Septième O.S
Candy cane
« Candy cane lane » Sia
- « Tu es sûr que c'est une bonne idée ? ».
- « Aie confiance un peu »
- « Ok ».
- « Regarde comme c'est beau ! ».
- « Wha, sublime effectivement ».
- « Quoi, c'est tout ? Tu n'aimes pas ? ».
- « Une fête foraine ? Je ne suis pas spécialement fan des fêtes foraines ».
- « Attends de voir Emma, tu vas changer d'avis à la fin de la soirée. Regarde toutes ces couleurs, ça change en fonction du temps tu verras ».
Jérémie adore les fêtes foraines. C'est son plaisir coupable. Je n'ai pas l'habitude d'y mettre les pieds pour être honnête mais je m'abstiens de le lui dire. S'il le sait, sa déception sera sûrement grande et je ne veux pas plomber l'ambiance. C'est quelque chose qui ne me captive pas du tout. Entre les manèges en hauteur, ceux à sensations fortes, je préfère rester prudente et de préférence sur la terre ferme. Et il se passe toujours des trucs étranges. Des phénomènes. Je lis de la science-fiction certes et des romans flippants mais quand même, il suffit d'ouvrir le journal pour que la réalité dépasse la fiction. Il y a toujours une panne de manière générale, soit la grande roue est coincée en haut pour une durée indéterminée qui va de quelques minutes à 1h voire 2h. Hors de question de rester coincés là-haut pendant des heures. Même si je ne suis pas seule. Jérémie est avec moi. Ou alors c'est une panne d'électricité due au mauvais temps. J'imagine toutes les possibilités.
Jérémie m'entraîne par la main vers une première attraction, il s'agit d'un grand huit. Il est illuminé et on le repère de loin mais il y a trop de monde pour l'instant alors on se dirige vers une attraction moins fréquentée. Un peu soulagée d'y échapper pour cette fois. Je regarde autour de nous et repère un stand de tir où il faut viser une pile de conserves empilées les unes sur les autres. Des peluches sont à gagner et il y en a une qui me fait de l'œil. Je ne les collectionne pas mais je peux en avoir une. Manque de chance, je ne vise pas toutes les boîtes du premier coup mais au deuxième oui. J'arrive à gagner une peluche que je vais trainer pendant au moins deux heures minimum dans les bras. Ensuite, on s'installe dans un manège qui tourne sur lui-même comme une pieuvre, les tentacules en guise de bras tournent dans le sens des aiguilles d'une montre et au bout de trois tours, les bras en question changent de sens. Le sens inverse. Les cris des gens résonnent dans l'attraction. Je me sens bien. Étonnant car je ne suis pas adepte des fêtes foraines, les manèges ne sont pas ma tasse de thé. Je crois que mon dernier souvenir doit dater de l'enfance, lors d'un anniversaire d'une amie ou alors avec mon frère un été, lui adore ça. Jérémie me tient la main. Lui par contre profite pleinement et j'entends son rire quand le manège décide de faire un dernier tour en sens inverse. Son rire est adorable. Un rire spontané. C'est un souvenir que je veux garder. Il est attachant. C'est mignon.
Sortie du manège, je me remets de mes émotions. Lui semble vouloir recommencer mais pas tout de suite personnellement. On enchaîne quelques manèges plus calmes avant de recommencer celui de la pieuvre. Il cri en même temps que moi quand on est encore surpris du changement de sens. Vu l'ambiance, le machiniste improvise le changement en sens inverse. Il n'est pas réglé comme une horloge. C'est spontané. Super. Je vais m'amuser moi. Mon comédien adore le concept. Je serre la peluche en question. Il est plutôt mignon ce pingouin et c'est un animal adorable. Je le serre contre moi en fermant les yeux pour éviter le haut le cœur. Le manège s'arrête et je peux enfin respirer. On sort de la pieuvre, moi soulagée de toucher enfin la terre ferme.
