8ème O.S

Snowflake

« Snowflake » Sia

« There's no one like you, so I'll cry myself here to sleep. I kept you till winter now you won't be needing me »

Regarder les flocons descendre du ciel pour former un manteau neigeux moelleux sur le sol est ma passion numéro une.

C'est relaxant.

Eux au moins sont intéressants à regarder. Ils n'ont jamais la même forme. Ils sont uniques.

Comment quelques micromètres peuvent être aussi fascinants ? Juste en absorbant la vapeur d'eau de l'air qui l'entoure en tombant du ciel. Il s'adapte ensuite pour former un flocon unique. S'il pese plus que l'air ambiant, il tombe. Il chute. Sa chute doit être vertigineuse à cause du vent. Le pauvre me fait déjà de la peine. Ils sont des millions dans ce cas, voire des milliards peut-être à atterrir sur le sol. À se laisser secouer dans tous les sens par le vent, à s'écraser contre un arbre ou une vitre, peut-être même sur la joue d'un enfant. Ils tombent et se rassemblent sur le sol pour former un manteau blanc, froid certes mais très attractif. Il semble moelleux. Comme un gros morceau de coton. Sauf que c'est de l'eau. De l'eau compacte. La neige s'entasse. Prête à être utilisée pour réaliser un bonhomme de neige dans les prochains jours. Les enfants vont être enchantés à cette idée. Les parents vont en profiter pendant les vacances. Parfois, j'ai envie de retourner en enfance. À l'époque, c'était plus simple. Tout allait bien. On était encore plongé dans la magie de Noël et cette époque est révolue. En travaillant avec les enfants, j'espère encore garder cette âme d'enfant, la conserver le plus longtemps possible sans me lasser des fêtes. Sauf qu'avec le temps, ça change.

Les regarder me procurent un sentiment d'apaisement.

Ma tasse de chocolat est sans doute froide. Je me suis perdu dans la contemplation de ces flocons de neige. J'ai tendance à être davantage rêveur en hiver. Alors que je déteste cette saison. À moitié pour être honnête car la neige me fascine. C'est la seule chose que j'aime en cette saison. La neige. C'est silencieux. C'est apaisant à regarder. La neige apaise tout et les bruits sont absorbés. Les paysages prennent une autre tournure, comme un avant goût des fêtes en l'occurence car c'est à la fin du mois.

Tout le monde pense aux fêtes de familles, à Noël surtout, aux décorations dans les maisons et dans les rues, à l'ambiance générale de Noël qui rassemble les gens. Pourquoi je n'aime pas Noël ? Parce que les mauvaises nouvelles tombent toutes à cette période de l'année. Chacune d'elles sont tombées en hiver, entre le mois de décembre et de février. Pour être précis, aux alentours de Noël. Elles annoncent un mauvais présage pour moi. Mon grand-père a été hospitalisé le 24 décembre au soir. J'ai dû me faire un sang d'encre en attendant des heures dans la salle d'attente de l'hôpital. Mon pull de Noël sur le dos, le bonnet de travers et personne à contacter car la ligne téléphonique de mon portable a été coupée le soir-même. C'est un infirmier du service qui a eu la gentillesse de me laisser téléphoner depuis l'accueil de l'hôpital afin de donner des nouvelles à ma grand-mère. De l'autre côté du téléphone, ma grand-mère ne retenait pas ses larmes. J'ai été seul ce soir-là. Mes parents n'avaient pas pu faire le déplacement à cause d'une tempête. J'ai pris le bus plus tôt dans la journée, une chance. Mes parents ont eu des nouvelles via le médecin au compte goutte. Il est malheureusement parti depuis. J'ai ramassé ma grand-mère à la petite cuillère. Autant dire que le dernier Noël a un gout amer et il me reste toujours au travers de la gorge.

