Story of my life

Ma rentrée scolaire commence aujourd'hui.

Le réveil sonne depuis dix minutes et ce n'est pas l'envie de le jeter contre le mur qui me manque. Je lève le nez de mon oreiller pour l'éteindre quand même. J'ai besoin de ce réveil pour les prochains jours et accessoirement l'année en cours. Je déteste les premiers jours. Obligé de faire bonne figure, d'afficher soit un air angoissé à l'idée de commencer une année à zéro ou alors passer pour une personne insensible que l'on ne voit jamais. Quelle positivité. Je ne suis pas sûre de moi. Recommencer une année scolaire ne m'effraie pas car j'aime sortir de ma zone de confort. Je vais être vue comme « la française ». Dans une école où l'on parle que l'anglais, non seulement ma tête ne va pas passer inaperçue mais mon accent anglais dramatique va lui être reconnu. Ce n'est pas mon but. J'ai eu beau apprendre la prononciation cet été sur Internet, le résultat de mes efforts est pitoyable. Les élèves ne vont pas me comprendre et les profs encore moins. Issue d'une culture différente alors je vais jouer la carte pendant un moment. Le temps de m'adapter un peu à cette nouvelle vie au moins. Le reste, je verrais plus tard.

Me lever est l'effort le plus difficile de la journée car hier soir, j'ai eu la bonne idée de trainer sur Internet. Pas que pour regarder le lycée via Google mais de me renseigner sur la grande ville la plus proche: Birmingham. Et d'après notre moteur de recherche favoris au monde, c'est la deuxième ville la plus peuplée du Royaume-Unis comptant presque quatre millions et demi d'habitants. Surnommée « la ville aux milles métiers » ou encore « l'atelier du monde », je suppose que les opportunités sont multiples. C'est sans doute l'argument qui a fait accepter la mutation professionnelle de mes parents dans cette ville. Niveau économique, elle se place en deuxième position après Londres. Hormis les températures tempérées, je pense me plaire ici. Après tout, changer d'environnement ne fait pas de mal et je verrais autre chose que Paris.

Je crois être prête pour ma première journée de ma dernière année de lycée. Me décrire physiquement m'ennuie déjà alors je laisse votre imagination faire ce travail. Décrire ma personnalité ne serait pas utile tout de suite, des éléments seront glissés. Je prends un double des clés de la maison que les parents ont fait pour mon frère Camille et moi. Mon autre frère Augustin est en internat alors nous le verrons pendant les vacances à la maison. Apparemment, les visites des familles au campus sont autorisées de temps en temps. Je songerais à lui rendre visite.

Jamais je ne pensais aller dans une école anglaise non loin de Birmingham. Mes parents ont eu une opportunité d'emploi dans la ville. Ils gèrent un salon de coiffure. Je les aide quand mon emploi du temps de lycéenne me le permet. Je vis désormais avec l'un de mes deux frères et mes parents à Wolverhampton. Nom de ville pas facile à prononcer. D'après Google maps, c'est à une demi heure de Birmingham et à deux heures trente de Londres.

Nous avons déménagé l'été pour être prêt pour la rentrée scolaire, ma dernière année de lycée pour moi et l'un de mes frères quand l'autre entame sa première année d'université. L'effervescence de Paris, la culture à porter de main et accessible en une station de métro, les cafés, les salles de théâtres me manquent cruellement depuis deux mois. La culture est la chose qui m'a fait le plus de mal de quitter. Mais c'est pour une année. Seulement trois cent soixante cinq jours. Si tout va bien. Il se peut que l'on se plaise ici et que l'on renouvelle l'expérience d'expatrié français à l'étranger. Ma meilleure amie me manque cruellement aussi. Le téléphone existe, Internet existe donc on va s'appeler et se donner des nouvelles le plus souvent possible avec Anna. Je sais que les amitiés à distance ne sont pas faciles à maintenir mais on y tient toutes les deux. Elle a déjà déménagé une première fois avant de revenir à Paris sans que notre amitié ne soit rompue alors j'imagine que de mon côté ce sera faisable aussi. Je suis une passionnée de photographie et faire des études de photographie après le lycée est mon but ultime. Je termine mes années lycée en passant ma dernière année dans ce petit lycée de Wolverhampton. Sans connaître personne. Mon frère Augustin ne peut pas me soutenir ni entendre mes plaintes.

