9 décembre - livre


Incrédule, Harry se tendit et s'écarta de Veronica, sans quitter des yeux ce fantôme venu directement du passé. Il ne réagit pas aux appels de son amie, perdu dans ses souvenirs et incapable de détourner le regard.

Drago Malefoy n'avait pas vraiment changé. Il avait toujours ce regard gris si expressif, bien loin de son visage lisse de toute émotion.

Il avait les cheveux toujours aussi pâles, de ce blond presque blanc hérité de son père, plus longs qu'autrefois. Bien plus long puisqu'ils étaient tirés en arrière et attachés en catogan.

Harry cligna des yeux et il détailla le jeune homme avec soin. Il était plus grand que lui, mais également très mince. Il était vêtu de noir, pantalon noir, chemise noire, cravate noire. Un long manteau moldu ressemblant presque à une robe sorcière, bordé d'un liseré d'argent apportait la seule touche de couleur de sa tenue.

Hésitant, Harry tenta de lire son expression, comme il savait si bien le faire autrefois. Cependant, les années avaient passé et il n'était pas certain de comprendre ce nouveau Malefoy. Finalement, après un moment qui lui parut interminable, Harry esquissa un sourire timide, sans le quitter des yeux.

Malefoy sembla hésiter, détournant un instant le regard des yeux verts pour détailler l'intérieur de la boutique. Son regard s'attarda longuement sur Veronica et il fit les quelques pas qui le séparaient de la porte d'entrée.

Lorsqu'il poussa la porte, Veronica sursauta et se tourna vers lui.

— Nous sommes encore fermés, monsieur, je suis désolée…

Harry la stoppa immédiatement, posant une main sur son bras.

— Laisse Ronnie. Ce n'est pas un client. Bonjour, Malefoy.

Veronica écarquilla les yeux et son regard passa de Harry à Drago Malefoy avec curiosité. Constatant qu'aucun des deux hommes ne faisait attention à elle, elle haussa les épaules et commença à nettoyer la table qu'ils avaient utilisée avec Harry, préparant l'ouverture comme à son habitude.

Drago murmura d'une voix rauque.

— Potter.

Harry sourit et lui fit signe de le suivre. Il s'enfonça dans les profondeurs du magasin et Drago lui emboîta le pas après une légère hésitation.

Une fois dans l'arrière-boutique, ils se dévisagèrent encore un moment, puis Harry soupira.

— Que puis-je faire pour toi, Malefoy ?

Drago écarquilla légèrement les yeux, visiblement surpris de l'absence d'animosité dans le ton de son rival d'école. Harry le nota et fronça légèrement les sourcils.

— Astoria ne t'a pas dit que je proposais… que je pouvais t'aider ?

Drago laissa échapper un grognement choqué et il plissa les yeux, méfiant.

— Pourquoi ferais-tu ça ? Nous ne nous sommes pas vus depuis… quoi… une dizaine d'années ? Alors qu'est-ce que ça t'apporte ?

Harry eut un sourire amusé, comme s'il s'était attendu à ce genre de réponse.

— Sept ans.

Drago fronça les sourcils, perplexe. Harry reprit aussitôt, tranquillement.

— Nous ne nous sommes pas revus depuis sept ans. Ça ne m'apporte rien, mais je le ferais parce que je t'ai promis une seconde chance, et j'ai l'impression que tu n'as pas eu l'occasion d'en profiter.

Drago eut soudain l'air vulnérable, le fixant comme s'il était une espèce étrange. Il passa sa langue sur ses lèvres, un peu perdu.

— Bon sang, Potter. Même toi, tu ne peux pas être aussi… aussi gentil. Aussi stupide ! Nous nous battions presque chaque jour et tu es toujours déterminé à m'aider ?

Harry haussa les épaules.

— Ce n'est pas de la gentillesse, Malefoy. C'est… je ne sais pas. Je… On se connaît tous les deux et je te l'ai dit, tu méritais une seconde chance.

Drago sembla incrédule et il fit un brusque geste de la main, pour écarter la réponse du jeune homme devant lui.

— Et Astoria ? Tu ne la connaissais même pas !

Les joues de Harry rougirent légèrement et il baissa la tête, tripotant un livre posé sur le bureau devant lui. Il soupira avant de murmurer, un peu hésitant.

— Ce n'est pas pareil. Au début, je… j'ai dit à Astoria que son petit chantage ne fonctionnerait pas. Mais lorsqu'elle m'a raconté son histoire… écoute, je sais ce que c'est d'être impuissant face à son destin ou de ne pas savoir de ce que le lendemain sera fait. J'ai eu de la chance, finalement, mais…

Drago renifla en croisant les bras sur sa poitrine.

— Potter… je ne pense pas que tu comprennes réellement la situation.

Harry ricana.

— Avant de connaître le monde magique, lorsque j'étais chez ma famille moldue, je savais qu'à l'instant où je serais majeur, je serais jeté à la rue, sans le moindre sou.

Drago secoua lentement la tête.

— Et ça t'a donné envie de faire la charité à tous ceux que tu croises ?

Harry roula des yeux, essayant de dissimuler son amusement.

— Juste à ceux qui… le méritent. Astoria aurait pu tenter de me demander de l'argent, je n'aurais rien fait pour elle. Mais elle voulait du travail et de l'aide pour un logement, pour prendre sa vie en main. J'avais les moyens de… lui offrir cette opportunité, je n'aurais pas pu la laisser… livrée à son sort.

Les lèvres de Drago s'étirèrent en un léger sourire moqueur, bien que ses yeux soient rivés sur lui, le fixant comme pour tenter de le comprendre.

— Ce qui fait de toi… un riche bienfaiteur ? Tu comptes financer les projets de tous les opprimés du monde magique ?

Harry haussa les épaules, avec une indifférence soigneusement étudiée.

— Pense ce que tu veux. Je fais ce qui me semble… juste.

Drago se rembrunit aussitôt, lançant un regard noir à Harry.

— Ça te semble juste de m'aider ? Moi ? Tu oublies… qui je suis. Ce que j'ai fait.

Harry s'éloigna de quelques pas pour s'approcher de la bouilloire électrique trônant fièrement sur un petit meuble. Il l'alluma et sortit des tasses, avant de préparer une théière avec des gestes sûrs, fruits d'une longue pratique. Il sentait le regard de Drago dans son dos, mais il ne se retourna pas, lui laissant un peu d'espace pendant qu'il leur préparait un thé.

Finalement, Harry revint vers lui et lui désigna la chaise près de lui, avec un sourire.

— Je t'offre un thé ? Ça sera plus… agréable pour discuter. Et avant que tu ne répètes ta question, je n'ai pas oublié qui tu étais, Malefoy. Ni ce que tu as fait et surtout pas les raisons expliquant tes actes. Tu oublies juste que… les choses étaient différentes. Nous étions en pleine guerre et chacun faisait de son mieux pour survivre.

Lorsque Drago prit la tasse tendue par Harry, sa main tremblait légèrement, mais le brun ne fit pas la moindre remarque. Il lui laissa le temps dont il avait besoin pour se reprendre, buvant son thé tranquillement, sans le quitter des yeux.


prompt de demain : écharpe