Quatrième O.S

You and I

Cela fait déjà un mois que je suis dans ce lycée et mon dieu que le temps passe vite. Je ne pensais pas m'adapter aussi bien et aussi vite. Je ne suis plus vraiment vu comme la lycéenne française, enfin si ça le restera toute l'année mais mon intégration s'est faite mieux que prévue. Chose assez rare pour être soulignée et mon frère est invité à une fête ce soir. Il a eu envie de m'inviter aussi car apparemment, son ami est malade et ne peut pas venir. J'ai hésité un peu car je ne connais pas cet ami. Je lui ai dit que je ferais plus tâche qu'autre chose à la soirée. La maison où se passe la soirée n'est pas à côté de la maison donc il se peut que l'on rentre tard, si mon frère rentre avec moi. On va faire comme si rien de grave ne se passera ce soir. D'ailleurs, mon chat vient ronronner près de moi. Je l'ai appelé Nénuphar car c'était l'année des N et que c'est le premier mot qui m'est venue à l'esprit ce jour-là. J'aime ce chat. Il a des taches blanches aux pattes. Ses tâches blanches se situent uniquement au niveau des pattes et il est noir sur le reste du corps.

Je sors de la maison après que mon frère ait toqué à ma porte.

Mon sac à main contre moi avec le stricte minimum à savoir: mon téléphone, des pastilles à la menthe, un élastique au cas où et un peu d'argent liquide pour le taxi du retour.

Camille conduit. J'écoute la musique qui résonne dans l'habitacle de la voiture, fenêtre ouverte en balançant doucement la tête selon le rythme des chansons qui défilent à la radio. Je n'ai pas idée de l'endroit où se situe la fête exactement.

Après tout, autant se laisser porter, au moins pour cette fois. Je n'ai pas l'audace de me rendre à une fête moi-même. Cela semble banal comme acte. Pour être honnête, je suis plus du genre à rester chez moi, en regardant un film avec mon chat. Je vais me retenir d'appeler maman pour savoir comment il va uniquement pour faire perdre quelques minutes à Camille.

« Ce soir, tu t'amuses » lance t-il en tournant le volant pour aller à droite.

Je lance un regard de reproche à mon frère. Je lui interdis de me juger. Je suis moins fêtarde que lui, si on peut dire ça. Mais il est gentil alors je vais m'abstenir de répondre quelque chose.

On est proche de la destination d'après les indications du GPS. Je hais ces outils. Je suis de l'ancienne école avec la bonne vieille carte routière. Ici pas besoin de carte, il est facile de se repérer à Wolverhampton. Hé oui, nous avons déménagé ici il y a un an suite à une mutation professionnelle de nos parents. Ce n'est pas la pire idée du siècle. J'aime bien cette ville et j'ai pu l'explorer en un an. Au lycée, je me suis faite des amis assez vite. C'est une chance pour moi de rencontrer de nouvelles personnes sans préjugés. Nos parents sont tellement occupés avec le salon de coiffure que l'on ne les voient plus beaucoup ces derniers temps. Les fêtes de Noël approchent. Il faut préparer le salon à l'afflux de clients. Je ne sors plus beaucoup de chez moi non plus, préférant lire un livre ou des fictions sur Internet.

En tout cas, la fête bat son plein. La maison est illuminée. Des gens du lycée sont dehors en train de fumer une cigarette et de boire un verre dans les célèbres gobelets rouges que l'on voit soit dans les séries soit dans les films. La musique est un peu forte à mon goût. Mes tympans vont devoir s'y habituer pour les prochaines heures. Des gens du lycée me saluent de loin, d'autres viennent me voir. Je discute avec Émilie, une fille avec qui j'ai sympathisé en cours de sciences.

« C'est cool que tu sois venue ».

Oui, j'ai suivi mon frère tel un mouton.

Alors en guise de réponse, je me contente de sourire à Émilie et de porter mon verre à mes lèvres. D'ailleurs, je ne sais pas ce que je bois. Je ne reconnais pas le goût de la bière. Je suis ici depuis environ dix minutes. La maison est petite mais chaleureuse. La décoration est simple et j'aime les décorations simples.

