Drago Malefoy se rendit au point de transplanage le plus proche aussitôt sa journée de travail fut-elle terminée. Depuis qu'il travaillait au Département des Mystères – soit environ quatre ans – il profitait de ses horaires moins lourds que le reste de sa famille pour s'occuper de la maison avant qu'ils ne rentrent tous.
L'appartement était plongé dans le noir lorsqu'il réapparut, ce qui ne l'étonna pas puisqu'il en avait l'habitude. C'était sa routine quotidienne.
Ouvrir les volets et les fenêtres. Allumer la lumière de la porte d'entrée pour de possibles visiteurs. Retirer sa cape et ses chaussures, puis sa veste de costume.
Se laver les mains, puis le visage avec de l'eau bien froide à son robinet moldu. Vérifier qu'aucune ride n'était apparue sur son front dans la journée.
Ouvrir le réfrigérateur pour décider du dîner, puis allumer le four en conséquence. Découper à la moldue les légumes nécessaires et les enfourner. Se laver à nouveau les mains.
Regarder l'horloge du salon, puis vérifier qu'elle correspondait à celle de sa montre, puis se rendre à nouveau dans l'entrée.
Remettre ses chaussures, puis sa veste de costume et enfin sa cape de sorcier. Transplaner jusqu'à l'École pour Petits Sorciers.
Cette routine l'accompagnait chaque jour, mais cela ne l'avait jamais, ô grand jamais, gêné. Il était heureux. Heureux de la vie qu'il avait construite, de sa stabilité, des personnes qui l'entouraient et de sa famille. Il était fier.
Mais ce soir-là, Drago était légèrement en avance dans son emploi du temps pourtant si précis. Alors même qu'il n'avait pas changé quoi que ce soit dans sa routine. Il se contenta donc de patienter face aux grilles de l'école, qui donnaient d'ailleurs directement sur la cour de récréation.
Il croisa les bras et s'appuya contre un mur, puis sortit son paquet de cigarettes de l'intérieur de sa cape. Il s'en autorisait une par jour, au cas où sa routine serait perturbée, ou bien simplement en cas de stress. Elles lui avaient sauvé la vie plusieurs fois après la guerre. Elles l'avaient calmé. Jusqu'à ce qu'il devienne addict et qu'il découvre les différentes choses qu'il pouvait fumer. Il était fier d'aujourd'hui pouvoir dire qu'il avait réduit sa consommation à une par jour. Le chemin avait été long.
Il se perdit rapidement dans ses pensées, tout en expulsant à un rythme régulier une longue fumée blanche.
Ce fut la sonnerie de l'école qui le sortit de ses rêveries. Il sursauta et s'empressa de faire disparaître sa cigarette d'un coup de baguette. Il n'appréciait déjà pas les professeurs de cette école, il ne voulait pas en plus de cela les avoir sur le dos.
Il laissa son regard vaguer sur la masse d'élèves qui s'échappait des grandes portes de l'établissement et s'approcha des grilles, les mains dans les poches. C'était le dernier jour de classe avant les vacances de Noël.
Il distingua immédiatement la chevelure blonde de son fils dans la foule et ne put s'empêcher de sourire. Sa mère avait raison, il lui ressemblait comme deux gouttes d'eau au même âge. Il le suivit du regard alors que Scorpius courait vers l'un des coins de la cour.
Il fronça les sourcils. Il l'attendait déjà devant le portail habituellement. C'était étrange.
Mais habituellement, il arrivait trois minutes plus tard.
Il vit Scorpius rejoindre une jeune fille plus grande que lui, aux cheveux d'un noir particulièrement foncé, lui tombant jusqu'aux fesses. Drago ne l'avait jamais vue.
Son fils attrapa sa main et la tira vers le portail. Il sourit, trouvant son comportement amusant. Du haut de ses cinq ans, il lui faisait déjà penser à lui-même.
Il put distinguer les traits du visage de la jeune fille lorsqu'elle se tourna pour suivre Scorpius et cela fit pâlir – plus qu'il ne l'était déjà du moins – Drago. Il perdit son sourire en reconnaissant le nez et la bouche si significatifs de son cousin éloigné : Teddy Lupin.
Il le vit alors utiliser ses talents de Métamorphomage pour reprendre l'apparence habituelle que Drago connaissait. Celle qu'il arborait quotidiennement en sa présence. Celle présente dans le quotidien de Drago depuis maintenant huit ans.
Ses cheveux se raccourcirent considérablement, reprirent leur couleur bleu électrique, sa mâchoire se fit plus marquée et ses sourcils devinrent légèrement plus épais.
Scorpius et Teddy se dirigèrent vers leurs professeurs, main dans la main, le tout sous le regard subjugué de Drago.
