Bonjour !

Je suis très heureuse de vous retrouver pour la troisième partie de la triple fiction commencée en Février : Note de Fond !

Je vous remercie pour toutes vos lectures, vos reviews, vos encouragements et votre engouement, j'espère que cette suite ne vous décevra pas !

Les réponses aux reviews :

Emila-san (review Note de tête): Merci beaucoup! J'ai vraiment essayé de coller au Eren de la saison 4, ou en tout cas de l'amorce du Eren saison 4, par rapport au peu que j'en ai vu pour l'instant, je suis très contente que tu trouves que ça fonctionne, j'espère que ça continuera d'être plus ou moins en accord avec ce qui va venir ensuite...

Yuma-shan : Ahahah trop bien pour les papillons et les étoiles ! Et bien voilà la suite, hésite pas à me dire ce que tu en penses !

TartineMerry : Ahahah merci ! Et ben voila un chapitre encore PLUS LONG ! Oui, c'était prévu que l'amnésie d'Eren ne dure que pendant la deuxième partie, ça permettait un peu de légèreté (surtout par rapport à la blessure de Rivaille), et puis de faire une pause dans le "match". Mais maintenant, c'est le retour du vrai Eren ! J'ai hâte de lire tes prochaines review !

Elvra : Merci beaucoup ! J'espère que cette troisième partie répondra convenablement à tes questions ! Alors pour le consentement, c'est vraiment trop bien que tu en parles, parce qu'en effet, je trouve ça très difficile dans certaines écritures de lemon. Par exemple, l'avertissement que j'avais mis avant la scène du cachot était là pour ça, et il y avait des choses qui m'ont dérangée dans ce passage, que j'ai enlevées, parce que le viol c'est de la grosse merde et que c'est la dernière chose que je veux donner à voir. Et vu que c'est de l'écriture (très) détaillée, ça devient très vite difficile de poser des limites claires, surtout dans une relation comme celle que je décris entre Eren et Rivaille, où il y a un combat constant entre les deux pour le contrôle. Je comprend très bien que ça ait pu te gêner (et tu fais très bien de me le dire, tu as raison.) Je vais essayer de faire plus attention, et j'espère que ce premier chapitre (qui est presque entièrement un POV de Rivaille) va expliquer un peu mieux l'état d'esprit dans lequel il se trouvait. Il est vraiment question de contrôle dans leur relation (et surtout tu t'en doutes, lors du sexe). La réaction de Rivaille au chapitre 5 est surtout gouvernée par sa blessure et sa faiblesse (qu'il a vraiment du mal à gérer évidemment), il ne se sent vraiment plus maître de son corps, et a une peur bleue que "dark Eren" en profite, même si il est attiré par lui. Je pense aussi qu'il ne comprend pas qu'Eren puisse être vraiment attiré par lui dans l'état dans lequel il se trouve, ce qui accentue sa méfiance et surtout, sa tristesse. Mais le fait qu'Eren soit doux et attentif et qu'en plus, il se place même à coté de sa jambe déchiquetée fait qu'il se laisse aller. Mais en effet, c'est tellement sur le fil du rasoir que ça peut mettre mal à l'aise, et je m'en excuse. Je ferais vraiment plus attention les prochaines fois, et si jamais ça ne va pas de nouveau, je compte sur toi pour me le dire !

Domidanse : Merci pour ta review ! Je suis ravie que cette histoire te plaise, que tu sois un peu happé par ses questions et que ses scènes intimes te plaisent, j'aime énormément les écrire ! Je prend ton bon courage, et j'ai hâte d'avoir ton avis sur la suite !

Guest : Ahahah merci beaucoup, bravo pour avoir deviné la troisième partie ! Oui je vois très bien Rivaille grogner cette phrase ahahah ça me fait rire de l'imaginer parler comme ça ! Pour Armin et Jean nous verrons, mais ils ne seront pas du tout beaucoup exploités dans cette troisième partie je le crains... Mais j'espère que ça te plaira quand même !

Twikilight : Merci beaucoup, je suis ravie que ça te plaise ! Pour la peur de Rivaille, c'est vrai que j'avais peur que ça fasse un peu OOC, mais je me dis que pour lui, il ne doit rien avoir de plus horrible que d'être autant diminué par une blessure et de ne pas avoir la capacité de se défendre d'un homme qui a autant d'impact sur lui. En fait si on imagine comment le caporal voit Eren au début de l'histoire, ce qu'il se passe entre eux (notamment dans la cellule), il me semble que ce soudain handicap devrait en effet faire perdre beaucoup de maîtrise à Rivaille, et couplé à ce qu'il ressent pour le titan, il est possible qu'il en ait finalement peur. (Et puis j'aimais bien inverser les rapports de force pour leur relation). J'espère que même si j'essaie de le rendre attendrissant, il n'en perdra pas son "aura" en tout cas !

