Les aventures de Ruth - Partie 2
TW : transphobie
Ruth frappa quelques coups sur la porte du bureau de Drago et attendit patiemment une réponse. Elle avait passé la journée à tourner en rond dans sa chambre, l'esprit tourmenté par les lettres qu'elle avait reçues au lever du soleil. Finalement, elle avait pris la décision d'en parler à Drago, n'ayant pas trouvé d'autres alternatives que celle-ci.
– Entrez, fit celui-ci depuis son bureau.
Elle prit une grande inspiration et entrouvrit la porte, se faufilant à l'intérieur de la pièce.
– Ruth ? Un problème ? s'inquiéta aussitôt le blond.
Elle se mordit la lèvre inférieure et s'avança jusqu'à s'asseoir dans un siège en face de lui. Elle déposa ensuite les lettres qu'elle avait reçues, silencieusement.
Drago fronça les sourcils et les attrapa. Elle connaissait par cœur leur contenu.
"Tu mourras, espèce de travesti !"
"Toi et ta maladie, toi et ton salaud de frère ! Vous mourrez tous autant que vous êtes !"
"Fils de loup-garou ! Monstre ! Tu ne mérites pas la maison Poufsouffle !"
"Tu mérites de crever, d'être enterré avec tes jupes et tes robes de pute !"
Elle avait envie de pleurer, encore et encore. Elle avait du mal à croire qu'elle était là. Elle n'aurait jamais dû en parler à Drago. Elle aurait dû les brûler et ne plus jamais les mentionner. Elle se trouvait ridicule de demander de l'aide à son âge. À quinze ans, elle aurait dû être capable de se débrouiller seule. C'était ridicule. Tout était ridicule.
Et si ce qu'ils disaient était vrai ?
oOo
Drago bouillonnait de rage. Il faisait les cent pas dans le couloir principal du Bureau des Aurors. Tous les employés de l'étage l'évitaient comme la peste, visiblement effrayé par son expression furieuse.
Il devait avouer avoir beuglé sur les aurors du Département de son mari dans l'attente que ceux-ci le guident enfin vers Harry. Il avait juré qu'il ne bougerait pas tant qu'il ne l'aurait pas vu, les menaçant de les faire virer s'ils osaient l'empêcher de rester. Cela avait bizarrement marché.
Finalement, après plus d'une demi-heure d'attente, la porte du bureau de Harry s'ouvrit et Hermione Granger, récemment nommée Ministre de la Magie, en sortit. Elle lui lança un regard compatissant qui signifiait clairement qu'il s'apprêtait à passer un sale quart d'heure, avant de suivre son garde du corps vers la sortie du Département.
Drago se tourna alors vers Harry, qui l'attendait devant son bureau les bras croisés et le regard noir. Le brun lui fit un signe de tête vers l'intérieur.
Drago l'y suivit, récupérant sa mallette qu'il avait laissée près des sièges d'attente. Harry verrouilla le bureau derrière lui, l'insonorisant au passage. Ce fut ainsi que le blond comprit qu'il allait effectivement passer un mauvais moment.
– J'espère vraiment que tu te fous de ma gueule, Drago Malefoy !
Et voilà. Il en aurait presque souri s'il n'avait pas d'autres priorités en tête. Il en aurait presque bandé de voir son mari s'énerver de manière aussi sexy, si ses intentions n'étaient pas toutes autres.
Il se contenta de s'asseoir dans un fauteuil, posant sa cheville droite sur son genou gauche, et d'attendre que son mari termine son discours réprobateur.
– Tu as fini ? dit-il après cinq longues minutes, un sourcil haussé.
– Va te faire voir, Drago, grogna Harry en se servant un verre.
Le blond ne se retint pas de sourire cette fois-ci.
– Je ne suis pas là pour rien, Harry, reprit-il avec plus de sérieux. Ruth a reçu des lettres de menaces et d'insultes.
Le brun se retourna brusquement vers lui.
– Pardon ?
– Tu as bien entendu. Regarde, ajouta Drago en lançant lesdites lettres sur le bureau de son mari.
Harry récupéra les morceaux de parchemin d'une main tremblante. Il posa le verre et lut les quelques lignes écrites en bâtons. Tout était réalisé avec minutie pour ne pas que les coupables soient retrouvés.
