(ou entre la peste et le choléra, il faut choisir la grippe)

Le nouveau coach faisait du bien à l'équipe, décida Jude.

Ils jouaient tous mieux, et leurs capacités physiques avaient bondi d'un coup en avant, ce qui lui laissait croire que tout ce temps, stressés comme ils l'étaient par les manières de la coach, leurs corps étaient tendus et incapables de donner leur maximum.

Wyles était en effet plus relax, malgré son beau costume et sa posture élégante. Il était très souriant, amical, et les laissait davantage suivre leur propre rythme. Il avait accepté de traverser le Japon sur une rumeur d'un attaquant de feu, parce que Syon (nouvellement recruté par les Raimons, un attaquant supplémentaire était toujours le bienvenu) était persuadé qu'il s'agissait de son cousin, et que Jude n'avait pas eu le cœur de lui dire le contraire.

Il avait promis à Axel de ne rien dire, aussi.

Ils avaient donc cherché un attaquant de feu, et avaient trouvé Claude Beacons, que le coach s'apprêtait à accepter avec un sourire satisfait... Mais Xéné avait débarqué, et révélé que Claude était en réalité un extraterrestre nommé Torch.

Il y avait beaucoup de coups de théâtre de ce genre, dernièrement, et Jude ne croyait pas au hasard. Quelque chose était louche là-dedans... Combien d'extraterrestres pouvaient ainsi passer pour des humains?

Et l'échange de regards entre le coach et les extraterrestres l'avait surpris, mais il avait balayé ce pessimisme rapidement. Quelles étaient les chances pour que deux de leurs coachs soient en lien avec les extraterrestres? Si ça se trouvait, il en savait davantage qu'eux parce que c'était un proche du président... N'était-ce pas le rôle du coach d'en savoir plus?

Non, leur coach était excellent, et appuyait ses idées avec des remarques claires et constructives, très différentes des énigmes de Schiller. Il se sentait écouté et soutenu, mais aussi poussé à s'améliorer...

Ce fut sûrement grâce à ce changement d'attitude qu'ils gagnèrent contre le nouvel Epsilon, malgré la crise de Shawn. C'était préoccupant, mais il n'y avait malheureusement rien qu'ils pouvaient faire pour l'aider, si ce n'était être près de lui au quotidien sans lui mettre la pression.

La Diamond Dust fut un problème; Shawn hors-jeu et la puissance de frappe de Sue laissant à désirer, Syon seul était lourdement marqué et ne pouvait s'approcher des buts adverses. Pendant ce temps, Mark avait du mal à arrêter les tirs du buteur alien, Gazelle.

Mais combien étaient-ils?

Ce fut étonnamment Byron Love qui les sauva, et il tenta de ne pas trop se pencher sur l'amertume qu'il ressentait. C'était un bon joueur, qui avait largement mérité une deuxième chance. C'était à lui de faire un effort, et de faire taire les cris de ses camarades durant le carnage Zeus dans sa tête.

Mais cela ne l'aida pas lorsque Byron demanda à lui parler en privé.

-Dis, Jude, je peux te demander quelque chose?

-Dis toujours, répondit-il prudent.

Pourquoi est-ce qu'avec Axel, il n'avait pas hésité, alors qu'il ne connaissait rien de lui? Il se secoua mentalement, et se concentra sur son ancien ennemi.

-Tu n'as pas l'impression que Raimon est... bizarre, en ce moment?

-Comment ça, bizarre? Nous n'avons jamais joué aussi bien, et nous n'avons pas perdu notre jeu d'équipe pour autant.

C'était quelque chose qu'il surveillait, après un incident au sein de son ancienne équipe. Lorsque les résultats et bonnes performances s'enchaînaient, certains pouvaient prendre la grosse tête et s'en prendre aux autres, ou jouer solo.

Il avait tardé à régler le problème, et c'était devenu problématique... Ce fut la seule fois de l'histoire où un joueur fut renvoyé de la Royal Academy, et il se blâmait toujours pour cela. Mais il avait la certitude d'avoir pris la bonne décision pour le long terme et son équipe, comme il l'avait fait avec Madame Schiller.

Il était donc toujours très attentif, et il n'avait pas remarqué la moindre tendance de ce genre chez les Raimons. Avec quoi Byron venait-il? songea-t-il agacé. Était-il en train d'insinuer qu'il remplissait mal son rôle?