Sortir de chez moi n'est pas aussi difficile que je ne le pensais plus tôt. Il est sept heures trente. Je commence les cours dans une demie heure. Le temps du trajet du bus entre la maison et le lycée est de quinze minutes. Sachant que je suis nouvelle dans le lycée. Me présenter devant toute la classe sera ma « punition » pour être arrivée après la sonnerie. Ce que je veux éviter. Je suis quand même stressée. C'est mon premier jour dans un nouveau lycée et dans un nouveau pays. Ce n'est pas rien. Je consulte les messages reçus de mes frères et de ma meilleure amie pour me remonter le moral à peine la journée commencée. On peut dire que la journée démarre bien.

Mes écouteurs aux oreilles, je pense à autre chose le temps du trajet du bus numéro 121. Les gens montent au fur et à mesure des arrêts, beaucoup de lycéens. Je constate que personne ne vit près de chez moi. Rassurant. Je ne vais pas trouver de camarades de classe qui habite à proximité de chez moi. Dommage, ça m'aurait fait une tête connue. Je continue de regarder par la vitre. Je vois l'architecture anglaise, en effet je suis loin de la France mais je suis heureuse de vivre une nouvelle expérience qui va forcément m'apporter quelque chose, positif ou négatif. Mais je me sens prête pour ça. J'ai hâte de le raconter à Anna.

Quatre arrêts plus tard, je descends au lycée.

Le lycée semble petit et honnêtement ce n'est pas plus mal. Je me sens plus en confiance dans les petites structures. Quoique dans une grande structure, on peut raser les murs sans être vu et je dois avouer que ça a des avantages. Dans mon cas, je souhaite passer inaperçue mais je sais bien qu'un élève étranger ne passe pas inaperçu. Je suis dans une plus petite ville que Londres. Wolverhampton compte 236 400 habitants. Il y a un grand nombre de galeries d'arts, de cinémas, de salles de concert. Je pense que cela va satisfaire ma soif de culture. J'ai hâte de pouvoir les découvrir avec mes frères.

En tout cas, je ne suis pas déçu le bâtiment est typique anglais. C'est déjà un premier dépaysement par rapport à la France. Je sens déjà les premiers regards posés sur moi à peine le portail du lycée franchi. S'ils pensent que je suis perdue, c'est une erreur. Mais ça ne change pas. Je ne regarde pas trop les gens, j'avance vers le bâtiment où il y a écrit « Accueil ». J'entre dans le bâtiment en prenant une profonde respiration, mon sac de cours sur l'épaule. Les élèves se rejoignent dans la cours quand d'autres sont à leur casier en train de ranger des livres. Je me rends à l'accueil du lycée pour récupérer mon emploi du temps et un document à présenter à la bibliothèque du lycée, en France on appelle ça un Centre de documentation et d'informations. Drôle de nom. Je m'y rends d'après le plan que m'a donné la dame à l'accueil. Je suis un peu surprise d'avoir un plan du lycée, qui n'est pas très grand. La bibliothèque est plus silencieuse que les couloirs qui regorgent d'élèves qui ont leurs repères ici contrairement à moi, ce qui me surprend un peu. Des élèves sont installés à une table au fond de la grande salle qui sent les vieux livres. Des tables sont disposés un peu partout dans la pièce avec quelques ordinateurs disponibles. Je suppose que c'est ici que je ferais mes travaux à rendre ou je viendrais travailler au calme et au chaud ici. J'y récupère mes livres de cours auprès de la documentaliste qui me sourit.

« Tu es nouvelle ? » me demande t-elle.

« Oui ».

« Bienvenue, j'espère que tu vas te plaire ici » répond t-elle en de son accent anglais.

« J'espère, merci beaucoup ».

