Chapitre III : février 1999 :

Voilà deux semaines que le procès de Lucius Malefoy avait été bouclé et pourtant, rien n'avait changé pour Narcissa et Drago. Leur relation était quasiment inexistante. Narcissa désespérait de voir un jour son fils lui adresser la parole de nouveau. Il ne partageait même plus leurs repas ensemble. Drago prenait soin de toujours l'éviter en tout cas et quand il n'y arrivait pas, le silence autour de la table continuait de ronger Narcissa au plus profond d'elle même. Elle ne savait pas comment engager la discussion avec son fils tant il semblait inaccessible ces derniers temps. Depuis la mort de Voldemort et la bataille finale, Drago était distant, renfermé et muet comme une tombe. D'ailleurs, c'est à peine si Narcissa pouvait sentir sa présence dans le manoir. Il restait des heures dans ses appartements et n'en sortait que très peu. Il recevait régulièrement la visite de Blaise que Narcissa appréciait tant mais aussi celle de Pansy, qu'elle regrettait plus. Elle n'avait jamais vraiment estimé Pansy, elle pensait même qu'elle avait une mauvaise influence sur son fils. Mais bien sûr, elle se gardait bien de l'avouer à Drago, surtout en ce moment. Combien de temps allait-elle encore supporter la situation ? Elle se sentait déjà prête à affronter son fils, tôt ou tard, il le faudrait.

Quelques étages plus haut, Drago était en pleine réflexion lui aussi. Pansy était en train de s'habiller derrière lui, mais elle ne savait pas se taire. Drago en faisait souvent les frais et cela commençait fortement à l'agacer.

"... tu te rends compte un peu Drago ? quel con ce mec, il a vraiment cru que je pourrais sortir avec un pauvre sang-de-bourbe comme lui! Peut-être qu'il croyait qu'après la guerre, plus personne n'en avait rien à faire… Drago ? tu m'écoutes un peu ?"

Drago soupira bruyamment pour faire comprendre à Pansy que ses petites histoires ne l'intéressaient absolument pas. Elle ne se laissa pas ignorée plus longtemps.

"Tu sais Drago, je me demande bien ce qui a pu te rendre si con ?"

La réplique eut le mérite d'attirer l'attention du jeune homme puisqu'il fit face à Pansy, le regard assombri par la colère.

"Qu'est-ce que tu as dit ?"

Pansy finissait de boutonner sa chemise tout en répondant :

"C'est pas comme ci tu avais toujours été comme ça avec moi! et d'ailleurs avec tout le monde… regarde-toi, tu passes tes journées enfermées ici à attendre que la mort vienne te chercher! c'est quoi ton problème au juste?"

Drago se demanda si elle était idiote ou si elle le faisait exprès. Non mais franchement qu'est-ce qui pouvait bien le tourmenter à ce point ? sa famille avait tout perdu, son père était à Azkaban, il n'arrivait plus à dire un seul mot à sa mère, le Ministère dépouillait peu à peu la fortune des Malefoy et pour combler le tout, il couchait avec une fille qui ne se souciait que du statut du sang de ses conquêtes. Drago avait l'impression d'ouvrir les yeux sur le monde qui l'entourait. Comment avait-il un jour pu être si superficiel et ne pas se rendre compte de la misère autour de lui.

"Tu sais Drago, ma famille n'a pas oublié ses principes. Nous n'avons pas besoin du seigneur des ténèbres pour honorer les traditions. Vous n'êtes pas seuls à penser que ces vauriens ne méritent pas la vie… et puis, nous pourrions être cette prochaine génération, toi, moi et tous ceux qui lui étaient fidèles…"

C'en était trop. Avait-elle perdu la tête ? cette fois-ci, il en était sûr, Pansy et lui n'étaient plus du tout sur la même longueur d'onde. La jeune fille s'était approché de lui et lui lançait des regards plus que langoureux, pensant sans doute l'envouter avec ses caresses. il retira vivement la main de Pansy posée sur son torse et s'écarta d'elle.

"Tu te fourvoies Pansy. Je pense que nous devrions en rester là."