Lui toujours aussi motivé, je lui suggère de faire un tour de grande roue étant donné qu'il y a moins de monde. On monte dans la première cabine qui se présente à nous. Seuls. Une chance. Je n'aurais pas apprécié partager une cabine avec un autre coupe ou encore avec une famille. À deux c'est mieux et je présente mon pingouin, prénommé Miglou à côté de moi pour occuper le restant de place. Je suis contente d'avoir Jérémie à mes côtés aussi. Je regarde la ville illuminée certes par les maisons, les panneaux publicitaires, les lumières artificielles de la fête foraine plus celles des rues mais le spectacle en vaut la peine. Les lumières se reflètent sur les flots. La dimension vu de là-haut est si belle. La mer d'un côté et la ville de l'autre côté. Les nuages sont de sorties mais ça n'empêche pas le lieu d'être magique. Tout se reflète sur la mer. Je peux voir le sapin en guirlandes lumineuses déjà installé et des gens qui se prennent en photo devant. Des tables sont situées non loin de lui pour faire une pause. Le grand huit surplombe la grande roue. Je suis sûre que depuis la montée, les gens ont un petit aperçus des gens dans les cabines de la grande roue, avec un bon angle de vue. Juste avant de s'élancer vers la mer puis de faire un virage. Toutes ces lumières scintillent. On dirait des étoiles si on est poétique. C'est ainsi que je les imagine. Comme des étoiles qui illustrent une carte. Une carte du ciel. Je serre la main de Jérémie et je serre Miglou contre moi de mon autre bras. Moi, Jérémie et Miglou. Un beau trio. La grande roue fait son dernier tour et les lumières se rapprochent un peu plus. Au final, je ne sais pas si c'est une bonne chose, j'ai apprécié ce moment de calme et il est déjà l'heure de rejoindre la terre ferme. La foule aussi. Le monde réel. Mais la grande roue en a décidé autrement puisque nous avons le droit à un dernier tour. La cabine remonte vers le ciel et les lumières s'éloignent. Je tourne la tête vers Jérémie et il me sourit. Je sens son regard sarcastique posé sur moi.
- « Tu imagines si la cabine lâche, on s'écrase sur le sol en quelques secondes » rit-il.
- « Rassurant » dis-je sur un ton ironique.
- « La dernière chose que tu verras c'est toi, moi ainsi que le pingouin écrasés sur le sol ».
- « C'est vraiment à ça que tu penses ? Tu as l'art d'être romantique, tu peux mieux faire. J'aurais pensé à autre chose, tu vois. Nous deux dans une cabine et nos regards plantés l'un dans l'autre jusqu'à la fin ».
- « Désolé ».
- « Tu peux l'être oui ».
- « Comment puis-je me faire pardonner pour cet affront ? ».
Le vide en dessous de nous n'est absolument pas un frein aux discussions extravagantes. Il adore. Moi moins que lui. J'entre dans son jeu.
- « Hum, excellente question mon cher, laisse moi réfléchir. J'ai bien une idée mais pas d'inquiétude, je te pardonne déjà. Tu iras au Paradis ».
- « Directement ? On ira directement au Paradis ? On est plus près tu me diras ».
- « Tu préfères une manière plus directe de te faire pardonner ou tu veux continuer ce petit jeu ? » dis-je en empoignant le col de sa veste.
- « J'aime l'idée ».
- « Tu m'insupporte ».
- « Je suis d'accord avec toi, je t'aime aussi ».
- « Je crois que le dernier tour de la grande roue est extrêmement bien tombé et c'est une provocation divine ».
- « Si je t'embrasse là maintenant, tu vas considérer ça comme une provocation ? ».
- « Un moyen de te faire pardonner plus facilement ».
- « Comment ça un moy... ».
Autant couper court à la discussion. La grande roue est déjà au sommet. Je l'embrasse sans me soucier de la situation actuelle. D'ailleurs, le blocage de celle-ci me fait doucement rire. Je suis certes occupée à embrasser mon amoureux mais regagner la terre ferme est tout aussi satisfaisant. J'imagine. Ses lèvres ne quittent pas les miennes pour autant. J'en conclue que cet arrêt temporaire est une occasion pour lui de se faire pardonner comme promis un peu plus tôt. Son audace. Il entoure mon visage de ses mains et je me laisse porter par cette bulle, cette guimauve est géniale. Nous sommes d'accord sur une chose. Je ne pensais pas vivre une soirée classique mais c'est une belle expérience avec lui. Lui. Une évidence quand je le regarde de manière amusante.
Une chance, la grande roue se remet à fonctionner.
- « Dommage, notre heure n'est pas venue ».
- « Encore plus rassurant dis moi ».
