Cinquième O.S

Nervous

L'heure sur l'écran de mon ordinateur indique 20h.

Dehors, il fait nuit. L'hiver est là depuis deux semaines. J'ai fermé les volets dès que le soleil a décliné à l'horizon. Le vent souffle fort et il doit sans doute neiger dehors. D'habitue, je regarde les flocons descendre du ciel pour s'écraser sur le sol et ainsi former une couche de neige qui me rappelle un énorme morceau de coton. Si je m'allonge dessus il sera froid. Sortir dehors ne m'enchante pas non plus, je suis bien à la maison avec ma tasse de thé désormais froide entre les doigts.

Je suis assise là à songer à je ne sais quoi. Mes pensées divaguent. Elles ne mènent nulle part. Une nouvelle journée vient de s'écouler aussi vite qu'elle a commencé.

Je viens de penser que la lumière n'est même pas allumée dans la pièce qui sert de bureau et que la seule source de lumière est celle de l'ordinateur, ma tasse de thé froide à côté et moi, assise en position indienne sur le siège tentant en vain de terminer un paragraphe. Autant dire que ce ne sera sans doute pas pour ce soir. L'inspiration est là mais pas la motivation et j'ai besoin de réconfort.

Quand écrire devient compliqué, je ne sais plus quoi faire.

La seule chose à laquelle je pense est de terminer ce paragraphe, d'éteindre l'ordinateur et de passer à autre chose pour le reste de la soirée.

Il est vingt heure dix.

Dix minutes que je pense à la suite de ce fameux paragraphe. Les idées sont dans un coin de ma tête et elles n'attendent qu'à être écrite sur la page blanche en face de moi. Il faut un élément déclencheur.

Je travaille sur l'écriture d'un livre.

Depuis trois mois, j'écris dès que je peux. Je pense écriture jour et nuit. Dès que j'ouvre les yeux le matin, je me précipite pour y noter les pensées que j'ai eu lors d'une énième nuit blanche à ce sujet.

Mon dernier livre n'a pas été une réussite alors je me suis enfermée chez moi avec l'espoir que l'inspiration, la motivation ou les deux veuillent bien me faire l'honneur de revenir comme par magie. Sauf que la magie n'existe pas. J'ai l'impression de vivre dans une bulle illusoire qui ne mènera à rien de concret. Je l'espère de tout mon cœur qu'elle revienne car être en manque d'inspiration est la pire chose du monde pour un écrivain. Écrire fait partie de ma vie. J'écris non pas parce que c'est mon métier mais parce que j'en ai besoin. Mettre des mots sur le papier, c'est comme une thérapie et un moyen d'évasion incroyable. Quand d'autres personnes chantent ou font du sport, je passe mon temps le nez dans les carnets remplis de mon écriture ou sur l'écran d'une page blanche de mon ordinateur.

Sauf qu'à l'heure actuelle ça ne mène à rien. Je suis fatiguée.

Je me suis donnée trois mois pour trouver une idée crédible, un début de roman qui pourrait suffire, le développer le plus possible et écrire le plus possible pendant les trois autres mois afin d'avoir un projet terminé.

Le présenter à ma maison d'édition m'angoisse rien que d'y penser. La maison d'édition m'a fait confiance. Quand j'ai échoué avec le livre précédent, on m'a soutenue. Je n'étais pas seule à vivre ça. Les larmes ont coulé pendant des semaines.

Il est temps de reprendre un nouveau chapitre de ma vie. Écrire à nouveau me permet de redémarrer un projet qui n'a rien avoir avec le précédent. Je suis pourtant heureuse d'avoir une nouvelle opportunité de montrer mon travail.

Ce paragraphe me donne du fil à retordre. Je vais encore passer une partie de la nuit à y travailler et probablement à écrire encore pour rattraper mon retard de la journée. J'écris même si les lignes ne me plaisent pas car elles peuvent mener à quelque chose de potentiellement intéressant dans la suite du livre. Mes nuits sont consacrées à ce nouveau livre.