La jeune fille se vexa, pris ses dernières affaires et partit en n'oubliant pas de claquer la porte. Drago n'eut aucun répit puisque sa mère débarqua telle une furie dans sa chambre.

"Mais que s'est-il passé enfin Drago ? J'ai vu Miss Parkinson partir presque en courant, sans même me saluer…"

Drago ne retourna pour ne pas faire face à sa mère. Cela faisait des mois qu'il ne se parlait plus. Il ne voyait pas très bien comment lui parler innocemment de Pansy et de ses idées délirantes. Mais Narcissa ne supporta pas une énième tentative d'évitement.

"Drago… s'il-te-plait… tu ne peux pas passer ta vie à m'ignorer! nous vivons sous le même toit… et… je suis ta mère, parle-moi je t'en prie... "

Et il entendit sa mère sangloter dans son dos. Son cœur se serra, une émotion qu'il n'arrivait plus à ressentir depuis bien longtemps, s'étant laissé aller dans une sorte de léthargie psychique. Il porta sa main à son cœur, surpris par l'onde de choc qu'il venait de recevoir. Mais que dire après tant de temps à tout taire? Drago n'était pas encore prêt pour ça. Il prit rapidement une cape et transplana sur le chemin de traverse. Narcissa eut juste le temps d'entendre "je ne peux pas encore". C'était peu, mais c'était déjà quelque chose pour elle. S'il ne pouvait pas encore, cela signifiait qu'il pourrait un jour.

Drago ajusta sa cape au dessus de son visage, ne voulant pas être pris pour cible par la foule. Il n'était pas sorti depuis 4 mois. La dernière fois, c'était Blaise qui l'avait trainé jusqu'ici. Mais cela avait très mal tourné. Plusieurs hommes avaient reconnu Drago et l'avait agressé violemment en le traitant de tous les noms. Il ne prit donc pas de risque et camoufla comme il put son visage. Il entra dans un petit bar de l'allée centrale et commanda discrètement une bièraubeurre. Le gérant le reconnut mais ne pipa mot, ne voulant pas déclarer une bagarre dans son établissement. Il souffla lentement tout en fermant les yeux. Il repensait aux quelques mots de sa mère. Elle semblait désemparée, et lui ne pouvait pas encore lui donner un peu d'espoir, c'était au-dessus de ses forces. Après tout, c'était elle qui l'avait laissé au milieu de toute cette guerre. Si elle avait voulu le protéger, elle aurait dû s'y prendre autrement. Soudain, un homme le bouscula vivement, éclaboussant sa bièraubeurre sur le comptoir du bar ainsi que sur sa cape. L'homme s'approcha de lui et enroula son bras autour de son cou tout en chantant une chanson paillarde dans les oreilles de Drago. Ce dernier commençait à craindre pour sa couverture et fit presque le mort. Mais l'homme saoul, n'en resta pas là.

"Alors l'ami tu ne chantes pas avec moi ? m'enfin qu'est-ce que c'est que cet accoutrement… tu pourrais un peu te délester de tous ces morceaux de tissu…"

Le gérant du bar voyant le pire arriver eu simplement le temps de dire "George… tu ne devrais pas...". Mais trop tard, le George en question avait déjà tiré sur la cape de Drago. Les deux hommes se regardèrent un instant. Drago reconnut immédiatement le frère Weasley, ce qui n'arrangeait vraiment pas ses affaires. Et bien sûr, George, sous l'emprise de l'alcool mais pas aveugle, reconnu Drago Malefoy sur le champ. Ce fut lui qui brisa le silence gênant qui s'était installé dans l'établissement.

"Toi! Comment oses-tu te pointer ici? Tu ne devrais même plus pouvoir bouger de chez toi, salaud!"

