Chapitre VI : mars 1999 :

"Comment va Ron ? Cela fait un moment que je ne l'ai pas vu…"

Hermione leva les yeux vers son meilleur ami et soupira. Harry mentait et elle le savait.

"Harry, si tu veux que nous parlions de la relation que j'entretiens avec Ron, dis le clairement!"

Pris en faute, Harry baissa les yeux vers son thé pour cacher sa gêne. En effet, il avait vu Ron quelques jours auparavant. Ron lui avait vaguement parlé d'Hermione. C'était plutôt positif dans la mesure où il ne l'avait plus fait depuis très longtemps. C'est comme si la guerre avait enterré tout ce qui gravitait autour de lui en même temps que son frère. Harry et Hermione comprenaient bien cela, c'est pourquoi Hermione n'avait pas insisté pour avoir une conversation avec Ron sur leur relation naissante d'avant guerre. Elle s'était faite une raison, Ron avait des tas de choses à gérer, un deuil à porter, les affaires à faire tourner, un frère à maintenir hors de l'eau, une famille à protéger. Il ne pouvait pas en plus supporter de devoir rendre des compte à sa nouvelle "petite-amie". Hermione y avait tout de même pensé les premiers temps, mais finalement, elle trouvait presque gênant de devoir parler de ça avec une personne qu'elle avait certes aimé, mais surtout considéré comme son meilleur ami durant 7 ans. Ils avaient tous les deux préféré faire comme si rien ne s'était passé, et c'était peut-être pour le mieux.

"Qu'est-ce que tu veux savoir ?"

"En fait, pas grand chose… c'est juste que Ron m'a un peu parlé de vous l'autre fois et je me demandais comment ça se passait entre vous ?"

"Que t'a-t-il dit au juste ?"

"Simplement que vous n'en aviez pas reparlé…"

"Eh bien tu sais tout ce qu'i savoir Harry Potter! Nous n'avons jamais parlé de ce qu'il s'était passé durant la bataille et avec tout ce qu'il s'est passé ensuite… ce n'était plus vraiment l'ordre du jour tu vois… J'imagine que tu comprends ? avec Ginny ça doit être un peu pareil…"

"En fait, Ginny et moi nous retrouvons assez régulièrement maintenant… elle et moi, je crois que nous sommes vraiment ensemble, pour de bon…"

Alors Ginny et Harry avaient réussi à dépasser les difficultés tandis que Ron et elle n'avaient même pas osé aborder le sujet. Elle pensait que leurs sentiments étaient forts, pas tant que ça alors. Hermione ne pouvait s'empêcher d'être déçue mais après tout, ce n'était pas la première fois que Ron Weasley la décevait. Elle était tombée amoureuse de lui il y a des années, des années pendant lesquelles il avait été aveugle pour finalement l'embrasser pendant le moment le plus critique de leur existence. Hermione se ressaisit et sourit à Harry.

"Je suis heureuse pour vous, j'adore Ginny, vous êtes faits pour être ensemble."

"Ron et toi aussi Hermione… mais tu le connais, jamais il ne fera le premier pas."

Hermione réfléchit un instant. Harry avait tellement raison. Si elle voulait être avec Ron, elle ne pouvait compter que sur elle même. Il était bien trop timide pour tenter quoique ce soit, et trop maladroit aussi. Même s'il essayait, ce serait sûrement plus comique que romantique. Même après avoir combattu, Ron restait Ron, le rouquin peureux et parfois même affligeant. Hermione se trouva dur avec lui, mais finalement, ce n'était que la vérité. Avait-elle besoin de cela aujourd'hui ? Elle n'en était plus certaine.

"Je ne sais pas Harry, j'y réfléchirais…"

Mais Harry n'écoutait plus. Il était absorbé par ce qu'il se passait à travers la fenêtre de la cuisine. Hermione suivit son regard et aperçut une femme blonde, élancée et élégante. Elle la reconnue immédiatement. Cette description ne pouvait qu'être celle de Narcissa Malefoy. Mais que diable faisait-elle devant sa maison ?

"Hermione! Pourquoi Narcissa Malefoy est devant chez toi ? Tu crois qu'elle me suit ?!"

Hermione grogna devant les hypothèses ridicules de son ami. Elle tira sur ses vêtements, passant une main dans ses cheveux et regarda son reflet dans le miroir : raté! elle n'était toujours pas présentable. Pourquoi lui faisait-elle si peur ? que pouvait-elle faire de l'avis d'une femme de mangemort ? Elle était Hermione Granger enfin! Elle ouvrit sa porte d'entrée et sortit pour rejoindre la mère de Drago.