En regardant l'heure sur l'écran, vingt heure vingt je me mets à penser qu'il a dû rentrer.

Il est rentré du théâtre.

Il a dû prendre une douche. Et je sens une délicieuse odeur épicée venant de la cuisine.

Il n'a pas fait de bruit, pour « me laisser dans ma bulle d'inspiration » selon lui.

Je me lève de ma chaise intriguée par cette odeur.

Jérémie est dans la cuisine, dos à moi.

Il est concentré par ce qu'il fait. Je le regarde une seconde. Je ne réalise pas que nous sommes ensemble depuis si peu de temps mais ça me va. Il est attentionné avec moi. Je présume qu'il est resté à aider les comédiens à ranger le matériel. Il suit des cours de théâtre pour faire ce métier artistique. Il rêve de monter sur les planches pour jouer dans une pièce depuis son enfance. Je suis heureuse qu'il puisse réaliser son rêve car il joue en ce moment dans une pièce de théâtre très drôle grâce à son école qui propose quelques contrats en dehors pour donner de l'expérience aux élèves. Je trouve le principe génial. Je suis fière de lui. Apprendre ses textes lui demande beaucoup de temps alors je le laisse travailler tandis que j'écris pendant ce temps. Je l'observe travailler. De temps en temps, je lève les yeux de l'écran de mon ordinateur pour le regarder sans qu'il ne le sache.

On s'est même rencontré dans un théâtre tandis que je cherchais désespérément de l'inspiration au sujet d'un personnage de livre. Une amie m'a invité à voir une nouvelle pièce qui démarrait tout juste six mois plus tôt et je ne pensais absolument pas obtenir le numéro du comédien ni pouvoir vivre une histoire d'amour avec lui depuis six mois. C'est encore récent pour moi. D'habitude, ça ne dure pas autant et je ne vis pas autant de sentiments qui s'entremêlent à la fois. Dès que je le vois, je me sens bien. Il me soutien dans mon projet de livre.

Dès qu'un chapitre est terminé, je le lui montre pour avoir son avis. Soit il me donne ses impressions directement ou il prend la peine de noter sur les documents tout ce qu'il ne va pas, ce qu'il va et de me donner le paquet de feuilles plus tard. Souvent, j'ai le droit à un mot de sa part que je découvre plus tard.

Je reste encore à le regarder jusqu'à ce qu'il se retourne pour croiser ses yeux dans les miens. Des beaux yeux bleus. Je m'approche de la table dressée dans la salle à manger et constate que deux assiettes creuses sont posées suivis d'un plat chaud. Il vient de sortir de la pièce pour me rejoindre. Je peux l'observer. La cuisine donne sur la salle à manger.

Il range son tablier, passe la main dans ses cheveux avant de me tendre la main pour embrasser la paume de la mienne. Il a des traces de fatigue sur son doux visage mais il va pouvoir profiter du week-end pour prendre du temps pour lui. Il a encore un texte à apprendre d'après ce que j'ai compris. Il y a un nouveau scénario posé sur la table du salon et des documents avec nos écritures dessus, des pages de mon livre.

« J'espère que tu as faim ».

« Je ne t'ai même pas entendu rentrer, j'étais concentrée ».

Il sait combien écrire mon nouveau livre me prend du temps et occupe mes pensées en ce moment. Ce qui est totalement vrai. Je crois que ma seule envie de ce soir est de passer une soirée avec lui. Laisser tomber mon ordinateur pour ce soir ne va pas me faire de mal. J'ai besoin d'une pause.

« Je l'ai compris » me sourit-il.

Il a quand même pris le temps de préparer le dîner. Des pâtes à la sauce tomate et l'odeur est délicieuse. Je sens une pointe de cannelle et je reconnais le dessert préparé la veille qu'il a mis au four. Le dessert en question est à la cannelle, mon épice préféré et c'est l'odeur que j'ai senti tout à l'heure. Des Cinnamon roll. Jérémie y a pensé.