- « T'embrasser est nettement plus intéressant ».
- « Trop gentil ».
La grande roue redescend et nous quittons la cabine avec bonheur et les excuses du machiniste. Il nous remercie de notre patience et de notre sang-froid. Au grand soulagement de mon comédien de regagner le sol. On nous promet une réduction sur le prochain ticket. Pas pour tout de suite.
Jérémie m'entraîne un peu plus loin, vers des stands. Il s'arrête devant un stand de barbe à papa. On en achète une que l'on partage à deux. Le vendeur me demande comment je vais après l'incidence de la grande roue. Je le rassure en disant que je suis vivante et que regagner la terre ferme est super. Il rit comme un enfant face à mon soulagement visiblement évident. Tant mieux. Jérémie attrape un morceau de la barbe à papa rose à peine reçu dans les mains. Il le mange alors que ce n'est pas habituel, il profite. Nous nous éloignons du stand et après avoir fait le tour d'autres manèges plus calmes, on décide de marcher entre les allées. La musique résonne dans l'air. Un air gai et entraînant. Je me sens bien.
Les stands sont pleins et les attractions sont prises par les gens qui veulent profiter du temps pour s'amuser.
Les couleurs sont très criardes. Mais j'apprécie le concept. On est en vacances et je suis heureuse de relâcher la pression ici. Des musiques de Noël occupent le fond sonore. J'aime bien. Les musiques de Noël sont entraînantes et ça fait du bien de penser aux fêtes de fin d'année. Elles approchent. Nos premières fêtes ensemble et je suis heureuse. Lui et moi autour d'un feu de cheminée. Rien de plus ne sera dévoilé à ce sujet ce soir.
- « Attends » me dit Jérémie.
- « Quoi ? ».
- « Tu veux marcher sur la plage ? ».
- « Oh mais il fait nuit ».
- « On a encore dix minutes ».
Je le suis jusqu'à la plage qui s'étend devant nous. Elle borde la fête foraine en question. Marcher sur le sable est réconfortant, ça change de la neige qui n'est pas encore arrivée. Il fait bon pour un mois de décembre. Les gens profitent. Certains doivent enchaîner les attractions, d'autres s'arrêtent à un stand de tirs quand d'autres veulent faire une pause comme nous après avoir acheté une barbe à papa à la main. Parfait. Je respire l'air marin avec une once de nostalgie, j'ai envie de me rapprocher. Voir les décorations de la fête foraine de loin.
- « D'ici, on a une belle vue » me souffle Jérémie.
- « Je suis d'accord avec toi ».
On continue de marcher main dans la main le long de la plage. C'est trop agréable. Le vent souffle dans nos cheveux. Les couleurs du coucher de soleil se reflètent sur la mer. Nous deux. Je peux dire que je suis contente d'avoir réussi à balayer mes préjugés sur les fêtes foraines. Je retire ce que j'ai dit à son sujet. Changer d'avis n'est pas interdit quand on voit les choses différemment. Jérémie est heureux. Il en a bien profité. C'est une belle expérience pour moi. Il a partagé quelque chose qui lui tenait à cœur et j'ai apprécié le moment. Ensemble. Certes, j'ai une peluche pingouin en plus dans les bras. Je la serre toujours d'ailleurs. Il ne dit rien. Il sourit et c'était une belle soirée. J'ai aimé l'entendre crier dans les attractions, l'entendre rire et le regarder sourire.
- « Tu as passé une bonne soirée ? ».
- « Aussi bonne que la tienne ».
- « C'est vrai ? Ça t'as plu ? Je sais que les fêtes foraines ne sont pas ton truc et c'est génial que tu aies dit oui ».
- « Pourquoi j'aurais dit non ? Je suis sortie de ma zone de confort ».
- « Je suis heureux d'avoir partagé ça avec toi ».
« Moi aussi, et si on rentrait à la maison ? ».
De retour à la maison, je décide de me faire une infusion avant d'aller me coucher. En train d'attendre dans la cuisine près de l'eau qui bouillonne, je me remets de mes émotions, j'ai des étoiles dans les yeux. C'est inédit pour moi d'être allée à une fête foraine. Je crois que la dernière fois doit dater de mon enfance. Ça devait être à l'occasion de l'anniversaire d'une camarade de classe. À l'époque, on était insouciants, on pouvait enchaîner les attractions sans problème. Cette période là me rend nostalgique mais dans le bon sens du terme.
