CHAPITRE 20

Héra contint difficilement la panique qui la gagna à la vue des éclairs striant le ciel qui la surplombait. Son cœur menaçait de lâcher. Tout comme ses jambes d'ailleurs. Qu'était-elle censée faire ? Pouvait-elle se cacher ? Fuir ? Elle lança un regard aux alentours comme si la réponse se trouvait à portée de main. Visiblement, ce n'était pas à portée des siennes.

- Tu m'as l'air en bien mauvaise posture, déesse.

Elle sursauta puisque la voix n'était accompagnée de personne et semblait émaner de partout à la fois. Comme si elle l'enveloppait à bonne distance. Elle se mordit la lèvre pour ne pas répondre trop sèchement à ce qui pouvait se révéler un allié.

- Il semblerait bien… à qui ai-je l'honneur de m'adresser ? demanda-t-elle presque innocemment, ses yeux scannant les alentours à la recherche du moindre indice sur la localisation de son interlocuteur.

La voix lui était familière mais elle avait été isolée si longtemps des autres dieux durant son emprisonnement qu'elle ne parvenait pas à la lier à un visage. Un éclair l'aveugla un instant, lui rappelant que son temps était compté, l'orage approchait dangereusement.

- Est-ce que tu peux m'aider ? demanda-t-elle, tombant le masque.

- Peut-être… qu'as-tu à m'offrir ?

Héra n'était pas assez stupide pour répondre sans réfléchir à une question de ce genre. Premièrement, elle n'était pas vraiment en position d'offrir quoi que ce soit. Deuxièmement, elle ne pouvait pas vraiment faire la difficile.

- Pas cette fois, répondit-elle. Mais si tu me rends service une seconde fois à l'avenir, alors tu pourras obtenir de moi une faveur. N'importe laquelle, précisa-t-elle.

- C'est une offre… raisonnable.

Hermès apparu devant elle, son sourire de chenapan aux lèvres. Il flottait à quelques centimètres du sol. Héra n'aurait jamais cru pouvoir penser un jour qu'elle était heureuse de voir l'un des bâtards de Zeus et pourtant, en cet instant, elle se disait qu'il tombait à pic. Contrairement à Apollon qui brillait par son incompétence, Hermès n'était pas le plus stupide de la progéniture issue des adultères du roi des Dieux. Il devait tenir de sa mère Maïa. La déesse était étonnée que la jeune femme ait déjà enfanté le messager des dieux. Elle chassa rapidement de son esprit les questions qui s'y pressaient. Après tout, rien ne se déroulait comme la première fois puisqu'elle avait changé. Chacune de ses actions ouvrait un nouveau chemin.

Peu lui importait que Zeus ait déjà forniqué avec Maïa, elle espérait juste que les attributs du jeune dieu étaient similaires à ceux de sa vie antérieure. Il n'était tenu à aucune frontière, pouvant se mouvoir entre les différents domaines des dieux sans entraves… parfois avec un passager clandestin.

- Emmène-moi à Lygia, lui dit-elle en se saisissant de sa main, lançant un dernier regard vers les nuages noirs qui s'approchaient à une vitesse vertigineuse.

- Lygia ?

- Oui Lygia, s'agaça-t-elle.

- Tu es sûr que…

- Oui !

Elle ne comprenait pas ses réticences. Ce n'est pas comme si elle avait demandé de l'infiltrer aux Enfers. C'était une ville portuaire où les mortels vivaient paisiblement… La ville de Janus. Elle retrouverait la chaleur maternelle d'Eleni et la douceur sororale de Méline. Peut-être qu'elle réussirait à les convaincre de déménager loin des côtes. Loin du dieu des mers et des océans. Ils pourraient être heureux quelque temps.

Elle fut tirée de ses rêveries au contact des cendres sous ses pieds. Elle baissa les yeux pour confirmer que ses sens ne la trompaient pas. Elle se mit à tousser lorsque les particules en suspens se frayèrent un chemin vers ses poumons. Lorsqu'elle parvint enfin à respirer correctement, son souffle se retrouva couper de nouveau face au paysage désolé qui s'étendait devant elle.

- Que… qu'est-ce que… Où est-ce qu'on est ?

- Lygia… comme tu l'as demandé, répondit le dieu en fronçant les sourcils.

- Ce n'est pas Lygia ! s'emporta-t-elle en désignant la plaine où des fondations fumaient encore.

- C'était Lygia si tu préfères. Je ne me déplace pas dans le temps, seulement dans l'espace.

- Que s'est-il passé ?

- Si je te réponds, tu devras remplir ta part du marché, l'avertit-il avec une bienveillance qu'elle lui connaissait et qu'elle n'avait jamais méritée autrefois.

Elle tituba, reconnaissant la carcasse d'un arbre dont les branches avaient été, il y a peu de temps, alourdie par des fruits presque mûrs. Elle prit la première à gauche puis à droite et enfin deux fois à gauche, s'arrêtant devant… le vide. Là où devrait se tenir la maison qui l'avait accueilli ces derniers mois, il n'y avait que le néant. Elle se laissa tomber à genoux.

Son foyer avait brûlé.

Elle sentit une présence familière et leva les yeux vers sa sœur.

- Hestia.

La déesse se tenait droite devant elle et ne semblait pas prête à esquisser le moindre geste ou à prononcer la moindre parole de réconfort. Héra n'en attendait pas moins d'elle. Elle se souvenait que Zeus avait cru pouvoir ranimer la flamme qui n'avait peut-être jamais existé chez leur sœur.

De tous les enfants de Kronos, son destin avait été le plus tragique. Rhéa ne savait pas à quoi s'attendre la première fois. À peine avait-elle donné naissance, que l'enfant lui avait été arraché, immédiatement dévoré par le roi des titans. Seule, Hestia avait grandi dans le néant sans avoir jamais goûté à quoi que ce soit d'autre. Une fois libérée, elle semblait presque morte. Aucune émotion ne l'agitait jamais. Zeus avait pensé qu'elle aurait besoin de plus d'offrandes que les autres divinités pour se remettre. Cela s'était révélé un échec, bien qu'elle prenne une part sur chaque offrande faite à un autre dieu.

Elle avait si peu rempli son rôle de déesse du foyer qu'Héra était devenue la déesse de la famille à terme. Peu importe ce qu'on lui confiait comme tâche, une autre finissait par se l'approprier. Elle prenait sans donner. Lorsqu'elle avait refusé Poséidon et Apollon, Zeus lui avait offert la virginité éternelle et pourtant Artémis était devenu la déesse de la chasteté.

- J'ai un message pour toi.

- Un message, répéta Héra perdue, presque hébétée.

- De la part de Janus.

- Quoi ?

- Ton foyer n'est plus. Il affirme t'avoir aimé et malgré cette fin, il ne t'en veut pas.

- Qu'est-ce que… Hestia, où est-ce qu'il est ?

- Mort, répondit sa sœur sans se départir de son impassibilité coutumière.


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