Il me sourit toujours, attrape ma main pour la serrer dans la sienne.

« Ne t'inquiète pas pour ça. Tu as besoin de concentration alors j'ai fait attention. Tu as écris un peu aujourd'hui ? ».

« Un peu, j'espère terminer le chapitre demain » me contentais-je de répondre.

Je préfère attendre d'en avoir d'autres pour susciter son avis que j'ai hâte de connaître. Il me donne toujours des idées auxquelles je ne pense pas directement, il creuse l'idée pour en connaître toutes les possibilités.

« Ça va refroidir » souffle t-il.

J'ai bien envie de lui dire: « au diable les assiettes » mais devant une assiette si bien présentée, ce ne serait pas correcte de ma part. Alors je m'assois en face de lui. Son don pour la cuisine est tellement appréciable, surtout lors d'une journée hivernale comme d'aujourd'hui où il a neigé.

Une fois les tâches ménagères de la soirée faites, je suis lovée contre lui sur le canapé en train de regarder un film. Un film d'action. Je tente de comprendre l'histoire mais la sensation de ses lèvres sur les miennes occupent toutes mes pensées. Une sensation agréable qui me fait un peu planer. Cela semble ridicule. C'était un rapide baiser mais tout ce dont j'ai envie c'est de recommencer. Il penche la tête vers moi et embrasse mon front sauf que je détourne son attention en attrapant amoureusement sa nuque pour plonger mon regard dans le sien. Le bleu dans le bleu. Un bleu ciel contre un bleu océan.

« Comment s'est passée ta journée ? ».

Répondre à sa question m'indiffère alors le silence sera mon unique réponse. Je préfère le regarder en me pinçant les lèvres. Il a un regard expressif. C'est lui qui a fait que le théâtre est fait pour Jérémie. Il aime être sur les planches d'un théâtre. C'est quelque chose que je suis fière de partager avec lui. J'aime quand il me raconte l'adrénaline procurée juste avant de prononcer la première phrase de son texte, le stress qui disparait quand le public croise son regard, quand il respire aux côtés d'autres comédiens qui partagent la même passion depuis des années. J'aime le voir apprendre son texte tandis que mes doigts courent sur le clavier de mon ordinateur.

« Em, ça va ? Emma ? ».

Mon prénom sonne bien entre ses lèvres. Ça me donne envie de retranscrire cette scène dans un de mes livres, peut-être dans le prochain chapitre que je suis en train d'écrire depuis deux jours par exemple.

« Embrasse-moi » murmurais-je.

Jérémie me regarde un peu surpris par ma demande. J'ai besoin de l'avoir contre moi. Non que cette journée fut horrible, j'ai quand même pu écrire un peu. Il m'a manqué. Ses derniers temps, il travaille beaucoup et ses projets se concrétisent. Il rentre tard du théâtre tandis que je bataille avec mes pensées pour écrire mon chapitre du jour.

Il s'approche de moi, pose ses mains sur mes joues, penche légèrement mon visage et capture mes lèvres. Ses lèvres sur les miennes est la sensation d'être dans une sorte de bulle très agréable. Il est plus grand que moi alors je me dresse sur la pinte des pieds pour en profiter davantage d'habitude. Étant donné que nous sommes sur le canapé collés l'un à l'autre c'est plus facile. En réalité, j'ai envie de passer ma soirée à l'embrasser. Mes mains entourent amoureusement sa nuque tandis que les siennes effleurent délicatement mes cheveux. Ce n'est plus que lui et moi, dans une bulle. Nous n'avons même pas adopté de chat alors personne ne peut nous juger. Je suis dans ses bras et c'est tout ce que je veux. Son baiser est doux et délicat. Aucune envie de ma part de me détacher de lui mais je vais prolonger ce baiser un peu plus. Mes mains remontent jusqu'à son cou, effleurent ensuite ses cheveux foncés.