Jérémie me rejoint dans la cuisine. Lui aussi attrape une tasse. Je suppose qu'il a la même idée.
- « Tu as oublié quelque chose ? ».
- « Je te retourne la question ».
- « Provocation ça ».
Je souris satisfaite de ma réplique.
Il rit et laisse sa tasse à côté de la mienne.
Je m'approche de mon comédien et entoure mes bras autour de sa taille. J'écoute sa respiration. Elle est calme. Il est adorable. En levant la tête, je fixe ses lèvres et apparemment il a la même idée que moi.
- « Tu veux danser ? ».
- « Je croyais que tu étais allergique à la danse ? ».
- « Avec toi, je n'ai aucune allergie ».
- « Choisi une musique douce ».
- « Hum, une musique douce ? ».
Son visage s'approche du mien.
- « J'ai l'impression d'avoir oublié quelque chose dans la grande roue ».
La bouche de Jérémie se plaque sur la mienne. Je m'en suis doutée. Ses mains entourent mon visage. Les miennes veulent se perdre dans ses cheveux. Contact agréable. Il écarte les bras et les miens comme pour danser un slow. Il fait le premier pas. On tourne dans la pièce comme si rien n'allait tomber.
J'aime beaucoup ce sentiment spécial de légèreté. Sur un nuage moelleux.
Les odeurs de bonbons, de sucre me réveillent. Des odeurs entêtantes. Je n'ai jamais été fan du sucre mais elles sont désormais l'objet d'une belle découverte à la fête foraine. Main dans la main. Sourire aux lèvres.
- « Je ne suis pas ... ».
- « Alexa, met ma playlist classique ».
- « D'accord, playlist classique en cours ».
C'est lui qui a décidé de souscrire à la box de Google. Cette technologie m'épate tous les jours. La commande vocale est lancée et le début d'une musique douce résonne dans la maison. J'apprécie beaucoup. Jérémie ne se détache pas pour autant. Je n'ai jamais cru en une magie de Noël, au sens stricte du terme. J'apprends. Je repense à beaucoup de choses.
Et j'ai apprécié le temps passé avec lui. Demain matin, je vais travailler à mon bureau. Ma motivation est remontée de plusieurs crans et c'est grâce à la personne en face de moi.
On dit que la nuit porte conseil et je crois que c'est vrai. J'ai rêvé de la fête foraine et tous les sourires, la joie m'ont inspiré cette nuit. Je ne sais pas ce que je vais faire de ça mais dans un prochain chapitre ou carrément un prochain livre, ce sera réutiliser. Les idées sont dans ma tête en tout cas; le temps de m'y remettre. L'ambiance, les odeurs de sucre qui flottaient dans l'air. Non, j'ai changé d'avis sur les fêtes foraines. Avant, j'y étais réfractaire. Avec Jérémie, j'ai découvert son plaisir coupable sous un autre angle. Il y allait souvent avec son père apparemment lui aussi amateur de sensations fortes dans les attractions dédiées et les attractions en hauteur avec ses amis quand il était enfant. De beaux souvenirs. Et cette histoire m'en a inspiré une. Une histoire dont le lieu principal serait une fête foraine. Je ne sais pas si l'atmosphère de Noël y est pour quelque chose.
Je tape sur les touches de mon ordinateur depuis une heure sans m'arrêter. Sauf pour boire un grand mug de thé. J'ai écrit toute la journée. La motivation est revenue. Un sourire de satisfaction s'affiche sur mon visage. C'est une bonne chose. Je termine le dernier paragraphe de la journée. J'ai eu une réponse positive de ma maison d'édition qui me laisse carte blanche sur le projet. C'est une chance incroyable. Mon travail est compris et respecté. Un soulagement. Je peux enfin reprendre ma respiration. La pression que je me mets n'est pas saine et ça ne me rend pas dans de bonnes dispositions pour écrire. Avoir le nez rivé sur l'écran ne m'aide pas. J'ai compensé le travail de Jérémie vis-à-vis de ma productivité. Ridicule. C'est différent. En parler avec lui m'a fait du bien. Je me suis sentie comprise. Il a même demandé des jours de congés pour m'aider. Quel homme fait ça ? Très peu. Et celui qui partage ma vie n'a pas hésité.
