Les fards se mettent à couler.
Du rouge foncé sur les lèvres, cendres de roses sur les joues. Quel dommage, le restant de la peau était talqué de frais. Il se redresse, observe sa proie. Son regard sombre autrefois si alerte est ouvert sur l'infini, absent. Elle est allongée. Une larme coule le long de la tempe et va se perdre dans la masse bouclée des cheveux.
Une poupée.


Lucius huma l'air avec délice. La journée était prometteuse. Des derniers opposants capturés, il savait qu'il y en aurait d'intéressants. Et même plus que cela. Depuis le triomphe du Seigneur des Ténèbres, les raisons de trembler étaient nombreuses. Mais pour les Sang Pur comme lui, les raisons de frissonner l'étaient tout autant. De très bons frissons, en vérité.Le ciel était à l'orage. Il se pressa vers l'entrée de la Salle des Ventes Wizerby's, sa cape sombre tourbillonnant derrière lui. Il avait hâte de voir de ses yeux le récent arrivage.

La pièce des enchères était pleine à craquer. Alignés le long des murs dans d'étroits caissons vitrés, chaque prisonnier renvoyait à l'assistance un regard vide, témoin du sort d'immobilité qui les liait.

Ils étaient tous vêtus du costume gris des prisonniers d'Azkaban. Nul doute que ceux qui ne seraient pas achetés aujourd'hui iraient y terminer leurs jours. Lucius examina chaque visage, à la recherche de traits familiers, le cœur battant. Ici, le fils Weasley, l'ami de feu Harry Potter. Un peu plus loin, le visage lumineux de Fleur Delacour qui paraissait, telle Méduse, vouloir statufier les visiteurs de toute la fureur de ses yeux bleus.

Il passa au suivant et son sang ne fit qu'un tour. La Sang-de-Bourbe.

Incapable de ciller, presque aussi immobile que les détenus dans leur boîte, Lucius ne pouvait détacher ses yeux de la vitrine où se tenait Hermione Granger. Son visage arborait une couche de crasse qui le réjouit, rehaussant avec justesse son ascendance médiocre.

Il ne soupçonnait pas le rictus mi fasciné mi écœuré qui étirait ses lèvres minces. La décision se prit mécaniquement, sans qu'il y réfléchisse une seconde. Quelque part au fond de son inconscient, s'agitaient déjà les fantômes de ses prochains sévices. Sa conscience était déjà occupée à réfléchir à la façon dont il allait remporter cette enchère.
Le sorcier-priseur heurta la tribune vernie de sa baguette, et les visiteurs, acheteurs comme curieux, se hâtèrent de rejoindre leurs places. Lucius se dirigea d'un pas alangui vers le siège réservé à son nom.

La vente commença.

Certains prisonniers ne trouvaient aucun acquéreur, d'autres partaient après de brefs enchérissements, et plus rares étaient ceux qui donnaient lieu à une véritable lutte. Les offres pour la fille Delacour, notamment, atteignirent des sommes démentes, et il ne put retenir un bâillement devant la longueur de cette enchère.

Quand il ressortit de la Salle des Ventes, serrant sa canne argentée d'une main frétillante, il ressentait une satisfaction rare. Peu de sorciers avaient enchéri contre lui. D'un regard, il avait évalué leur fortune et compris qu'il remporterait la partie.

A la fin de la session, il avait immédiatement payé et insisté pour que son bien lui soit livré le soir même, rejetant d'un geste altier l'offre classique d'apprêter sa future esclave avant de la lui faire parvenir.

Un verre de Whisky Pur Feu de vingt ans d'âge l'attendait à son retour, ainsi qu'une fine cigarette, le tout préparé à l'avance par les elfes. Dans la cheminée, un feu de tous les diables. Il s'alanguit dans son fauteuil de cuir, savourant l'idée de sa toute nouvelle prise, attendant les bruits dans le hall qui signifieraient l'arrivée du sorcier de livraison, dégustant le tabac blond et…

« Père.

Il leva les yeux, agacé d'être ainsi dérangé.

« Avez-vous fait d'intéressantes acquisitions ? Tenta Drago d'un ton prudent.

« - Les pièces intéressantes se font rares, mais elles n'ont pas entièrement disparu.

Il écrasa sa cigarette, tout en exhalant la fumée par le nez.

« - Sur quels objets avez-vous porté votre choix ? Risqua le jeune homme, en sachant aussitôt qu'il en avait demandé trop.