De l'autre côté de la rue, Hermione et Ron s'occupaient de la boutique de George et Fred. Depuis la mort de son frère, tous avaient décidé de donner un coup de main à George pour tenir sa boutique. Il était hors de question de fermer Weasley, Farces pour sorciers facétieux. C'était difficile pour Ron de revenir ici, le lieu semblait hanté par la présence de Fred et chaque recoin de la boutique rappelait à quel point il était important dans leur vie. Cependant, George avait quelque peu dérouté depuis quelques mois, se plongeant peu à peu dans l'alcool. D'ailleurs, Ron se retrouvait souvent seul à la boutique pendant que George faisait la tournée des bars du chemin de traverse. C'est ainsi qu'Hermione avait décidé de venir prêter main forte à Ron quand elle le pouvait. Les activités du commerce de farces et attrapes étaient bonnes, fort heureusement. Mais elle manquerait peu à peu de nouveautés si George ne se remettait pas au travail sérieusement.

"Hermione? Hermione? Où es-tu?"

Hermione fit signe de la main pour que Ron la trouve parmi les clients entassés près d'elle.

"Ah tu es là… dis, tu n'as pas vu George ? je le cherche partout, il a promis qu'il restait au magasin toute la journée…"

Hermione n'eut pas le temps de répondre. Les clients se ruaient vers la sortie. Stupéfaits, Hermione et Ron suivirent le mouvement pour voir ce qui pouvait bien être si intéressant dans la rue. Ils durent se frayer un chemin parmi la foule qui s'était agglutinée devant le bar d'en face pour comprendre ce qu'il se passait. Quand elle vit le spectacle, elle ne put que porter ses mains à son visage, horrifiée. George et Drago Malefoy se battaient en face de la devanture, à coup de poings, et même de pieds de chaises ou de tabourets, Hermione peinait à en voir les traits. Les usagers du chemin de traverse avaient presque pris part à la bataille puisque certains jetaient des cailloux sur Drago et l'insultait de tous les noms. George et Drago étaient tout deux bien amochés. C'en était assez. Hermione leva sa baguette et immobilisa les deux garçons sous l'œil médusé des passants. D'ailleurs, elle hurla sur la foule de dégager rapidement. Personne ne l'a contredit et tout le monde reprit son activité.

"Ron aide-moi!"

Hermione entreprit de coller au mur les deux ennemis afin qu'elle puisse leur rendre l'usage de la parole et la pleine possession de leur corps tout en limitant le risque qu'ils se remettent à se battre. Ron poussa le corps, inerte de son frère et Hermione s'occupa de Drago. Elle leur lança le sort de glue puis annula son sort de paralysie. Mais le résultat ne fut pas celui escompté. George et Drago se mirent à hurler en même temps. Hermione leur lança donc le sort de mutisme. Ron regardait Hermione, désemparé. D'un côté, il avait envie de tuer son frère d'avoir mis le bazar sur la voie publique et d'un autre côté, il aurait bien tué Malefoy pour s'en être pris à son frère de la sorte.

"Et si j'annulais le sort pour un seul d'entre eux à la fois ?"

"Écoute Hermione… je n'en sais rien… tu sais quoi ? je vais aller demander au gérant s'il en sait plus…"

La jeune fille soupira, blasée de voir qu'elle ne pouvait compter que sur elle-même, comme toujours. Elle choisit de donner la parole à Drago en premier puisque George puait l'alcool à plusieurs mètres, il serait peut-être incapable de lui expliquer la situation. Elle sortit Drago de son mutisme.

"Granger! Tu vas me le payer! décolle-moi de ce mur et vite!"

"Malefoy, s'il-te-plaît, je n'avais pas le choix, alors ne me menace pas, imbécile! Tu n'es pas vraiment en position pour demander quoique ce soit!"

"Cet enfoiré s'est jeté sur moi!"

Hermione commençait à comprendre ce qu'il s'était passé.

"George t'a reconnu et s'en est pris à toi, c'est ça ?"

"Bien joué Miss-Je-Sais-Tout, maintenant laisse-moi partir, je ne compte pas demander mon reste si tu veux tout savoir!"

Elle le regarda l'espace d'un instant, ne sachant si elle pouvait lui faire confiance mais la tristesse présente dans ses yeux finit de la convaincre pour de bon. Elle délivra alors l'héritier Malefoy qui ne mit pas plus d'une seconde avant de transplaner. George se secouait dans tous les sens, espérant se libérer du sortilège. Hermione le laissa s'écrouler au sol avant d'aller chercher Ron pour l'aider à ramener George au magasin afin de soigner ses blessures.