Mes chapitres prennent forment et j'ai déjà écrit un tiers du livre. Le plan initial est respecté. Je suis contente. En plus, Jérémie a été un très beau lecteur, ses corrections, ses remarques m'ont beaucoup aidé. Il est en train de lire un texte dans le canapé. Il se tient la tête d'une main, son texte dans l'autre. À vu d'œil, il doit faire 500 pages. Il est concentré et j'aime beaucoup l'observer. Sans le déranger évidemment, la curiosité prend le dessus. Il a besoin de calme pour apprendre. Ou alors il écoute de la musique classique. Je reporte mon regard sur mon écran d'ordinateur. Après une relecture de mon travail du jour, la correction des fautes qui traînent, les répétitions. Je travaille un minimum la mise en forme. Les tirets et les parenthèses pour les dialogues. De l'italique pour des pensées ou des lectures de textes.
L'impression du texte est lancée. Les pages sortent de l'appareil et je suis impatiente de faire lire et de connaître les impressions de Jérémie. Son avis me fait plaisir évidemment, il me dit parfois de développer davantage un point de vue, de diminuer certaines descriptions, d'ajouter tel ou tel sentiment. Un avis extérieur est toujours de bons conseils. Et ses idées changent des miennes, un sacré plus. Ça me donne des idées supplémentaires pour la suite du livre. Ce qui est une très bonne chose. Je peux me permettre d'étaler mon temps de travail et de profiter du temps avec Jérémie. Être face à mon écran toute la journée est devenu trop étouffant pour moi. Encore une fois, je n'ai pas hésité à lui en parler. Par chance, il a compris. On échange beaucoup sur le sujet. Il me rassure beaucoup. Une fois mes pages imprimées, j'éteins tout. Demain, je vais me consacrer à un nouveau chapitre.
Je rejoins Jérémie avec mon paquet de feuilles à la main que je pose sur la table. J'arrive derrière lui, lui cache les yeux de mes mains.
- « Tu m'espionnes ? ».
- « Promis, je n'ai rien lu ».
- « C'était une blague, tu as été inspirée on dirait » doit-il en découvrant le paquet de feuilles.
- « Oui, tu as de la lecture ».
- « Demain. Je me ferais un plaisir de lire ça demain ».
- « Merci ».
Je sens une odeur dans la cuisine. Il a pensé à mettre quelque chose au four. J'en avais oublié l'heure. Mais je suis contente d'avoir réussi à terminer le passage en question, au quel cas je l'aurais continué après manger. J'avais envie d'une soirée tranquille sans ordinateur devant les yeux. Profiter. Je m'étire. Des bras entourent ma taille. Je ne vais pas dire non. Son contact me procure ce sont j'avais besoin aujourd'hui. Je l'ai laissé travailler. Il m'a laissé travailler. Nos jobs respectifs sont géniaux. On peut travailler n'importe où. Lui a quand même beaucoup plus de choses à faire au théâtre en ce moment. Son agenda se remplit. Il est heureux. Apprendre un texte lui demande du temps mais à sa place je l'apprendrais en six mois alors que lui n'a besoin que de 4 moins. Il a des facilités dans ce domaine et je suis admirative de son talent. Il travaille dans son bureau ou alors depuis mon bureau, je l'entends répéter ses textes à voix haute. Parfois c'est drôle parfois je me retiens de ne pas l'écouter dans l'intégralité de son monologue. En ce moment surtout, les sujets de ses pièces de théâtre sont trop intéressants.
- « J'ai commencé à lire le premier paragraphe ».
- « Déjà ? ».
- « Promis je n'ai rien annoté ».
- « Jérémie, fais une pause ce soir ».
- « J'en suis incapable ».
Là, il exagère. Je me demande comment il ferait si je cachais un de ses textes. Il céderait à la panique le pauvre. Il me ferait une attaque. Il est très attaché à ses textes. Logique. Pour un comédien, il les range précieusement et m'empêche de lire une page au risque de me faire pleurer. Je sais que son dernier texte est sur un sujet très délicat. En ce moment, mes émotions sont mises à rudes épreuves en écrivant mon livre. Je ne m'aventure pas ailleurs. Lire me manque. J'ai besoin d'un moment de détente après l'écriture de mon livre.