Il met fin au baiser et sourit une nouvelle fois en ayant un geste doux, il remet une mèche de mes cheveux derrière l'oreille.

« J'en avais envie aussi » sourit-il.

Je me redresse du canapé pour faire face à l'écran. Mais un doux visage me fait à nouveau face.

« Je n'ai pensé qu'à ça aujourd'hui ».

Ses lèvres se plaquent à nouveau sur les miennes et cette fois, il a été plus rapide que moi. Je ne vais pas me plaindre. Il se rapproche encore un peu plus jusque à occuper avec moi une partie du canapé.

Nous deux contre le film d'action qui est encore à la télé et qu'aucun de nous n'intéresse pour l'instant.

Autant dire que la guimauve est au rendez-vous aujourd'hui. On est en hiver et on a besoin de se réchauffer, non ? Jérémie et moi. J'effleure ses épaules des doigts. Il est passionné par le sport contrairement à moi qui me limite à quelques longueurs de piscine quand je n'ai pas le nez rivé à écrire sur mon ordinateur et quand l'inspiration veut bien être coopérative. Mes sentiments envers lui augmentent et je veux en profiter.

Mes mains s'agrippent à ses cheveux. J'ai une obsession pour ça. Ils sont doux et c'est agréable de les sentir sous mes doigts quand nos lèvres sont collées.

Il faut que je jette mes livres à l'eau de rose à la poubelle. Je préfère le vivre que de les lire.

Mon comédien me regarde de ses yeux bleus dans lesquels j'ai envie de me noyer. Un sourire s'étire sur ses lèvres avant de passer la main dans ses cheveux.

« Je vais aller allumer un feu de cheminée et j'ai une surprise pour toi ».

« Laquelle ? » demandais-je intriguée.

Jérémie revient vers moi en ayant allumé le feu de cheminée et une enveloppe dans les mains qu'il me tend.

« Non, ce ne sont pas des places de théâtre » rit-il.

J'ouvre l'enveloppe en n'ayant pas d'indices supplémentaires. Si ce ne sont pas des places de théâtre je me demande ce que le bout de papier contient.

« Des billets ? ».

« Des billets de ? ».

« Train. On part ? ».

« Un week-end tout compris dans une belle cabane dans les arbres situées dans les Vosges ».

« C'est… ».

« Pour toi. Tu travailles beaucoup en ce moment. Ton livre t'obsède. Je me suis dis que décompresser le temps d'un week-end t'aiderai à trouver de l'inspiration. Et moi aussi, j'ai besoin de changer d'air ».

« Pourquoi tu fais tout ça ? » osais-je demander.

C'est la pire phrase du monde pour briser une ambiance.

Évidemment que j'ai de la chance.

Ma dernière rupture m'a laissé des séquelles.

J'étais avec une mauvaise personne qui ne se souciait pas de moi et qui partait à droite et à gauche sans rien me dire.

Pendant longtemps, la culpabilité m'a rongé.

J'ai laissé cette histoire de côté. Maintenant c'est terminé.

Quand mon cœur était en miette, quelqu'un d'autre l'a ramassé et m'a aidé à recoller les morceaux un par un sans me juger. Jérémie. Mon cœur s'est de nouveau mis à battre quand j'ai pris contact avec Jérémie. Quand mon amie Lily m'a traîné au théâtre ce soir-là, j'ai compris pourquoi. Je ne sais pas si une idée lui ait passée par la tête mais je la remercie car depuis quelques mois, ma vie est différente.

