Chapitre 16

Héra se réveilla avec un mal de tête insupportable. Elle n'aurait su dire si la cause de ce dernier était l'alcool ingéré à la soirée de Poséidon ou le foutu sort d'Hécate. Elle avait un bandeau sur les yeux et ne pouvait donc pas voir où elle était. Ses mains étaient fermement attachées dans son dos et elle était assise à même le sol. Des odeurs d'encens et d'herbe en tous genres lui parvenaient. Elle en conclut donc qu'elle était dans la demeure de la sorcière. C'était plutôt une mauvaise nouvelle puisque celle-ci se trouvait être au cœur du domaine des Enfers, or la dernière fois qu'elle s'était retrouvée ici, Hadès avait beaucoup de questions. Tandis qu'elle n'avait même pas un début de réponse à lui offrir. Son frère était juste mais il avait peu de patience.

- Hécate ? demanda-t-elle en entendant quelqu'un fouiller dans ce qui, à l'oreille, semblait être des parchemins.

- Tu sais qui je suis ? s'étonna la jeune femme qui se trouvait donc sur sa droite.

- Pas vraiment, mentit Héra.

- Désolée pour le kidnapping, s'excusa la jeune femme.

- Pas de problème, répondit la déesse comme s'il s'était agi d'un simple quiproquo. Est-ce qu'il y a une raison pour laquelle j'ai les yeux bandés ?

- Oui.

- Je suppose que tu ne vas pas me dire pourquoi je suis attachée non plus ?

- Non, désolée.

- Je comprends, soupira la jolie rousse.

- Je ne pensais pas que tu serais aussi… docile. Tes frères et sœurs sont plus…

- Violents ? compléta Héra en grimaçant légèrement puisqu'elle avait été la pire d'entre eux autrefois.

- Oui. On pourrait presque croire que tu essayes de ne pas faire de vagues…

- Je n'aime pas vraiment attirer l'attention, concéda l'ancienne reine des dieux.

- Hadès a offert une récompense exorbitante pour quiconque t'amènerais à lui.

- Je doute pouvoir concurrencer la somme offerte par le dieu des richesses souterraines.

- Parfois un secret vaut plus que des pierres précieuses ou de l'or…

- Je n'ai pas de secret, menti Héra.

- Alors comment tu expliques que Zeus ait offert une récompense encore plus élevée que celle d'Hadès ?

- L'amour fraternel, ironisa Héra.

- Et Poséidon est à peine en dessous et je suis certaine qu'il aurait donné plus s'il pouvait.

- On est une famille très unie.

Héra sentit une coupe être pressée contre ses lèvres. Elle tenta tant bien que mal de se débattre pour ne pas boire ce qu'elle contenait.

- Je peux aussi t'assommer une seconde fois et te faire boire, soupira Hécate.

La déesse n'avait aucune envie d'être inconsciente dans ce lieu étranger avec une saleté de sorcière. Elle accepta donc de boire le breuvage qui, sans être écœurant, n'avait pas pour autant bon goût. Elle se demandait bien quelles étaient les propriétés de la potion.

- Reprenons. As-tu un secret ? demanda Hécate.

- Oui, admit Héra sans le vouloir comprenant qu'il s'agissait d'un élixir de vérité.

- Quel est ton secret ?

- Je me suis réincarnée, dit-elle avant de jurer comme charretier.

- Qu'est-ce que… Qu'est-ce que tu veux dire par « réincarnée » ?

- J'ai déjà vécu cette vie une première fois. Je suis morte. Et ensuite j'étais de nouveau vivante.

- Comment une déesse peut-elle… mourir ?

- Par un procédé assez complexe. Premièrement il faut qu'elle soit remplacée dans ces fonctions par une autre divinité et qu'elle ne soit, par conséquent, plus adulée, ou révérée par les mortels. Deuxièmement, ajouta-t-elle, effectuant une courte pause pour lutter contre la potion, avant de reprendre de plus belle. La priver de nectar et d'ambroisie.

- Intéressant ! Que me réserve le futur ?

- Ça suffit, intervint une voix qu'Héra reconnu aisément puisqu'elle appartenait à Hadès. Hécate, je suis déçu.

- J'allais te l'apporter, répondit la déesse avec bien peu de conviction.

- Je choisis de te croire. Ne me trahis plus.

- Quelqu'un pourrait-il avoir l'obligeance de me détacher ?

- Bonjour à toi aussi Héra, répondit le dieu, la débarrassant du tissu qu'elle avait sur les yeux sans pour autant faire mine de la détacher.

- Bonjour, répondit la déesse avant de tourner la tête vers Hécate.

- Et ma récompense ? demanda Hécate, regrettant immédiatement ses paroles.

- Je l'ai trouvé chez toi. Tu es celle qui me doit quelque chose déesse. Tâche de t'en souvenir.

Il s'accroupit face à Héra et passa ses bras autour d'elle pour la détacher, ses longs doigts s'activant autour de ses poignets. La déesse put enfin se lever.

- Eh bien, c'était un plaisir mais je suis attendue ailleurs, tenta Héra.

- Ma patience a déjà été malmenée par ta compagne, ne pousse pas ta chance.

Il lui prit la main et l'entraina hors de la gigantesque hutte circulaire d'Hécate. Il s'arrêta sur le seuil de celle-ci et se tourna vers la sorcière qui tremblait encore.

- Hécate.

- Oui mon seigneur.

- Ai-je vraiment besoin de t'énumérer ce que je te ferais si par malheur il te prenait l'envie de répéter ce que ma sœur t'a dit ?

- Non mon seigneur.

- Bien.

Étrangement Héra n'eut pas le moindre doute que, contrairement à Poséidon qui n'avait pas su – voulu – se faire obéir d'Amphitrite, Hécate ne prendrait pas le moindre risque d'aller à l'encontre de son souverain.

- Tu as meilleure mine, fit remarquer son frère.

- Sûrement parce que cette fois je ne me suis pas fait assommer par un éclair.

- Zeus n'est pourtant pas de nature belliqueuse, s'étonna Hadès.

La déesse faillit s'étouffer. Zeus ? Un pacifiste ? Elle commençait à douter. Peut-être qu'elle avait été frappée par la foudre.

- Si tu me parlais de cette réincarnation.

- Pourquoi tu ne demanderais pas à tes tisseuses ? Elles auront plus de réponses que moi. J'ai dit tout ce que je savais à Hécate et je suppose que tu as tout entendu.

- Les Moires… Fort bien. Nous irons les consulter demain. Pour le moment, permet moi de t'inviter à passer la nuit dans mon palais.

- Je ne pense pas avoir le choix.

- Non, effectivement, tu ne l'as pas.

Le trajet fut silencieux. Hadès n'avait jamais été très loquace. Un trait qui avait bien souvent agacé la déesse par le passé mais qui lui était désormais agréable. Elle fut conduite jusqu'à ses appartements et, alors qu'elle s'apprêtait à refermer la porte, le dieu s'éclaircit la gorge pour prendre la parole.

- J'ai été désolée d'entendre le sort qui t'a été réservé.

- Pourquoi t'excuses-tu ? Je n'ai jamais dit que tu étais responsable.

- Si ma propre sœur a connu une fin aussi cruelle, c'est que j'ai échoué.

- J'ai eu ce que je méritais. Tout ce que je peux faire maintenant c'est ne plus commettre les mêmes erreurs et ne pas oublier la principale leçon.

- La principale leçon ?

- Ne jamais faire confiance à personne. Encore moins à sa famille, asséna-t-elle froidement.

Elle referma la porte sans plus de cérémonie.


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