Il ne me regarde pas puisqu'il dépose des baisers dans mon cou.
Faire diversion.
Question pourtant sérieuse. Pas très sérieuse d'accord. Un peu quand même. Il continue. Ses gestes sont doux et très très agréables.
Je me demande s'il n'est pas en train de détourner ma question.
- « De quoi parle le premier paragraphe ? » demandais-je.
Une provocation.
Honte à moi.
Il a la bonne réponse.
Au mieu de dire quelque chose, il pense légèrement la tête et capture mes lèvres. Autant dire que je capitule. Ses lèvres sont trop douces. C'est une belle soirée qui s'annonce. Mes bras s'enroulent autour de son cou. Nos cœurs sont collés. Aucune envie de me détacher en première. Ses mains effleurent mes cheveux aussi. J'aime nos contacts. C'est spontané. Nos mains se lient ensuite. Rien ne pourrait les défaire. Nos lèvres se détachent une seconde; on se regarde et nos lèvres s'effleurent à nouveau. Mes mains se baladent sur ses bras, effleurent sa peau. Un bonheur. J'hésite à effleurer le col de son t-shirt pour y glisser mes mains au chaud. Pas dans la cuisine voyons.
- « Tu sais que l'on peut continuer longtemps ? ».
- « Tu, je ou nous ? ».
- « Tu joues vraiment sur les mots Emma ».
- « Je sais, qu'as-tu à répondre ?».
- « Je dirais qu'il n'y a pas de réponse, elles sont toutes correctes ».
Je capture ses lèvres encore une fois. Quelque chose dont je ne me lasse jamais. Je crois que l'embrasser toute la journée est un fantasme de ma part. S'il l'apprend je peux aller me cacher dans un trou de souris. L'idée n'est pas raisonnable. Je place mes mains dans ses mèches de cheveux. C'est un point faible. Il fait de même et effleure mes joues au passage. Ces doux contacts sont très agréables. Le quitter me semble déjà impossible. Je ne vais pas laisser toute l'eau de mon thé s'évaporer, si ?
- « Répond à ma question ».
- « Laquelle ? Oh ton paragraphe est trop petit, j'attends plus de détails ».
- « Alors là, c'est petit ».
- « Rien n'est trop grand ».
- « Lamentable ».
- « Tu ris ».
Me fixer de ses yeux bleus n'arrangent absolument pas les choses. Il utilise le regard. Et le regard est un point faible. Ses yeux bleus couleur de l'océan. Parfois, j'ai envie de m'y noyer. Ça parait ridicule pour beaucoup de personnes mais en un an, Jérémie m'a apporté tellement plus que mes rares relations précédentes. Je suis très attachée à ce lien unique. Il est à mes côté dans n'importe quelle situation. Il me regarde travailler comme je l'écoute travailler. Sans être toujours discrète. Là, par exemple il continue de regarder mes lèvres et évidemment, c'est une manière de faire détourner mon regard aussi. La partie n'est pas encore terminée mon cher comédien.
- « Je ris parce que c'est vraiment nul ».
- « Et alors ? Tu aimes mes blagues nulles ».
- « Dis-moi, tu n'as pas un texte à travailler ? ».
- « Détourner mon attention, très sublime Emma, très subtile ».
- « Tu me connais bien Jérémie ».
- « Je sais et c'est pour ça que je t'aime ».
Imprévisible celui-ci.
Je me redresse sur la pointe des pieds pour capturer ses lèvres à nouveau.
Il ne bouge pas. Au contraire; il entoure mon visage de ses mains, penche la tête pour accentuer ce doux et bel échange. Mes sentiments guimauves ressurgissent. Il est adorable.
Profiter.
Se sentir léger.
C'est le plus important pour moi.
J'ose effleurer la peau sous son t-shirt au niveau du cou. Des frissons me parcourent le corps car c'est sensuel. Nouveau. Il ne m'empêche pas de continuer sa petite aventure. Profiter de sa peau chaude.
- « Et moi donc » répondis-je lors d'une pause.
Le reste de la soirée se déroule un peu dans la même suite logique. Je ne vais pas me plaindre, au contraire.
Nous restons un moment ensemble jusqu'à ce qu'il me dise que c'est l'heure d'aller se coucher. Ne sachant pas quoi regarder à la télé, aucun programme ne me donne envie de rester tard.