-Non, mais... Il y a quelque chose d'étrange à propos de ces progrès. C'est tellement soudain... Et je sais que Raimon a tendance à défier les probabilités, mais... Ça me rappelle des mauvais souvenirs.

Ca, plus que tout autre chose, braqua Jude. Des mauvais souvenirs? Mauvais pour qui? C'était lui qui avait envoyé ses coéquipiers à l'hôpital!

-On n'est pas comme les Zeus, reprocha-t-il acide.

Puis il se tut. Une explosion de colère ne lui ressemblait pas, aussi il se ressaisit.

-Désolé, c'était injuste. C'est simplement que tu n'es pas habitué aux Raimons; nous avons fait d'énormes avancées en très peu de temps, mais c'est parce que nous sommes les meilleurs sous pression, et que nous nous soutenons mutuellement. Tu verras, tu t'y habitueras.

Et il tourna les talons, ayant besoin de s'éloigner pour se calmer malgré tout. Il croisa Wyles, qui regardait fixement Byron avec un air pensif. Avait-il peur que ce dernier ne s'intègre toujours pas, malgré les mots de leur capitaine?

C'était décidément un bon coach.

Et si Byron se blessait au prochain match contre Chaos (parce que maintenant, les aliens coopéraient pour leur rendre la vie encore plus dure) et devait déjà partir, Jude ne s'en chagrina pas trop, toujours un peu rancunier. Mais qui pouvait lui en vouloir?

Il ne voulait que ce qu'il y avait de mieux pour son équipe.

...

-Aquilina Schiller.

La jeune femme releva brutalement la tête en entendant une voix sirupeuse qu'elle connaissait bien. A travers les barreaux, elle vit l'homme au sourire insupportablement arrogant.

-Wyles! Que venez-vous faire ici?

-Vous faire sortir de votre cellule, sur ordre de votre père, évidemment. Et... Je venais vous faire savoir que votre ancienne équipe est entre de bonnes mains.

Aquilina blêmit. Ce psychopathe, en charge des Raimons? Non! Pourquoi? Il allait les blesser encore plus qu'elle, ils étaient en danger...

-Est-ce un ordre de père également? lâcha-t-elle d'une voix blanche.

-Ce que votre père ignore ne peut lui faire de tort...

Elle pâlit encore davantage, si c'était possible.

-Vous les utilisez pour votre propre plan? Qu'est-ce que vous prévoyez? Ils ne vous laisseront pas faire!

Wyles ricana.

-Mais pour ça, il faudrait qu'ils s'en rendent compte! Je les empoisonne petit à petit avec la pierre Alius, et le temps qu'ils réalisent pourquoi ils progressent aussi vite ces derniers temps, ce sera trop tard. Au début, j'avais pensé me servir des Raimons que vous aviez abandonnés en cours de route, mais vous m'avez servi une occasion en or sur un plateau d'argent...

Il ricana avec un sourire cruel, murmura à son oreille alors qu'elle tremblait:

-Vous n'auriez jamais dû partir. Mais maintenant, c'est trop tard...

Il se redressa et referma les barreaux derrière lui.

-Attendez! Vous n'étiez pas venu me libérer?

-Oh, mais vous avez refusé l'aide de votre père, toujours en colère contre lui... On a fait tout ce que nous avons pu pour vous aider, mais vous êtes trop têtue. Vous avez toujours été ainsi, après tout...

C'étaient donc les salades qu'il comptait servir à son père?

-Je lui dirai la vérité, siffla-t-elle.

-Et qui croira-t-il, entre sa fille traîtresse qui a juré de le faire tomber, et son bras droit qui l'a servi fidèlement pendant des années? Vous n'avez aucune chance, et vous le savez très bien. Mais vous devriez être heureuse, je vais réaliser votre rêve d'utiliser les Raimons pour faire échouer le plan de votre père... N'est-ce pas que vous aviez toujours voulu?

Elle recula comme frappée. Quelle était la différence entre elle et lui, finalement?

Non, elle ne pouvait pas penser comme ça. Elle voulait gagner avec les Raimons pour le bien de ses frères et sœurs, tellement opprimés qu'ils ne réalisaient même pas l'enfer qu'ils vivaient. Et elle voulait aussi gagner pour les Raimons, auxquels elle s'était terriblement attachée après ces semaines de coopération.