Un coup d'œil aux murs, je remarque des portraits de famille. L'un d'eux attirent mon attention car il se peut que j'ai déjà vu ce visage. Un visage mignon, jeune, cheveux châtains et yeux marrons. Liam. Il s'agit bien de ce camarade de classe du cours de français de l'autre jour. Et Camille ne m'a rien dit. Il me connait tellement bien que j'aurais protesté en prétextant ne pas le connaitre assez pour aller chez lui et en plus sans son accord. Il n'empêche que ce Liam est mignon et qu'il vit dans une jolie maison.

Je retourne dans le salon au milieu des autres. Je ne vois plus mon frère. La soirée commence bien.

« Émilie, tu as vu Camille ? ».

« Non, pourquoi ? ».

« Rien ».

Une réponse évasive pour noyer le poisson.

Je m'enfonce un peu plus dans la foule.

Je tiens mon verre à la main sans le renverser.

Ma maladresse me perdra. Mon verre se renverse. Je grimace tout de suite en n'osant pas lever les yeux pour voir regarder la personne qui a pris un verre d'alcool sur elle. Je prépare mentalement mes excuses pour me faire pardonner. À mon avis, ça ne va pas marcher et je vais me faire engueler.

« Pardon, je n'ai pas fais exprès ».

En levant quand même les yeux, je croise ceux de mon camarade de classe. Oui. Celui du cours de français. Il me fait face. Autant dire que je deviens rouge de honte. Oops. Fuir est une mauvaise idée puisque je ne peux pas m'enfuir telle une voleuse.

« C'était un vieux t-shirt » répond t-il sans être fâché.

« C'était un vieux t-shirt » répond t-il sans être fâché.

Je continue de le regarder comme s'il allait répondre autre chose et je sens aussi les regards des autres se poser sur moi.

Je m'apprête à répondre quelque chose quand je sens un parfum reconnaissable entre mille. C'est le parfum que j'ai offert à mon frère au dernier Noël. Les senteurs boisées me sortent un peu de ma rêverie. Je regarde le visage de Liam qui ne semble pas fâché et au contraire, il me sourit.

« Liam, tu as fait la connaissance de ma sœur ».

C'est à son tour de me regarder puis de regarder mon frère. Le temps que l'information fasse son chemin, j'essuie mes mains dans une serviette que quelqu'un que je ne connais pas me donne.

« Merci Camille » me dis-je mentalement en jetant un regard noir à mon frère.

L'image d'une jeune fille qui rencontre son futur amour dans une fête honnêtement, balayer cette idée directement de votre esprit. Les fictions sont des fictions et ne reflètent pas la réalité dans ce type de situation. Non. Je ne vais pas faire partie de ces filles qui... et qu'est-ce que je viens de dire « futur amour » ? Donnez moi un verre tout de suite pour oublier cette idée qui n'a aucun sens.

Je ne sais pas quoi répondre alors je bégaye quelque chose et sors de la maison pour aller dans le petit jardin. J'ai besoin d'air. La fraîcheur du soir me fait du bien. N'ayant pas de pull, je prends sur moi pour ne pas retourner à l'intérieur de la maison et supplier mon frère de rentrer à la maison. Ma fierté en prend un coup.

Un autre gobelet rouge passe devant mes yeux.

« Un autre verre ? ».

« Cam, s'il te plaît ».

Je n'ai pas envie de parler de l'incident maintenant. Il me faut deux secondes pour comprendre que ce n'est pas la voix de Camille mais une autre qui m'adresse la parole. Je prends une profonde inspiration avant de croiser finalement le regard de Liam, qui au passage porte un nouveau t-shirt. Batman. D'accord. Il aime les super héros.

« Ne le renverse pas cette fois ».

Je le regarde en ayant envie de rire. La situation est la plus improbable du monde. Ma maladresse me perdra un jour. Je m'excuse du regard tout en acceptant le gobelet rouge. Cette fois-ci, il y a de la bière dedans.

« Batman ? ».

C'est la seule chose qui me vienne à l'esprit maintenant. Il rit doucement avant de me répondre plus sérieusement.

« Je suis un fan inconditionnel de Batman ».

D'accord, en plus d'avoir renversé mon verre sur lui il est gentil avec moi. J'ai de la chance. Depuis un mois que je suis ici, je n'ai pas pris la peine de lui adresser la parole. Il a fallut que je sois à sa fête pour discuter d'une manière atypique. Merci à mon frère de m'avoir invité.