Et je suis désolé mais peu de personnes vivent dans des régions montagneuses coupées du monde quand la neige est trop importante, elle coupe les gens du monde. En hiver, il fait froid. La neige empêche les gens de bouger. Je vis en montagne, la neige est omniprésente ici et les huit mètres qui tombent devant la maison m'empêche de mettre le nez dehors. Si je suis venu vivre en montagne c'est pour le besoin de nature. Être au calme. Non loin d'une ville via le bus quand même pour aller travailler. Je ne suis pas totalement isolé non plus. Je vis dans une petite ville. Supporter l'hiver me va, ce n'est que trois mois dans l'année. Sauf que les huit mètres de neige devant ma porte m'angoisse. Savoir que je ne peux pas sortir sans l'aide d'une déneigeuse ou alors attendre que la neige fonde. En attendant, je reste chez moi avec mes propres angoisses. Ma tasse de chocolat ou de thé en train d'attendre que la neige décide de fondre. Quand je suis coincé chez moi, j'angoisse tout seul comme un con. Et les gens vivent encore moins au Canada où les paysages sont spectaculaires, digne d'une carte postale. Je ne vis pas dans une telle carte postale. Non, en hiver, tout est gelé. Il fait froid, il pleut, l'ambiance est morose quand il n'y a pas les fêtes de fin d'année, on est plus triste aussi à cause du changement de saison. Je ne vis pas dans un téléfilm de Noël où tout est possible jusqu'à la dernière seconde mais dans la réalité. Et la réalité n'est pas un film aussi joli. Je ne peux pas rendre visite à ma grand-mère quand je le veux, à cause de la distance, de l'état général des routes enneigée à cette période de l'année.

Je pars dans une semaine. Je meurs d'impatience de prendre le train. Seule ma grand-mère me manque à cette période. Ses tricots me manquent. C'est une sorte de rituel chaque année, elle m'a appris à tricoter alors si les autres trouvent ça ringard ou « réservé » aux mamies, je partage ça avec elle. On rigole bien tous les deux. C'est ma bulle d'oxygène de la revoir. Ne pas la voir m'attriste. Si je ne peux plus le faire, l'hiver n'aura plus aucun sens à mes yeux. On s'est serré les coudes pendant un an et ce sera le premier Noël sans mon grand-père. Cette pensée me brise le cœur. Elle est là au moins. Mes parents ne veulent pas prendre le moindre risque en voiture si jamais la neige tombe en abondance cette année. On verra.

À deux, à trois, à quatre du moment que l'on passe un bon moment ça me va.

Les fêtes de fin d'année ne sont pas réservées aux grandes familles. Tout le monde n'a pas une grande famille unie jusqu'au bout des ongles. Parfois, ça ne passe mal. Triste réalité. Évidemment, tous rêve d'une soirée autour d'un feu de cheminée dans la plus belle des convivialités. On partage une même magie de Noël. Être à deux ou trois ne signifie pas que ça sera triste. Ça signifie que la famille est petite, pour pleins de raisons et la soirée ne peut qu'être particulière. Ce sont des instants simples à préserver le plus longtemps possible pour les futures années car personne ne sait que ce l'avenir prévoit.

Chaque personne a sa définition de Noël.

Petit, je ne rêvais que du dernier jouet sorti et maintenant je pris pour une bonne santé.

Je souhaite que ma grand-mère vive le plus longtemps possible, que l'on puisse partager le plus de moments tous les deux. Je sais qu'auquel cas, mon cœur sera brisé. Mes prochains hivers n'auront plus le même sens, voire plus de sens du tout.

« Harry ? ».

La voix qui m'interpelle me ramène sur la Terre ferme. Moi qui était déjà dans les nuages depuis dix minutes sûrement, ou plus je ne sais pas. Ma collègue de travaille me regarde avec étonnement.

« Oui ? ».

« Tu es encore dans la lune ? Les enfants vont sortir de la sieste, il faut préparer la prochaine activité ».

« Qu'est-ce que l'on fait cet après-midi ? ».

« Étant donné que tu regardais les flocons tomber, pourquoi ne pas en réaliser quelques uns en papier avec les enfants ? Ça pourrait décorer la salle de classe pour les derniers jours avant les vacances, non ? ».

« Bonne idée, j'arrive ».

Je prépare le matériel nécessaire, à savoir: des ciseaux, du papier couleur, du papier blanc, des gommettes et tout le nécessaire pour décorer. De la colle. Très important la colle ! On devrait avoir un partenariat avec des magasins de bricolage. Au vu des quantités de matériels en tout genre que l'on commande, on a une carte fidélité mais le partenariat s'impose. Des ciseaux supplémentaires solides aussi, les nôtres ne sont pas très solides même si on fait attention, le budget ne suit pas sur tous nos achats. Les enfants adorent les activités manuelles. Ce sont aussi mes favorites. Elles laissent parler la créativité de chacun. Et les enfants s'expriment très bien. Si certains sont inspirés tout de suite, d'autres ne le sont pas. Je passe dans les rangs pour regarder comment les enfants se débrouillent.

