Chapitre V : février 1999 :

"Déménager? Mais pour aller où enfin?"

Hermione plongea le nez dans sa tasse de thé, pas mécontente de participer à cet échange. Certes, les deux Malefoy ne se lançaient pas que des mots doux mais au moins, ils s'adressaient la parole. Elle pensait dans son fort intérieur qu'elle devrait partir mais sa curiosité prenait une fois de plus le dessus sur sa raison. Elle aussi voulait en savoir plus.

"J'attends simplement que ton procès soit rendu pour lancer plus de démarches. Enfin Drago, tu ne pensais pas que nous allions continuer à vivre dans ce manoir après tout ce qu'il s'est passé ? Je ne supporte plus de vivre ici! de plus, nous n'avons plus les moyens de l'entretenir… Nous pourrions recommencer notre vie, ailleurs, loin de tout nos problèmes… Qu'en dis-tu ?"

Drago se dégagea de l'emprise de sa mère et se mit à faire les cent pas. Certes, lui non plus ne se sentait plus à sa place dans cette maison, elle avait abrité bien trop de drames. Mais c'était sa maison, celle de son enfance. Et où pourraient-ils vivre ?

"Je pensais même quitter l'Angleterre…"

Hermione s'étouffa presque avec son thé et Drago sortit de son mutisme.

"Quitter l'Angleterre? Tu as perdu la raison! C'est chez nous ici!"

"Si je peux me permettre Mme Malefoy…"

"Non, toi tu te tais Granger! D'ailleurs qu'est-ce que tu fais encore là toi? ça te plaît de nous voir plus bas que terre c'est ça?"

"Malefoy tu te trompes de coupable! Je suis venue pour te présenter des excuses, voila chose faite, tu peux bien en faire ce que tu veux et reste dans tes problèmes, tu as l'air de tellement t'y plaire!"

Hermione prit sa veste et son sac à main et s'échappa rapidement. Narcissa tenta de la convaincre de rester mais c'en était trop pour la jeune fille qui s'était déjà volatilisée.

"Tu es fier de toi Drago ? C'est une des premières personnes à nous tendre la main et toi, tout ce que tu trouves à faire, c'est de l'envoyer paître! Toute ton éducation est à refaire, tu me fais honte!"

Narcissa ne laissa pas le temps à Drago de répliquer. Et dieu savait à quel point il désirait répliquer. D'ailleurs, il avait tout un tas de réponses à apporter à sa chère mère. Que c'était sa famille à lui qui lui faisait honte aujourd'hui, qu'il l'aurait bien remercié pour cette si mauvaise éducation, et toutes ses emmerdes. Mais les mots de sa mère l'avaient pourtant touché. "tu me fais honte", oui, lui aussi avait honte, elle avait raison, il était minable. Tout ce qu'il entreprenait était voué à l'échec et sa vie tombait en lambeaux et lui regardait faire sans pouvoir réagir. Lâche, comme son père et sans doute trop fier pour pouvoir l'avouer tout haut.

L'annonce du déménagement avait chamboulé Drago au plus haut point, il n'en dormait plus la nuit. Il avait d'ailleurs demandé à Blaise de lui rendre visite pour pouvoir tout lui raconter. Blaise avait été très étonné de la présence d'Hermione dans l'histoire. C'était d'ailleurs ce qui avait le plus retenu son attention. En fait, il avait anticipé les problèmes financiers que rencontreraient les Malefoy mais aussi la difficulté de vivre ici, alors que tout le monde les haïssait dehors. Blaise regrettait plus la décision de Mme Malefoy de quitter le pays. Il tenait beaucoup à Drago et depuis que celui-ci ne parlait plus à Pansy, il savait qu'il était le seul ami qui lui restait. Et même s'ils n'étaient du genre démonstratif, ils savaient tout deux qu'ils pouvaient compter l'un sur l'autre, mais dans un autre pays… ce serait différent.

"Il faut convaincre ta mère de rester en Angleterre!"

"Je crois qu'elle est déterminée Blaise… elle ne supporte plus rien je pense… c'est à peine si elle me supporte moi en fait."

"Allez Drago, ne sois pas si défaitiste! Nous allons trouver une solution… Nous avons jusqu'à ton procès si je comprends bien… ça laisse le temps de trouver un moyen de te faire rester ici!"

Drago soupira et plongea sa tête dans ses mains pour réfléchir.

"Et si toi tu restais ici ? et si ta mère partait seule mais que toi tu vives encore ici ? bon bien sûr, pas au manoir mais… tu pourrais te trouver un lieu où vivre."