Disclaimer : Pas. À. Moi.

La Note de Tête est la note la plus volatile qu'on capte

après la vaporisation du parfum. Elle est souvent

fraîche, verte et dure jusqu'à deux heures.

La Note de Coeur se développe pendant plusieurs heures

et constitue l'arôme caractéristique du parfum. Elle peut

être fleurie, fruitée, épicée.

La Note de Fond s'évapore très lentement. Elle reste parfois

pendant plusieurs jours. Elle fixe le parfum pour

le faire durer dans le temps. Elle peut être

boisée, suave.

Cette fiction est terminée, donc soyez toustes certainses que je posterai en temps et en heure. Il y aura toujours 5 parties, et elles seront publiées chacune le mercredi et le dimanche.

Et on commence avec un long POV de Rivaille, j'espère qu'il vous plaira !


Note de Fond

Chapitre 1

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POV RIVAILLE

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Ses jambes tremblent encore à cause des ondes de l'orgasme qui ne veulent pas arrêter de lui élancer tout le corps. Il regarde l'homme évanoui à ses pieds, une tache de sang d'élargissant au sol en dessous de son ventre lacéré. Il souffle rageusement en sentant des élancements désagréables au bas de son dos et donne de grands coups de pied au salopard qui n'a même pas la décence de hurler de douleur alors que les os de ses jambes craquent. Il continue à s'acharner sur les deux membres inférieurs du titan jusqu'à ce qu'ils soient atrocement tordus. Alors il recule, replace son poignard dans le harnais qui lui enserre la cuisse droite, et tente de calmer sa respiration sifflante. Il regarde une dernière fois le corps contorsionné sur le carrelage du réfectoire d'un oeil mauvais avant de sortir.

Hanji lui demande de laisser le gosse sortir du cachot pour qu'ils puissent le soigner. Il hurle sur sa supérieure. Il dit que ça ne va plus, que Jaeger a encore une fois pété les plombs, que la seule façon de le garder sous contrôle est de le laisser moisir dans sa cellule. Il voit le regard inquiet d'Hanji et ça l'énerve. Parce qu'elle n'est pas inquiète pour le titan, mais pour lui. Il sort de son bureau et s'enferme dans ses appartements, qu'il ne quitte plus pendant deux jours.

Un cauchemar le réveille en sursaut, et il se redresse en sueur, une douleur fulgurante lui tordant les tripes. Il agrippe sa chemise et la tire de toutes ses forces pour qu'elle arrête de lui comprimer le torse comme ça. Mais ce n'est pas la chemise. Alors il se lève, va dans sa salle de bain pour se passer de l'eau sur le visage et surprend son reflet dans le miroir. Ses yeux sont rouges et cernés de lourdes nuances de bleu. Ses joues sont creusées. Sa peau est presque grise partout sur son visage et son cou. Sauf au niveau de ses clavicules ou de légères zones piquetées de rouge ressortent encore là où l'autre à pressé ses doigts. Il serre les mâchoires jusqu'à se que ses tempes le lancent.

Il sent son corps le brûler atrocement fort alors qu'il est assis à son bureau entrain de boucler les derniers rapports incroyablement chiants du bataillon. Ses mains se mettent à trembler et sa vue se brouille. Il balaie rageusement du bras tout ce qui se trouve sur la surface en bois et pose ses coudes dessus pour prendre sa tête entre les mains. Il grogne sous la chaleur qui s'intensifie au creux de ses reins, jusqu'à ce qu'elle n' atteigne sa nuque qui se couvre d'une fine pellicule de sueur. Il sent son pouls tambouriner à ses oreilles alors qu'il descend une main vers son entrejambe, le bruit du tissu frotté par sa paume résonnant dans la pièce. Il courbe encore plus le dos quand ses doigts passent sous le vêtement et se mord la langue pour ne pas gémir. Il essaie de toutes ses forces de ne penser à rien alors qu'il sent le plaisir monter petit à petit, lui faisant serrer son poing fermé sur ses cheveux. Il se concentre sur sa respiration en sentant que ça arrive, mais, sans pouvoir le contrôler, ce sont deux yeux verts sombres, à moitié dissimulés sous une cascade de cheveux bruns qui s'imposent à son esprit alors qu'il se tend et jouit dans un dernier soupir rauque. Il s'écroule sur la table, vidé. Il est si épuisé qu'il s'endort immédiatement.