Des paillettes. J'ai oublié les paillettes. Je cours chercher des tubes neufs, les enfants seront ravis.

« Harry, je n'y arrive pas » me souffle un des enfants.

« Pourquoi ? Tu n'y arrives pas ? ».

« Je ne sais pas » soupire t-il, le coude posé sur la table en tenant sa tête.

« Les gommettes ne t'inspirent pas ? ».

« Non, il n'y a que des roses ».

« Tu n'aimes pas les flocons roses ? ».

« Non ».

« D'accord, il y a d'autres couleurs. Marlène tu peux me donner les bleues s'il te plaît ? ».

« Oui Harry ».

« Merci Marlène. Paul, tu peux découper la gommette. Ou encore mieux, tu peux coller des morceaux de cotons sur le flocon, comme un coton moelleux, tu vois ? C'est à ça que me font penser les flocons une fois tombés sur le sol ».

« À des gros coussins moelleux aussi, non ? ».

« Aussi oui ».

« Tu veux bien m'aider s'il te plaît ? ».

« Bien sûr Paul ».

Je laisse Paul découper les morceaux avec un autre ciseaux pendant que j'attrape un pot de colle blanche. J'adore les bâtons de colle mais les pots sont selon moi plus pratiques. Le flocon est découpé finement, pas facile d'y coller des choses mais on va faire preuve d'ingéniosité. Paul a de l'imagination d'habitude. Il est fatigué aujourd'hui. Je pense qu'il a hâte de rentrer chez lui. Tout comme moi.

« Tu en penses quoi ? ».

« Il est très beau ton flocon Paul » dis-je en souriant.

« C'est vrai ? » dit-il en tournant le flocon collant entre ses doigts.

« Je te promets, c'est du très bon travail » lui dis-je.

« Merci Harry, je te le donne si tu veux ».

« C'est vrai ? ».

« Oui, tu l'accrocheras dans ton sapin hein ? ».

« Promis » dis-je touché.

Son travail est très bon, je ne comprends pas pourquoi il a douté de lui. Le flocon est recouvert de coton. Un gros coton. J'adore le résultat. Il a l'air de faire un bon oreiller et je connais un chat ravi d'avance de frotter sa tête dessus. Pour le détruire ensuite mais je ne vais pas le dire à Paul. Je vais essayer de le placer en hauteur du sapin. Ou de le préserver des griffes de mon chat. Meilleure idée.

« Tu vas voir ta grand-mère pour Noël ? » me demande le petit garçon à ma droite, Léo.

« J'espère. Si les routes sont dégagées ».

« Moi la mienne est morte l'année dernière » annonce Marlène en posant son feutre rouge sur la table.

« Je suis désolé Marlène ».

« Elle était très vieille ».

« Tu dois être triste » dit Léo.

« Un peu » répond t-elle. « J'aimais bien aller chez elle. Il y avait des poules et un coq qui chantait très tôt le matin. Un très bon réveil ».

« Je ne veux pas que ma grand-mère meurt » s'exclame Paul.

« Non, il ne lui arrivera rien » lui dis-je pour le rassurer.

« Elle a quel âge ta grand-mère Harry ? ».

« Elle est âgée aussi. Elle est super. Je suis sûr que la tienne pense à toi Marlène, elle est une étoile supplémentaire dans le ciel. C'est pour elle l'étoile sur ton flocon ? ».

« Oui, c'est pour elle ».

« Elle sera très fière de toi ».

« Merci Harry, j'espère. Je vais l'accrocher en haut du sapin ce soir » me sourit-elle.

« Excellente idée ».

« Léo, passe-moi la colle s'il te plaît ».

« Marlène, tu as les paillettes ? ».

« Oui, tient ».

Les enfants ont des questions innocentes, spontanées et profondes. C'est pour ça que je travaille auprès d'eux. Ils sont innocents et à la fois très matures pour leur âge concernant certains de la classe. Ils ne jugent pas. Et je me sens en confiance auprès d'eux. Il se passe beaucoup de choses dans une salle de classe. Ce sont des enfants mais pas que, ils sont selon moi un miroir. Un miroir de la vie.

Je les regarde terminer l'activité du jour. Ils sont concentrés. Ils ont des mines différentes, l'un tire sur ses cheveux, un autre remonte ses manches, un autre va mettre pleins de choses en même temps sur le travail demandé, en l'occurence le flocon. Tous ont une manière de créer unique. C'est agréable à observer.

