6 décembre - Famille
Harry était resté figé, muet de stupeur, ne s'attendant visiblement pas à cette explication. Astoria avait laissé échapper un ricanement moqueur devant son expression de surprise et elle avait rejoint Ronnie dans la boutique pour en apprendre plus sur son futur emploi, le laissant à ses réflexions.
Resté seul, Harry se passa la main sur le visage, troublé. Drago Malefoy avait toujours été une énigme, se montrant parfois totalement imprévisible, comme la fois où il lui avait sauvé la vie, dans son manoir, pendant la guerre, malgré leurs années de rivalité.
Depuis la fin de la guerre, Harry s'était souvent demandé ce qu'il devenait et il avait imaginé qu'il était déjà marié, voire installé à l'étranger. Malefoy restait discret, il ne faisait jamais parler de lui. Bien évidemment, Harry aurait pu lui rendre visite, mais il craignait trop être rejeté. S'il devait se montrer honnête, Harry devait avouer qu'à chaque fois que l'idée l'avait effleurée, il avait immédiatement trouvé une liste de bonnes raisons de ne pas rendre visite à son ancien camarade.
Le jeune homme se crispa, serrant les poings, en pensant que Drago Malefoy avait eu une seconde chance, mais qu'il continuait de gâcher sa vie en suivant les désirs de sa famille et non les siens.
Il se reprit en entendant le rire de Veronica qui approchait, repoussant tant bien que mal les souvenirs du passé. Il se força à sourire lorsque les deux jeunes femmes entrèrent dans la pièce et il prit le relais, expliquant à Astoria son activité. Cuisiner les pâtisseries, préparer les différents mélanges de thés — chaque ingrédient devant être pesé avec précision.
Si sa voix trembla à plusieurs reprises, s'il marqua des pauses soudaines pour se perdre quelques instants dans ses pensées, Astoria ne fit pas le moindre commentaire. Elle écouta avec attention, posa quelques questions pratiques, visiblement déterminée à prendre sa vie en main.
Lorsqu'il eut terminé, il resta un instant sans savoir quoi dire, évitant le regard d'Astoria.
Puis, presque brusquement, il l'interpela.
— Quand comptes-tu mettre fin à cette situation ridicule ? Quand souhaites-tu venir travailler avec nous ?
Astoria haussa les épaules.
— Je pensais… agir assez rapidement. Mais je veux prévenir Drago pour qu'il… soit au courant.
Harry hésita brièvement avant de hocher la tête.
— Tu… il pourrait venir, si tu veux un lieu… neutre. Je…
Astoria laissa échapper un rire amusé.
— J'ai l'impression que tu espères le revoir.
Malgré lui, Harry s'empourpra.
— Non ! Enfin, ce n'est pas… je… il pourrait se rendre compte qu'il y a une alternative pour lui aussi.
Astoria s'immobilisa, avec un hoquet stupéfait.
— Tu… tu l'aiderais ? Drago ? Malgré vos disputes d'autrefois ?
Harry hocha la tête, sans même hésiter. Il sembla aussi surpris de sa réaction immédiate que Astoria, cependant, il ne revint pas sur ce qu'il venait de dire.
Elle secoua la tête, les yeux brillants.
— Je vois pourquoi il m'a envoyé vers toi. Je lui demanderai s'il veut… prendre son avenir en main.
Lorsqu'il rentra à square Grimmaurd ce soir-là, Harry était agité. Nerveux.
Il ne savait pas s'il était impatient de revoir Drago Malefoy ou effrayé de le ramener dans sa vie. Leur relation à Poudlard avait été émaillée de disputes et d'insultes, de coups bas et d'une haine bien réelle. Ils avaient été dans des camps opposés, à cause des allégeances de leurs familles.
Il tournait en rond, avec l'impression d'être électrique, de sentir chacun de ses nerfs vibrer. Il se sentait totalement impuissant, obligé de devoir attendre sans rien pouvoir faire pour provoquer un changement.
À bout de nerfs, il attrapa une poignée de poudre de cheminette et la jeta dans l'âtre, avant de se précipiter en annonçant l'adresse de ses meilleurs amis.
Il déboula dans un salon chaleureux qu'il connaissait bien et s'annonça bruyamment, comme à son habitude.
— Ron ! Hermione ! J'espère que je peux approcher !
C'était une plaisanterie récurrente entre eux, puisqu'il lui était arrivé de surprendre ses amis dans une position compromettante. Il leur avait juré qu'il était traumatisé à vie d'avoir surpris la si sage Hermione la main dans le pantalon de Ron… entre autres.
Il attendit sagement devant la cheminée, les bras croisés, mais Hermione arriva rapidement avec un large sourire.
— Harry ! Tu vas bien ?
La présence familière de Hermione le calma et il l'enlaça avec un soupir.
— En pleine forme. On déborde de travail à la boutique, heureusement que Ronnie est là pour m'aider. Et… nous allons engager une nouvelle employée pour nous soulager un peu.
Hermione hocha la tête, souriante.
— C'est une bonne idée ! Ronnie va bien ? Je n'ai pas eu le temps de passer te voir ces temps-ci, c'est la folie au Ministère.
Harry laissa échapper un rire amusé.
— Tu dis toujours ça…
Hermione agita les mains en souriant, signifiant ainsi à Harry qu'elle ne débattrait pas avec lui du nombre d'heures qu'elle passait à travailler. Elle l'attira à sa suite sur le sofa confortable et soupira.
— Et si tu me disais plutôt pour quelle raison tu as débarqué ici comme une furie ?
Harry plissa le nez, soudain hésitant. Il haussa les épaules, réticent à s'expliquer, mais l'expression patiente de Hermione finit par le faire céder. Il soupira et marmonna, presque à contrecœur.
— C'est au sujet de Malefoy.
Hermione émit un son entre le hoquet et le rire, avant de secouer la tête tout en lui lançant un coup d'œil résigné.
— Harry…
Le jeune homme se tendit aussitôt, prêt à entendre des reproches, cependant Hermione soupira et lui prit la main.
— Si tu m'expliquais d'abord comment diable tu as eu des nouvelles de Drago Malefoy ? J'ai l'impression de faire un bond dans le passé avec cette phrase…
Harry se mordilla la lèvre un instant, puis il leva un sourcil surpris.
— Tu ne me hurles pas dessus ?
Hermione gloussa en lui donnant un coup d'épaule taquin.
— Idiot. Tu es un adulte normalement responsable, Harry. Ce n'est pas à moi de te dire qui tu dois rencontrer ou non. Donc… Drago Malefoy ?
Harry se détendit enfin avec un sourire et il hocha la tête.
— Connaissais-tu Astoria Greengrass à Poudlard ?
Hermione fronça les sourcils, réfléchissant furieusement, puis elle secoua doucement la tête, d'un air absent.
— Non… Il y avait une Greengrass à Serpentard, je ne me souviens pas de son prénom par contre. Ce n'était pas Astoria, j'en suis certaine.
Harry hocha la tête.
— Oui, c'est sa sœur aînée. Daphnée. Astoria était dans l'année suivant la nôtre. Astoria est venue me voir à la boutique pour… me demander de l'aide.
Hermione l'interrompit, en se penchant légèrement vers lui, les yeux écarquillés.
— De l'aide ? Quel genre d'aide ?
Harry lui lança un regard faussement sévère, essayant de paraître agacé, sans réellement y parvenir.
— Si tu veux la suite, cesse de m'interrompre, Hermione.
Prompt de demain : réchauffer
