Drago, impassible en apparence, sentait ses pensées se télescoper sans ménagement. Le désir s'était enfui pour un temps. Il était sous le coup de la réaction épidermique d'Hermione à la levée du sortilège.

Il voulait ses sanglots ? Il les avait, ainsi que les griffures qu'elle s'était faite sur la gorge. Il faudra que je les fasse disparaître avant le retour de père… Mais il se raidit à cette pensée. Son père ? Mais il ne voulait pas la lui rendre, jamais ! Il l'avait rendue à la vie, elle était à lui, maintenant.

La concupiscence revenait doucement. Elle était à lui. Il voulait appliquer ses lèvres contre ces petites griffures, peut-être même en gouter le sang interdit. Mais pas tout de suite. Dans un moment. D'abord…

« Essaie de garder ton calme.

« - Mon calme ?! Salaud ! Fils de salaud !

Les larmes coulaient, glissaient sur ses joues, roulaient sur ses lèvres d'un rouge soutenu. Drago sentit quelque chose se réveiller dans son ventre. Tout à la violence de son désir, il vit cependant le regard de la fille aller de son visage à sa baguette magique et malgré sa profonde envie, une pensée furtive émergea : et si elle avait un plan ? Malgré son apparence elle demeurait une créature intelligente et endurcie par la guerre. Mais, oh, il la voulait si fort…

Son ventre allait-il cesser de le tourmenter ? Et s'il négociait avec elle, tentait de la convaincre… négocier ? C'était lui qui était en position de force ! Il détailla à nouveau son corps mince, enterré sous les apparats que Lucius lui avait fait porter.

« Pour quelle raison as-tu levé l'Imperium ?

« Tu l'as regardé faire, lança-t-elle douloureusement. Es-tu jaloux de ton père, Drago ? Tu veux toi aussi saccager les autres pour trouver ta place ?

Elle descendit du lit, chercha péniblement son équilibre, et avança d'un pas vers lui.

« Reste où tu es, lui ordonna-t-il. Veux-tu retourner sous Imperium ?

Elle s'arrêta.

« - Je veux sortir d'ici.

« - Et ce que je veux, moi, compte aussi. Tu n'appartiens pas qu'à lui.

Le visage de la fille resta impassible. Drago fut surpris de sa propre hardiesse.

« - Tu pouvais faire tout ce que tu voulais quand j'étais sous Imperium. Pourquoi m'avoir réveillée ?

Parce qu'il voulait d'elle tout ce que son père avait cherché à effacer. Mais il se garda bien de répondre.

« Que vas-tu faire, Drago Malefoy ? Tu vas faire comme lui, n'est-ce pas ? Tu iras jusqu'au bout pour lui ressembler ? Insista-t-elle. Le copier jusque dans ses vices ?

Sa voix se brisa. Il vit dans ses yeux une résignation qui lui tordit le ventre.

« Mais que lui as-tu fait ! Explosa-t-il. Comment l'as-tu séduit, pour qu'il se comporte comme un esclave !

Il haletait, hors de lui.

Désorienté, il se jeta sur Hermione. Ses bras se refermèrent vigoureusement autour d'elle, et sa baguette magique s'enfonça dans sa colonne vertébrale. L'odeur de ses cheveux reflua puissamment vers lui, et il huma ces arômes avec délectation.

« - J'ai droit à plus que ce qu'il te vole.

Il se pencha tout contre son oreille.

« - Fais-moi sortir d'ici, lâcha-t-elle, à bout de souffle.

« - Embrasse-moi.

Il n'attendit pas son assentiment et mordit dans sa bouche. Visiblement, Hermione Granger n'était pas folle : elle le laissa faire. Après tout, il la tenait en joue. Et qu'est-ce qu'il se sentait bien, qu'est-ce qu'il se sentait puissant, contre ce corps frêle que la guerre avait tant malmené !

Si puissant… alors pourquoi pleurait-il ?

Son ventre brûlait, et il se sentait de plus en plus mal dans ses vêtements. Il agrippa sa robe et colla son ventre au sien.

« Que prépares-tu, sale Sang de Bourbe…

Il avait mal, il voulait se débarrasser de son pantalon. Gémissant, il engouffra sa langue dans la bouche horrifiée de la fille. Il la voulait intégralement, ici, tout de suite.

« Ne bouge pas…

Sa main remonta contre sa poitrine menue, perdue derrière les broderies de sa robe.