Jérémie lui au moins m'embrasse quand il rentre le soir. Il répond à mes baisers dans la seconde. Il se laisse faire, joue avec mes cheveux, place ses mains sur mes hanches ou sur mes joues de manière si délicate. Il prend soin de savoir comment je vais. Il me demande s'il peut m'embrasser mais je lui réponds que ce n'est pas la peine de me poser cette question car j'en ai envie aussi. Je n'attends que de sentir son parfum flotter dans l'atmosphère et de sentir ses lèvres sur les miennes.

Ce soir, il a préparé le repas. Il m'a laissé travailler jusque tard dans mon bureau sans avoir fait de bruit. À croire que mes pensées ont bouillonné toute la journée. Écrire m'a demandé beaucoup de concentration aujourd'hui et mes pages se remplissent petit à petit.

Jérémie me regarde en attendant une réponse, un sourire sur les lèvres quand même malgré mon silence. C'est à ce moment-là que je réalise ma chance.

« Pour passer du temps avec toi, j'espère que ça te fais plaisir » répond t-il à ma question.

« Je n'attendais que ça » dis-je les larmes aux yeux.

Ma réaction semble ridicule.

Les nerfs tombent on dirait. Je n'ai pas l'impression que ce soit si exceptionnel que ça l'est pour lui que pour moi. À mes yeux, son attention de m'offrir un week-end en dehors de la maison compte beaucoup. Je sais à quel point il a du travail au théâtre et à quel point c'est important.

« Merci » soufflais-je. « Je ne suis pas très expressive mais ça compte pour moi ».

« Tu pleures ma belle Emma, si ce n'est pas être expressive je ne comprends plus rien aux femmes et c'est avec plaisir ».

J'essuie les larmes qui perlent mes joues. C'est un cadeau spécial car nous n'avons pas encore eu l'occasion de partir en dehors de la maison tous les deux, juste pour des vacances. Le théâtre est sa priorité en ce moment. Quand il a décroché un premier rôle récemment avec l'école, il a été sur un nuage. Je suis fière qu'il puisse envisager de réaliser son rêve d'enfant. Lui à ses textes de théâtre et moi à mes livres.

Il me comprend bien pourtant. De toute manière, entre nous deux c'est moi qui me pose le plus de question et il a le don de me rassurer, que ça se passe bien entre nous, qu'aucun mauvaise chemin ne va nous mettre des battons dans les roues. Je me contente de respirer correctement pour reprendre mes esprits et croiser son regard bleu.

Au moment de se coucher, je ramène mon ordinateur dans la chambre. Il se peut que je travaille ici demain matin.

Jérémie est dans la salle de bain, sans t-shirt.

Il m'a l'air pensif, comme s'il réfléchissait à quelque chose que j'ignore.

Je m'approche et remarque qu'un scénario est posé sur le rebord du lavabo. Il travaille même dans la salle de bain.

« Tu vas bien ? » demandais-je.

« Oui ne t'inquiète pas, ce sont des pages pour demain ».

« Si tu le dis, tu travailles beaucoup » dis-je en effleurant sa peau.

Je continue de tracer des petits cercles sur ses bras nus. Il ne dit rien. Il ne doit pas être tard, je suppose que sa journée a été longue. S'il veut dormir je comprends. Je n'insiste pas davantage, je veux juste profiter de sa présence pour me lover à nouveau dans ses bras. Sa peau chaude contre mon pull. J'ai bien envie de remédier à cela. Ça me traverse l'esprit en tout cas. Il ressert son étreinte autour de moi.

« J'ai hâte de partir dans les Vosges avec toi » ajoutais-je.

Je prononce cette phrase en m'imaginant déjà sur place.

Jérémie adore la nature. Combien de fois il m'a proposé de faire du camping sauvage ou de louer un van aménagé en fait pour l'occasion. Sauf que j'ai prévu le coup et je me retiens de ne pas lui dévoiler la vérité. Au lieu de passer deux nuits dans la cabane on en passera qu'une puisque j'ai décidé de louer un Van pour dormir sous les étoiles. Le tout sans rien lui dire.