Le brun reposa les lettres avec lenteur, levant des yeux inquiets vers son mari.
– Comment elle va ? Où est-elle ? s'enquit-il aussitôt.
Toute colère envers Drago était envolée.
– Je l'ai déposée chez les Zabini avec Scorpius. Blaise et les enfants font le sapin aujourd'hui, je me suis dit que ça lui changerait les idées.
Il vit Harry déglutir, serrant le poing autour de son verre qu'il venait d'attraper pour le finir cul sec.
– Il faut faire quelque chose, fit Drago en se levant pour le rejoindre. Je refuse qu'elle subisse tout ça !
Harry serra la mâchoire et hocha la tête.
– Je sais. Je… Je vais ouvrir une enquête.
– Non. Tu ne comprends pas, Harry. Il faut faire quelque chose maintenant. Il est hors de question que ma fille pense que je reste inactif face à de telles énormités !
Drago vit au regard ému de son mari qu'il avait encore du mal à s'habituer au fait qu'il considère Ruth comme sa fille. Pourtant c'était le cas. Elle était sa fille et le resterait pour toujours.
– Je ne peux pas faire autrement, Drago. Je n'ai pas le choix que de suivre la procédure.
– Je m'en contrefous de la procédure ! Je m'en occupe moi-même, si ce n'est que ça.
– Drago…
Ce dernier soupira et serra les mâchoires. Son mari le regardait avec impuissance et il sut qu'il ne pourrait pas faire comme bon lui semblait cette fois. Ce serait trop risqué, Harry pourrait perdre son poste, Ruth pourrait être menacée encore davantage et il pourrait lui-même être arrêté.
Harry s'approcha de lui et posa sa main sur sa joue.
– Nous devons la soutenir, c'est tout ce que nous pouvons faire pour le moment, aussi difficile à vivre cela puisse être.
Drago laissa retomber son front contre celui de son mari et soupira une nouvelle fois. La pression redescendait alors que l'inquiétude reprenait place, plus forte.
Harry passa ses bras autour de ses hanches, juste entre sa veste de costume et sa chemise, le serrant contre lui.
– Je sais ce que tu ressens. Je le ressens tous les jours. Mais nous devons rester forts, pour elle. Nous devons la soutenir, Drago.
oOo
La nuit était tombée, les enfants étaient couchés et Drago était prêt à dormir. Il lisait tranquillement dans le lit conjugal, ses lunettes de repos sur le nez.
La porte de la salle de bain s'ouvrit et son mari en sortit, seulement vêtu d'un pantalon de pyjama en coton gris. Un sourire étira le coin des lèvres de Drago.
– Salazar, je perds la vue, une étoile est entrée dans mon champ de vision, plaisanta-t-il dramatiquement.
Harry leva les yeux au ciel et grimpa sur le lit pour le rejoindre.
– Douze ans de mariage et tu continues d'essayer de me draguer, Drago Malefoy-Potter ? sourit le brun en approchant son visage à quelques centimètres du sien.
Leurs nez se frôlèrent quelques secondes, avant que Drago ne cède et embrasse tendrement ses lèvres.
– Il faut croire que je ne me lasse pas de toi, souffla-t-il.
Alors que Harry passait une main sous la chemise de nuit du blond, quelques coups furent frappés à leur porte. Drago leva la tête, alors que son mari s'écartait.
– Oui ?
La poignée se baissa et bientôt, Ruth se dévoila.
– Ruth ? Tout va bien ? s'inquiéta Harry en se redressant, les sourcils froncés.
– Je n'arrive pas à dormir, chuchota-t-elle honteusement en se dandinant d'un pied sur l'autre.
Drago se redressa à son tour, déposant son livre sur la table de nuit avec ses lunettes.
– Est-ce que je peux dormir avec vous ? demanda-t-elle, le rouge aux joues. Je sais que je suis grande et que…
– Bien sûr que tu peux, ma grande, l'interrompit Drago en se décalant aussitôt pour lui faire de la place.
Ruth ne se le fit pas répéter et marcha pieds nus jusqu'à eux, grimpant sur le lit pour s'allonger entre eux sous les couvertures. Drago lui embrassa le front alors que Harry la serrait dans ses bras.
– Tu ne seras jamais seule, Ruth. Je te promets de toujours te protéger, lui souffla Drago alors qu'elle s'endormait déjà.