« Merci pour le verre ».

« Tu es la française du lycée ? ».

Voilà comment on me surnomme au lycée. Super. Mais je ne vais pas me plaindre. Je ne vais pas dire que ma meilleure amie Anna me manque mais elle est plus spontanée que moi dans les conversations et elle se fait des amis plus facilement que moi aussi. Je suis un peu plus réservée. À ne pas prendre mal, c'est ma personnalité. Cela ne se fait peut-être pas mais j'en profite pour regarder de plus près le visage de Liam. Ses yeux marrons expriment une sorte de compréhension envers moi. Quant à ses cheveux qui ne bougent pas je veux connaître sa marque de lisseur. Hâte de discuter un peu plus avec lui pendant la soirée et en cours si jamais il le souhaite

« Oui, je suis Léanne. On est dans le même cours de français. Camille est mon frère et mon autre frère est à l'université à Londres ».

« Enchanté de te connaître, je m'appelle Liam » répond t-il de son accent.

J'apprécie son effort de prononciation en français, c'est adorable.

Finalement, j'aime bien cette soirée.

Le jardin est illuminé de quelques lanternes. L'atmosphère est plus apaisante qu'à l'intérieur de la maison. Sa maison est chaleureuse.

« Comment tu prononces ton prénom ? ».

Je le regarde un peu surprise de sa question. En fait, il ne doit pas connaître ce prénom. C'est comme le sien, il est courant en France aussi et facile à prononcer.

« C'est comme si tu le coupais. Léa. Anne. Et tu mélanges, ça donne Léanne ».

« Oh d'accord. Léanne » répète t-il.

« C'est parfait ».

Je réponds spontanément. Il apprend vite.

En discutant un peu avec lui, j'apprends qu'il a deux sœurs plus âgées que lui. C'est le petit dernier. Je lui explique que Camille est mon faux frère jumeau. Il est dans une autre classe de terminale. Il est en cours de sport avec Liam qui approuve et fait le lien de parenté.

« Desolé d'avoir renversé mon verre sur toi tout à l'heure ».

« C'est oublié ».

Je porte à nouveau mon verre à mes lèvres.

Des cris de joie résonnent dans le salon et je constate que l'ambiance évolue là-bas. La soirée monte d'un cran. La musique change. Les paroles me rappellent une chorégraphie avec mes amies françaises et ça me fait rire.

« Tu veux danser ? ».

Je souris face à sa question. Je crois que je peux me permettre de dire oui et de m'amuser comme mon frère un peu plus loin dans la pièce qui discute avec une fille. Il s'amuse. Je suis Liam jusqu'au salon. La chaleur de la pièce remplace la fraîcheur de l'extérieur sur ma peau. Je passe du froid au chaud et ce n'est pas désagréable. Liam me lâche la main. Le premier contact physique entre nous. Je reconnais la musique qui vient de se lancer. Mon sourire satisfait d'avoir deviné le titre de la chanson donne à Liam l'envie de murmurer les paroles sauf qu'avec le bruit des gens autour de moi qui crient plus la musique, je n'entends rien de ce que Liam tente de dire. Mes oreilles sont pleines de bruit.

La soirée d'hier s'est terminée d'une manière que je serais incapable d'expliquer. Je me suis réveillée avec un gros mal de tête et l'envie de renvoyer tout ce que j'ai bu la veille dans les toilettes. Autrement dit, je vais passer la journée tel un zombie errant dans la maison. Je n'ai pas envoyé de message à Liam apparemment ni à personne d'autre. Au moins, je ne risque pas de me donner une mauvaise conscience et je ne me suis pas réveillée dans une autre chambre que la mienne. Ça aussi, c'est rassurant. J'ai envie de dormir toute la journée.

Je me rends dans la cuisine, en pyjama. Il n'y a personne. Mes parents sont partis travailler au salon. Je dois les aider pour finaliser la vitrine du salon pour les fêtes de Noël. Je n'ai aucune envie de travailler au salon de coiffure aujourd'hui.

Ma tête est lourde.

Mon estomac n'a rien envie.

Les placards sont presque vides alors je fais mon petit déjeuner avec ce qu'il reste, la musique en guise de font sonore. Cette journée sera quand même productive. Il faut que l'on fasse des courses aujourd'hui ou demain.

