrant fermement l'un contre l'autre, comme pour se soulager de la peine qui les accablait.
Ils n'étaient pas allés plus loin que de langoureux baisers, Cersei ne pouvant se résoudre à s'abandonner dans ses bras dans le dos de Jaime. Alors, parce qu'il était avide d'amour, lui qui avait passé presque toute sa vie seul, Tyrion lui avait demandé de lui parler de ce qu'elle éprouvait pour son jumeau, de ce lien fusionnel que tous les mots passionnés du monde ne pourraient jamais parfaitement retranscrire.
Cersei lui racontait les baisers de Jaime, ses caresses, ses déclarations enflammées, elle lui racontait la douceur de sa peau et son sens de l'humour mordant, la beauté de ses cheveux et sa bravoure sans faille, tout ça avec un millier d'étoiles étincelantes au fond des yeux. Et, bien malgré lui, des étoiles similaires étaient apparues dans ses propres émeraudes.
Ces étoiles que d'aucuns auraient qualifiées d'immorales et de répugnantes, il n'avait pas cherché à les dissimuler à son grand frère le jour de son retour tant espéré, pas plus qu'il n'avait lâché la main de Cersei quand ils s'étaient retrouvés seuls tous les trois.
Des cris, il y en avait eus. De la rancœur, aussi. Des regards noirs. Mais rien de cela n'avait pu résister à ces étoiles brûlantes, rien n'avait pu rompre définitivement le lien si spécial qui les unissait, tous les trois.
Ils avaient fait l'amour pour la première fois la veille du mariage, certains que tout le monde dans le Donjon Rouge serait trop occupé ailleurs pour risquer de les surprendre.
Penser à cette nuit si parfaite était suffisant pour lui donner de nouveau envie de pleurer. Il ne pouvait supporter l'idée que Cersei pense qu'il ait assassiné Joffrey. Pendant toute la durée de son procès, elle ne l'avait pas regardé une seule fois. Elle n'avait pas souhaité témoigner, au grand étonnement général, ce qui le poussait à continuer d'espérer.
Son cœur manqua un battement quand la porte de la cellule s'ouvrit. Jaime entra, Cersei sur les talons. Elle vint se planter devant lui, le regard froid.
« Tu voulais me parler ? »
Sa voix était si distante... où étaient donc passés les murmures passionnés qu'elle lui avait glissés à l'oreille au cours de cette nuit si chère à son cœur ?
Tyrion se mit péniblement debout.
« Cersei, je t'assure que je n'ai pas tué Joffrey. »
Aucune réaction. Il lui prit la main et la pressa doucement – elle ne se déroba pas.
« Tu le détestais. »
« C'est vrai, » admit-il, parce qu'il ne lui aurait jamais fait l'affront de nier. « Mais Joffrey était ton fils... votre fils à tous les deux. Jamais je n'aurais pu lui faire de mal. »
Voyant que Cersei ne réagissait toujours pas, il ne put empêcher ses larmes de se remettre à couler.
« Je t'en prie, Cersei. Tu sais... tu sais à quel point je t'aime. Une part de toi le sait forcément, sinon tu aurais témoigné contre moi. »
Après quelques interminables secondes, elle poussa un long soupir.
« Je sais, » admit-elle.
Puis, elle se pencha et déposa un baiser sur ses lèvres. Jaime ne tarda pas à les rejoindre et les entoura de ses bras.
« Ça va aller, » murmura t-il.
« Je risque de mourir demain. »
« Tu ne mourras pas. »
« Si Oberyn perd... »
« Tu ne mourras pas, » insista Jaime.
« Si Oberyn perd... nous te ferons évader, » fit Cersei. « Nous te rendrons ta liberté. »
Touché, Tyrion fut incapable de répondre, la gorge nouée.
« Restez avec moi cette nuit... s'il vous plaît. »
Il ignorait de quoi serait fait le futur, il ignorait s'il ressortirait de son duel judiciaire en homme libre ou si l'exil serait sa seule chance de survie, mais ce qu'il savait, c'était que la liberté avait à présent la saveur des lèvres de Cersei et Jaime, et il avait bien l'intention de ne jamais cesser d'y goûter.