"Mme Malefoy ? Bonjour! Vous vous êtes perdue ?"

"Miss Granger, bonjour. Pardon de m'inviter de la sorte, j'avais besoin de vous parler."

Hermione fut très surprise mais elle ne pouvait pas refuser. Elle lui montra le chemin et fit entrer un membre de la famille Malefoy sous son toit. Ce jour était à marquer d'une pierre blanche sans doute. Harry salua Narcissa et lui proposa une tasse de thé. Ils s'installèrent ensemble dans le salon. Narcissa ne s'attendait pas à ce que Harry Potter soit chez Hermione mais finalement, il lui serait peut-être d'une grande aide. Elle ne voulait cependant pas parler de tout avec tout le monde et souhaitait par dessus tout que certaines choses restent secrètes.

"Merci de m'accueillir chez vous, Miss. Je pensais que vous viviez seule mais je crois que Mr Potter pourrait aussi m'apporter son aide."

Harry et Hermione ne relevèrent pas vraiment l'idée d'une colocation mais se regardèrent un instant. Narcissa voulait leur aide, c'était légèrement culotté.

"De l'aide ? mais pourquoi exactement ?"

Hermione était toujours très directe ce qui déstabilisait encore Mme Malefoy, elle ne s'y ferait sûrement jamais.

"En fait, je suis venue vous voir parce que vous êtes une… enfin vos parents sont…"

"Voulez-vous dire que mes parents sont moldus et que je suis leur fille ?"

Harry secoua la tête comme s'il pressentait la courtoisie s'envoler peu à peu dans cette conversation. Narcissa rougit instantanément. Jamais personne de la condition d'Hermione n'avait un jour osé lui parler de la sorte. Mais visiblement, la jeune fille se fichait bien de qui elle était et ce, comme beaucoup de sorciers aujourd'hui déplora Narcissa.

"Oh pardonnez-moi Miss Granger. Je ne trouvais plus mes mots… Je ne veux pas vous offenser…"

"Alors que voulez-vous ?"

"Vous savez bien que j'ai décidé de déménager avec Drago."

Harry lança un regard vers sa meilleure amie qui semblait vivre une autre vie que lui. Il n'était pas au courant du soi-disant déménagement des Malefoy et il se demandait bien pourquoi. Quant à Hermione, elle n'avait pas vraiment pris au sérieux l'annonce de Narcissa lorsqu'elle avait été au manoir, elle pensait que cette idée lui passerait, surtout avec la réaction de Drago. Elle avait donc jugé bon de garder cela secret. Personne n'avait besoin de savoir que les Malefoy se chamaillaient. Hermione acquiesça pour inviter Narcissa à poursuivre.

"J'ai envie de m'installer dans un quartier moldu, dans une maison… comme la vôtre."

Harry et Hermione ouvrirent de grands yeux et se demandèrent si Narcissa venait jusqu'ici pour leur faire une farce. Mais rien que l'idée était absurde, Narcissa Malefoy ne devait même pas savoir ce qu'était une farce. Devant le silence pesant qui s'était installé, Narcissa se sentit obligée d'ajouter :

"Vous avez vécu dans un quartier moldu toute votre vie et… vous aussi Mr Potter ! J'ai besoin d'être aiguillée pour pouvoir y vivre avec mon fils."

Là s'en était trop. Elle comptait vivre dans un quartier moldu, avec Drago. Le comble. Hermione eut un petit rire nerveux mais ne put rien répondre de plus. Harry prit la conversation en main.

"Excusez-là mais c'est vrai que l'idée est un peu inattendue... "

"Drago a réagi de la même manière. Mais je suis extrêmement sérieuse. C'est mon seul espoir de pouvoir recommencer une vie normale et paisible, proche de Londres. Drago ne veut pas quitter le pays!"

"Mais Drago veut vivre dans un quartier moldu par contre?"

Hermione explosa de rire. Harry avait eu la réplique parfaite. Narcissa se sentait très mal à l'aise et humiliée. Elle avait l'impression que la jeune fille se riait d'elle.

"Je lui ai fait comprendre que nous n'avions pas d'autres choix. Ma décision est prise, et si vous ne voulez pas m'aider, je trouverais quelqu'un d'autre, quitte à ensorceler un moldu pour qu'il me guide…"

"NON ! surtout pas."