Mon premier cours de la journée: histoire. Autant dire que je regrette un peu de mettre lever ce matin pour deux heures d'histoire d'affilée car ce n'est pas la matière où j'excelle le plus. Ensuite, j'ai géographie puis français. Au moins un cours où je vais comprendre quelque chose. C'est le dernier cours de la matinée avant de manger. J'ai hâte de retrouver Camille à la cafétéria. Mon frère a cours de science il me semble. Mon dernier cours de la journée, c'est musique. Je me demande ce que l'on va faire pour le premier cours de l'année.

Je me repère facilement dans ce lycée. J'arrive à la salle de cours, la numéro 18 au premier étage. Il y en a trois et vingt salles de classes par étage. Seulement une élève autre que moi attend devant la salle mais elle semble plus intéressée par son téléphone que par ma présence. La sonnerie résonne dans le couloir, pile à l'heure. Je n'ai pas le temps de regarder dans le vide en attendant le début de la journée de cours qui m'attend. Je pars m'installer à ma place.

La salle est décorée de manière classique à savoir d'affiches du pays, d'autres pays européens, un globe terrestre se trouve sur une étagère remplie de vieux livres de géographie au fond de la classe. Pour parler de la salle, elle est classique et les tables sont plus grandes qu'en France, elles sont disposées de manière à ce que quatre élèves puissent être réunis autour et probablement travailler plus facilement. Les élèves entrent sans se poser de question sur la raison de ma présence ici. Une nouvelle tête. Comme ils ne me disent rien pour l'instant, je leur adresse un signe de tête en guise de bonjour. Dans les pays anglo-saxons, notamment aux Etats-Unis les gens font des câlins. Non que je sois réticente mais je fais un câlin soit à ma meilleure amie et à ma famille quand ce n'est pas la bise alors j'aurais dû mal à le faire aux gens que je ne connais pas. On va dire que c'est leur culture. Pour l'instant, un simple bonjour devrait suffire. Je vais découvrir ça au fur et à mesure de la semaine pour commencer. Je me sens bien ici. Il est vrai que le stress est là mais l'atmosphère semble correcte. Plus les élèves entrent dans la salle plus je vois leur visage un peu surpris de découvrir une nouvelle tête. Hé oui. Je sens aussi que je ne vais pas échapper à la présentation devant toute la classe, d'habitude c'est ce que l'on fait. Je reste muette. Le professeur d'histoire arrive, des documents à la main qu'il pose sur son bureau avant même de nous regarder. Il a affaire à vingt quatre paires d'yeux d'un coup. Je serais vraiment déstabilisée à sa place. Mais je ne le suis pas. Je ne suis qu'une nouvelle élève qui va faire sa place dans un nouveau lycée anglais.

« Bonjour à tous, je suis votre professeur d'histoire pour cette année. Je vous préviens tout de suite, le programme est loin d'être léger. Je vous connais tous, excepté » dit-il avant de faire une pause quand il croise mon regard « vous ».

Les vingt trois autres paires d'yeux remarquent ma présence parmi eux. Je me sens toute petite.

« Oui » dis-je timidement avant que le professeur ne commence à épeler tous les noms et prénoms avant de commencer directement par le cours d'histoire.

Le reste du cours se déroule sans que je n'ai à décrocher un mot.

Ce premier cours d'histoire n'a pas été si difficile, j'ai suivi comme j'ai pu. J'ai dû me présenter rapidement en début d'heure. L'histoire de la ville est quand même axée sur la réussite industrielle. C'est intéressant de découvrir autre chose que l'histoire de Paris. Ma page est à moitié remplie de notes en deux heures.

Le cours de géographie est passé bien plus vite que je ne le pensais. En sortant de la salle de cours, je consulte mon téléphone et miracle, mes deux frères m'ont envoyé un message. Mais pas Anna. Je suppose qu'elle est occupée. Il est onze heures du matin, elle a cours aussi. Je me dirige vers ma prochaine salle de cours, au second étage, salle numéro 23. Je prends le temps de répondre à mes frères avant d'y entrer.

Le changement de salle se fait entre deux sonneries.