"Je ne laisserais pas ma mère partir seule. Mais je vais l'aider à nous trouver un lieu où vivre, ce sera déjà bien. Tu te rends compte, quitter le manoir…"

Blaise fixa longuement son ami d'enfance et lui dit franchement :

"ça fait bien longtemps que ce manoir n'impressionne plus personne Drago, même pas toi."

Et Blaise prit congé. Il avait raison, ce manoir n'avait plus rien à lui offrir. Il fallait prendre les devants maintenant et arrêter de rester coincer dans le passé. Une autre vie les attendait, tout n'était pas perdu, ils pourraient se relever, lui et sa mère. Tout seul c'était peu probable, mais avec elle, il était plus fort. Elle avait toujours été là pour lui, et il n'avait plus qu'elle désormais. Il descendit de ses appartements pour aller trouver Narcissa. Blaise était toujours là, en train de la saluer. Il fit un signe de tête à Drago puis disparu. Sa mère semblait étonnée de le voir sortir de sa tanière et elle le fut davantage quand il s'installa près d'elle et lui demanda de but en blanc ce qu'elle envisageait pour le déménagement.

"Je suis ravie que tu aies pu y réfléchir Drago! C'est la meilleure des décisions pour nous."

"Je ne veux quand même pas quitter l'Angleterre."

"Bien, que proposes-tu dans ce cas ? Je veux pouvoir sortir de chez moi sans être traitée comme une moins que rien Drago. C'est déjà bien assez dur d'avoir été humiliée de la sorte…"

"Je ne sais pas, mais il est hors de question qu'on parte d'ici, et puis père est ici aussi… Si nous devons le voir, comment allons-nous faire si nous sommes à l'autre bout du monde?"

"Je comprends Drago… j'ai pensé à une alternative mais je ne sais pas si tu ne préfèreras pas quitter le pays après que je te la présente…"

"Essaie toujours, je ne vois ce qui pourrait être pire que cela!"

Narcissa fixa son fils droit dans les yeux et se décida à lui annoncer.

"J'ai pensé que nous pourrions vivre dans un endroit où personne ne nous en veut, où personne ne nous connaît… où nous pourrions nous promener dans les rues sans craindre d'être agressés… proche de Londres cependant mais peut-être pas exactement dans le Londres que nous connaissons…"

Drago ne comprenait pas du tout où sa mère essayait de l'amener. Il fronçait les sourcils, comme si cela pouvait l'aider à comprendre le sens de ses paroles mais malheureusement, aucun éclair de génie n'était venu le surprendre.

"Et bien jusque là, ça me paraît être une bonne idée mais où trouver un endroit pareil aujourd'hui ?"

"C'est là que je pense que ça ne te plaira pas!"

Drago soupira trouvant le suspense de sa mère fort agaçant.

"S'il-te-plaît… crache-le morceau!"

"Bon, bon, bon! Que penses-tu du fait d'aller vivre dans un quartier moldu?"

Avait-il bien entendu ? il ouvrit de grands yeux et tenta de déceler un indice qui prouverait que sa mère faisait de l'humour. Et même par réflexe défensif, il se mit à rire, de plus en plus fort, jusqu'à en avoir des crampes au visage. Mais sa mère ne riait pas, elle semblait même un peu exaspérée selon Drago. Il tenta de se calmer un peu et toujours avec un énorme sourire impossible à camoufler, il demanda à sa mère si sa proposition était sérieuse. La colère effaça dans l'instant son sourire lorsque Narcissa lui affirma qu'elle était on ne peut plus sérieuse.

"Réfléchis Drago! tu l'as dit toi-même, c'est une bonne idée! où est le problème ?"

"Où est le problème? OÙ EST LE PROBLÈME ? Non mais comment as-tu pu croire que cette idée était bonne ? Il y a encore quelques temps nous blâmions les moldus et tout ce qui s'y rapportait ! Et maintenant tu veux qu'ils soient nos voisins ? Qui t'a mise une idée pareille en tête ? C'est encore un tour de cette maudite Granger ?"

"Drago, enfin ça suffit avec Miss Granger! J'ai pensé à cela seule, cesse de tout lui mettre sur le dos!"

"Et bien maintenant, tu as mon avis, c'est impossible, je ne peux pas imaginer vivre parmi les moldus, JAMAIS!"

Drago pensait que la conversation était terminée et commençait déjà à rejoindre ses appartements quand Narcissa ajouta, sans demi-mots :

"Et quel employeur voudra de nous quand nous serons obligés de travailler pour vivre Drago ? Tu crois peut-être qu'une bonne âme t'embauchera sur le chemin de traverse ? Moi, je n'y compte pas. De toute manière, voir la pitié ou la médisance dans leurs yeux ne m'intéresse pas. Je préfère encore la compagnie des moldus, et de loin. Réfléchis-y Drago, la vie de prestige et de privilèges est terminée, il va falloir s'adapter."