La soirée d'hier a été agréable. Je ne pensais pas apprendre à connaitre Liam en quelques heures. Bien sûr c'est peu mais ça m'encourage à l'apprécier davantage. Je n'ai pas pu échanger mon numéro de téléphone avec lui non plus. Sa soirée s'est bien passée, l'ambiance était bonne. D'habitude je ne suis pas adepte des fêtes car les gens boivent un peu trop. Les gens ont des difficultés à s'amuser sans alcool dans le sang et je trouve ça dommage. J'aime à croire qu'une soirée de jeux de société est aussi efficace qu'une soirée alcoolisée. Je suis sans doute trop naïve. Le fait est que je me suis quand même amusée hier soir. Mon frère a été très discret. J'ai passé une partie de la soirée à discuter un peu avec Émilie et Liam ensuite. Le reste de la soirée est floue. Je me suis réveillée dans ma chambre, avec un mal de tête mais chez moi.

J'avale un comprimé contre la douleur avant de boire une nouvelle gorgée de mon thé noir du matin. Certains boivent du café pour se réveiller, moi j'ai besoin d'un thé noir. La théine a les mêmes effets que la caféine.

La porte d'entrée s'ouvre. Mon frère entre avec des sacs de courses à la main. Miracle, je n'ai pas besoin de sortir de la maison pour faire des courses.

« Je ne suis pas contre un peu d'aide ».

Voyant son visage même pas fatigué contrairement au mien, je pose ma tasse sur la table de la cuisine. Je n'ai pas beaucoup bu pourtant. Je tiens mal l'alcool étant donné que je ne bois pas. Les trois verres que j'ai bu me sont montés à la tête et je suis loin de boire autant que les autres élèves du lycée présent à la fête hier soir.

J'aide Camille à ranger les courses dans les placards de la cuisine. Ensuite, je suppose qu'il ira jouer à la console dans sa chambre.

« Pour quelqu'un qui ne boit pas, tu as profité de la soirée » lance t-il comme un pique.

Je ne relève pas sa remarque tout de suite. Oui je me suis amusée.

« C'est toi qui m'a demandé de le faire » répliquais-je comme pour me défendre.

Ce à quoi il ne répond pas. Il continue de ranger les courses dans le réfrigérateur.

« Il te plaît un peu ? ».

« Nous sommes juste amis, un peu ami ».

Si mon frère insinue que l'amitié fille-garçon n'existe pas, il n'a rien compris. Je peux m'entendre avec un garçon sans qu'il n'y ait de sentiments entre nous. Du moins, d'attirance dans un premier temps. Liam est un garçon gentil. Il m'adresse la parole depuis peu de temps et j'estime que l'on s'entend suffisamment pour que ce soit un début d'amitié et rien d'autre. Nous n'avons pas passé le bac. Nous avons le temps. Pourquoi se presser maintenant ? On a toute une vie pour trouver la bonne personne. Alors je reste dans mon imagination ou dans l'illusion des livres et des films pour ça. Je ne demande pas le bout du monde. Je demande à ce que l'on me respecte. La personne en question doit avoir un sens de l'humour aussi. C'est très important l'humour. Un monde sans humour pour moi est un monde ennuyeux qui n'a pas le même sens qu'un autre. Liam est quelqu'un de gentil. De toute manière, je suis certaine qu'il a une copine. Il ne peut pas s'intéresser à moi.

Alors je ne réponds pas et me contente de terminer de ranger les courses.

Ensuite, je monte dans ma chambre. La meilleure manière de me calmer est d'écouter de la musique alors je me plonge dans un environnement hors du temps. Ici, je me sens mieux.

J'aime mon faux frère jumeau de tout mon cœur mais parfois il m'énerve. Il n'a pas le droit de juger mes futures amitiés. Liam a cours de sport avec lui. Il a cours de français avec moi. C'est tout. Mon frère n'a pas à me juger. Si je me plante la tête la première, c'est à moi d'en tirer la leçon et pas à Camille.

Si j'y pense trop, ma soirée sera gâchée.