« - Il suffit ! Je te conseille de t'intéresser davantage à ton examen de Droit Magique qui tombe, je te le rappelle, à la fin du mois. Le Conseil des Ténèbres a besoin de mages qualifiés pour construire un monde nouveau. Pas de stupides rejetons, trop curieux pour leur propre bien.

Son fils éclipsé, il soupira d'aise devant sa tranquillité retrouvée. Il entendit alors la lourde porte d'entrée s'ouvrir, l'empressement des elfes, les pas dans le hall. Son bien était arrivé.

« - Maître, votre colis est arrivé. Voulez-vous…

« - Portez-le dans la chambre rose. N'y touchez pas davantage. Ne l'ouvrez pas.

Lucius se leva et s'approcha de l'âtre. Il enchaîna quelques pas nerveux en terminant son verre, puis sortit de la pièce.


Les lambeaux de carton et de kraft tombèrent au sol. La vitrine luisait dans la pénombre. Il alluma quelques bougies pour y voir mieux. Les employés de Wizzerby's avaient sommairement nettoyé son visage, mais Hermione Granger arborait de nombreuses coupures sur les joues, et portait toujours le vêtement grossier des détenus.

« Nous allons remédier à cette désastreuse apparence, chère. Alohomora.

La serrure dorée qui maintenait la vitrine fermée cliqueta, et le pan avant pivota pour s'ouvrir. Hormis ses yeux qui cillaient de temps à autre, rien dans l'apparence de la fille ne la différenciait d'une statue de cire. Le maléfice d'entrave qui la gardait immobile lui permettait imperceptiblement de respirer…

Et accessoirement, de penser.

Lucius leva sa baguette.

« Impero.

Un frisson de satisfaction parcourut sa colonne vertébrale, alors qu'il prononçait le sort. Pour lui et sa famille, ainsi qu'un nombre restreint de sorciers de haut rang, les Impardonnables étaient permis par les nouvelles lois. Encore fallait-il être bien né, ou avoir accompli quelque action d'éclat digne de récompense.

Le Lord Noir ne siégeait pas au Ministère, car il poursuivait de trop importants (et trop mystérieux) objectifs pour se consacrer à la politique. A la tête du gouvernement siégeait le Conseil, une assemblée de douze sorciers triés sur le volet et entièrement soumis à leur Maître. Lucius était de ceux-là, et jeter ce sort lui rappelait délicieusement à quel point il était privilégié.

Il leva le maléfice d'entrave et s'approcha.

« Je n'aime pas particulièrement contraindre les autres par la pensée. Je préfère qu'ils réalisent par eux-mêmes à quel point ils ont à gagner à me servir.
Hermione contemplait le vide, inexpressive.

« Plus tôt tu le comprendras, plus tôt je te délivrerai de l'Imperium. Tu m'appelleras Maître. Garde à l'esprit que sans moi, tu pourrirais déjà sur le sol d'Azkaban, privée de ce qui te tient lieu d'âme. Je t'offre la protection, et en échange tout ton être est à ma disposition. As-tu compris ?

« - Oui, maître.

Sa voix était caverneuse, enrouée.

« - Tu as sans doute attrapé froid. Et tu es sale comme le diable. Un bain chaud sera des plus profitables.

Il l'attrapa par le bras et la dirigea vers la salle-de-bains attenant à la chambre. Comme attendu, elle avança docilement à son côté. Ses jambes étaient toutefois incertaines.
Il déclencha l'écoulement d'une dizaine de robinets argentés, qui emplirent en un clin d'œil le bassin de marbre. Une mousse crémeuse couvrait la surface de l'eau. Il se tourna vers elle et saisit le tissu de sa robe. Il la fit glisser sur sa peau en prenant son temps, se délectant de la découverte de son nouveau jouet.

Il vit son corps blanc, maladivement maigre. Ecorché par endroits, sans doute lors de son arrestation. Il dénoua le fil grossier qui retenait ses cheveux, souillés de terre et d'un millier d'autres substances.

D'un geste de la tête, il l'invita à entrer dans l'eau. Elle s'exécuta, avec toujours la même indifférente docilité. Il la suivit des yeux.

Hermione avait presque disparu dans la mousse. Seules ses épaules dépassaient de la surface, et de longues mèches brunes flottaient en étoile autour de son buste. Il avança vers le bord du bassin, se pencha et entreprit de savonner la peau livide de son esclave. Ce faisait, il murmurait des paroles apaisantes, sans trop savoir si elles étaient destinées à la fille ou à lui-même.