Elle voulait gagner parce qu'elle se souciait d'eux, et par pour ses gains personnels. La vengeance contre son père était passée petit à petit au second plan, jusqu'à être complètement oubliée; elle s'était juste cachée derrière ce prétexte pour pouvoir continuer à prendre des décisions froides et efficaces, sans ressentir de plein fouet la culpabilité qui en résultait.

Mais c'était fini.

-Je souhaite parler à l'inspecteur Smith!

...

Alkès était abasourdi, face à Aquilina Schiller.

-Vous avez dit quoi?

-Nous devrions coopérer.

Il avait bien entendu, donc. Il éclata d'un rire sans joie.

-Vous avez abandonné tous ceux qui avaient besoin de vous, de près ou de loin. Vous avez échoué à prendre soin de chacune de vos équipes, et vous revenez comme une fleur depuis que les Raimons ne veulent plus de vous?

-Comment sais-tu que ce sont les Raimons eux-mêmes qui m'ont écarté?

Elle avait ses yeux plantés droit dans les yeux, et il sut qu'elle savait déjà.

-J'ai suggéré à Jude de se débarrasser de vous avant que vous ne fassiez plus de dégâts.

-Et maintenant Godric Wyles est leur coach.

-Wyles? C'est une blague?

Son expression sombre lui dit que non, ce n'était pas une blague, et il dût s'asseoir. Son plan avait eu un spectaculaire retour de flamme, qu'il n'avait absolument pas vu venir.

-Mais l'Empereur n'a rien dit... Quel est l'intérêt de...?

-Mon père n'est pas au courant. Wyles fait ça pour ses intérêts personnels.

-Merde, jura Axel.

-Merde, confirma Schiller.

Ils échangèrent un regard empli de commisération.

-Qu'est-ce que vous voulez faire, maintenant?

-...Il faut que Génésis batte Raimon.

Il éclata à nouveau d'un rire sombre.

-Vous plaisantez j'espère? Vous savez ce qui arrivera si votre père met son plan à exécution!

-J'ai surtout peur de ce qui arrivera si Wyles met son plan à exécution.

Cela le figea immédiatement.

-C'est entre la peste et le choléra, réalisa-t-il. Comment en est-on arrivés là?

-Beaucoup de mauvais choix, j'en ai bien peur.

(Moi, l'auteure: ...oups?)

-Comment est-ce qu'on fait? soupira Axel. Il doit bien y avoir une solution... Une troisième option, d'une façon ou d'une autre...

Ils tombèrent à nouveau dans le silence, et puis Aquilina lâcha:

-J'en ai une, mais elle ne va pas te plaire. Il faudra convaincre Raimon de laisser tomber Wyles en même temps que convaincre Génésis d'abandonner père. Pour ça... Nous aurons besoin d'aide.

-Qui pourrait nous aider? Il faut pouvoir être capable de s'opposer à une grande puissance comme celle du consortium Schiller, avoir des fonds, un nom, une équipe, et savoir ce qu'il se passe...

Et il comprit.

-Non. Hors de question.

-C'est le seul moyen, et tu le sais.

-Jamais! cracha-t-il.

...

Mark ne pouvait chasser l'impression que quelque chose n'allait pas. Ils étaient plus forts que jamais, et il commençait même à se sentir confiant de leur capacité à affronter Génésis en égaux à leur prochaine rencontre.

Alors pourquoi ne dormait-il pas? Pourquoi faisait-il des cauchemars sur une lumière mauve qui engloutissait son équipe qui se laissait faire sans réagir?

Et pourquoi hésitait-il à les sauver, ou à les rejoindre?

Toutes les nuits, ce dilemme se répétait dans ses rêves. Toutes les nuits, il se réveillait en sursaut, pour voir ses camarades dormir dans un silence absolu -Jack avait miraculeusement cessé de ronfler- à un point tel que la première fois l'avait effrayé. Ils avaient l'air d'être sous un somnifère, ou dans un coma...

Mais il avait été parfaitement capable de les réveiller, et sous les ronchonnements irrités de ses coéquipiers -apparemment, ils n'aimaient pas être secoués en plein milieu de la nuit parce que leur capitaine avait fait un cauchemar, qui l'eut crû- il s'était recouché, relativement rassuré.

Il aurait dû être épuisé, après quelques nuits de ce manège, mais il était plus en forme que jamais.