« Montre-moi comment je dois m'y prendre, rugit-il. Aide-moi !

« - Aide-moi…fit-elle en écho. Toi, aide-moi.

Mais il ne l'écoutait pas. Son bassin bougeait spasmodiquement contre le sien, en dépit du tissu qui séparait leurs peaux respectives, et il gémissait. Ce fut bref. Un dernier mouvement dont la force manque de déséquilibrer Hermione, et il s'étouffait dans son propre plaisir.

Il sentit le liquide poisseux imprégner ses sous-vêtements, et se sentit misérablement soulagé. Un soupir. Il entendit Hermione sangloter. Comme si la folie l'avait abandonné, il rétablit le sortilège d'Imperium et entreprit d'effacer les traces de ses méfaits.


Lucius s'avançait majestueusement dans le couloir de l'aile ouest, se pavanant malgré l'absence d'assemblée pour l'admirer. Sa journée l'avait comblé. Il avait réussi à faire emprisonner un célèbre marchand de potions dont les relations, d'après lui, étaient proches de la Résistance. En vérité c'était pour mieux s'accaparer ses stocks d'ingrédients que le Ministère l'avaient envoyé à Azkaban.

L'argent manquait, et tous les moyens étaient bons pour être bien vu du Seigneur des Ténèbres. Avec les litres de potion de Vérité que ses Aurors avaient confisqués, les derniers opposants seraient neutralisés bien plus vite.

Un Monde Sorcier entièrement épuré verrait le jour d'ici quelques mois, espérait-il. Du moins c'était le leitmotiv qu'il employait sans cesse dans ses déclarations officielles.

Ce soir, sentait-il, il allait sortir la fille de sa léthargie. Un jour comme aujourd'hui, tout ne pouvait que lui réussir. Aucun doute qu'il parviendrait à la résonner, à la convaincre d'être de son plein gré sa maîtresse. Peut-être qu'il saurait la combler. Peut-être même qu'elle le laisserait la mener vers le plaisir.

Il entra.

Elle était si belle sa Sang de Bourbe, son jouet ! Ses joues roses, ses lèves brillantes, son regard paisible. Une fois redevenue elle-même, il savait qu'elle changerait. Mais son expressivité pourrait être belle, s'il savait la façonner. Lucius se sentait prêt à relever le défi.

Après avoir jeté les habituels sortilèges de sécurité, il s'avança au pied du lit. La concentration faisait blanchir son visage déjà trop pâle. Il scrutait Hermione avec le même appétit que son fils, la veille.

Il convoqua une fiole et étala sur les lèvres de la fille une potion d'immobilité, qu'elle gouta machinalement.

« Avant toute chose, il faut que tu comprennes. Il souriait, comme amusé. Tes appuis sont tous morts, emprisonnés à Azkaban ou vendus comme trophées, comme tu l'es aujourd'hui.

A l'aide d'un linge propre, il nettoya sur sa bouche l'excédent de potion. Enfin, il leva le sortilège d'Imperium.

« Finite Incantatem.

Le regard d'Hermione devint aussitôt brillant et acéré. Deux uniques larmes coulèrent sur ses joues, sans s'attarder. Son regard, lui, restait intensément concentré sur Lucius. Il prit sa main et la laissa retomber mollement sur le lit : la potion faisait effet.

« Il faut que tu comprennes que personne, dehors, ne t'attend. Personne ne te cherche, et personne n'aurait de toute façon des moyens d'entrer ici. Enfin, il faut que tu saches que personne – pas même moi – ne peut te faire sortir de cette propriété. Tu es liée à elle par un sortilège comme... disons la terre et le soleil. Le Ministère ne souhaite pas que les prisonniers qu'il vend se retrouvent dans la nature au lendemain des enchères, n'est-ce pas ? Le Département des Sortilèges t'a assignée à cette maison, mais grâce au statut qui est le mien, tu as eu droit à certains privilèges et tu as le droit de te déplacer dans le parc. Tu me remercieras plus tard, ne t'en fais pas.

Elle le foudroyait du regard, et c'était comme avaler une rasade Wiskey-Pur-Feu. Cuisant, délicieux.

« La potion que tu viens de prendre fera effet environ une heure, ce qui te laisse le temps de réfléchir. Tu as le choix entre redevenir toi-même, et retrouver un semblant de vie, ou bien persévérer dans une attitude récalcitrante, ce qui serait un très mauvais calcul. Tu sais ce que j'ai à t'offrir, tu sais ce que tu as à gagner.

