3 décembre : Lumière


La réponse désabusée de la jeune femme surprit Harry et il cligna des yeux, essayant de comprendre ce qu'elle voulait dire. Finalement, il haussa les épaules, perplexe.

— Je ne vois pas le rapport avec ta présence ici.

Astoria baissa les yeux pour fixer ses mains, sagement croisées sur ses genoux.

— Nous sommes avant tout élevées pour… perpétuer la lignée de nos familles. Épouser un sang-pur ou un sorcier d'une autre lignée prestigieuse et lui donner un héritier. Mâle de préférence.

Harry resta silencieux un long moment, puis il laissa échapper un rire incrédule.

— Si c'est une façon tordue de vouloir un mariage avec moi, tu perds ton temps, Greengrass. Je ne suis pas intéressé et je me moque bien de ma lignée.

Astoria eut un sourire amusé, se détendant soudain.

— Pour quelle raison voudrais-je d'un mariage avec toi ?

Ils se défièrent un instant du regard, puis Harry roula des yeux.

— Les Potter et les Black sont deux anciennes familles du monde magique, non ? Sans compter que tu ne serais pas la première à me faire une proposition, bien que ce soit la première fois qu'on me fasse du chantage pour y parvenir…

La jeune femme fronça les sourcils, agacée, avant de répondre sèchement.

— Si un mariage était le sujet, ce serait mon père qui serait assis face à toi. Pas moi. Je suis ici pour échapper à un tel mariage et je ne compte pas foncer tête baissée dans une autre union, merci bien.

Harry soupira et il se leva, contournant la jeune femme.

— Je sens que la conversation risque de durer. Tu veux un thé ?

Astoria le dévisagea, visiblement indécise, puis elle hocha la tête avec un sourire poli. Harry prépara rapidement le thé promis puis déposa une tasse fumante devant la jeune femme avant de se réinstaller.

— Il me semblait pourtant que les mariages forcés étaient illégaux, même dans le monde magique.

Astoria ricana nerveusement.

— Bien évidemment. Les mariages arrangés en revanche sont autorisés. Or, un contrat a été signé avant ma majorité, sans que je ne puisse donner mon avis à ce sujet. Bien sûr, je peux toujours refuser devant l'autel, mais je me retrouverais déshéritée et reniée. Le monde magique reste extrêmement archaïque. J'ai eu mes Aspics avec des résultats honorables, mais je n'ai aucune formation ni aucune expérience et personne ne voudra défier mon père en m'offrant un emploi… convenable. Et ce que j'entends par honorable c'est en dehors de l'allée des Embrumes. Le monde moldu m'est inaccessible parce que je n'ai aucun diplôme ni aucune existence légale dans leur administration… sans compter que je ne suis pas certaine d'être capable de m'adapter puisque je ne sais rien sur… le mode de vie des moldus.

Harry haussa un sourcil, commençant à comprendre le problème que rencontrait Astoria Greengrass. Bien qu'elle soit une inconnue, il ne pouvait pas s'empêcher de se sentir désolé pour elle.

— Et ton futur époux ? Il ne pourrait pas refuser à ta place ? À moins qu'il veuille de ce mariage ?

Astoria secoua la tête.

— Disons qu'il est dans une situation particulière. Il n'a aucun intérêt à refuser même s'il n'est pas spécialement motivé à… m'épouser. Et ce ne serait que repousser un peu l'échéance, mon père trouvera un autre... candidat.

Bien qu'elle ait répondu d'un ton léger, Harry avait noté sa gêne manifeste sur le sujet du futur époux. À la place d'insister, il préféra poser une autre question.

— Pourquoi venir me voir, moi ? Je veux dire, ce n'est pas comme si j'avais un quelconque poids dans le monde magique. En dehors du fait que tu penses pouvoir me faire chanter pour obtenir de l'aide, je ne vois pas pour quelle raison tu imagines que je suis le mieux placé pour résoudre ton problème.