L'idée même que Narcissa transforme un moldu en elfe de maison glaça le sang d'Hermione qui s'était arrêté de rire dans l'instant pour répliquer. Elle ajouta qu'elle lui apporterait son aide. Narcissa précisa qu'elle souhaitait que cette histoire ne s'ébruite pas et qu'elle comptait sur eux pour ne pas en parler. L'idée de vivre en paix dans un quartier moldu ne fonctionnerait pas si l'information circulait dans le monde sorcier. Harry et Hermione promirent de garder le secret. Narcissa ne s'attarda pas et Hermione lui proposa de transplaner depuis l'intérieur de chez elle, dans un recoin de la maison, à l'abri des regards. Lorsqu'elle se fut évaporée, Hermione et Harry rirent pendant une bonne demi-heure de la situation et passèrent la soirée à imaginer la tête de Drago lorsqu'il emménagerait dans un quartier moldu, mais aussi à quoi ressemblerait Malefoy devant un grille-pain, ou encore Malefoy devant le facteur.

"Chère madame Malefoy,

Suite à notre entrevue de mardi dernier, j'ai beaucoup réfléchi. J'ai pensé que vous trouver la maison de vos rêves seraient un bon point de départ pour que nous puissions commencer à apprivoiser le monde moldu ensemble, si vous voyez ce que je veux dire…

à très vite,

Hermione Granger."

Narcissa commença à trouver les familiarités de Granger presque… amusantes. Peut-être que c'était l'humour des moldus et qu'il faudrait qu'elle s'y fasse rapidement. Drago entra dans le salon et salua sa mère qui semblait presque enjouée. Il aperçut la lettre que tenait sa mère entre les mains et demanda avec suspicion de qui provenait le bout de parchemin. Il manqua de s'étouffer avec sa tasse de thé quand il entendit la réponse de sa mère. Il commençait à croire que sa mère copinait avec Hermione Granger. C'était affligeant, et en même temps cela le confortait encore dans l'idée qu'ils étaient désespérés, sa mère et lui. Globalement, leur vie était un désastre. Sa mère avait eu la bonne idée de convaincre cette petite peste de les aider à s'installer parmi les siens. Bien évidemment, Drago avait tenté de dissuader sa mère d'aller mendier chez elle, mais Narcissa n'avait que faire des élucubrations de son fils, elle n'en faisait qu'à sa tête depuis que son père était en prison.

"Je trouve ton comportement de plus en plus puéril Drago. Tu as intérêt à trouver le peu de savoir-vivre qu'il te reste pour aller "trouver la maison de nos rêves", sinon je te préviens, tu pourras dire adieu à bien des choses."

Drago fronça les sourcils. "trouver la maison de leurs rêves" ? sérieusement ? ils n'avaient jamais eu à chercher une maison, la leur avait été transmise de générations en générations pour finalement qu'ils y vivent à leur tour, tout avait été très simple. Et jusqu'à aujourd'hui, c'était ça la maison de leurs rêves. Et maintenant, sa mère voulait vivre dans une cage à lapin au milieu d'une communauté à laquelle ils n'appartiennent pas. Soit, mais il espérait qu'elle se rendrait compte de son erreur et qu'elle retrouverait rapidement ses esprits. Voilà pourquoi il avait cessé de se battre avec elle à ce sujet.

"Bien! et qu'est-ce que Granger te propose dans cette lettre ? dis-moi tout…"

L'ironie était forte mais Narcissa ne releva pas. Elle savait que Drago ne prenait pas la situation au sérieux mais elle préférait cette réaction à la colère ou le silence.

"Elle suggère que nous trouvions une maison avant de nous apprendre à vivre parmi les moldus."

Drago ne pouvait s'empêcher de soupirer lorsqu'il entendait sa mère parler de "vivre parmi les moldus". Elle n'avait plus que ces mots à la bouche et pourtant il n'arrivait toujours pas à envisager la chose. Elle le bassinait à longueur de temps en imaginant à quoi ressemblerait une "vie parmi les moldus" et semblait presque enthousiaste à l'idée. Cela dépassait Drago largement.

"Génial. Et comment tu vas faire pour trouver une maison chez… eux ?"

Narcissa leva les yeux au ciel et laissa Drago en plan avec ses questions. Son pessimisme était insupportable, elle ne voulait pas qu'il gâche sa bonne humeur. Oui, elle l'admettait, l'idée de pouvoir quitter prochainement le manoir, de démarrer une nouvelle vie, au milieu de parfaits inconnus, de pouvoir se promener dans les rues sans être prise à partie l'enthousiasmait au plus haut point.