Leurs lèvres se mouvaient joyeusement, Scorpius sautillait d'impatience et salua ses professeurs d'un geste de la main avant d'enfin se tourner vers les grilles.
Cette fois-ci, Drago reconnut sa routine habituelle. Scorpius et Teddy, postés devant la grille de l'école, collés l'un à l'autre, l'attendant patiemment avec leurs sac à dos.
Cette fois-ci, Drago pouvait se sentir bien, se sentir de nouveau chez lui, avec ses marques et ses petites habitudes. Pourtant ce n'était pas le cas. Quelque chose était venu perturber tout cela. Son monde avait été chamboulé à cause de trois petites minutes d'avance.
Il ne parvint pas à bouger en entendant la voix joyeuse de son fils l'interpeller. Il se contenta de baisser les yeux et les deux enfants, respectivement âgés de cinq et dix ans, s'avancèrent vers lui sans se lâcher.
Drago n'écouta le récit habituel de la journée de son fils que d'une oreille. Il était complètement ailleurs. Il n'était plus dans son petit monde habituel, plein de confort, de routine et d'horaires à respecter.
Il était perdu dans un océan de cheveux noirs et longs.
oOo
Père avait été silencieux toute la soirée. C'était étrange, avait songé Scorpius. Il n'avait même pas adressé la parole à Papa. Il s'était contenté d'observer les autres.
oOo
Drago se tenait face à la fenêtre de sa chambre lorsque la porte de celle-ci s'ouvrit.
Il ne bougea pas pour autant. Il était plongé dans ses pensées et luttait pour ne pas attraper son paquet de cigarettes et en fumer une.
– Est-ce que tout va bien ? fit la voix de son mari.
Son ton était inquiet et il marchait vers lui. Drago ne bougea pas.
– Oui, répondit-t-il simplement.
– Est-ce qu'il s'est passé quelque chose au Ministère ?
– Non.
Comme il s'en était douté, cela ne suffit pas à ce que son mari s'arrête. Il se plaça face à lui, devant la fenêtre, et braqua son regard dans le sien.
Harry Potter, Saint-Potter, songea-t-il s'en pouvoir s'en empêcher. Drago était amer.
Ses yeux émeraudes étaient tout aussi inquiets que l'avait été son ton précédemment. Il avait froncé les sourcils et le coin droit de sa bouche tressaillait, prouvant son anxiété grandissante.
– Tu m'inquiètes, Drago, chuchota Harry en tendant la main pour attraper la sienne. Que se passe-t-il ?
Il ne retira pas sa main de celle de son mari, pas plus qu'il ne répondit à son geste affectueux. Il se contenta de détourner les yeux vers la fenêtre, juste au-dessus du crâne d'Harry. Il était bien plus grand que lui.
– Est-ce que j'ai fait quelque chose ? Est-ce que les…
– Depuis quand es-tu au courant de la transidentité de ta filleule ? le coupa brusquement Drago, d'un ton qu'il n'avait pas utilisé avec son mari depuis des années.
Il le vit écarquiller les yeux du coin de l'œil et Harry lâcha sa main. Drago eut un sourire ironique, sans pour autant le regarder.
Scorpius avait commis l'erreur de ne pas appeler Ruth par son deadname. Il avait reçu les regards furieux de son papa et de sa grande sœur. C'était ainsi que Drago avait tout compris.
– J'avais donc raison, fit-il avec un rire sans joie. Vous étiez tous au courant, mais vous me l'avez caché.
– Drago, ce n'est pas…
– Arrête. C'est inutile, Harry, le coupa-t-il en secouant la tête, avant de braquer son regard dans le sien. Je suppose que ma réputation me suivra toujours, quoi que je fasse pour que ce ne soit plus le cas.
– Drago, Teddy… Enfin, Ruth voulait faire les choses en douceur ! Elle…
– Ce n'est pas la question et tu le sais tout aussi bien que moi, Harry, répondit-il froidement. Vous ne m'avez pas fait confiance et vous avez même entrainé Scorp' là-dedans. Mais tu sais quoi ? Je comprends. Je comprends qu'elle ait voulu attendre. Qui pourrait se confier à Drago Malefoy ? Hein ?
Il eut un rire sans joie et secoua la tête. Harry tendit une main vers lui, mais Drago secoua la tête. Il avait besoin d'air.
Il se dirigea vers sa commode et en tira un vieux paquet de cigarettes moldues.
– Tu vas le regretter, Drago, ne fais pas ça, s'il te plaît. Laisse-moi t'expliquer, discutons-en, je…
Drago transplana avant d'entendre la fin de la phrase de son mari.
oOo
Ruth était seule dans sa chambre. La chambre qu'elle avait depuis la mort de ses parents, chez son parrain Harry.