« Te laver te fera le plus grand bien. Tu n'es pas tombée entre de mauvaises mains, Sang de Bourbe. En vérité tu es bien plus en sécurité ici que nulle part ailleurs. Tu seras bien traitée, à condition que tu me traites bien. Et cela ne fait aucun doute, n'est-ce pas ?

Il sourit.

« Tu apprécieras vite ta nouvelle condition. Et si tu te montres obéissante, je lèverai l'Imperium en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Tu pourras circuler librement dans certaines pièces. Je pourrai même te laisser quelques livres. En récompense de ta conduite. Je n'oublie pas que tu étais autrefois une élève exemplaire. Ils le sont souvent, ajouta-t-il pensivement. Ceux de ton engeance.

Dans le regard de la fille, quelque chose s'alluma un instant, avant de disparaître. Il reposa l'éponge naturelle dont il se servait, et entreprit de laver ses cheveux. Il massait et caressait ses boucles alourdies d'eau, ne se privant d'aucun commentaire.

« Tu es si sale, si sale… je me suis souvent demandé de quoi tu pouvais avoir l'air une fois débarrassée de tes allures de souillon au Sang de Bourbe.

Il rinça ses cheveux, son corps.

Alors qu'il aurait pu la sécher d'un sort, il l'enroula dans un immense drap de bain, frottant doucement, la pétrissant avec une attention presque maternelle. Il la guida dans la chambre et invoqua une fiole ronde, et en versa le contenu dans sa main. Il fit glisser la serviette et la laissa debout, au milieu de la pièce. Tournant autour de son corps, il lui appliqua de la tête aux pieds une huile parfumée au néroli.

Lucius fit apparaître une pile de vêtements. Lentement, avec des gestes mesurés, il entreprit de la rhabiller.

Il lui passa de légers et coûteux sous-vêtements, aux teintes discrètes et du meilleur goût. Avec une patience presque affectueuse, il lui fit enfiler une robe rouge sombre, toute de velours doublée de soie, ajustée parfaitement à son corps, tombant jusque sous les genoux. De légers bas couvraient à présent ses jambes, terminés aux pieds par de fines ballerines.

Lucius Malefoy recula et contempla son œuvre.

Ses cheveux pendaient, encore humides, sur ses épaules. Son visage pâle demeurait hagard. Il pétrit ses boucles d'une lotion destinée à les domestiquer, et les sécha magiquement. Puis il poudra son visage et appliqua sur ses lèvres un rouge sombre, gras et velouté. Il farda ses joues.

« Allonge-toi.

L'esclave allongea son dos sur les nombreux coussins, et releva ses jambes sur le couvre-lit. Elle laissa aller sa tête contre la dentelle des oreillers, et observa Lucius d'un air toujours absent.

« Je déplore cet état de faits, mais il te faudra un peu de temps pour t'habituer. Pour comprendre. Lever l'Imperium maintenant serait prématuré.

Alors qu'elle acquiesçait, il lui sembla que le regard de la fille se troublait. L'ombre d'un doute. Avait-il imaginé cette émotion ?

L'imperium la maintenait dans un état second. Elle était obéissante. Elle ne souffrait en aucune façon de la situation, puisqu'il la contrôlait en lui dictant un comportement qu'il prescrivait comme la normalité. Mais il ne voulait pas la couper d'elle-même trop longtemps. Plus il attendrait, plus le retour à la conscience serait violent et incontrôlable.

« Juste ce soir, murmura-t-il à son oreille.

Il lécha sa lèvre fardée de frais, et amorça un baiser. Elle n'eut bien sûr aucune résistance. Il retira les oreillers qui la maintenaient assise et elle retomba à plat sur le lit. Son avant-bras replié disparaissait presque sous la masse bouclée de ses cheveux. Lucius s'allongea sur elle de tout son poids, appréciant la chaleur du contact, mais conscient qu'elle demeurait encore bien maigre. Si elle devait supporter ses attentions de façon régulière, il devrait prendre garde à la nourrir correctement.

Il s'attaqua à la peau de son cou, si blanche, presque autant que la sienne, et Hermione détourna docilement la tête pour la lui offrir davantage. Une odeur nouvelle baigna son odorat. Il ne désirait plus attendre, et la dépouilla des vêtements qu'il venait de lui passer. La fragilité maladive de la fille l'excitait d'une façon qu'il n'aurait su expliquer.

