Hermione courut à travers les couloirs, son sac accroché fermement à son épaule et ses cheveux sautillant au rythme de ses pas.
Elle était en retard. Or, elle n'était jamais en retard. Elle détestait cela, c'était hors de ses principes. Pourtant, ce matin-là, elle était en retard.
Son chat, Pattenrond, avait eu la merveilleuse idée de vomir sur ses chaussures juste avant son départ. Elle avait donc dû les nettoyer, puis se changer avant de pouvoir partir.
Elle aperçut enfin les doubles portes de l'amphithéâtre et s'y rua, les poussant avec le plus de discrétion possible.
Cela échoua considérablement puisque toutes les têtes se tournèrent vers elle. Dont celle de son professeur.
— Miss Granger, vous nous faites l'honneur de votre présence, lança-t-il en croisant les bras sur son torse, un sourcil haussé.
Quelques rires se firent entendre.
— Pardonnez mon retard, répondit-elle les joues rougissantes.
Tous les regards étaient braqués vers elle. Hermione détestait cela.
— Mais je vous pardonne, bien sûr, répliqua son professeur avec ironie, faisant rire davantage d'élèves. Maintenant, installez-vous. Je ne veux pas vous entendre jusqu'à la fin du cours.
Elle hocha la tête, terriblement honteuse et prit place au dernier rang de l'amphithéâtre, sortant ses affaires en silence.
Son professeur reprit le cours, mais elle n'osa pas lever la main une seule fois. Elle était habituellement celle qui participait le plus, si ce n'était la seule. Cependant cette fois, elle n'en eut pas le courage, ni même l'autorisation. Et cela la rendait particulièrement honteuse.
Le cours fut lent, trop lent. Personne ne levait la main. Les élèves étaient passifs, si bien qu'elle crut plusieurs fois que son professeur allait finir par partir, trop agacé par ce manque de motivation.
Finalement, après deux heures d'enfer lors desquelles elle mobilisa toutes ses forces pour s'empêcher de participer, le cours prit fin.
Les élèves quittèrent rapidement l'amphithéâtre, semblant heureux de pouvoir enfin sortir. Elle les suivit tête baissée, toujours autant agacée par les récents événements.
Elle détestait être le centre de l'attention et encore plus d'être humiliée ainsi. Elle n'avait même pas envie de se mêler aux autres élèves de sa classe pendant la pause pour sociabiliser. Elle se contenterait d'aller prendre un café et de se rendre à son prochain cours.
Mais alors qu'elle s'approchait des doubles portes, son professeur l'interpella. Elle aurait dû s'y attendre.
— Miss Granger, restez là un instant, je vous prie.
Elle se figea, serrant le poing autour de l'anse de son sac. Elle n'avait aucune envie d'être humiliée à nouveau et de confronter son professeur. Elle voulait s'en aller.
Cependant, elle n'avait pas bien le choix. Elle se tourna donc lentement vers lui et attendit que le reste des élèves sorte, le regard braqué dans celui de son enseignant.
L'amphithéâtre se vida, mais Hermione ne bougea pas. Elle avait croisé les bras sous sa poitrine et son visage était fermé.
Drago Malefoy était un homme imposant, intimidant même. En plus de sa grande taille, son corps semblant avoir été sculpté dans la pierre ne laissait personne indifférent.
On pouvait deviner la musculature de ses bras sous sa chemise blanche, dont il avait remonté les manches jusqu'aux coudes. Ses avant-bras découverts laissaient voir ses tatouages multiples et variés. Il portait un pantalon de costume bleu marine et une paire de chaussures marron foncé. Toujours impeccable.
Son regard gris était lui aussi source d'intimidation. Sa peau pâle, ses cheveux platine, presque blancs, et sa pilosité blonde faisaient rougir ses étudiantes.
Le professeur Malefoy était plutôt jeune. Il entrait à peine dans la trentaine. Enseignant de classes de master, il était probablement celui qui pouvait le mieux comprendre les étudiants puisqu'il sortait à peine de son doctorat.
Ses cours étaient intéressants et vivants. Les élèves n'en étaient que très rarement ennuyés.