Il se réveille pour la sixième fois de la semaine au milieu de la nuit, tous les muscles de ses jambes contractés à l'extrême, alors qu'il a l'impression qu'il s'étouffe. Il n'en peux plus, il est trop fatigué, il sent son corps le lâcher de plus en plus. Alors il se lève, s'habille et sort de sa chambre. Il marche comme un automate vers sa destination, qu'il ne prend conscience d'avoir choisie comme telle que lorsqu'il se retrouve devant la lourde porte en bois qui mène à l'escalier des cachots. Il souffle rageusement et saisit les clés sur le clou avant d'entrer.

Le titan ne se retourne pas tout de suite. Il se dit que c'est tant mieux parce qu'il ne supporterait pas de voir une expression de victoire sur ses traits d'imbécile. Alors qu'il s'arrête à un mètre de la grille, l'autre se retourne pour lui faire face et il retient son souffle. Il voit ses grands yeux verts se voiler par une envie animale et frissonne sans pouvoir s'en empêcher. Il parle, pour la première fois depuis six jours, pour lui ordonner de se calmer. Il est content d'entendre que sa voix n'a rien perdu de son timbre autoritaire alors que ses mots claquent dans le silence. Mais sa voix à l'air de rendre l'autre encore plus fou, alors il se tait.

Il a presque envie de remonter. Ça ne sert à rien, ils ne parleront pas, pas que ça soit utile à grand chose de toute façon. Pourtant, il s'avance encore plus vers la grille et il attend. Quand l'autre reprend son calme et qu'il peut enfin voir l'état dans lequel il est, son diaphragme se tord. Il à l'air aussi fatigué que lui, son visage est encore plus émacié et ses yeux ont l'air aussi perdus que les siens quand il les voit dans le miroir le matin. Il se rapproche encore de la grille, jusqu'à en sentir l'odeur métallique, et regarde le titan se lever et s'approcher lui aussi des barreaux.

Il sent sa colère s'amplifier alors que l'autre le regarde avec ce même air de défi satisfait en lui débitant ses conneries. Il sent la haine lui mordre les nerfs lorsqu'il entend sa voix joueuse et profonde. Il a envie de le frapper, de lui faire le plus de mal possible pour lui effacer son expression amusée. Il est si fatigué que sa vue se brouille et qu'il se sent défaillir quand il entend le « d'accord » murmuré d'une voix rauque.

Alors il lance son bras entre les barreaux et saisit la masse de cheveux fins entre ses doigts. Et il fond sur les lèvres qui s'ouvrent sous la douleur du choc avec le métal froid. Un goût acre de sang lui remplit la bouche alors que son pouls s'accélère et qu'il ne se sent pas la force de se décoller de cette bouche qu'il déteste tant. Il ne veut pas que l'autre ouvre les yeux, qu'il le transperce une nouvelle fois de ses lances vertes. Il ne veut pas revoir son désir et sa démence lui dévorer les iris. Alors il lui ordonne de maintenir ses paupières fermées en tâtonnant pour ouvrir cette foutue grille.

Il voit que le monstre lui obéit, et sent une décharge d'excitation sourde prendre possession de son corps alors qu'il le pousse violemment sur le lit. Il l'écrase de tout son poids pour l'empêcher de respirer, tout comme lui ne respire plus depuis six jours. Il le sent bouger contre lui, et la rage le transperce comme une flèche quand un désir incandescent lui remonte toute l'échine. L'autre n'ouvre même pas les yeux, lui obéissant même alors que leur sexes pulsent l'un contre l'autre à un rythme obscène, et il l'attrape par le col pour lui enfoncer sa langue dans la bouche.

Il ne veut plus voir son visage, alors il lui recouvre la tête de sa chemise, avant qu'une autre onde de plaisir s'échoue dans sa nuque et qu'il le retourne et le déshabille à la hâte. Il a besoin de le prendre, tout de suite, qu'il n'y ait plus que lui autour de lui et en lui, et quand le titan se cambre encore plus sous ses yeux, il se sent devenir fou et tout son corps lui hurle de prendre tout ce qu'il veut de l'homme alangui sous lui, tant qu'il en a l'occasion. Pourtant, un sursaut de lucidité le fait se décoller de son subordonné, juste à temps.