« Moi aussi, une coupure nous fera du bien ».

Je le regarde en affichant un mince sourire aux lèvres.

Il est plus grand que moi alors il penche légèrement la tête en se demandant ce qu'il se passe dans la mienne.

Avant de partir, on a fait un pari, aucun de nous n'apporte des documents pour travailler. Pas de textes, pas de carnet,s pas d'ordinateur. Jérémie a d'abord rit avant de constater mon air sérieux et de finalement accepter.

Un week-end au calme tous les deux. Rien d'autre.

Une fois sur place, effectivement je suis comme subjuguée par le paysage qui s'étend devant nous. Il fait peut être sombre mais la nuit offre tout de même un spectacle. La lune éclaire bien les arbres qui sont désormais à notre hauteur, les animaux nocturnes font acte de présence. Le vent frais aussi. La couverture sur les épaules que j'utilise pour écrire est bien entendu sur moi.

Je suis tout de même surprise du confort de la cabane. Il y a tout le confort moderne dont on a besoin. Je m'attendais à quelque chose de plus rustique. Tous les équipements ménagers sont là, exceptés le lave-vaisselle, la machine à laver mais le reste oui: sanitaires, électricité, bouilloire et plaque électrique. Étonnant pour un week-end au vert.

La nuit est tombée depuis deux heures et il n'est que dix neuf heure.

La cabane est située dans une belle forêt vosgienne où nous sommes tous les deux. Rien d'autre que nous au milieu d'elle et je ne vais certainement pas me plaindre.

Je regarde le ciel étoilé au-dessus de nos têtes et je ne peux m'empêcher de sourire face à la vue que nous aurons demain soir. La même rien qu'à nous sans personne aux alentours puisque j'ai loué un Van pour admirer les étoiles tous les deux. C'est pour ça que j'ai pris un sac supplémentaire de couvertures en plus. Jérémie m'a rit au nez quand je suis montée avec, au final il sera surpris demain et je ne peux m'empêcher d'y penser. Sa réaction sera très drôle. J'ai hâte de le lui annoncer.

J'ai même apporté un guide sur les étoiles. J'ai dû mal à toutes les retenir alors que lui les connait quasiment sur le bout des doigts.

« Tu vas attraper froid » dit-il en venant vers moi.

« Non » dis-je en lui montrant la couverture qui m'enveloppe avant de comprendre son allusion. « À moi que tu ne veuilles me servir de couverture ? ».

« Je ne voulais pas que tu trouves ça ridicule ».

« Dis comme ça » dis-je en lui faisant face.

Il penche la tête devinant mon attention, capture mes lèvres de la façon la plus délicate qu'il soit. Je l'enveloppe amoureusement dans ma couverture que je déplie mais je peine à la fermer en entier.

Son visage n'est qu'à quelques millimètres du mien et pourtant je trouve la distance encore grande entre nous. Il le sait, je ne cesse de fixer ses lèvres qui ne demandent qu'à être collées aux miennes.

Je l'embrasse tendrement sans me poser de question avant d'approfondir mon baiser car j'ai envie de plus ce soir. Nos mains se joignent, je glisse mes doigts dans ses cheveux foncés. Lui et moi dans cette bulle. Il pose ses mains sur mes hanches. J'ai l'impression d'être aux premiers jours, quand il était encore timide envers moi alors qu'au théâtre c'est une personne qui inspire une assurance. Dans l'intimité, c'est différent. Quand il m'embrasse, je sens qu'il a envie d'aller un peu plus loin. Je me surprends à glisser mes doigts froids sous son t-shirt. Le contact chaud de sa peau est agréable. J'ai besoin de me réchauffer. Il se laisse tout de même faire, ce qui me prouve qu'il m'accorde sa confiance. Je remonte un peu mes doigts avant de sortir et d'encercler son cou de mes bras pour l'avoir plus près.