Les enfants me sourient une fois leur travail respectif terminé. Je suis heureux pour eux. Les flocons sont très beaux.

« Vous avez beaucoup trop de talents » dis-je en regardant les flocons sur la table.

« Vous voulez les accrocher ? J'ai une guirlande qui dort dans un coin, elle peut servir à ça. En mettant une attache aux flocons. » intervient Anna.

Les flocons s'ajoutent au fur et à mesure sur la guirlande et le résultat en jette. Une grande guirlande originale.

On colle ensemble des dessins sur les vitres. On range le plus gros du matériel sorti ensemble et la fin d'après-midi passe très vite.

Quand je ferme la salle de classe avec Anna, on recommence demain. Les vacances scolaires arrivent, les enfants seront chez eux à fêter Noël en famille.

« Il était temps » souffle t-elle en fermant la porte.

« Journée intense ».

« Intense et calme en même temps, je ne sais pas comment l'expliquer. En tout cas, je vais rentrer, manger et dormir ».

« Même programme ».

« Bonne soirée Harry ».

« Bonne soirée, à demain ».

Je prends le bus jusqu'à chez moi, ça prend trente minutes. Je vis certes dans une région où il neige mais j'apprécie la proximité avec la ville pour travailler et aller acheter des livres en librairie. Je ne sors pas beaucoup de chez moi. Pas par « peur » du monde extérieur contrairement aux dires. Non. Ma maison est un refuge. Une bulle dans laquelle je suis serein. Je tiens à ça. Et acheter des livres est important pour moi, c'est une évasion géniale. Dans un livre, on ressent bien plus de choses que l'on ne le pense. Je peux dire que les livres m'ont sauvé à un moment donné de ma vie.

Une fois sorti du bus, je regrette un peu que le trajet ne dure pas dix minutes de plus. Les salles de classes sont surchauffées alors je ne mets pas de manteau trop chaud. Sauf que je suis surpris en sortant de l'école, les températures sont négatives. Et c'est le cas en sortant du bus. Je remets mon bonnet en place. Mes boucles sont encore plus définies. Je sais que certains n'assument pas, à cause des moqueries (il faut bien trouver un prétexte parfois, aussi ridicule et infime soit-il) mais moi je les assume. Je suis le seul bouclé de la famille, c'est mon atout. De plus que je ne mets pas beaucoup de temps à me coiffer, je secoue un peu la tête le matin et replace quelques mèches dispersées et voilà. Aussi simple que ça.

Regagner sa maison après une journée de travail, ça n'a pas de prix !

Je referme la porte, enlève mes affaires et mon chat m'accueille en frottant sa fourrure rousse contre mes jambes. Ce chat est une glue. J'apprécie les glues. Le pauvre a dû avoir froid dehors. Il ne demande qu'à se réchauffer. Mais ce chat apprécie sa liberté dehors quand selon lui le temps le permet, s'il pleut, s'il n'y a une tempête de neige dehors, ce n'est même pas envisageable. Il apprécie son petit confort. Ce chat est indispensable pour moi, une présence.

La neige recommence à tomber.

Ce spectacle est unique.

De nouveaux flocons uniques qui sont éphémères.

Je ne me lasse pas de les regarder tomber mais il est tard. Je dois préparer à manger, m'occuper un peu du chat avant d'aller me coucher.

« Christmas day your frelon comes

Unprotected from the Sun

By then you'l be cold and non for me send you off with love

Snowflake don't Forget us »

Quand le dernier jour de travail arrive, je me sens un peu nostalgique de quitter les enfants pour les vacances de Noël.

Ils sont tous en train d'écouter attentivement l'histoire que lit Anna.

Leurs têtes adorables vont presque me manquer ce soir.

Ils sont fatigués avant les vacances, une première alors on s'est dit qu'une histoire pourrait les intéresser pour cet après-midi.

L'histoire qu'Anna est en train de lire est une histoire de Noël, on est dans la période. On a décoré toute la salle de classe de guirlandes avec les enfants, on a mis des guirlandes lumineuses dans des vases transparents, des flocons de neige collés aux fenêtres, des petits sapins bombés en argentés et dorés, d'autres des mêmes couleurs mais recouvert de paillettes car impossible de trouver une bombe en fausse neige. Les sapins sont aussi brillants que les yeux des enfants.

