10 décembre : écharpe


Après un long moment de silence, alors qu'ils buvaient chacun leur thé en s'observant, Harry finit par craquer et par prendre la parole, ne réussissant pas à masquer l'impatience dans son ton. La patience n'avait jamais été son fort, après tout.

— Alors ?

Drago esquissa un sourire amusé et il se détendit légèrement avant de secouer la tête.

— Je ne vois pas vraiment comment tu peux m'aider, Potter. Je n'ai pas été poursuivi pour mes… actes, ce qui est déjà beaucoup compte tenu de ma situation et de ma famille. Tu ne peux pas obliger le monde magique à me voir différemment ! Je pense que tu en as déjà assez fait pour moi, non ? Je n'aurais pas assez d'une vie pour rembourser la dette que j'ai envers toi.

Harry soupira et il posa lentement sa tasse, les yeux fixés sur le bureau devant lui, les sourcils froncés. Après quelques secondes, il murmura, hésitant, ignorant volontairement la dernière remarque de Drago.

— Pourquoi continues-tu d'obéir aveuglément à tes parents après ce qui s'est passé ? Je veux dire… leurs choix ont failli ruiner ta vie, tu aurais pu être tué même !

Drago cligna des yeux, surpris. Puis, il haussa les épaules, avec une expression résignée.

— Ce sont mes parents. Ils m'ont élevé pour… enfin, je suis leur héritier, destiné à…

Harry grogna et l'interrompit, ses yeux verts brûlant d'une lueur de colère.

— Conneries.

Drago se laissa aller dans son siège et il ricana, légèrement moqueur. Ses yeux fixaient Harry avec une intensité rarement égalée cependant, comme s'il cherchait à examiner chacune de ses réactions. Il répondit calmement.

— Tu ne peux pas comprendre, Potter.

Harry serra les poings et siffla, furieux, réagissant immédiatement en prenant la remarque pour une provocation gratuite.

— Parce que je n'ai pas de parents ?

Autrefois, Drago serait entré dans son jeu et aurait lancé une réflexion moqueuse pour le pousser à bout. Il savait exactement comment faire réagir le Gryffondor lorsqu'ils étaient à Poudlard et il semblait que Harry n'avait pas changé, se montrant toujours sensible aux remarques de l'ancien Serpentard.

Cependant, le jeune homme afficha un sourire un peu insolent et ricana.

— Non. Parce que tu as des coffres personnels pleins d'or. Tu ne dépends plus de qui que ce soit pour vivre. Et si tu me dis que je pourrais travailler, je n'ai qu'une chose à te demander : qui, à ton avis, accepterait d'engager un ancien Mangemort, un Malefoy ? Qui passerait par-dessus mon passé pour me donner une chance ? Je n'ai aucune qualification, aucune recommandation. Aucun diplôme. Mes Aspics n'ont pas été validés, comme tous ceux de notre âge qui avons vécu la bataille de Poudlard et je n'ai pas eu la possibilité de… de les passer ensuite contrairement à d'autres élèves.

La colère de Harry s'était calmée et il soupira en se passant nerveusement la main dans les cheveux. Il chuchota ensuite, avec presque de l'avidité.

— C'est juste une question d'argent ?

Drago renifla, serrant les poings.

— Ce n'est pas si anodin comme tu sembles le penser. Je n'ai pas vraiment pour ambition de terminer à la rue, Potter !

Harry se pencha vers lui brusquement.

— Je peux t'aider !

Drago l'examina longuement, en silence, avant de secouer légèrement la tête.

— Tu ne comprends pas, Potter. Ce sont mes parents. Ma dernière famille. Je ne peux pas leur tourner le dos. Je sais quelles erreurs ils ont faites, mais… je ne peux pas les abandonner sans me retourner.

Harry pinça les lèvres, mécontent.

— Je ne te demande pas de renier tes parents ! Je n'ai pas oublié ce que tu as fait pour les aider !

Il fixa le bras gauche de Drago en prononçant ces mots et le jeune homme devant lui plaqua son avant-bras contre sa poitrine, comme pour dissimuler ses erreurs. Cependant, Harry ne le regardait pas avec dégoût, comme beaucoup d'autres sorciers, mais avec tristesse.

Drago reprit la parole, maîtrisant sa voix pour masquer ce qu'il pensait.

— Qu'est-ce que tu me demandes alors ? Si je désobéis, si je m'oppose à eux, que penses-tu qu'il se passera ?

Harry soupira.

— Parce que l'amour de tes parents est conditionné à ton obéissance ? Bon sang, Malefoy ! Tu es majeur ! Tu as gagné le droit de vivre ta vie et d'être heureux ! Que veulent-ils de plus de toi ?

Drago poursuivit, comme si Harry n'avait rien dit.

— Je leur dois le respect, pour tout ce qu'ils ont fait pour moi. Et aussi étrange que tu puisses le penser, j'aime mes parents.

Harry hésita un bref instant, puis il se leva et il attrapa son écharpe et son manteau. Avec un sourire crispé, il répondit.

— Est-ce que le respect que tu imagines leur devoir consiste à épouser une inconnue que tu n'aimeras jamais pour leur plaire ?

Drago ne répondit pas, figé et crispé. Harry secoua la tête et poursuivit tranquillement.

— Viens avec moi, Malefoy. J'aimerais… te montrer quelque chose.

Voyant l'ancien Serpentard hésiter, Harry laissa échapper un rire amusé.

— Ce n'est pas un piège, tu sais. Je ne vais pas… t'enfermer quelque part ou t'humilier… ou les dieux savent ce que tu pourrais imaginer !

Drago roula des yeux et se leva avec un haussement d'épaules.

— Je suppose que j'ai le temps de faire un peu de tourisme. Ce n'est pas comme si j'étais en charge d'une boutique.

Harry éclata de rire en terminant d'enfiler son manteau.

— L'avantage d'être le patron, Malefoy, c'est de pouvoir laisser le magasin à mon employée. Allez, suis-moi.

Drago marmonna, mais il semblait plus amusé qu'agacé. Il suivit Harry et il resta silencieux quand le jeune homme donna ses instructions à sa vendeuse.

Un peu mal à l'aise, il détourna le regard quand Harry enlaça la jeune moldue avec un large sourire.

Lorsqu'ils furent sortis, Drago se plaça aux côtés de Harry et il fit quelques pas en silence. Puis, il lui jeta un bref coup d'œil avant de prendre la parole.

— Alors ? Toi et cette moldue ? J'aurais parié que tu finirais avec Weaslette…

Harry s'empourpra.

— Ronnie est juste une amie. C'est… elle travaille pour moi. Et je ne… suis pas en couple avec Ginny.

Drago laissa échapper un petit rire amusé.

— Toi ? Célibataire ? Je n'y crois pas une seconde, Potter. Tu es célèbre, tu es riche. Le garçon-qui-a-vaincu doit avoir tout un tas d'admiratrices, non ?

Harry lui fit signe de tourner dans une ruelle.

— Nous allons transplaner. Et ça va peut-être t'étonner, mais il y a quelques années que je suis plutôt tranquille. Vivre dans le monde moldu a pour avantage d'échapper à toute cette… admiration déplacée.

Avant que Drago ne puisse répondre, Harry avait empoigné son bras et l'avait rapproché de lui avant de lui adresser un clin d'œil moqueur et de transplaner.


Prompt de demain : chanson