12 décembre : décoration de la maison


Drago fronça les sourcils en observant attentivement le portrait d'Andromeda Black-Tonks. Il n'avait jamais rencontré sa tante et sa mère ne parlait jamais d'elle. Il avait appris son existence par hasard, mais il ne s'y était pas intéressé parce qu'elle avait été reniée. Il savait que ses questions n'auraient eu aucune réponse, il était donc plus simple d'ignorer le sujet.

Drago devait avouer qu'il n'avait jamais osé demander pour quelle raison sa tante avait été reniée… Aussi, il en profita pour satisfaire sa curiosité, d'un ton aussi détaché que possible.

— Reniée pour avoir suivi son cœur ? Comment ça ? Qu'est-ce qu'elle a fait ?

Harry eut un sourire triste, les yeux fixés sur la tapisserie. Il soupira puis murmura.

— Les trois sœurs Black devaient épouser des hommes choisis par leurs parents. Des mariages arrangés. Ça doit te sembler… familier ? Cependant, Andromeda est tombée amoureuse de Ted Tonks, un né de moldu. Je les ai rencontrés, une fois. La façon dont ils se regardaient… Andromeda n'a jamais regretté d'avoir suivi Ted et de l'avoir épousé en cachette. Elle a été reniée, mais elle y a gagné beaucoup. Pendant la guerre, ils ont survécu à une attaque, durant laquelle ils ont reçu le Doloris, et ils s'en sont remis. Mais… Ted a été assassiné par Greyback et ses rafleurs, alors qu'il fuyait pour ne pas être recensé en tant que né-moldu.

Drago cligna des yeux.

— Elle s'est enfuie pour se marier ?

Harry hocha la tête.

— C'est son seul crime. Je suppose que les origines moldues de Ted ont été considérées comme… un affront par sa famille.

Drago resta silencieux un long moment, pensif. Lorsqu'il reprit la parole, il murmurait et il semblait hésitant.

— Que voulais-tu me montrer, Potter ? Que perdre sa famille n'est pas si grave ?

Harry laissa échapper un soupir.

— Je ne dirais jamais ça. Je voulais te montrer qu'il était possible d'être heureux sans suivre sa famille aveuglément. Tu t'es sacrifié pour tes parents, alors s'ils t'aiment, ils comprendront.

Drago renifla, ses yeux gris brillant d'une colère soudaine.

— Qu'est-ce que tu en sais, Potter ? Tu es orphelin et célibataire de ce que tu as dit. Alors comment pourrais-tu avoir un avis sur ma situation ?

Harry haussa les épaules.

— Le fils de Tonks, Teddy, est mon filleul. J'aide Andromeda autant que je peux et je le vois régulièrement. Il n'est pas mon fils, bien sûr, mais j'espère qu'un jour il me verra comme un pilier dans sa vie. Comme une figure paternelle. Et je sais déjà que, quoi qu'il arrive, je ferais tout pour qu'il soit heureux.

Drago sembla troublé, l'espace d'un instant. Son regard passa de Harry à la tapisserie, puis il eut un sourire triste.

— C'est une jolie histoire, Potter. Et ça ne me surprend pas de toi, sauveur de la veuve et de l'orphelin. Mais changer la décoration de la maison et attendre… un amour partagé n'aideront pas à changer l'avis des sorciers sur moi.

Harry renifla, ses yeux s'obscurcissant et ses poings se serrant sous la colère.

— Quelle importance ? Parce qu'ils ne t'aiment pas, tu te condamnes à être malheureux ?

Drago lui lança un regard agacé, avant de secouer la tête, les poings crispés.

— En quoi mon bonheur te préoccupe autant, Potter ? Qu'est-ce que ça peut te faire, que je sois heureux ou non ? Je mène ma vie comme je l'entends !

Harry cligna des yeux et il eut un mouvement de recul, puis ses épaules s'abaissèrent alors qu'il détournait les yeux, soudain mal à l'aise. Il soupira et se passa nerveusement la main dans les cheveux.

— Je… C'est juste que…

— Que quoi, Potter ?

L'agressivité de Drago réveilla un peu de combattivité en Harry et il releva la tête, fixant son ancien camarade d'école avec détermination.

— Tu ne comprends pas ! Tu as eu une chance de reprendre ta vie, d'aller de l'avant. Mais tu restes enfermé dans ta culpabilité et dans les illusions de tes parents, sans même tenter de changer les choses !

Ils se fixèrent un long moment, se fusillant du regard, puis Drago cracha.

— C'est facile à dire pour toi, Potter. Le héros, l'enfant prodige… Tu pourrais piétiner toutes les traditions existantes que tu serais acclamé ! Je n'ai pas ce luxe, figure-toi… Quoi que je fasse, les gens se demandent si je vais les attaquer… ou ils me regardent avec mépris ou dégoût. Personne ne me laisse oublier mes erreurs, personne ne cherche à savoir pourquoi j'ai cette foutue marque imprimée dans ma chair !

Harry lui lança un coup d'œil furieux, puis il croisa les bras sur sa poitrine.

— Tu t'attendais à quoi ? Si tu veux que les choses changent, il faut te battre ! Tu penses que je serais toujours en vie, si j'avais baissé les bras, quand le monde magique me traitait de menteur après le tournoi des trois sorciers ? Tu crois que c'était simple, quand on me regardait comme si j'étais fou, comme si j'avais tué Cédric de mes mains ?

Drago détourna le regard, mais il laissa échapper un ricanement amer.

— Oh pauvre Potter. Plus personne n'oserait dire que tu es fou, aujourd'hui. Ne t'en fais pas, je vais bien. Maintenant que tu m'as raconté ton joli petit conte de fées sur ma tante inconnue, je pense qu'il est temps pour moi de rentrer chez moi.

Harry grogna, frustré du manque de combattivité de Drago. Le Malefoy d'autrefois aurait tracé son chemin dans la vie sans se soucier des regards extérieurs. Le Malefoy d'autrefois aurait fait ce qu'il voulait, sans s'occuper du reste.

— Chez tes parents, plutôt, non ? Si tu ne veux pas changer de vie, pourquoi es-tu venu me voir, Malefoy ?

Drago sembla troublé l'espace d'un instant, puis il haussa les épaules, avec une moue méprisante.

— J'étais curieux, probablement. Je voulais voir ce que tu devenais. Quand Astoria m'a parlé de toi, j'ai décidé de venir voir par moi-même…

Harry ricana, tout en le fixant avec défi.

— Bien entendu. Alors, Malefoy ? L'idée de changer de vie ne t'a absolument pas tenté ? Tu ne veux pas savoir ce que ça fait d'être enfin soi-même et de pouvoir être libre ? Astoria semble être plus maligne que toi, puisqu'elle a saisi l'opportunité à pleines mains !

Le visage de Drago se ferma et il fixa Harry sans montrer le moindre sentiment.

— Tu n'as pas changé, Potter. Tu es toujours cet idéaliste bien trop optimiste qui imagine que tout le monde peut avoir ce qu'il veut. La réalité est différente, cependant. Certains d'entre nous ne peuvent pas se permettre de… bousculer l'ordre des choses.

Il fit volte-face sans attendre de réponse et il repartit par où il était arrivé, non sans lancer par-dessus son épaule.

— Ce n'est pas la peine de me raccompagner, je trouverai la sortie seul.


prompt de demain : cookies