Les exceptions étant faites lorsque leur enseignant semblait peu envieux de se trouver là. Et c'était visiblement le cas ce jour-ci.
— Tu es en colère, fit Drago en allant verrouiller les portes de l'amphithéâtre.
Hermione eut un rire ironique comme seule réponse.
— Tu étais en retard, ajouta-t-il comme pour se justifier.
— Pour la première fois de l'année, Professeur. Vous savez parfaitement que ce n'est pas mon genre, répondit-elle froidement.
Elle le sentit s'approcher derrière elle.
— Qu'est-ce qui t'a mis en retard ? demanda-t-il dans son dos.
Elle put entendre la soudaine tension dans sa voix. Un certain agacement. Elle en sourit presque. Presque.
— Un problème personnel, dit-elle simplement.
Il retourna près de son bureau, passant juste sur sa droite. Il braqua à nouveau son regard dans le sien.
— Avez-vous besoin de moi plus longtemps ou je peux y aller ? reprit-elle d'un air pincé.
Il fronça les sourcils.
— Hermione, je…
Elle l'interrompit en riant avec ironie. Elle secoua la tête.
— Je vais y aller, Professeur. Je n'ai aucune envie d'avoir cette discussion avec vous. Bonne fin de journée.
Elle ne le laissa pas répondre et quitta l'amphithéâtre après avoir rouvert les portes.
Elle avait encore les poings serrés lorsqu'elle rejoignit son prochain cours.
oOo
Hermione tourna la clé de son appartement dans la serrure et entra en retirant son casque de ses oreilles.
Sa journée de cours avait été longue, son dernier cours magistral s'étant terminé à dix-neuf heures. De plus, n'ayant pas le permis, elle devait emprunter les transports en commun et traverser tout Londres.
Ainsi, lorsqu'elle retira son manteau, vingt heures sonnèrent.
Pattenrond la rejoignit dans l'entrée et se frotta à ses pieds en miaulant. Une fois débarrassée de son manteau et de son sac, elle l'attrapa dans ses bras et se rendit jusqu'au séjour-cuisine.
Elle n'avait aucune envie de préparer à manger, s'imaginant déjà faire cuire des nouilles rapides pour aller se coucher au plus vite.
Ses plans pour la soirée furent abandonnés aussitôt. Son petit-ami l'attendait dans son canapé.
Elle se figea dans l'embrasure de la porte. Elle oubliait parfois qu'il avait les clés de son appartement.
— Bonsoir, dit-il sans venir la rejoindre.
— Bonsoir, répondit-elle, tendue.
— Je commençais à m'inquiéter, je ne savais pas à quelle heure tu terminais.
— Il y a eu un problème de métro à cause de la neige, dit-elle d'un ton plat.
Il hocha la tête. Elle ne sut quoi ajouter. Elle avait simplement envie d'aller se coucher.
— Écoute, je…
— Tu devrais rentrer chez toi, Drago, l'interrompit-elle froidement, en laissant Pattenrond descendre de ses bras. Je suis épuisée, je vais aller me coucher.
Elle se dirigea vers sa cuisinière et le vit se lever du coin de l'œil.
— Hermione, tenta-t-il en s'approchant d'elle. Tu sais très bien que je n'ai pas le droit à l'erreur. Je ne dois faire aucun favoritisme.
Elle se figea, avant de secouer la tête et de se tourner vivement vers lui.
— Du favoritisme ? répéta-t-elle, outrée. Parce que ç'aurait été du favoritisme que de m'ignorer, ou simplement attendre que je m'excuse pour mon retard ? Non ! Il a fallu que tu me lances l'une de tes remarques et que tout l'amphi' se foute de moi !
Elle était exaspérée.
— Ne me parle pas de foutu favoritisme, Drago ! Je fais tout pour que personne ne fasse de remarque sur ce qu'il y a entre nous, j'arrive à l'heure à tous les cours, je participe pour que ton cours ne soit pas ennuyant à souhait et je rends tous mes devoirs dans les temps ! s'exclama-t-elle, les larmes aux yeux.
Elle les essuya furieusement.