Je continue de dessiner sur mon bloc. Au moins, je pense à autre chose et j'ai un dessin à terminer pour le cours d'art plastique. Les contours sont dessinés au crayon gris et il me reste les reliefs à faire avant de passer à la couleur. Il s'agit d'un dessin sur un lac, ça représente le poème de Lamartine en dessin, « le Lac ». À première vue, ça semble compliqué. Je trouve que ça laisse une place imaginative. Je termine les reliefs souhaités et je passe à la couleur. Il n'y en aura pas beaucoup vu que sur le papier, le rendu va être sombre. Ce ne sera que des jeux de lumières.

« Je peux entrer ? » demande mon frère en ouvrant un peu la porte de ma chambre.

Je ne lève pas les yeux vers lui. J'entends à travers la musique car le volume n'est pas élevé. Comme je ne réponds pas, il reste debout. Peut-être que ma réaction lui semble puérile mais je ne le juge pas pour ça. Ses amis sont ses amis et les miens sont les miens. Il n'a pas à juger. Il s'asseoit sur le bout du lit. En silence. C'est loin d'être une qualité mais avec moi il peut durer longtemps. Mon frère le sait. Il se tord les doigts car le silence en question entre nous est pesant et il ne sait pas comment aborder le sujet.

« Ce n'était pas la fête de Liam » lance t-il comme une information capitale.

Je ne comprends pas tout de suite où il veut en venir. Je laisse mon carnet à dessin à côté de moi, j'enlève mes écouteurs des oreilles pour me montrer attentive à son discours. Cela fonctionne. Il affiche un air désolé en prononçant cette simple phrase.

« C'était la fête de qui alors ? ».

Mon frère le sait et il ne veut pas cracher le morceau. Alors que mon amitié a à peine débuté avec Liam, il faut que je lui fasse un interrogatoire ? Non. Mon frère a été invité à une fête et m'y a amené aussi alors pourquoi chercher autre chose ? Je m'en fiche si ce n'était pas la fête de Liam hier soir, je me suis quand même amusée. Je ne regrette pas d'y avoir mis les pieds. Au moins, j'ai passé une bonne soirée. Mon frère s'est amusé lui aussi et sans regret alors je ne vois pas d'où vient son sous entendu.

« De sa sœur ».

« Je ne l'ai pas vue hier soir ».

J'ai beau essayer de me rappeler les images d'hier soir, je n'ai pas le souvenir d'avoir vu une autre personne de sa famille. Souvent les parents s'absentent le temps de la soirée et reviennent chez eux. Il se trouve que ses parents étaient invités à diner chez des amis et que la maison a servi de lieu de fête pour leur fille aînée. Et donc ? Où est le problème ?

« Il a prétendue organiser une fête pour lui et inviter des amis mais c'était une fête organisée par sa sœur aînée, pour elle et ses amis. Pas pour Liam. ».

« Je n'ai rien compris ».

Son histoire ne tient pas la route. Pourquoi Liam aurait prétendue organiser une fête pour lui et ses amis à la maison alors que c'était la propre fête de sa sœur avec ses amis à elle. Tout ça pour quoi ? Montrer une image sociable ? Je n'ai rien compris. Liam n'est pas du genre à être seul au lycée. Il est entouré de personnes qui semblent l'apprécier. Il fait partie de l'équipe du foot du lycée en plus et il a l'air de suivre les entraînements à la lettre. Je suis un peu perdue. Pourquoi Camille me le raconte ce soir. Je ne suis pas obligée de savoir ça. J'apprécie Liam, il est gentil mais nous ne sommes pas meilleurs amis. Je n'ai pas à connaitre son emploi du temps.

« Le dernier anniversaire de Liam s'est mal passé et depuis les fêtes le rendent nerveux ».

« Oh » dis-je en entendant ça. « Pourquoi tu me le dis ? ».

« Cette fête lui a fait du bien ».

Du bien ?

Je me demande comment il a ressenti ça.

Je ne savais pas qu'il n'avait pas beaucoup d'amis et que ça le fait souffrir depuis longtemps.