Il lui sembla que la lueur dans ses yeux devenait moins acérée, plus calculatrice. Comme si elle assimilait, à une vitesse accélérée, sa toute nouvelle situation. Et c'était probablement le cas : Drago avait souvent évoqué la ruse de son ancienne rivale à Poudlard.

« Il vaut mieux, pour ton propre bien que tu considères ceci : le Monde, n'existe pas. Il n'existe plus en-dehors des murs de ce manoir. Je suis tout ce qu'il te reste, et il faut que tu trouves un moyen de vivre avec cette idée.

Il se leva souplement du lit sur lequel il s'était assis et quitta la pièce, ses mèches platine dansant sur son dos, semblant la narguer.


Les effets de la potion de dissipaient, ses membres engourdis récupéraient leur sensibilité, en même temps que les souvenirs des jours précédents refaisaient surface malgré les brouillards de l'Imperium.

Hermione ausculta tout son corps, d'abord de façon maladroite, puis avec une acuité revenue. Elle ne se trouva pas trop abîmée, voir même dans un état relativement bon. Son esprit, en revanche... La nausée la gagnait à chaque souvenir ce que ces deux hommes lui avaient fait endurer. Elle palpa son ventre et son corps la dégoûta. Depuis son entrée dans ce manoir infâme, elle avait le sentiment d'une chute sans fin dans les ténèbres d'un puits. Redeviendrait-elle un jour celle qu'elle était autrefois ? Bien que vivante, elle se sentait irrévocablement brisée.

Un long moment fut nécessaire pour retrouver un semblant de stabilité mentale. Elle amorça quelques exercices de respiration et étira un à un tous ses membres.

Une fois tous ces sens retrouvés, elle se mit sur ses pieds et entreprit d'explorer sa chambre. Rien d'exploitable pour se défendre, bien sûr. Une pile de fards hors de prix et dans la garde-robe, une montagne de robes dont elle n'avait que faire.

En passant devant un miroir, elle fit le triste constat de son apparence physique : rien dans ce qu'elle voyait ne lui ressemblait. Bien sûr elle avait beaucoup perdu de poids ces derniers mois. On était en guerre et la vie de fugitive l'avait épuisée. Mais ces vêtements... opulents, si ajustés. Son visage, par-dessus tout, était méconnaissable. La peau était lisse, sans éraflures ni imperfections, mais couverte d'une couche veloutée de fards qui lui faisait comme un masque de porcelaine. Sa bouche luisait d'un rouge profond et gras. Seuls ses yeux restaient les mêmes.

Voilà. Brisée, mais vivante.

Elle devait sauver sa peau.


Hermione se raidit en entendant la serrure magique de la chambre. Il était de retour et la tenait en joue de sa baguette.

« Vous voilà donc face au choix le plus important de votre vie entre la rébellion…

Il avança vers elle et caressa sa joue de sa main libre.

« … et la raison. Et Merlin sait que vous excellez dans la pratique ces deux domaines.

Hermione demeura aussi froide et immobile qu'une statue.

« - Jamais vous n'aurez mon respect.

Il se figea.

« ...Mais je préfère être morte qu'être privée de mes facultés mentales. Et je veux rester en vie.

Elle regardait au-delà de Lucius, comme si ses mots étaient destinés au néant.

« - Je me fiche d'avoir votre respect, tant que j'ai votre obéissance.

Elle planta ses yeux dans les siens.

« - Alors vous voilà comblé.

La colère couvait en elle, mais cela n'inquiéta pas Lucius. La fille irradiait, sublime, les joues empourprées de façon naturelle, enfin. C'était terriblement excitant.

« - Comblée...vous pourriez l'être aussi, répliqua-t-il.

« - Libre à vous de le croire.

La jeune femme se leva et lui fit face, son regard toujours insolemment vissé au sien. Elle attendait. Un long moment passa, où ils se jaugèrent. La main qui pressait sa baguette contre les côtes de la fille se mit à trembler.

Son rouge avait débordé, très légèrement, au coin de sa bouche. Il tendit la main pour corriger cette imperfection, sans se soucier du fait que bientôt, ce rouge s'étalerait probablement sur tout son visage, comme une peinture barbare.

« - Comme je voudrais être à ta place… murmura-t-il. Hors du monde, épargnée des loups.

« - Epargnée des loups, fit-elle en écho.

Lucius rangea sa baguette et la fille ferma les yeux.


à suivre