— J'ai déjà du mal à m'intégrer, parce que tout le monde me prend pour une intello incapable de tenir sa langue, et tu le sais très bien ! Mais non, il a fallu que tu te donnes en spectacle pour ta petite réputation de "prof cool" !
Elle secoua la tête, peinant encore à y croire. Sa colère était remontée en flèche. Elle avait passé une mauvaise journée.
Elle vit aussitôt à son regard que Drago s'en voulait. Il s'avança de quelques pas vers elle, mais elle se tendit. Il s'arrêta en le remarquant.
— Hermione, je suis tellement désolé, souffla-t-il en se passant une main sur le visage. Je n'ai jamais voulu te blesser, je n'ai pas réfléchi. Je t'assure que je me fiche de ce que les autres élèves pensent de moi, tu es tout ce qui m'importe.
Elle baissa les yeux, reniflant silencieusement.
Elle le savait parfaitement. Elle savait qu'il n'avait pas voulu l'humilier, ni même la blesser. Elle le connaissait trop bien.
Elle le sentit s'approcher avec hésitation. Cette fois-ci, elle ne fit rien pour l'arrêter.
Drago posa une main sur son bras et, voyant qu'elle n'avait aucun mouvement de recul, la tira contre lui. Elle éclata en sanglots, submergée par la fatigue et les émotions.
Elle supportait de moins en moins bien la solitude que les autres élèves lui imposaient. Drago était son seul allié et le voir agir comme ça avec elle l'avait mise dans tous ses états.
Ils sortaient ensemble depuis trois ans, lorsqu'il était encore élève à l'université. Si leur couple avait fait jaser lorsqu'il était devenu professeur, les choses s'étaient calmées après qu'elle ait décidé de choisir d'autres cours pour ne pas l'avoir comme enseignant.
Cependant, cette année, elle n'avait pas eu d'autre choix, la matière qu'il enseignait étant obligatoire pour qu'elle puisse suivre la formation de ses rêves.
Ils faisaient donc de leur mieux pour ne pas se faire remarquer et risquer quoi que ce soit. Ils étaient tous deux adultes et responsables et l'administration de l'université avait fait la sourde oreille, sachant qu'ils sortaient déjà ensemble avant la signature du contrat de Drago.
Ils n'habitaient pas encore ensemble, préférant garder la possibilité d'avoir leurs moments seuls, mais il était rare qu'ils passent leurs nuits séparément.
— Je suis désolé, je te promets que ça ne se reproduira plus, Hermione, murmura-t-il dans ses cheveux en la serrant contre lui.
Elle s'accrocha à sa chemise, se calmant petit à petit. Elle se sentait si bien dans ses bras, protégée et aimée. Il lui chuchotait des mots réconfortants, des promesses qu'elle savait qu'il tiendrait.
— Tu veux que je prépare le dîner ? lui demanda-t-il en lui caressant les cheveux.
Elle leva doucement les yeux vers lui, la moue encore triste. Elle était tellement épuisée qu'elle doutait d'avoir la force de manger.
— Je te l'amène au lit si tu veux, proposa-t-il avant même qu'elle ne refuse.
Elle lui sourit tendrement et se mit sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Ses lèvres étaient douces sur les siennes. Il lui caressa les joues avec ses pouces, avant de soudainement la soulever dans ses bras.
Elle poussa un petit cri de surprise, mais finit par rigoler lorsqu'il la bascula sur son épaule pour l'amener jusqu'à sa chambre.
— Soupe à la tomate et toasts au fromage ? proposa-t-il en la déposant sur le bord du lit.
Elle le regarda s'agenouiller devant elle pour lui retirer son pantalon et ses chaussettes en se mordillant la lèvre. Elle aurait presque pu rougir de le voir si attentionné. Son cœur s'accélérait à cette simple vue.
— Parfait, chuchota-t-elle en hochant la tête.
— Je te ramène ça, répondit-il avant de la border sous les couvertures.
Il l'embrassa sur le front et quitta la chambre.
Hermione songea alors qu'il avait parfaitement su se faire pardonner. Un vrai beau parleur, mais qui pourtant parvenait toujours à lui faire oublier ses tourments.
Elle n'avait plus qu'une envie : dîner et s'endormir, blottie dans ses bras.