La jeune femme hésita un bref instant, se mordillant la lèvre comme si elle n'était pas certaine de vouloir répondre. Finalement, elle souffla, semblant prendre une décision et elle leva le menton, fixant Harry dans les yeux.

— Disons qu'un ami m'a conseillé de venir te voir. Il semblait… certain que tu pourrais m'aider.

Harry plissa les yeux et il se pencha vers elle, soudain curieux.

— Un ami ?

Astoria eut un sourire mystérieux et écarta sa question d'un vague geste.

— Peu importe. Je ne suis pas venue pour mendier, Potter. Je n'ai pas besoin d'un chevalier en armure, juste d'un petit coup de pouce.

Harry ricana en secouant la tête, un peu déstabilisé par le discours décousu de la jeune femme. Il était déjà plus ou moins décidé à faire de son mieux pour elle, dans la mesure de ses possibilités, parce que l'idée qu'elle soit obligée de se marier contre sa volonté le rendait légèrement nauséeux. Il pouvait imaginer la colère d'Astoria face à son impuissance et il ne pouvait qu'admirer sa volonté de prendre sa vie en main.

Il leva un sourcil moqueur, ne cachant pas son amusement, incapable de résister à la tentation de voir jusqu'où allait sa maîtrise d'elle-même.

— Tu viens me demander de l'aide, mais tu n'as pas besoin d'un chevalier ?

Elle rougit légèrement et se renfrogna, puis elle prit une rapide inspiration avant de s'expliquer posément, une petite lueur amusée dans le regard comme si elle devinait ses intentions.

— Je compte… prendre mon indépendance. Je vais être reniée et j'avoue que ça ne me pose pas vraiment de problème. Ma famille… soutenait Tu-sais-qui et mon père n'a jamais vraiment accepté que la Lumière prenne le pouvoir. Cependant, à l'instant même où ma décision sera connue d'eux, je n'aurais plus rien. Plus de maison, plus de ressources, plus de nom. Et comme je te l'ai dit, dans le monde magique, personne ne me donnera la moindre chance.

Harry hocha la tête.

— Je comprends le problème, mais je ne vois pas ce que je peux faire, hormis financer ton… émancipation ?

Le visage d'Astoria se froissa et elle lui adressa une moue méprisante.

— Je ne vais ni mendier ni me prostituer, Potter. Toi, tu es un sorcier et tu vis dans le monde moldu. J'ai besoin que tu m'aides à trouver un travail et à… m'adapter.

Harry cligna des yeux, surpris. Il avait imaginé beaucoup de choses depuis le début de cette conversation surréaliste, mais il n'avait pas un seul instant pensé à cette solution. Il ne put s'empêcher d'admirer cette jeune femme déterminée, prête à changer de vie sans la moindre hésitation pour échapper à un destin qu'elle exécrait. Il réfléchissait déjà à la façon de l'aider, mais il dut prendre trop de temps à réagir puisqu'elle se leva, lissant nerveusement sa jupe.

— Peu importe. Merci de m'avoir écouté.

Harry soupira et se redressa pour attraper son bras, penché au-dessus du bureau.

— Je n'ai pas refusé. Je peux t'aider. Laisse-moi juste quelques secondes pour réfléchir et déterminer comment je vais m'y prendre.

Astoria écarquilla les yeux, perdant finalement son flegme, alors que l'espoir emplissait son regard. Elle murmura, incertaine.

— Vraiment ?

Mal à l'aise, Harry la lâcha et se redressa, puis il détourna le regard.

— Ouais. Je veux dire… je comprends ton envie de t'échapper et je ne vais pas juste fermer les yeux parce qu'on ne se côtoyait pas à Poudlard. Tu as eu le courage de venir me voir et demander de l'aide et ça me semble juste de… faire quelque chose pour ta situation. Après tout, tu ne veux pas l'impossible, juste une chance de t'en sortir…


Prompt de demain : ornements