Il parle, brisant le silence du cachot, laissant une échappatoire au titan, qui n'a pas l'air de comprendre où il veut en venir. Il serre ses doigts du plus fort qu'il peut sur la peau brûlante qui s'étend sous lui. Il ne veut pas arrêter. Mais il a besoin de savoir. Parce que même s'il déteste ce sale gosse qui se fout de tout, il ne peut pas lui faire mal à ce point là. Il entend l'autre lui donner son accord. Il hallucine. Ce type est complètement fou. Mais quand il l'entend le supplier de faire ce qu'il s'apprête à faire, qu'importe la douleur et leur haine mutuelle, et qu'il sent son sang lui monter à la tête et sa respiration se bloquer dans sa poitrine, il se dit que putain, lui aussi est bon à balancer chez les fous. Alors il crache dans sa main pour pénétrer le titan d'un coup.

Il à l'impression d'étouffer quand il sent les parois brûlantes se resserrer sur lui et qu'il entend le râle de douleur. Il ne peut pas s'empêcher de bouger, c'est trop fort et ça lui vrille trop les organes tant il est excité. Mais il ralentit le rythme lorsqu'il voit la colonne du titan bouger et de légères lumières jaunes y apparaitre, comme des lucioles. Alors il pose sa main sur son dos, et remonte sur sa peau jusqu'à attraper ses doigts, pour le calmer. Il ne sait pas pourquoi, mais il n'a pas peur que l'autre se transforme. Il attend que les lumières s'estompent et que la pression sur ses doigts se détende avant de recommencer à bouger, soupirant de plaisir quand l'autre se décontracte autour de lui et lui permet d'avancer plus profondément.

Il entend ses gémissements rauques et sent ses hanches venir à sa rencontre. Il a l'impression que son cerveau se liquéfie. Il augmente le rythme et ressent une décharge de plaisir si forte qu'il s'écroule sur le dos du plus jeune et pose son front sur sa joue. Il sent la moiteur de son visage et sa tête s'emplit des bruits indécents qu'il laisse sortir de sa bouche entrouverte. Soudain, le titan inspire un grand coup et bloque sa respiration, avant qu'un cri éraillé ne lui échappe et que Rivaille ne le sente se resserrer délicieusement fort autour de lui. Il donne un dernier coup profond et se laisse partir, tous ses muscles se contractant en même temps alors qu'il a envie de crier, mais se retient de toutes ses forces. Il retombe sur Eren et se laisse quelques secondes pour reprendre son souffle contre lui, leurs corps encore imbriqués, leurs mains toujours serrées. Il se redresse finalement, quittant la chaleur du corps alangui sous lui, et sort en fermant la grille à clé. Une fois retourné dans sa chambre, il s'écroule sur son lit et se mord le poing pour ne pas hurler.

Il n'arrive même pas à se rendormir alors que son corps est complètement détendu par l'orgasme qu'il sent encore émousser ses muscles. Il se frappe plusieurs fois la tête contre l'oreiller. Il s'en veut déjà. Il s'en veut d'avoir craqué, d'être descendu pour le voir. Il s'en veut de s'être laissé allé quelques minutes dans cette cellule. Il s'en veut aussi de lui avoir fait mal, mais c'était la seule chose qu'il était capable de lui faire. Il s'en veut encore plus d'avoir envie d'y retourner, et de recommencer.

Il se redresse et colle son dos au mur qui lui fait office de tête de lit. Il regarde le plafond en croisant ses longues jambes sur le drap. Il tourne sa tête vers la table de chevet et fronce les sourcils. Pas encore. Ça suffit. Mais sa main se lève, toute seule, et il la suit des yeux alors qu'elle se dirige vers la poignée du tiroir. Il serre les dents quand il voit un coin blanc apparaître dans la boite en bois. Sa main l'attrape précautionneusement, et ramène le papier devant son visage avant de le déplier. Son front se plisse et il sent sa bouche s'assécher. Ça fait longtemps qu'il a récupéré ce dessin, mais il ne l'a jamais observé autant que depuis quelques jours. Six nuits qu'il le regarde ainsi, longuement, espérant y trouver quelque chose. Il caresse le papier inerte du bout des doigts, juste quelques secondes, avant de le replier rageusement et de le remettre à sa place. Demain, il le laisserait sortir. Mais lui, il partirait. Il fallait qu'il s'éloigne, le plus possible. Juste quelques jours. Juste pour que cette tension passe, et qu'il puisse redevenir lui même.

À l'aube, il selle son cheval en prévenant Hanji qu'il part quelques jours dans la forêt pour s'entraîner et faire un crochet vers Maria. Il lui dit aussi qu'elle peut faire sortir le titan de sa cellule et se débat quand la commandante lui saute au cou en criant.