Des élèves sont déjà assis dans la salle. Tous ne me regardent pas. Je pars m'installer dans un coin de la salle, un peu à côté de la fenêtre au fond. J'aime bien ce coin, plutôt qu'être dans les premiers rangs. Je n'ai pas l'impression d'avoir trainé en chemin. La salle du cours de français est toute aussi classique que la précédente. Je présume que le prof a soit un très bon accent français, un accent anglais mêlé au français ou c'est un français qui est venu travailler en Angleterre. Trois options différentes et je vais me sentir comme un poisson dans l'eau pendant une heure. J'ai hâte de commencer mais je sais que je vais être interrogée.

La salle se remplie ensuite de l'autre moitié des élèves. L'un d'eux arrive juste quand le prof lui ferme la porte au nez. Il est pris au dépourvu, ce qui lance un pouffe de rire de ma part et d'autres élèves situés à l'opposé de moi. L'élève en question n'est pas très grand. Il doit faire quelques centimètres de moins que mon frère Camille qui est dans la salle de français d'à côté. Il a fallut que pour le seul cours que l'on ai au même moment, ce soit avec un prof différent. Les cheveux châtains du garçons en retard sont parfaitement mis en place, pas un cheveux ne dépasse. Je devine le temps passé chaque matin devant le miroir pour que ça puisse tenir la journée. Moi en revanche c'est une autre histoire. Mes cheveux sont ruinés par un coup de vent, s'il y a de l'humidité dans l'air, mon lissage est fichu et je pars démotivée pour la journée qui s'annonce. L'élève en question avance dans la salle en s'excusant d'avance, ses yeux le disent.

« Vous avez un mot de retard Monsieur Payne ? ».

L'accent du prof me fait doucement rire mais je fais bonne figure auprès des autres élèves. Ce cours est le seul moment de la journée où je suis dans une zone de confort. Une fois sortie de cette salle, ce sera terminé.

« Non mais je peux aller en chercher un ».

« Pas besoin, ce n'est que le premier jour. Tu peux aller t'asseoir ».

« Merci ».

Il part s'assoir non loin de ma rangée, celle juste à côté pour être exacte.

Loin l'idée de relever ce premier retard de l'année.

Mais je prends quand même la peine de le regarder.

Je repère les livres de cours posés sur le bureau du prof. Le prof annonce que « le Petit Prince » est au programme. Je ne me demandez pas pourquoi la première lecture ne m'a pas plus du tout. L'univers ne m'a pas captivé et je souffle en entendant le titre du livre. Je crois que ces cours de français ne seront pas de tout repos dans le futur. Cela sonne un peu dramatique mais honnêtement, c'est un conte philosophique particulier quand même.

« Connaissez-vous le livre ? ».

Personne ne lève la main. Silence radio dans la salle de cours. Autant dire que ce n'est pas gagné. Qu'est-ce que j'espérais ? Je suis la seule française dans cette salle de cours et la seule à connaitre le livre en question. À part le prof.

« Je suis certain que vous connaissez au moins une phrase, la plus connue du livre sans doute ? Personne ? ».

La phrase est au bout de ma langue.

« Dessine moi un mouton » dis-je car je connais cette phrase depuis des années.

Les regards se tournent vers moi. Ils n'ont rien compris de ce que je viens de dire. Ils ne comprennent pas la référence. Mon intervention est inattendue car je ne suis pas la première personne à intervenir en classe. Souvent sur les bulletins scolaires, la mention « ne prend que rarement la parole en cours » ou le pire « je n'ai jamais entendu le son de sa voix ». Ça c'est vexant. Je ne suis pas la seule. Parler en public me fait flipper. Quand je n'ai pas à droit à des remarques de surprise, j'ai des regards indifférents. Ce n'est pas motivant. Les profs ne m'ont jamais encouragé non plus mais c'est une autre histoire. Ici, c'est différent car les élèves ne me connaissent pas. Ici, je suis neutre. Je parle anglais certes mais eux ne comprennent pas un mot de français donc dans ce cours de français je suis dans ma zone de confort. Eux ne comprennent pas sauf le prof. Ici, je ne suis pas indifférente aux yeux des autres. Je suis vue comme la nouvelle élève venant d'un pays différent, en l'occurence voisin et je suis dans une certaine zone de confort qui est assez agréable.