Là. C'était maintenant. Il passa une main derrière sa cuisse pour affirmer sa prise et s'invita sans détours dans son jouet, exhalant un râle de plaisir presque bestial alors qu'elle s'ouvrait docilement à lui.

Son esclave avait fermé les yeux, mais concentré sur ses sensations, il ne le remarqua pas. Il laissa échapper un hoquet satisfait, alors qu'un sourire involontaire étirait son visage.
Il se l'appropria en gestes amples, lents, généreux de son sexe. Savourant une victoire toute nouvelle. Son souffle rattrapait sans peine l'agitation de son corps, mais il savait que cela ne durerait pas.

Le rouge avait filé tout autour de sa bouche, barbouillant leurs deux visages dans l'indifférence la plus complète. Lucius imprima durement ses doigts dans la peau des hanches qui, otages de son poids et du sortilège, restaient immobiles. L'agitation le gagnait progressivement, et ses mouvements devenaient pressants et désordonnés.
Il embrassait et léchait son visage, savourant la saveur sucrée et odorante des fards. La férocité de ses mouvements augmentait, et il ressentait un plaisir trouble à l'idée ne pas avoir à museler cette violence.

Ses doigts vinrent agripper la masse bouclée de ses cheveux et, le visage enfoui dans son cou, il se laissa atteindre par le plaisir. Il resta un moment immobile, à l'écoute des battements violents de son cœur, et releva que la respiration de la fille s'était accélérée pendant l'acte.

« Bonne fille. Gentille Sang de Bourbe.

Il se releva et remis de l'ordre dans ses vêtements, collés à sa peau par la transpiration. D'un sortilège, il rhabilla la fille et remit de l'ordre à sa chevelure. Délicatement, il la redressa et réinstalla sa tête contre les oreillers.

Du travail l'attendait. Le pouvoir, mais sans les frissons cette fois.


Pendant les semaines qui suivirent, Drago Malefoy ne manqua pas s'espionner son père. Son attitude empressée, la fièvre dans son regard alors qu'il s'isolait, tard le soir, l'avaient tout à tour intrigué, puis inquiété.

L'arrivée du mystérieux paquet était un secret de son père, parmi tant d'autres. Mais quelque chose différait, cette fois. Cette lueur dans ses yeux. Une vigueur nouvelle dans ses gestes, dans sa façon de se mouvoir.

Il le suivait, le long des couloirs du manoir, comme un enfant après le couvre-feu. Lucius disparaissait dans l'une des chambres inoccupée (mais l'était-elle vraiment ?) de l'aile est. La durée de ces visites était variable. Il y restait parfois une heure, parfois bien plus longtemps.

Le jeune homme hésitait, pris entre la curiosité et la peur de découvrir ce que trafiquait son père. La porte était scellée magiquement, mais le manoir était aussi sa demeure, et il connaissait des dizaines de passages secrets entre les pièces les plus improbables qui soient.

Ainsi, un passage reliait sa propre chambre à la cuisine, qui elle-même était reliée aux combles par le biais d'un panneau coulissant dans la réserve. Pendant les mortels étés au manoir, Drago avait eu tout le loisir d'explorer sa propre maison.

Et la chambre rose, il le savait, était reliée au salon vert par un étroit escalier en colimaçon que visiblement, son père ne connaissait pas.

Un soir, alors que son père était retenu au Ministère, il décida qu'il voulait savoir.


La chambre était plongée dans la pénombre, et il y régnait une agréable chaleur.

Sur le lit, dans ce décor de chambre de poupée, trônait une jeune femme. Son teint était pâle, velouté. Ses lèvres, brillantes et colorées, et ses joues, ornées d'un rose artificiel. Ses cheveux étaient soigneusement coiffés en boucles soyeuses. Son corps menu était habillé d'une fine robe brodée d'argent, de la plus exquise facture.
Il s'approcha, et examina ses traits.

C'était Hermione Granger.

Drago sentit ses sourcils se hausser à l'extrême, alors que sa bouche s'entrouvrait en petit bruit aqueux. Son rythme cardiaque s'emballa, et malgré la chaleur de la pièce, ses mains se glacèrent.

La Sang de Bourbe, cauchemar de son enfance. Hermione Granger.

