11 décembre : chanson


Drago regarda autour de lui et il fronça le nez, avant de soupirer.

— Qu'est-ce que tu voulais me montrer, Potter ? Nous sommes en plein quartier résidentiel moldu, je ne vois pas trop…

Harry leva le doigt pour le faire taire et il répondit tranquillement avec un petit sourire malicieux.

— Regarde au douze.

Drago se retourna et plissa le front, perplexe.

— Il n'y a pas de…

Mais avant qu'il ne puisse terminer sa phrase, une maison fit son apparition sous ses yeux, comme si elle se forçait une place entre les deux habitations voisines. Le numéro douze, en fer forgé, était parfaitement lisible sur la façade et le jeune homme secoua la tête avec un sourire amusé.

— Une maison sorcière en plein quartier moldu ? Je t'imaginais plutôt vivre dans un truc classique, comme une maison de banlieue, plutôt que dans un hôtel de ville chic et sorcier.

Harry ricana, et l'invita à le suivre, avançant sans la moindre hésitation vers la porte.

— Pour ton information Malefoy, si j'avais dû choisir une maison, ça n'aurait pas été en banlieue. J'ai donné dans mon enfance et je déteste l'ambiance du voisinage. J'aurais préféré un truc isolé, bien au calme. Ensuite… Nous sommes ici dans la maison londonienne des Black.

Drago s'immobilisa devant la porte, les yeux écarquillés.

— La maison des Black ?

Visiblement fier de son petit effet, Harry hocha la tête et lui fit signe d'entrer, tout en lui apportant des précisions.

— Mon parrain était le cousin de ta mère. Sirius me l'a léguée à sa mort. Il… voulait que j'aie un endroit où aller, quoi qu'il puisse arriver.

Voyant l'expression perturbée de Drago, Harry laissa échapper un petit rire nerveux et s'empressa de changer de sujet en le tirant dans un couloir sombre.

— Ne t'attends pas à une ambiance de saison et à des chansons de Noël en entrant. Cet endroit est parfaitement lugubre malgré tous mes efforts pour en faire un foyer convenable.

Drago regarda autour de lui et il hocha la tête, avec un sourire crispé.

— Ça ressemble un peu à la décoration du manoir Malefoy quand j'étais plus jeune, en plus petit. Murs sombres, tentures trop épaisses, parquets sombres… Sans compter ces meubles bien trop imposants. Mes parents ont tenu à conserver le style de mon grand-père… J'ai toujours imaginé que lorsque j'aurai ma propre maison, je choisirai un aménagement bien plus… léger.

Harry se mit à rire de bon cœur en hochant la tête.

— Je comprends tout à fait. Et encore, dis-toi que j'ai ôté la plupart des décorations les plus… lugubres. Imagine qu'il y avait des têtes d'elfes empaillées tout le long de ce couloir, la première fois que je suis venu ici. Une de tes ancêtres avait pour habitude de tuer ses elfes les plus vieux, lorsqu'ils devenaient inutiles, et d'exposer leurs têtes ici.

Drago secoua légèrement la tête avec une grimace écoeurée, puis il se redressa.

— C'était ça que tu voulais me montrer ? Un endroit déprimant à souhait ? Je ne comprends pas trop ce que je dois en penser…

Harry haussa les épaules, sans se vexer, gardant aux lèvres un léger sourire.

— Ce n'est pas tout à fait ça. Et pour ton information, j'ai préféré commencer à rénover les chambres et le salon, les pièces qui sont les plus utilisées. Il y a tellement de magie entre ces murs que c'est compliqué de changer les choses, je dois lutter encore et encore pour m'imposer ici.

Drago lui jeta un regard pensif, puis il haussa les épaules.

— D'accord. Mais je ne suis pas venu pour parler de la décoration, non ? Finissons-en, Potter.

Harry se douta qu'il avait dit quelque chose qui avait perturbé l'ancien Serpentard, même s'il ne parvenait pas à deviner quoi. Il supposa que c'était son insistance à changer les choses dans une maison familiale qui avait touché le jeune homme. C'était après tout un parallèle avec sa propre situation alors qu'il était prisonnier de traditions stupides.

Il connaissait assez son ancien camarade pour savoir qu'il valait mieux ne pas insister et surtout ne pas l'attaquer frontalement sous peine de déclencher une de leurs célèbres bagarres. Ainsi, il le conduisit à sa suite dans les profondeurs de la maison, sans un mot, jusqu'à arriver dans un petit salon.

Les changements que Harry avait entamés se voyaient dans cette pièce : les murs et le plafond avaient été blanchis, le sol était recouvert de tapis colorés. Le mateau de la cheminée était crépi de blanc également, pour ajouter un maximum de luminosité. Les fenêtres sonnant sur le petit Square en face de la maison avaient été débarrassées de leurs tentures en velours épais, bien trop sombres, pour arborer de petits voilages clairs, laissant passer toute la lumière de l'extérieur.

Les meubles d'origines avaient également disparu, trop massifs et trop sombres. Harry avait choisi un sofa gris clair, bien plus confortable que la monstruosité pourpre d'antan, totalement inconfortable. Des bibliothèques en bois clair avaient remplacé les buffets teints en noir et bien trop larges. La table et les chaises étaient également en bois clair, et à taille familiale.

La pièce paraissait bien plus grande que la première fois où Harry y était entré et elle était surtout bien moins déprimante.

Harry nota la lueur d'appréciation dans le regard gris et il s'en réjouit, amusé de découvrir qu'ils avaient les mêmes goûts en décoration intérieure après s'être tant déchirés à Poudlard. À l'époque, si quelqu'un lui avait dit qu'il avait quelque chose en commun avec Drago Malefoy, il s'en serait immédiatement offusqué et il aurait fait en sorte de prouver l'inverse, par n'importe quel moyen.

Toujours en silence, Harry entraîna Drago jusqu'au seul mur dépourvu de tout mobilier et il lui montra l'immense tapisserie familiale, qu'il avait rénovée avec patience et minutie.

Drago leva un sourcil étonné en notant qu'il y figurait et Harry eut un sourire amusé.

— J'ai passé du temps à la remettre en état. La première fois que je l'ai vue, certains noms avaient été brûlés d'un sort. Il s'agissait des personnes reniées. Mon parrain était l'un de ces noms.

Drago hocha la tête, en examinant l'emplacement de Sirius. Un cercle brun clair devait être ce qui restait de la brûlure d'origine et Harry avait fait en sorte que le nom et la photo de son parrain soient parfaitement lisibles.

Harry attira son attention sur la branche voisine de l'arbre, celle où figurait sa mère.

— Je voulais te montrer que parfois les traditions doivent être changées. Ta cinglée de tante Bellatrix, qui faisait la fierté de ses parents, a semé la mort et le chaos avant d'être tuée pendant la bataille de Poudlard. Heureusement pour le monde magique, sa lignée s'est éteinte en même temps qu'elle. Mais ton autre tante, Andromeda, celle qui a été reniée pour avoir suivi son cœur… Elle s'est mariée, a eu une fille. Sa fille, qui est une héroïne de guerre, a eu un fils avant d'être tuée. Bien qu'elle ait payé un lourd tribut à cette guerre, Andromeda a son petit fils près d'elle, et elle ne sera jamais seule. Tu comprends ?


Prompt de demain : décoration de la maison