Ses lèvres sont douces et j'ai envie d'y souder les miennes le plus souvent possible.

C'est étrange de ressentir autant de sentiments à la fois pour une personne mais avec lui cela me paraît évident.

« Quelle passion » souffle t-il finalement. « J'ai envie de recommencer ».

Nous recommençons une nouvelle fois sous les étoiles. Sa peau contre la mienne et je ne m'en lasse pas. Ses lèvres effleurent les miennes avant de s'écraser contre ma joue et il me tire par la main pour rentrer à l'intérieur de la cabane.

Le reste de la nuit est un peu plus calme mais j'ai la tête dans les nuages maintenant. Je dors contre lui, en écoutant son rythme cardiaque et sa respiration qui m'apaisent. Cette nuit est une nuit calme, même si les sons nocturnes sont une expérience différente, on entend tout.

« Ne me dis pas que… ».

« Si » m'exclamais-je.

« Tu ne m'as rien dit du tout ».

Jérémie est visiblement ravie de sa surprise.

Quand on a quitté la magnifique cabane ce matin, j'ai hésité à lui dévoiler mon plan caché en espérant qu'il ne le prenne pas trop mal le fait que j'ai annulé la seconde nuit pour directement la passer sous les étoiles avec lui. Jérémie saute de joie. Il n'en reviens pas et effectivement, j'ai bien fait de ne rien dire. J'ai hâte de découvrir le site sur lequel on va s'installer pour notre dernière nuit.

Ce week-end tous les deux fut génial. J'ai aimé partir de la maison et profiter de sa présence. Nous avons lâché nos textes respectifs pour être entre nous. Au moins, je suis plus sereine. D'ailleurs, l'inspiration est revenue. Des idées fusent depuis ce matin et j'ai hâte de les retranscrire en rentrant à la maison. Je n'ai pris qu'un carnet alors je peux me permettre d'y noter quelques informations.

« Surprise ».

« Merci Emma » me dit-il ravi en me faisant tournoyer comme les retrouvailles dans les films de Noël. « Je suis heureux, merci de la surprise ».

« Viens, on doit trouver un endroit avant la nuit » répondis-je quand mes pieds touchent le sol.

« Attends, ne pense pas que je n'ai pas envie de t'embrasser » me dit-il en me rattrapant par la taille.

C'est sûr que si mon comédien me regarde ainsi, j'ai moi aussi de réduire cette distance entre nous. Son visage est trop loin du mien, je suis d'accord. Alors je rapproche le mien aussi et je le surprends en entourant sa nuque amoureusement avant de plaquer mes lèvres contre les siennes. Cette sensation unique me rend heureuse et je ne peux pas m'en lasser. Il passe ses mains sur mes hanches et son parfum embaume notre petite bulle.

Le vent souffle dans nos cheveux, les effluves de sapins se joignent aussi à nous. Autant dire que j'ai envie de perdurer ce moment pendant très longtemps et la région est très belle. Jérémie est un passionné des grands espaces alors je présume que le choix de l'endroit n'a pas été choisi par hasard. C'est un bon choix de déconnexion pour nous qui sommes occupés à l'année avec nos activités professionnelles. La nature nous entoure. Mais il est temps de partir.

« Ne pense pas le contraire non plus ».

« Quelle chance » me sourit-il.

Une fois sur la route, je conduis jusqu'à un lieu idéal. Difficile de trouver un stationnement autorisé mais celui-ci nous convient. Il est quatre heure trente quand nous trouvons un spot parfait, situé au pied d'une montage non loin d'un point d'eau et sur un terrain plat. Le spot parfait. J'ai hâte que les étoiles sortent pour les regarder depuis notre couchage pour la nuit.