C'est adorable.

La fin de la journée s'annonce déjà et mon cœur se serre un peu.

On a besoin de repos.

Une notification de mon téléphone me sort de ma rêverie. Je le consulte discrètement et c'est avec joie qu'il s'agit de la notification d'alerte mise quelques jours plus tôt pour réserver un train. Je vais voir ma grand-mère et on va fêter Noël ensemble. D'après la météo, pas de problème de tempête ou de chute de neige trop importante. On va passer les fêtes de fin d'année ensemble pour le 24, mes parents nous rejoignent le lendemain midi jusqu'au réveillon. Je meurs d'impatience. Avec ma grand-mère on a déjà établi le menu et je suis impatient de faire les courses, sentir l'atmosphère de Noël, observer les gens stressés ou impatients dans les magasins pour les achats de dernières minutes.

Je regarde de nouveau par la fenêtre de la salle, des flocons tombent du ciel. Cette nuit sera belle, je vais regarder ça via la lumière artificielle des lampadaires. Les flocons dansent. Une chorégraphie précise.

Une fois l'histoire de Noël terminée, les enfants relèvent la tête et frottent leurs yeux fatigués. Un bon moment de détente. Dommage que cela sonne la fin de la journée. C'est le début des vacances, les enfants vont être heureux.

« Oh tu l'a accroché » s'exclame Paul.

« Chose promise, chose due ».

Je ne mentionne pas le fait que mon chat a bien regardé ce gros flocon étrange dans le sapin mais interdiction pour lui de mettre la patte dessus. Il est gentil mais on ne touche pas aux cadeaux que me donnent certains enfants, c'est précieux.

Le soleil est bientôt couché. La nuit tombe beaucoup plus tôt en hiver. C'est déprimant. On se lève le matin, il fait nuit et on sort de l'école il fait nuit aussi. À se demander quand on voit la lumière du jour.

« Merci Harry » répond t-il heureux. « Le mien est en haut du sapin aussi ».

« Allez les enfants, vos parents attendent déjà au portail. Je vous souhaite de belles vacances de Noël, profitez bien, amusez vous bien ».

« Et on a hâte de savoir tous les cadeaux qui seront sous vos sapins, le Père Noel va vous gâter j'en suis sûr ».

« BONNES VACANCES » chantent-ils en chœurs.

« Merci Harry ».

« Bonnes vacances Harry ».

« Joyeux Noël Harry ».

« Bonnes vacances Anna ».

« Joyeuses fêtes Harry et Anna ».

Les enfants sont beaucoup trop mignons.

Ils nous souhaitent tous de passer de joyeuses fêtes de fin d'année avec toute leur innocence et leur joie de vivre.

De mon côté, je m'impatiente déjà de prendre le train pour aller chez ma grand-mère.

Dans le bus, je consulte à nouveau l'écran de verrouillage de mon téléphone et il y a un message de ma sœur. On est comme les deux doigts de la main. On habite à l'opposé du pays, elle pour ses études et moi pour mon travail et pour être auprès de grand-mère. Nos parents sont restés vivre dans la même ville de notre enfance. Ils me manquent.

Je manque de louper mon arrêt de bus à cause de mes rêveries. Pas question de marcher quinze minutes de plus dans ce froid et dans la neige. Les routes seront gelées cette nuit, c'est sûr. Mon bonnet remonte sur ma tête, je l'ajuste comme il faut. Je me remets à penser que je vais passer ma soirée à chercher un billet de train, à faire ma valise avant de me coucher, je suis vraiment fatigué.

« J'ai hâte de te voir mon chéri » me dit ma grand-mère après avoir discuté dix minutes.

« Moi aussi, tu me manques ».

« Dis, Gemma vient aussi ? Elle doit acheter son billet de train, j'espère qu'elle a eu des congés ».

« En principe oui, j'achète le mien ce soir, j'ai oublié de le faire hier ».

« J'ai préparé le sapin, il est sorti du garage, les décorations aussi. On mettra ça en place ensemble, tous les trois ? ».

Je peine à trouver un billet disponible dans les tranches d'horaires idéales donc je prévois d'en prendre un plus tôt que prévu. À neuf heure du matin. Il n'y a que trois heures de train de distance. J'achète mon billet de train comme prévu et envoie un message à Gemma pour lui confirmer. Sa réponse arrive dix minutes plus tard avec pleins d'émoji enthousiastes. Je profite du regain d'énergie pour faire ma valise car je pars demain, tôt. J'y jette des vêtements chauds, des pulls en l'occurence, de quoi tenir aussi pour me détendre à savoir des livres. Je lis de la science-fiction en ce moment.