Liam n'est pas mon meilleur ami. Savoir que sa dernière fête d'anniversaire ou fête en général ne devrait pas m'atteindre. Pourtant, j'ai le cœur serré en apprenant ça. Savoir que sa vision de sa journée spéciale a été mise à terre. Sa journée n'a pas été comme il l'a espéré car personne n'est venu. Je trouve ça horrible et triste. Je ne sais pas que ça fait. Je ne fête plus mes anniversaires en invitant des amis à la maison. Ma mère achète un gâteau et on le mange après qu'elle ait préparé mon repas préféré. On passe un bon moment autour de la table, quand on autre frère Augustin peut venir je suis heureuse mais ça s'arrête là. Je ne prépare pas des invitations ou un menu spécial pour mes invités. Je passe la journée avec ma famille. On va manger chez mes grands-parents quand ils ne peuvent pas venir à la maison. Je passe du temps avec eux le plus possible. Quand ils ne viennent pas, ils m'appellent. C'est une journée moins spectaculaire que d'autres qui attendent impatiemment cette journée là.

Apprendre ça de la part de mon frère me fait mal car en principe c'est à Liam de me le dire. Mais Camille est bienveillant. Il ne me le raconte pas pour rien. Il ne me le raconte pas pour faire de la peine à son ami. Il tient à son ami et je ne peux pas le lui reprocher.

« Liam est un ami. Il m'a raconté ça parce qu'il me fait confiance et je te fais confiance pour ne pas le répéter au lycée. La soirée d'hier lui a permis de relativiser, on est venu pour lui ».

Alors mon frère m'a demandé de venir avec lui pour ne pas vexer son ami, pour ne pas le laisser avec seulement les amis de sa sœur aînée. Il m'a demandé de venir pour montrer à Liam qu'il est apprécié, qu'il n'est pas seul. Passer une soirée dans sa maison signifie beaucoup pour lui et en général, c'est important à notre âge. Je comprends mieux. Je suis surprise de l'apprendre. D'habitude, je ne réfléchis pas autant aux conséquences que cela cause chez les autres car je ne fête pas mes anniversaires dans une salle louée pour l'occasion, je ne prépare pas la maison non plus pour l'occasion. Lui si. Et c'est important pour lui de marquer le coups, de souffler les bougies devant ses amis. Alors si ça a pu l'aider, c'est le plus important.

De retour au lycée le lendemain matin, je me suis demandée comment aborder cette nouvelle journée. Non qu'elles se ressemblent dans ce lycée anglais mais la journée a commencé par le bus qui est passé devant mon nez. Il pleut dehors. Je dois attendre le suivant. J'ai oublié mon devoir maison de maths sur mon bureau. Je m'en suis rendue compte dans le bus, à la moitié du trajet qu'il reste. Autant dire que cette nouvelle journée ne s'annonce pas très bien mais je ne vais pas me plaindre. Louper un cours de maths n'est pas dramatique. Du moment que j'arrive pour le second cours. Je n'ai pas réussi à dormir beaucoup cette nuit et entendre mon réveil ce matin n'a pas été ma priorité. Alors je me suis levée en retard. Je suis sortie de chez moi trop tard pour avoir le bus.

Ce n'est pas grave.

J'envoie un message à mon frère pour lui dire que je suis devant le lycée.

Je vais être à l'heure pour le cours de sciences. Pas de réponse immédiate alors je me rends directement en cours.

Arrivée pile à l'heure dans la salle de sciences, je remarque qu'il manque un absent et je suis surprise de savoir qu'il n'est pas là. L'écran de mon téléphone n'affiche pas de nouveau message reçu. Je me demande ce qu'il se passe mais j'imagine que mon frère est en cours alors mon inquiétude n'est pas à prendre au sérieux. Je me concentre quand même sur les propos du prof pendant un quart d'heure mais le reste de l'heure passe bien trop lentement. Je me pose des questions.

À vrai dire, les propos de mon frère me restent encore en mémoire.

C'est seulement à la sonnerie qui annonce la fin du cours que je me rends compte que la matinée s'annonce longue. Un message de mon frère m'indique qu'il n'a pas vu Liam de la matinée et ça l'inquiète. Je tente de le rassurer en lui expliquant que son réveil n'a pas dû sonner, comme moi ce matin. Je rejoins mon frère dans la cours de l'école et en discutant il me dis ses inquiétudes.

« Il n'est pas venu au cours d'espagnol ce matin ».

J'admets que mon frère est plus adepte de connaitre Liam, ils sont dans la même classe. Il a cours de français avec moi parce que la classe est divisée en deux. Mais c'est long à expliquer.