Une fois le Van garé, on installe de quoi être à l'aise pour la nuit. J'en profite ensuite pour regarder le paysage environnant. Les arbres offrent une étendue verte sans fin. L'hiver s'est installé depuis deux semaines et les feuilles commencent déjà à disparaitre. Reste seulement les sapins qui se parent d'un fin manteau blanc. Le spectacle me coupe le souffle. Même s'il fait froid, j'ai pris assez de couvertures pour tenir toute la nuit, sans compter sur la chaleur corporelle de mon charmant comédien.

Je ne me rends pas forcément compte qu'il partage ma vie depuis six mois. Cela parait peu pour beaucoup de gens et je suis d'accord mais avec lui je suis comme apaisée. Même si cette histoire ne dure que depuis six mois. Je suis heureuse de la partager avec Jérémie. Il me regarde avec bienveillance sans avoir peur de me froisser suite à mes longues journées d'écriture ces derniers temps. J'ai délaissé mes carnets et mon ordinateur et ça me fait du bien. Mes pensées étaient trop concentrées sur le livre qui me prend tant de temps à rédiger. Dans mon bureau, il y a un cadre vide et j'ai bien envie d'ajouter une photo prise de nous deux lors de cette escapade. Je ne sais pas faire les photos d'astronomie alors on va oublier le selfie. Je peux quand même opter pour une autre photo du même type à la fameuse Golden hour.

Le regard bleu de mon comédien se pose sur moi. Il me rejoint en me tendant la main. J'ai l'appareil photo dans l'autre. C'est peut-être l'heure de capturer ce moment en question.

« Tu as le bon angle ? Le côté gauche est mon meilleur profil ».

« Je vais faire une photo Glow up ».

« Ma belle » me sourit-il en attrapant mon menton de ses doigts.

« Termine ce que tu as envie de faire ».

« D'accord » dit-il en capturant mes lèvres à nouveau.

La photo rend très bien. Sans me vanter, je suis plutôt fière de l'angle et surtout de la lumière qui a bien voulue coopérer sans me donner de contraste envahissant ni de flash sur le côté de la photo. J'ai essayé de faire au mieux tout en me concentrant aux côtés de mon comédien qui fait battre mon cœur.

Une fois dans le van à cause des températures qui diminuent au fur et à mesure, nous avons laissé ouverte la porte afin de contempler les étoiles avant de dormir. Je dois avouer que l'expression « la tête dans les étoiles » prend son sens.

« C'est magnifique » souffle t-il. « Merci d'avoir rendu ça possible ».

« C'est toi qui a commencé ».

« Tu as abouti à ce projet de la plus belle des manières » me sourit-il.

« Jérémie, je… » dis-je en regardant ses lèvres.

« Moi aussi, j'ai envie de t'embrasser » ajoute t-il.

Nos lèvres se plaquent directement sans que je ne sache réellement qui de nous deux a fait le premier pas. Cela m'importe peu. Je passe mes mains autour de son cou puis dans ses cheveux. Je ne réfléchis plus. Sa peau contre la mienne maintenant. Je commence à passer mes doigts sous son t-shirt. Il ne m'en empêche pas non plus et je suis encouragée à continuer ce moment très intéressant. Mes doigts continuent d'effleurer sa peau. Je commence même à remonter son t-shirt. Il ne s'y oppose pas. J'enlève le mien à mon tour sans aller plus loin tout de suite. Il parait un peu surprit mais ne dit rien pour m'en empêcher. Il remet une mèche de mes cheveux blonds en place, effleure ma joue de ses doigts. Ses lèvres douces rejoignent les miennes aussitôt. Je le laisse faire, son baiser s'intensifie et je dois avouer que sous cette voute étoilée, c'est merveilleux.


Hey !

Voici un nouvel O.S très guimauve que j'ai pris plaisir à rédiger. Les températures diminuent alors je me suis dis que ce serait sympa d'écrire un chapitre différent de ce que j'écris, très guimauve mais on en a besoin en ce moment.

Dites moi vos impressions car ça m'encourage à explorer d'autres voies d'écriture.

Bonne lecture !