Il ne pouvait chasser cependant cette impression que tout était différent d'avant. Même l'eau n'avait pas le même goût!

Ce fut en jetant par terre sa gourde vide dans un rare moment d'exaspération -il trouvait que cela arrivait de plus en plus souvent, d'ailleurs- qu'il entendit un cliquetis à l'intérieur. Curieux, il ouvrit sa gourde, et en retira un petit caillou mauve qui luisait étrangement.

-Eh, les gars! Venez voir ça!

Les Raimons s'attroupèrent autour de leur capitaine, en maugréant de l'interruption (ok, il les avait peut-être réveillés une fois de trop pendant la nuit), et il leur montra le caillou.

-Qu'est-ce qu'il y a, Mark? Pourquoi tu nous montres une jolie pierre? demanda Silvia.

-C'était dans ma gourde, et je me demandais si vous saviez ce que c'était.

-Dans ta gourde? Comment c'est arrivé là?

-C'est moi qui l'y ai mise, informa une voix derrière eux.

Décidément, Wyles avait un don pour les prendre par surprise... Attendez quoi?

-Est-ce que ce n'est pas dangereux? s'inquiéta-t-il.

-Du calme, ce sont des pierres aux vertus thérapeutiques, assura-t-il. C'est en cours de test de la part du gouvernement, en passe d'être légalisé pour une utilisation médicale. Je travaille pour une entreprise pharmaceutique, après tout; vous pensez réellement que je ferais quelque chose qui vous mettrait en danger?

Il avait l'air sincèrement attristé par cette idée, et Mark secoua précipitamment la tête.

-Non, pas du tout! Mais est-ce que ce n'est pas de la triche?

-Les effets sont légers, affirma leur coach. On constate simplement que les sujets ont un corps plus sain et vigoureux, et qu'ils dorment mieux... Cette pierre se débarrasse de vos toxines et purifie votre corps. Et puis, vous combattez tout de même des aliens... Vous avez bien le droit à un petit coup de pouce, non?

-C'est vrai, ça! lâcha Hurley. Je me suis jamais senti aussi bien depuis quelques temps. Et si c'est sans danger, je ne vois pas où est le problème!

Mark pencha la tête sur le côté, perplexe. Jude s'approcha de lui, posa la main sur son épaule.

-Tu t'inquiètes trop, Mark.

-Mais j'ai un mauvais pressentiment...

-C'est parce qu'on a passé quelques rudes semaines, on s'est habitués au pire, et maintenant que ça va mieux on est perturbés. Mais physiquement on est au sommet, et on a de bonnes raisons de penser que Génésis est notre dernier adversaire. Il ne nous reste plus qu'un match à gagner, Mark, et puis on pourra jouer au football sans pression, comme avant.

-J'espère...

-Tout se passera bien, je te le promets.

...

-Aquilina Schiller et Axel Blaze... Ou devrais-je t'appeler Alkès? Que me vaut le plaisir de votre visite?

Ray Dark leur faisait face, engoncé dans un gigantesque fauteuil noir, les lèvres cachées derrière ses mains croisées (mais il le savait, cet homme souriait).

Axel serra les dents, et Aquilina après lui avoir jeté un coup d'œil décida de prendre la parole.

-Avant toute chose, merci de nous recevoir, Monsieur Dark...

-Allons droit au but, voulez-vous? coupa-t-il avec un air arrogant. Vous avez besoin de mon aide, de façon assez désespérée si j'en juge la présence de Blaze. En quoi puis-je vous aider, mais surtout...

Un sourire cruel étira ses lèvres.

-Que puis-je y gagner en retour?

...

... J'avais dit que je serais plus régulière... Pardon!

Voilà deux chapitres d'un coup pour me faire pardonner! Il n'y a que huit chapitres (et un épilogue) en tout, donc... On approche de la fin!

Qu'en pensez-vous? J'adore cette idée de Jude qui retrouve petit à petit ses racines plus sombres (il détruisait des ECOLES, avant, et maintenant il affronte des extraterrestres qui font pareil en toute mauvaise foi) à grands coups de déni et de mauvais conseils d'Axel qui ne veut PAS TRAVAILLER AVEC RAY DARK.

Aaaaah tant d'évènements *sourire sadique* J'adore torturer mes petits personnages...

En tout cas je vous souhaite une bonne semaine, et à bientôt!