« Merci » s'exclame le prof visiblement ravi d'entendre une réponse. « Votre camarade Léanne a donné la bonne réponse ».

Un sourire satisfait s'étire sur mes lèvres. Ce sourire est assez inattendu et peut paraitre banal pour les autres élèves qui ne comprennent pas mais c'est bien, je pense que cette année démarre bien. C'est positif je présume.

Le prof continue de nous expliquer le contenu du programme qui nous attend.

« Avec un tel accent, je présume que tu es française ? ».

« Oui ».

« Bienvenue à toi alors, j'espère que tes camarades prendront exemple ».

« Ce serait trop facile » dis-je en esquissant un mince sourire.

Autrement dit, je suis déjà mise en avant et je m'y attendais. Les regards se posent sur moi. On me reconnait maintenant. Je n'ai jamais aimé être au centre de l'attention. J'apprécie ma zone de confort et je ne veux pas l'échanger. Le prof semble ravi de ma réponse. Échanger dans sa langue maternelle au milieu d'une classe anglophone, je peux vous dire que ça vaut le détour. Leurs visages sont comme captivés par notre conversation banale. Je n'ai jamais compris l'engouement de l'accent français par rapport aux autres. Non que je ne l'aime pas mais la sonorité n'est pas aussi agréable à l'oreille que l'italien, pour prendre un exemple concret. Mais je me fais des idées. Les étranges adorent notre accent. Alors que nous, on essaie de le gommer quand on a la chance de voyager un peu en dehors de notre pays.

« Effectivement » admet le prof. « Profite de cet avantage dans ce cours de littérature, d'ailleurs quel est ton livre préféré ».

Je fais mine de réfléchir en guise de première réponse avant de dire la première idée qui me vient à l'esprit.

« Probablement, « L'étranger » d'Albert Camus ».

« Oh, c'est un choix atypique. Il est rare que les élèves le choisisse. En général, c'est « Twilight ». Pourquoi ce choix ? ».

Sa réponse me fait doucement rire. J'aime la saga « Twilight ». Elle a bercé en quelque sorte mon adolescence. Avec le recul, c'est un peu niais. Mais c'était « nouveau». À part « Harry Potter » que le monde entier connait, il n'y avait pas de saga littéraire à proprement parlé pour les jeunes lecteurs. On va me taper sur les doigts si j'oublie de citer « Le Seigneur des anneaux ». Cette saga est beaucoup plus ancienne puisqu'elle date d'après 1945. Ce qui est incroyable avec elle c'est que son auteur a mis vingt ans à l'écrire, rien que pour avoir inventer le langage elfique il a mon admiration.

La salle attend ma réaction. Je suppose que c'est à moi d'intervenir. Eux ne comprennent pas un mot de cette conversation et ça ne me dérange pas.

« Je crois que c'est parce qu'il est différent des autres. On pense qu'il est dépressif parce qu'il ne ressent absolument rien, ses émotions sont neutres. Mais je pense qu'il est étranger à lui-meme ».

Comme il est étranger à lui-même, il parait étranger aux yeux de la Société, aux yeux des autres. Pourtant son histoire d'amour avec Marie est significative car elle n'est pas étrangère aux yeux du personnage principal. Meursault est différent.

« Intéressant, très bonne analyse » conclue le prof en hochant la tête.

Les autres élèvent ne comprennent pas notre discussion et à a le mérite de me faire rire. C'est bien mon seul avantage.

« Merci ».

« Il faudra que je le mette au programme l'année prochaine ».

Le prof continue le cours.

Nous sommes en littérature française, ce qui signifie que les autres cours de français sont dédiés à l'apprentissage: l'écriture, la prononciation, l'orthographe, la grammaire (horriblement compliquée, bon courage à eux). Je n'ai pas ces heures-là. J'ai des heures d'anglais comme eux ont avec le français. Leur cours de littérature anglaise sont les mêmes que celui d'aujourd'hui en français.

Les élèves ne remarquent plus rien et je me sens comme intégrée alors que ce n'est que le premier jour, ça parait improbable. Je vais m'accrocher à cette idée.