Après une nuit de sommeil, je me retrouve dans le froid de la gare.

Autant dire que je regrette la chaleur de ma couette.

C'est pour la bonne cause. Je me fais la liste mentale des choses, j'ai mes papiers, les cadeaux sont dans ma valise, mon manteau sur moi, mon chat est entre de bonnes mains auprès de ma voisine, j'ai accès à mes affaires pendant les trois prochaines heures de train. Non tout est ok.

Je repère rapidement le train, l'horaire. J'ai une heure d'avance. Quelle idée de partir aussi tôt. J'ai voulu ne prendre aucun risque. La neige est tombée toute la nuit. Je me suis réveillé en voyant un manteau blanc immaculé ce matin. Les gens attendent patiemment, un café ou une revue à la main. Moi j'ai opté pour un café, j'ai l'impression de geler sur place pour devenir un bonhomme de neige.

Une annonce est faite sur un éventuel retard de train à cause de la neige tombée à plusieurs endroit isolé du pays et les trains ont des difficulté à avancer sur les voies. Dans ma destination, tout va bien. Du moment que je suis chez grand-mère ce soir, j'ai le temps. Sauf que je ne peux pas m'empêcher de ne pas me montrer inquiet.

La neige aura le temps de fondre un peu d'ici une heure, non ? Tu parles, rien du tout elle va continuer à tomber, c'est toujours la même chose. Même en consultant l'application de la compagnie ferroviaire et celle de la météo, pas de perturbations prévues dans mon cas. Dans d'autres si et je pleins les gens concernés, ils seront déjà stressés à peine monté dans le train pour voir leur famille.

« Non, je suis bloqué à Londres, il y aurait un retard d'une heure déjà. Je ne sais pas quand le train arrivera. Le mieux est que je vous appelles quand j'arrive, un peu avant ».

Un garçon blond à l'accent irlandais téléphone à sa famille, sans doute sa mère et son train a déjà du retard. Ça m'attriste car les fêtes sont une occasion de se réunir mais on ne peut rien faire face au climat. La neige. Le pauvre va devoir attendre encore un bon moment. Je lui souhaite d'avoir son train dans les temps. De mon côté, j'hésite à contacter ma grand-mère pour lui dire qu'aucun imprévu ne vient sur mon chemin mais je me dis que c'est crier victoire trop vite.

Il fait froid dans le hall de la gare. Il est immense et ouvert. La chaleur n'entre pas. J'ai bu un café pour me réchauffer. Mon bonnet est visé sur ma tête. Ça ne suffit pas. J'attends que mon train arrive à la gare. La chaleur du gobelet n'existe plus. Elle s'est diffusée via mes mains et s'est évaporée aussitôt.

Les gens circulent. Certains s'achètent un café, d'autre un livre le temps du trajet ou une revue, d'autres flânent entre les wagons, d'autres cours pour ne pas être en retard, d'autres marchent moins vite. J'aime regarder les gens quand ils voyagent. Ils ont des rythmes différents. Deviner leur destination est un jeu amusant. Où vont-ils ? Vacances, voyage d'affaire, voyage familial, voyage entre amis ? Combien de temps ? Selon la taille de la valise, je dirais que ça va d'un simple week-end à un mois. Une large palette temporelle.

Je m'assieds sur un banc livre avec vue sur les trains, les panneaux d'affichage au-dessus. Pour être sûr.

Je sors un livre de ma valise pour passer le temps et éviter de penser au froid sinon je vais definivement me transformer en bonhomme de neige.

« Je peux ? » entendis-je au-dessus de mon livre.

Le fameux garçon au téléphone. Blond. Il peine à tenir sa valise tellement son visage montre sa déception. Le pauvre j'ai l'impression qu'il va pleurer. Il est anxieux, ses mains tremblent un peu.

« Oui, bien sûr » dis-je en poussant mon sac de voyage.

« Merci ».

Il s'assoit avec satisfaction mais je devine son stress. Non que j'ai eu l'oreille qui traînait mais sa mine déçue le trahi déjà. Je jette un coup d'œil rapide au panneau d'affichage et pas de changement. Plus que trente minutes.