J'aime bien écrire la nuit. La nuit, l'atmosphère est différente. Plus agréable. Plus calme. Écrire la nuit me permet d'être parfois plus productive que dans la journée. Cela n'a pas forcément de sens logique. La nuit me permet d'être sûrement plus inspirée. Ce n'est pas comme si nous n'avions pas de chat à la maison pour me tenir compagnie. En général, une tasse de thé refroidie. De la musique douce dans les oreilles aussi pour me tenir en éveil et avoir quelque chose à écouter. Les playlists ne manquent pas sur Internet, elles sont en accès libre et gratuit. Le bonheur. Je me surprends à enchainer les pages parfois mais je me dis qu'il y a un tri à faire. Trop de détails, trop de dialogue à un moment donné ou alors pas assez. Des tas de détails qui ont une grande importance.
Un coup d'œil à mon plan de chapitre et je suis dans les clous. Rassurant. Depuis que je parle avec Jérémie de ce sujet, ne pas être inspirée ou motivée tous les jours alors que je gagne ma vie en écrivant est vraiment bénéfique. Mettre des mots sur des angoisses que j'estime un peu futiles. Il m'écoute et me soutient alors je suis heureuse.
Ma tasse de thé se vide plus vite que je ne le pensais. Ce n'est pas plus mal.
- « Tu ne viens pas te coucher ? ».
- « Si, j'arrive ».
- « Ok ».
- « Tu n'arrives pas à dormir ? ».
- « Pas vraiment » me dit-il en avançant vers moi.
- « Insomnie ? ».
- « Un peu tourmenté, je ne te voyais pas venir te coucher et je me suis rappelé que tu aimes écrire la nuit ».
- « Je termine ma phrase et je vais aller dormir ».
Jérémie enlace sa main avec la mienne. Un doux contact. Je continue de me concentrer sur ma dernière phrase mais elle ne me vient pas. Je parcours un peu le paragraphe au-dessus, celui d'encore au-dessus. Je recommence à lire la page entière. Le regard de Jérémie semble concentré. D'après mon rapide coup d'œil, il est en train de lire aussi. En même temps. Il est adorable. Des mots me viennent en tête. Je me demande si ça colle et au final non.
- « Tu devrais rallonger ce passage, c'est intéressant » me dit-il.
- « C'est vrai ? J'avais hésité à le garder ».
- « Non vraiment, ça explique l'idée au-dessus ».
- « Attends, tu ne dormais pas ? Tu as lu les pages que je t'ai donné ! ».
- « Oui » avoue t-il.
- « Jérémie ! ».
- « Quoi ? » rit-il.
- « Vraiment, tu aurais pu faire le débriefing avec moi dans les prochains jours ».
- « On est en train de le faire, non ? Et il te fallait une réponse rapide ».
Ses lèvres capturent les miennes une seconde. Il est une heure du matin, on ne va pas y arriver. J'enroule mes bras autour de son cou. À croire que sa présence me fait perdre ma concentration. Oh, c'est du hasard. Evidemment. Après ce doux échange, je n'ai pas terminé ma phrase et je crois que ça peut attendre demain matin. En attendant, je me détache une seconde de son corps, éteint mon ordinateur. Pas question de le laisser chauffer toute la nuit. Je quitte mon bureau. Assez travaillé pour aujourd'hui. Au dodo. Demain, du travail nous attend tous les deux. Lui avec sa pièce de théâtre et moi bah avec mon livre. Je suis presque impatiente de le terminer car une idée a émergé dans mon esprit l'autre jour, pour un prochain livre peut-être.
Hey !
Un second O.S de Noël. En écrire me motive ! Il y en aura un autre qui arrivera un peu plus tard. Déjà écrit. Héhé, surprise !
Si vous avez remarqué, les titres des O.S ont des significations avec des chansons, j'aime beaucoup le principe d'écrire quelque chose en étant inspirée d'une chanson. Comme c'est Noël, j'ai eu plusieurs idées.
J'espère que vous avez passé de belles fêtes de fin d'année les amis, belle année à vous ! En espérant qu'elle vous apporte ce que vous voulez. En écriture aussi, ayez de l'inspiration à profusion, voilà ce que je vous souhaite !