« Tu es française ? ».

C'est le châtain qui est arrivé en retard tout à l'heure. Il a un visage mignon. Comme je ne connais pas son prénom, ce sera « le châtain » pour l'instant. Je ne veux pas être le clichée de la lycéenne qui en pince pour le premier garçon gentil qui se présente à elle. Il se trouve que le visage en face de moi est vraiment mignon et il a l'air gentil. C'est important de le souligner. Mais pas gentil comme une simple qualité mais réellement, il n'a pas l'air d'être celui qui plante un couteau dans le dos. Mais c'est peut-être une illusion de ma part. D'un autre côté, c'est le premier élève à m'adresser la parole. Je ne veux pas le vexer tout de suite.

« Oui je suis française. J'ai déménagé récemment ».

Il me donne un sourire car ma réponse lui semble satisfaisante. Je suis ici pour l'année. Une chance que je connaisse au moins une personne ici, à part mon frère. Désolée Camille.

« Je m'appelle Liam » me dit-il avec son accent anglais.

J'apprécie cet effort de prononciation. Je ne fais pas exprès de laisser échapper un rire. Il fait un effort pour moi.

« Léanne » répondis-je.

Vu de plus près, il a un visage de bébé un peu. Ses yeux marrons sont jolis aussi, même si c'est la couleur la plus classique j'ai quand même appris dans une émission que sous les yeux marrons se cachent du bleu donc il a aussi une autre couleur d'yeux. Enfin, c'est ainsi que je le perçois maintenant. Mais je m'égare.

Je me concentre de nouveau sur les paroles du prof sinon il ne va pas apprécier et je ne veux pas avoir un avertissement dès le premier jour de l'année. Si Camille l'apprend, il va me rire au nez pendant des semaines. Et mes camarades de classe aussi. J'ai une réputation à tenir quand même alors je prends des notes pendant le cours, histoire de pouvoir échanger quelques mots avec mon voisin tout en travaillant un peu. Ma feuille se noircie au fur et à mesure de l'heure. Mais pas que de notes de cours, je note aussi des pensées qui me passent par la tête et je sors de ma rêverie uniquement par la sonnerie qui annonce la pause du repas de midi.

Je déjeune avec mon frère Camille. Au moins, je retrouve une tête connue dans cet établissement nouveau pour nous deux. C'est le seul moment de cette première journée où l'on va pouvoir discuter de cette matinée de cours.

« Comment s'est passée ta première matinée ? ».

« Un bon début. Je suis passée inaperçue toute la matinée exceptée au cours de français ».

« Déjà ? Il n'est que midi ».

« Mon accent n'est pas si horrible et en cours on va travailler sur « le Petit Prince » ».

Autrement dit, un classique pour commencer l'année. Je suis un peu étonnée qu'il soit au programme pour des non francophones. Mais je ne juge pas les choix littéraires. Ça me donne une seconde chance d'apprécier l'œuvre.

« Je ne parle pas de ton accent Léanne. Bon choix de la part du prof, j'aime bien ce livre ».

« Tu es au courant que tu fais partie du rare pourcentage de lecteur à l'avoir apprécié ? ».

« Je suis au courant » répond t-il en plantant sa fourchette dans son assiette.

Je commence aussi à manger ce qu'il y a dans mon assiette. La matinée est passée vite finalement. Je me sens plutôt à l'aise ici. Le fait est que mon frère fait sa dernière année au lycée comme moi. Je ne vous ai pas dit que nous étions faux jumeaux. On s'entend très bien. C'est une chance d'avoir un biome à l'école. Depuis que l'on est enfant, on compte l'un sur l'autre. Faire ma dernière année avec lui au lycée est rassurant, sachant qu'en plus nous ne sommes plus à Paris, en France mais à Wolverhampton en Angleterre.

« Grand-père serait fier tu sais » dis-je après un moment de silence.

« Je ne sais pas ».

« Tu n'es pas convaincue ».

« Il... n'a pas vu tout ça ».