Granger, comme jamais il n'aurait pu l'imaginer. Hermione, déguisée en poupée de porcelaine, silencieuse, les lèvres peintes de frais.

Que pouvait bien faire son père de cette étrange créature ?

Et comme dans une écœurante pièce de théâtre à l'action millimétrée, des pas se firent entendre dans le couloir. Le bruit d'un sortilège.
Il le saurait bientôt.


Le petit matin vit le jeune homme de retour dans sa chambre, les yeux cernés, les muscles courbatus à force de rester immobile dans sa cachette de fortune. Il avait la passé la nuit dissimulé par les lourds rideaux de la chambre rose, serrant les poings, témoin malgré lui de l'étrange et épouvantable scène qui s'était déroulé entre son père et la fille.
Lucius était entré, visiblement éreinté, le regard fatigué mais toujours porteur de cette nouvelle flamme qui le trahissait si bien. Il s'était assis au bord du lit, et s'était mis à parler. A la fille ? A lui-même ? Impossible à savoir. Il évoquait ses craintes, les problèmes qu'il avait rencontrés à la réunion de ce soir, les rivalités dont il était l'objet. Il avait même pleuré, un peu.

Puis il s'était allongé auprès d'elle et avait entamé un nouveau monologue. A propos d'elle. Le jeune Serpentard avait senti la tête lui tourner.

« Toi seule, toi… avait murmuré son père avant de poser une main sur son ventre, avant de se pencher sur ses lèvres rouges, avant de…

Drago avait détourné les yeux.

A présent qu'il était allongé sur son lit, parfaitement immobile, son cœur battait encore trop vite. Les tentures vertes ondulaient sous le vent du matin, baignant sa chambre d'une fraicheur bienvenue. La peau moite de son front s'en trouvait apaisée, mais ses pensées restaient en feu.

Rien ne changea au cours de la journée, et sans savoir pourquoi, le soir même, il reprit sa place derrière le rideau.


Son père venait d'en finir, et à présent il sanglotait dans le giron de la fille. Comme le soir précédent, Drago avait détourné le regard quand les choses avaient pris un tour trop charnel. A présent il les regardait. Sans la moindre pudeur, son père enroulait son corps mince et blanc (si semblable au sien) autour de la fille.

Il ne l'avait jamais vu pleurer, bien qu'en des temps plus troublés, avant l'avènement de Voldemort, il l'eut déjà vu bouleversé. Les mots qu'il prononçait à l'oreille de la fille, d'une voix atténuée mais parfaitement claire, lui faisaient monter le rouge aux joues et glaçaient son sang. Mais il ne pouvait pas se détourner de ce qu'il entendait.

« Tu es la seule à ne rien demander, à ne rien exiger de moi, la seule qui ne veut pas me nuire.

Sans s'en apercevoir, Drago avait porté ses mains à son visage et enfonçait ses ongles dans ses joues. Son père promenait doucement son index sur la bouche de la fille.

« Ta chair, ton sang sont interdits. Ici je brave la dernière règle, l'ultime. Le Seigneur des Ténèbres approuverait que je te fasse souffrir, mais il me tuerait en sachant que je viens en toi…

Le corps d'Hermione Granger reposait sagement sur son couvre-lit luxueux, désespérément immobile. Dévêtue, les cheveux retombant en cascade sur le côté du lit. Son profil était barbouillé de ce rouge gras qui un moment avant, recouvrait ses lèvres.

Son père enfouit ses sanglots dans le cou de la fille et fit tourner sa tête, offrant soudain à Drago la vue de son visage. Il lui sembla qu'elle le regardait, lui.
Il eut un geste brutal de recul.

Elle ne pouvait pas le voir, n'est-ce pas ? Et quand bien même, elle ne pouvait pas parler. Elle ne pouvait même pas être alarmée de sa présence. Elle était sous Imperium !
Mais quelque chose était entrain de se passer.

Son père s'était levé et portait dans les bras le corps de la fille vers la salle de bains. Il aurait pu la faire marcher, pensa Drago en observant l'effort qu'il fournissait malgré la légèreté de la prisonnière. Il paraissait si las, au bord de l'épuisement.

Une seconde après, ce fut le bruit de l'eau qui coulait qui parvint à ses oreilles. De sa cachette, il ne pouvait pas espionner. Mais le plafond vouté de la salle d'eau renvoyait les sons à la perfection et permettrait de tout entendre, une fois le bouillonnement de l'eau arrêté.

