2 décembre : Café


Harry terminait de sortir une fournée de tartelettes du four, dorées et croustillantes à souhait, lorsque la voix de Veronica, sa vendeuse, s'éleva.

— Harry, tu as de la visite.

Le jeune homme supposa qu'il s'agissait d'un de ses amis, aussi il termina ce qu'il était en train de faire, tout en répondant à la jeune femme, ravi à l'idée de faire une pause.

— Dans mon bureau, Ronnie !

Son bureau n'était rien de plus qu'un coin minuscule dans lequel il avait casé une table et une chaise pour gérer la comptabilité et la gestion. Son appellation était une plaisanterie qui était restée et désormais, ce recoin était devenu son domaine exclusif.

Harry se lava les mains et passa la tête dans la boutique.

Veronica était une jeune femme moldue de vingt ans. Harry l'avait rencontrée un peu par hasard, à l'époque où il avait ouvert sa boutique deux ans plus tôt. Il avait repéré cette jeune fille aux cheveux blond filasse qui traînait souvent dans le quartier, mais sur le moment il n'avait pas vraiment fait attention à elle.

Un jour où il se battait avec les poubelles à sortir, elle l'avait aidé spontanément et Harry lui avait offert un café et une pâtisserie pour la remercier.

Après avoir discuté ensemble, Harry avait découvert que Veronica était orpheline comme lui et qu'elle vivait dans une famille d'accueil qu'elle n'appréciait pas. Elle n'était pas maltraitée ou négligée, juste… malheureuse. Cependant, elle ne se plaignait pas, consciente de la chance qu'elle avait d'avoir un toit au-dessus de sa tête et des vêtements chauds.

Harry l'avait invité à venir le voir autant qu'elle le voulait, si elle voulait échapper à son quotidien. Puisqu'il venait d'ouvrir, il n'avait pas encore beaucoup de clients et ça ne le gênait pas de lui garder une table si elle voulait un endroit calme pour faire ses devoirs — elle n'était pas la plus jeune des enfants hébergés et sa famille d'accueil était plutôt bruyante.

Veronica n'avait pas osé passer tout son temps libre chez Harry, mais elle passait de temps en temps. Elle avait amené plusieurs camarades de lycée qui étaient devenus des clients fidèles après avoir découvert ce que le jeune homme cuisinait. Au début, Harry lui avait proposé de travailler pour lui pendant ses vacances, pour avoir un peu d'argent de poche, la payant bien au-delà du tarif habituel. Il savait ce que c'était de vivre en étant privé de tout et il aimait l'idée d'apporter un peu de joie dans sa vie.

Lorsqu'il avait décidé d'engager quelqu'un à plein temps, il en avait parlé à la jeune femme en premier lieu, puisqu'elle venait d'être diplômée, lui avouant sans la moindre hésitation que la place était à elle si elle le voulait.

Ils étaient déjà amis et Harry savait que Veronica allait être majeure et elle allait devoir trouver un logement. Sa famille refusait de la garder plus longtemps puisqu'elle avait l'âge de voler de ses propres ailes.

La jeune femme n'avait pas réfléchi très longtemps et elle avait accepté avec joie. Elle savait déjà tout de la gestion du magasin et elle s'y plaisait.

Tout comme Harry, Veronica s'était épanouie. L'adolescente maussade que Harry avait rencontrée s'était transformée en une jeune femme souriante, pleine de vie. Harry était persuadé que la bonne humeur permanente de Ronnie était la raison de son succès et c'était de cette façon qu'il justifiait son salaire.

Harry informa la jeune femme qu'une fournée supplémentaire refroidissait juste et elle hocha la tête avec un sourire. Puis, il se rendit tranquillement vers son « bureau », époussetant la farine de son tablier.

Il se figea un instant en découvrant une femme inconnue au lieu de Hermione et il lui adressa un léger sourire poli, un peu perplexe.

La femme, une brune mince à la beauté glaciale, le dévisagea avec attention, lèvres pincées, puis elle hocha la tête sèchement.

En passant près d'elle, Harry sentit sa magie s'agiter en lui et il devina que sa visiteuse surprise était une sorcière. Les sourcils froncés, il s'installa face à elle, la dévisageant attentivement. Craignant qu'elle soit une journaliste, il se montra froid, bien que poli.

— Vous vouliez me voir ?

Les yeux clairs de la jeune femme l'observèrent un moment, assez longtemps pour le mettre mal à l'aise, puis elle hocha la tête sèchement.

— Potter. Je suppose que tu ne sais pas qui je suis ?

Harry se tendit immédiatement et il fronça les sourcils en croisant les bras sur sa poitrine. Suspicieux, il la fixa durement.

— Je devrais ?

Elle le défia du regard quelques instants de plus avant de soupirer et de hausser les épaules.

— Je suppose que non. J'étais à Poudlard, dans l'année suivant la tienne. Serpentard.

Harry ne montra aucune expression, attendant juste qu'elle se présente enfin ou qu'elle donne l'explication de sa présence dans sa boutique.

La jeune femme baissa la tête, essayant visiblement de se donner du courage, puis elle se redressa, le dos droit et le menton levé.

— Je suis Astoria Greengrass.

Le jeune homme laissa échapper un ricanement moqueur.

— Et je suis censé te connaître ?

Astoria eut un mince sourire et elle eut un vague geste de la main.

— Je suppose que ça n'a pas vraiment d'importance.

Une lueur rusée passa dans ses yeux, puis elle se pencha en avant, baissant la voix.

— Je sais que tu tiens à ta… tranquillité. Je ne dirais rien sur cet endroit à condition que tu m'aides.

Harry soupira.

— Qu'est-ce qui te fait penser que je vais accepter ce chantage ? Je peux juste menacer la Gazette d'un procès s'ils osaient révéler des informations sur moi.

La jeune femme eut un sourire rusé.

— Mais le mal serait fait.

Harry renifla.

— Durant ma scolarité, j'ai dû faire face à suffisamment de choses désagréables pour ne pas être inquiet.

Cette fois, Astoria se montra un peu plus agitée et elle se pencha vers lui, les lèvres pincées.

— Écoute au moins ce que j'ai à te demander.

Harry leva un sourcil en comprenant que la jeune femme face à lui était aux abois, mais elle le masquait parfaitement bien. Il hésita un bref instant, avant de soupirer. L'écouter ne lui coûterait qu'un peu de son temps et il se sentirait probablement mieux de savoir ce qu'elle voulait avant de la renvoyer.

Il secoua la tête et il capitula en soupirant.

— Très bien. Pourquoi es-tu ici, à vouloir me faire chanter ?

Astoria grimaça au ton légèrement moqueur. Elle se reprit rapidement et lissa sa jupe du plat de la main avant de commencer à parler, d'un ton posé.

— Je suis certaine que tu ne te souviens pas de moi ou de ma sœur, qui était de ton année. Pas parce que nous n'étions pas dans la même maison, mais plutôt parce que nous étions… parce que nous sommes des femmes sang pur.

Harry haussa un sourcil et grimaça un sourire narquois.

— Ce n'est pas vraiment un détail dont je me soucie, Greengrass.

La jeune femme laissa échapper un rire grinçant, avant de renifler.

— Toi, non. Le reste du monde magique, c'est une autre histoire…


prompt de demain : lumière