Non, « il n'a pas vu tout ça ». Quand grand-père est parti, il n'avait pas eu la confirmation de notre départ en Angleterre, quand tout n'était encore qu'un projet en cours de réalisation. Quand il est parti, tout s'est enchainé. Un peu comme un signe. Je ne suis pas du genre à y croire dur comme fer. Pendant cette période compliquée, j'ai compris que ce n'est peut-être pas un hasard total. Que quelque chose a plané au-dessus de nos têtes et a fait en sorte que tout se déroule bien. Nos parents ont pu mettre en place et réussir cet aboutissement. Je ne vais pas prétendre que ce coup de chance est ce qui nous a encore plus décidé et motivé à déménager en Angleterre, dans une ville située à deux heures et demie de Londres mais oui. J'ai quand même envie de croire à cette aide du destin.

Mon frère est perplexe et je ne peux le lui reprocher. Il ne me regarde pas. Il se contente de manger. Je ferais mieux de faire la même chose sinon la sonnerie va résonner dans le self. Je ne recommence pas des heures de cours sans manger.

« Je pense que si Camille ».

« Merci ».

Ce que je dis n'est pas pour le rassurer gratuitement. Notre grand père aurait été fier de voir que notre famille puisse s'adapter dans un autre pays. Recommencer à imaginer une autre vie professionnelle comme personnelle en Angleterre. Je vais devoir me faire à l'idée de ne pas étudier dans une école française mais dans une université anglaise pour mes futures études de photographie. En attendant, la dernière année de lycée ne va pas se terminer toute seule.

Je contibue de manger dans le silence tout en regardant mon frère de temps en temps. Décrypter ses émotions n'est pas le plus facile. Notre fausse jumelée n'est pas un atout. On se ressemble au niveau du caractère et non physiquement. Quand à notre frère Augustin, c'est un mélange de nous deux.

« Comment on prononce ton prénom dans ta classe ? ».

Question simple et sans doute ridicule mais qui m'intrigue.

« Ils prononcent les deux L comme s'il n'y en avait qu'un ».

Sa réponse me fait rire. Je menace de recracher un peu de ma gorgée d'eau car j'imagine la prononciation d'un prénom mixte français pour des anglais. Ça doit être mignon à voir mais je peux comprendre la différence de culture au sujet des prénoms. Le sien n'est pas difficile. Je suppose que dans l'université de notre autre frère Augustin, ils prononcent le N à la fin.

« Qui tu regardes comme ça ? ».

« Qui ? » dis-je en regardant toujours cet élève aux cheveux châtains.

« Premier jour tu ne perds pas de temps » sourit-il.

« Non, ce n'est pas ce que tu crois ».

« Tout de suite les grands mots » répond mon frère.

D'ailleurs, l'un de ses amis reconnaît mon frère et le salue de la main. Mon frère s'est intégré tout de suite et c'est bon signe.

« Tu n'as pas quelque chose à me dire ? ».

« Je ne connais pas la première personne. Quant à Liam, nous avons français ensemble ».

Cela coupe cours à la discussion. J'ai quand même le droit de regarder mes camarades de classe, non ?

La sonnerie résonne dans le self. Il est l'heure de partir. Mon frère se lève aussi et nous quittons le self. Je dois me rendre à mon prochain et dernier cours de la journée car nos emplois du temps sont géniaux, musique pendant deux heures.

Quand la journée se termine, je sors du lycée le cœur plus léger que le matin. Je pense que cette année se passera bien. Mon frère me suit. Une chance que notre premier jour se soit bien passé. Nos emplois du temps nous permet de travailler en dehors des cours et aussi de nous consacrer au sport l'après-midi si on le souhaite, l'école propose des programmes intéressants qui risquent d'intéresser Camille.

L'arrêt de bus en face du lycée est plein. J'essaye de repérer quelques visages au cas où.


Hey !

Merci beaucoup d'avoir lu ce nouvel O.S jusqu'au bout et j'espère qu'il vous a plu. Ce recueil d'O.S me permet de sortir de ma zone de confort et pour l'instant, ce ne sont pas des chapitres issus de mes propres fictions et c'est cool. Je suis contente de pouvoir écrire sur autre chose.