« Il y a une explication, laisse lui du temps ».

Ma réponse est la plus banale du monde. Je ne sais pas comment le rassurer.

Quant vient l'heure du déjeuner quelques heures plus tard, je m'assois à la table de Camille et son visage ne m'inspire pas une bonne nouvelle. Son visage est fermé et il n'a pas l'air d'avoir de l'appétit. Il ne daigne pas à lever les yeux vers moi pendant quelques secondes. Je me sens un peu seule et je ne sais pas si je dois demander en première. Je me sers un verre d'eau pour commencer. Silence radio.

« Des nouvelles ? » demandais-je finalement.

« Non, rien ».

Ok. L'ambiance va être déprimante à midi.

« Tu veux que l'on aille voir ? ».

« Où ? Chez lui ? ».

« Tu peux téléphoner dans un premier temps ».

Il acquiesce et avant de composer le numéro, je l'aperçois de loin. Wha, il n'a pas l'air en forme. Son visage est tendu. Il est trempé par la pluie qui continue de tomber dehors alors je présume qu'il est simplement en retard et trempé par la pluie mais j'entends un élève l'interpeler et ce n'est pas normal.

« Hé Payne, tu pourrais répondre quand même ».

Le ton de l'élève en question est tout sauf amical.

« Il est peut-être sourd » ajoute un deuxième.

« On va vérifier » dit-il en se dirigeant vers lui. « Hé Payne on te parle ».

Quand sa main touche l'épaule de Liam, il laisse tomber son plateau au sol. Les couverts tombent, l'assiette et le verre se brisent en mille morceaux sur le sol avec la nourriture encore intacte.

Cette scène me fait mal au cœur. Je ne me doutais pas une seconde que Liam était harcelé. Ses yeux sont rouges quand on regarde de plus près. Signe qu'il a pleuré avant de venir. Il a préféré attendre sous la pluie. Les deux garçons l'ont appris d'une manière ou d'une autre et l'ont attendu. Moi qui pensais que les harceleurs agissaient en silence. Ils agissent devant tout le self. Si des élèves n'ouvrent pas leur bouche pour arrêter ça, c'est moi qui vais le faire. Je reste comme hypnotisée par la scène. Incapable de dire quoique ce soit les premières secondes, je cherche du regard un surveillant ou un membre du personne du self pour intervenir et aider notre ami. Personne.

« Il n'a pas l'air de vouloir te parler » intervient Camille.

« Voilà le Français, de quoi il se mêle ? ».

« Le Français te dit bien des choses ».

« Répète un peu ».

L'intervention de mon frère me rend fière. Il défend quelqu'un contre deux personnes qui n'hésitent pas à lui faire du mal.

« Touche un cheveux de mon frère » dis-je en serrant les poings.

« Personne ne t'a sonné ».

« Ose. Si tu es un homme ».

C'est lui contre moi.

C'est lui contre mon frère et moi.

On est deux contre deux.

Qu'ils osent.

Ma réponse sarcastique est dangereuse car on peut m'envoyer une assiette dans la figure. Que cet idiot ose et il verra que je vais vraiment m'énerver. On touche à un cheveux de mon frère, on m'attaque et on touche à un cheveux de Liam, on m'attaque aussi. Hors de question de laisser deux imbéciles s'en prendre gratuitement à notre ami. Ils agissent en groupe, c'est bien plus facile que seul. Pathétique.

Le harcèlement est puni par la loi. S'il est sans circonstances dites « aggravantes » c'est une amende de 7 500 euros et six mois de prison. Avec circonstances dites « aggravantes » l'amende est du même montant et la peine de prison est d'une année. Il détruit des vies. Il laisse des traces.

Je refuse que Liam garde des traces.


Hey !

Bienvenue dans ce nouvel O.S. En principe, le titre des O.S vous rappelles des titres de chansons. Il se trouve qu'à force de lire des fictions sur les cinq célèbres garçons dont les dix ans du groupe ont été fêtés récemment, je me suis dit pourquoi pas sortir de ma zone de confort et écrire quelques O.S.

Résultat, ça m'a inspiré:

- « Sign of the times »

- « Story of my life »

- « You and I » que vous êtes en train de lire.

Mais il y en aura d'autres.

J'espère qu'ils vous plairont !

Bonne lecture ! ;)