Tous les soirs, lorsque Drago et Harry étaient couchés et que Scorpius dormait, elle s'asseyait près de la fenêtre, une photo de ses parents dans les mains et leur parlait en fixant le ciel.
De cette façon, elle avait l'impression qu'ils étaient là, avec elle. Qu'ils la soutenaient.
Cependant, ce soir-là, Ruth se sentait nauséeuse.
Drago n'était pas venu la chercher à l'école. Harry était arrivé en retard en transplanant et ils étaient rentrés tous les trois, sans un mot. Scorpius avait demandé à son Papa pourquoi son Père n'était pas là. Harry n'avait pas répondu.
Depuis, Ruth se sentait mal. Elle avait l'impression d'y être pour quelque chose. La sensation d'être coupable.
Des sillons de larmes sèches étaient encore collés sur ses joues.
Alors qu'elle s'apprêtait à ouvrir la bouche pour se confier à ses parents, une ombre passa devant sa porte. Elle sursauta et s'en écarta, avant de réaliser qu'il s'agissait de Drago. Il volait en balai devant sa fenêtre et elle se figea de terreur.
Elle n'avait pas changé d'apparence. Ses cheveux étaient longs, elle avait des formes différentes de celles d'un garçon de son âge et…
– Ruth, ouvre-moi, lui demanda Drago.
Elle écarquilla les yeux. Comment savait-il ?
Il lui offrit un sourire tendre et elle sentit son cœur s'arrêter l'espace d'un instant. Elle avait eu tellement peur d'affronter sa réaction. S'était-elle donc trompée depuis tout ce temps ?
Elle ouvrit la fenêtre lentement et se posta devant Drago, le rouge aux joues.
– Que dirais-tu d'une balade ? proposa-t-il en lui tendant une main. Histoire de discuter tous les deux.
Elle hocha frénétiquement la tête et n'hésita pas une seule seconde. Elle n'essuya pas les larmes qui coulèrent sur ses joues lorsqu'elle se glissa derrière le mari de son parrain.
oOo
Drago se sentait partagé. Il se trouvait à la fois égoïste d'en vouloir à son mari, mais ne pouvait pas empêcher la colère de couler dans ses veines chaque fois qu'il repensait à la situation.
Ils n'avaient pas dormi ensemble depuis quatre jours. Ils avaient tout fait pour ne pas que les enfants s'en rendent compte. Ruth passait son temps dans ses bras, pleurant parfois de soulagement. Il en profitait au maximum, sachant qu'elle en avait besoin.
Pourtant, chaque soir, lorsque les deux enfants étaient couchés, Drago transplanait dans son ancien appartement pour y dormir.
Ce soir-là, il n'arrivait pas à fermer l'œil. Son mari lui manquait bien trop. Sa routine était perturbée. Il n'arrivait pas à vivre ainsi.
Il alluma une énième cigarette et se pencha sur la barrière de son balcon. Alors qu'il soufflait une longue fumée blanche, quelques coups résonnèrent à la porte de l'appartement.
Il dégaina sa baguette par précaution et s'y rendit silencieusement. En jetant un œil à travers le judas de la porte, il découvrit son mari, vêtu d'un simple pantalon de pyjama, l'air pitoyable.
Il n'hésita pas une seule seconde avant de lui ouvrir.
Harry semblait tout aussi perturbé dans sa routine qu'il ne l'était. Sa barbe n'était pas taillée, ses cheveux étaient gras, il portait l'un des pantalons de Drago et de larges cernes s'étendaient sous ses yeux.
En le réalisant, Drago s'en voulut terriblement. Il n'était lui-même pas dans un meilleur état.
– Je suis désolé, s'exclamèrent-ils à l'unisson.
Un sourire triste étira leurs lèvres, avant que Drago ne se décale pour laisser entrer son mari.
– Je suis tellement désolé de t'avoir écarté de tout ça. Je ne voulais pas trahir la confiance de Ruth, je voulais qu'elle se sente le plus à l'aise possible. Je n'ai jamais voulu te cacher quoi que ce soit et crois-moi, si j'avais pu, je te…
– Je sais, Harry, je sais, le coupa Drago en le tirant contre lui.
Son contact lui avait tellement manqué.
– J'ai mal réagi. Je me suis laissé emporter parce que j'étais blessé d'être le seul à ne pas le savoir. J'ai été égoïste.
– J'aurais probablement fait pareil, marmonna Harry en levant la tête vers lui.
Drago braqua son regard dans le sien et ne put s'empêcher de sourire.
– Probablement, oui, répondit-il avec un léger rire.
Il caressa sa joue avec tendresse, se plongeant dans le regard amoureux de son mari. Il y était. Il retrouvait sa routine dans ses yeux. Et dans les lèvres qu'il embrassa.