« Le bain va te réchauffer. Il faut que tu manges. Tu es trop mince…

Drago tendait l'oreille, avide d'en entendre toujours plus. Quelles choses avait-il bien pu confier à son esclave ? Lucius paraissait tellement épris de cette fille, presque soumis. Soumis ? Son père ? Lui, bras droit du Seigneur des Ténèbres, membre éminent du Conseil ? Lui ? Drago sentit monter une haine cuisante.

Le fracas de l'eau s'était arrêté.

Il entendait à présent le doux clapotis de l'eau qui ruisselait sur le corps de la fille, et son père qui parlait, encore. Jamais, même lorsqu'il était enfant, il ne l'avait entendu parler de la sorte. Et il avait du mal à imaginer qu'il ait ainsi parlé un jour à Narcissa.

Comment cette Sang de Bourbe l'avait-elle ensorcelé, depuis les tréfonds du carcan magique qui l'emprisonnait ? Était-ce seulement son corps ? Fardé et apprêté, certes, mais si mince, amoindri par des mois de lutte et de survie ? Non. Et ce n'était pas non plus le silence apaisant qu'elle lui offrait, la quiétude, ou bien le plaisir qu'il prenait avec elle.

C'était l'interdit.

Il était atterré d'en arriver à de telles conclusions. L'extrême perversion de son père, mais aussi les idées que son propre esprit en était arrivé à concevoir. Il lui sembla qu'il n'en finirait jamais de perdre son innocence.

Le frisson de l'interdit pouvait-il vraiment tout faire oublier ?

Le pouvait-il vraiment ?


« Je suis le seul à percevoir ton éclat. Tu es unique. Cette ascendance animale, cette fange dont tu proviens me dégoûte tant, mais je trouve miraculeux qu'il en soit sorti un être tel que toi.

Il parlait suavement, lentement, cherchant parfois ses mots. De temps à autre, un silence s'installait, et Drago devinait un baiser, une caresse, peut-être une larme.

« Je voudrais te rendre la parole, la liberté de bouger, mais tu me bafouerais sûrement. Tu ne comprendrais pas.

Lucius revint de la salle de bains, Hermione dans les bras, enroulée dans un immense drap de bain. Comme la veille, il prit soin de son corps avec l'attention presque servile d'un elfe de maison. Il la sécha, enduit son corps d'une huile dont l'odeur suave parvint jusqu'à Drago. Il la rhabilla et la couvrit un luxueux plaid de cachemire.

Il l'embrassa sur les lèvres, sur le front, puis à nouveau sur les lèvres, et se dirigea vers la porte. Il se retourna, une dernière fois.

« Un jour je te rendrai l'usage de tes pensées, et tu me haïras. Mais sache que chaque jour que tu passes ici, je te sauve la vie. Tu es chez ton pire ennemi, mais tu es sauve. Tu es à l'abri, au chaud, et bien nourrie. Je prends soin de toi, je te réchauffe de mon propre corps. Et personne à part moi ne te touche. Pense à cela, car je veux que tu pèses le pour et le contre quand tu retrouveras tes esprits.

Il posa la main sur le bouton de porte.

« Bonne nuit.


Pourquoi attendre ?

Drago s'approcha du lit. Granger le fascinait. Soudain mal à l'aise, il enfonça ses ongles dans la chair de ses paumes. Envisageait-il vraiment de la toucher ? Il s'approcha encore. Ses cils fardés battirent lentement, et le flux discret de sa respiration lui parvint.

La passivité extrême de son visage le troublait, et il promena son index sur le velouté de sa joue. Il saisit sa main, tiède et consentante, et replia son bras sur son ventre. Ses cheveux, autrefois en bataille, étalaient leurs boucles soyeuses de part et d'autre de l'oreiller. Il revint à son visage, et fit un bond en arrière.

Elle le regardait.

Aucune émotion n'était perceptible mais ses yeux étaient orientés vers lui de façon évidente. Drago eut un nouveau mouvement de recul. Un laps de temps s'étira, où leurs yeux ne se lâchèrent pas. Le jeune homme sentait une sueur glacée ruisseler entre ses omoplates, mais demeurait aussi figé que la fille.

Il détourna le regard, terme d'un moment impossible à mesurer.