Je l'entends fouiller dans ses poches à la recherches de pièces de monnaie. Il semble déçu de ne pas avoir assez pour un café.

« Il te manque combien ? ».

« Euh, cinquante centimes » murmure t-il.

« Tient ».

« Tu...Tu es sûr ? Je ne veux pas... ».

« Non, t'inquiète, prends les, tu as besoin de te réchauffer. Quoique je vais m'en prendre un aussi. Je te l'offre. Viens avec moi ».

« Je... ».

La chaleur du café en question est un bonheur.

Le froid circule nettement moins ici.

Deux personnes sont avant nous.

« Un café à la noisette s'il vous plaît, et toi ? » dis-je en regardant le garçon blond.

« Deux, s'il vous plaît et si vous avez du sucre en morceau mettez-le à part, merci ».

« Noté, je vous appelle quand ça sera prêt ».

Une fois les cafés réglés, je sors dehors et le froid de la gare me saisi une nouvelle fois. La chaleur du gobelet est un bonheur. Je me rassois sur le banc de tout à l'heure, mes affaires collées à moi.

Lui pareil.

« Un bonheur, merci beaucoup » souffle t-il en buvant une première gorgée de son café. « Merci beaucoup pour ta gentillesse... ».

« Harry ».

« Merci Harry » répète t-il. « Je m'appelle N... ».

« Le train en direction de Birmingham arrive en gare. Attention, le train part dans quinze minutes » annonce la voix de la gare.

Un soupire de soulagement m'envahit. Mais je suis aussi un peu déçu de le quitter. Sa compagnie m'a fait oublier le froid et les trente dernières minutes qui auraient été bien plus longues.

« C'est mon train » dis-je en m'excusant.

« Le mien aussi » sourit-il.

Dans le train, nous faisons les présentations plus officielles et j'en apprends beaucoup sur ce Niall. Ses parents ont décidé de partir en Irlande. Une partie de leur famille respective est aussi partie vivre en Angleterre. Résultat, Niall jongle entre les trains irlandais pour voir ses grands-parents et les trains anglais pour voir ses parents. Au moins, il aime voyager. On discute pendant les trois heures de train. Étrange surprise mais très agréable surprise. Je n'ose pas lui demander où il descend, peut-être avant mon arrêt de train ou après. Il me reste peu de temps avant de descendre et je dois dire que j'ai aimé ce trajet. Je n'ai pas plongé dans ma lecture mais j'ai pu discuter avec un inconnu jusqu'à trois heures avant. J'ai adoré l'expérience. La voix du wagon annonce que le train va entrer en gare de Birmingham.

Les yeux de Niall me disent « déjà ».

Oui. Déjà.

Je me lève pour récupérer mes affaires. D'autres personnes font de même et je salut mon ami de voyage. Un peu triste de le quitter. Ce n'est pas tous les jours que l'on côtoie une personne rencontrée trois heures auparavant dans la gare et avec qui on sympathise. L'expérience fut intéressante.

« Passe de bonnes fêtes Harry ».

Niall me tend la main pour la serrer avec un sourire. Il est très sociable. Très agréable.

« Merci, toi aussi Niall et bonne chance pour ta correspondance ».

« À bientôt ? » ose t-il demander.

Ses joues se mettent à rougir un peu, c'est mignon.

« Peut-être. Dans un train » dis-je en partant.

Je quitte le quai du train l'air enthousiaste à l'idée d'être enfin arrivé à destination malgré la situation, la neige est tombée la première heure du trajet et le spectacle valait le coup d'œil. Tout était blanc, immaculé sans traces. J'ai hâte de me réveiller dans ma chambre demain matin pour aller promener le chien de ma grand-mère dans la neige fraîchement tombée la veille. Ma sœur arrive demain avec mes parents et là, on commencera sérieusement les préparatifs de Noël. Cette perspective m'enchante. Je me mets à penser que je n'ai pas demandé les réseaux sociaux de Niall. Ça aurait fait stalker, non ? Aucune idée alors je me dis que c'est l'occasion de voir si la vie nous met de nouveau sur le même chemin. Au détour d'un train ?


Hey, merci d'avoir lu « Snowflake » ! J'ai adoré écrire ces One shot hivernaux et aussi pour Noël, ça m'a motivé et c'est ce qu'il me fallait pour la suite (oui, d'autres projets d'écriture sont en développement et me prendront du temps. Sorry... Mais je vais faire au mieux. Promis !).