Fasciné, il avait voulu s'approcher du jouet de Lucius. Il avait voulu ressentir cette même félicité qui transfigurait son père. Des tréfonds de la prison qu'était devenu son corps, elle en avait fait un être attentif et sensible, débordant d'amour et d'extase. Lui qui l'avait toujours trouvée si ordinaire !

Quel était ce pouvoir que la Sang de Bourbe possédait, et qui avait mis le grand Lucius Malefoy à sa botte ? Quel était ce pouvoir que lui, Drago, ne possédait pas ?
Hermione Granger le regardait, toujours. Ses paupières clignèrent doucement, presque langoureusement. Et une larme roula sur sa tempe, entrainant dans son sillage une rivière de fards.

L'odeur suave de ses cheveux monta jusqu'à lui, et il se pencha. Un être rien qu'à lui. Etait-ce le sentiment d'une possession totale, indiscutable, qui rendait son père fou ? Certainement pas. Il y avait quelque chose d'autre. C'était dû à la fille.

Jamais mutisme ne lui avait paru plus hurlant, jamais immobilité ne lui avait parue plus insaisissable. Il se rappelait la gifle qu'elle lui avait donnée, en troisième année, ses répliques acerbes et son intellect acéré, et plus tard, de sa force et de son intelligence alors que la guerre faisait rage. Elle avait été une adversaire de valeur, au fond.

Et puis, il y avait l'interdit. Savoir que non seulement la morale lui interdisait de toucher cette fille, mais également, la loi. Et le régime actuel ne plaisantait pas avec ça.

Lucius devait se délecter : quoi de meilleur qu'enfreindre une loi que l'on a soi-même mise en place ? De soumettre à l'extrême son ennemi et de posséder son corps, au propre comme au figuré ? Et perversion sublime, de prendre soin de lui afin de prolonger la situation.

Il s'était assis auprès d'elle, repoussant la couverture. Il pouvait sentir contre sa cuisse la chaleur de son corps, qui rayonnait à travers le luxueux tissu de la robe.

L'impunité.

Voilà le pouvoir suprême que les siens avaient fini par posséder. La vie éternelle, la richesse, la gloire… toutes choses pour lesquelles son camp s'était battu, depuis le Seigneur des Ténèbres jusqu'au dernier apprenti mangemort, n'étaient que fadaises. Rien ne dépassait ce sentiment que rien ne vous était refusé !

Drago posa une main sur sa jambe gainée de soie, juste sous l'ourlet brodé de sa robe. Puis il se tourna vers le visage d'Hermione, encore.

Une nouvelle larme sur sa joue.

Il remonta le long de sa jambe, relevant lentement sa robe, faisant apparaitre le jupon immaculé. Mais il en voulait plus : sa voix, ses gestes… Il voulait bien de ses larmes, mais il voulait l'entendre les verser, voir les sanglots soulever cette poitrine menue, hoqueter de désespoir.

Encore des larmes, bien plus nombreuses. Les fards coulaient. Et soudain son visage lui parut plus tragique, bien plus dérangeant. Comme une barrière aux appétits qu'il sentait monter en lui depuis quelques minutes. Quelques minutes ? Non, il la désirait depuis qu'il avait posé les yeux sur la poupée humaine qu'elle était devenue.

« Je sais ce que tu veux.

Il tendit sa baguette et verrouilla l'issue qui donnait sur le passage secret qu'il avait emprunté. Mais cela ne suffirait probablement pas.

« Assurdiato.

Puis il marqua un temps d'arrêt. Il pouvait encore tout arrêter. Mais que risquait-il ? Rien n'échapperait à son contrôle. Et quelque chose d'autre le décida à agir : curieusement, il se sentait en droit de se comporter ainsi. L'impunité, toujours. Lentement, il pointa sa baguette vers la prisonnière.

« Finite incantatem.

Il avait eu raison d'insonoriser la pièce. Un hurlement d'horreur, de douleur, de frayeur, retenu depuis des semaines, déchira la gorge d'Hermione Granger. Ses mains se refermèrent spasmodiquement autour de son cou, griffant la peau de sa gorge, tandis que ses jambes se tendaient avec frénésie pour repousser les couvertures de son lit.
De son côté, Drago la maintenait calmement en joue.

Au bout d'un long moment où Hermione reprenait chaotiquement possession de son corps, les hurlements s'espacèrent, laissant place à des sanglots. Ses bras s'étaient enroulés autour son buste, et elle se balançait légèrement d'avant en arrière.

« Fais… fais-moi sortir d'ici…


à suivre