Il atteint rapidement la forêt et laisse son cheval dans une clairière. Il actionne ses grappins et fait sortir le gaz en grandes volutes pour passer d'arbres en arbres de plus en plus vite. Il ne sait pas combien de temps ça dure, mais il sent à un moment les muscles de ses jambes tressauter de fatigue. Il est essoufflé et sa tenue lui colle à la peau à cause de la sueur. Sa tête lui tourne. Alors il redescend lentement au sol. Même les bras le tirent désagréablement alors qu'il rengaine ses lames. Il se dirige, essoufflé, vers le ruisseau non loin de l'endroit où il a laissé son cheval pour se rafraîchir. Il a l'impression que tout s'est obscurci autour de lui. Il doit déjà être le crépuscule et très peu de lumière ne passe les cimes amassées des sapins, il a vraiment passé la journée entière à s'entraîner. Il s'agenouille sur les rochers vers la petite cascade et plonge sa tête dans l'eau glaciale. Ça fait du bien. Il reste la jusqu'à ce que son souffle lui manque, profitant du bourdonnement continu des litres d'eau qui s'écrasent sur le fond du ruisseau, presque en rythme avec son corps qui le lance de fatigue.

Et brusquement, il sent une douleur atroce lui déchirer la jambe droite. Un flash bleu criard passe devant ses yeux, comme un éclair azuré. Il crie dans l'eau, buvant la tasse, et pousse de toutes ses forces contre le truc qui est entrain de lui transpercer la cuisse. Quand il se redresse, il ne voit que deux gros yeux luisant dans la pénombre et une rangée de dents s'enfoncer par à-coups dans le tissu de son pantalon. Tout est flou à cause de l'eau qui lui brouille la vue et de la douleur qui lui fait tourner la tête. Il hurle quand la pression sur sa jambe augmente alors que le loup commence à le trainer vers le sous-bois, et il entend très nettement son muscle se rompre alors qu'il approche sa main pour attraper son poignard. Il le lève du plus haut qu'il peut et le plante de toutes ses forces dans la masse sombre qui le tient entre ses crocs. Il y a un jappement aigu et la tête se met à se secouer de gauche à droite, continuant de déchirer la cuisse de Rivaille qui rugit de douleur en abattant une nouvelle fois sa lame, transperçant l'oeil en biais et atteignant le cerveau de la bête qui s'effondre enfin, sans vie.

La pression sur sa jambe diminue et il sent une lance de douleur lui secouer tout le corps quand il essaie de bouger. Il grogne en rampant loin de la bête. Il s'appuie sur un rocher et ferme les yeux pour faire descendre le rythme des battements effrénés de son coeur. Il baisse les yeux vers sa jambe pour évaluer les dégâts, mais ne voit qu'une tache un peu plus noire que les autres. Il fait complètement nuit. Il gémit de douleur en se redressant en s'aidant du rocher et essaie de mettre tout son poids sur sa jambe gauche. Il ne sait pas où est son cheval, il siffle mais rien ne vient. Il s'est peut être fait bouffer.

Alors il se met à boiter, serrant les dents sous la brûlure aiguë qui lui ravage tout le bas du corps. Il n'arrive plus à savoir où il va, mais il avance, comme un désespéré. Il s'appuie sur toutes les branches qu'il peut trouver, sa tête commence à être trop lourde, et chaque son lui fait l'effet d'une claque sur le crâne. Il sent des fourmis lui grignoter tout le corps et il a très envie de s'assoir, rien qu'une minute. Mais il sait qu'il va mourir si il s'arrête, alors il pousse son corps jusqu'au bout, jusqu'à ce qu'il hurle de douleur en sentant son fémur se fêler sous son poids, jusqu'à ce que son champ de vision ne devienne rouge et que tout son corps devienne une masse compacte de douleur. Alors il sent une brise d'air frais sur son visage et il voit des formes noires bouger loin devant lui. Il laisse un rictus lui déformer la bouche et il s'écroule, inconscient.

Il fait de grands rêves sans queue ni tête. Avec des arbres qui parlent et des titans volants. Il voit plein de flashs lumineux qui lui donnent envie de fermer les yeux, mais il les a déjà fermés. Il voit plein de monde défiler devant lui, des gens vivants et puis des morts. Ils ne parlent pas, ils le regardent seulement. Mais il y en a un qui ne le regarde pas et ça l'énerve. Il a envie de le cogner, mais il ne peut pas bouger. Alors il regarde juste les paupières fermées devant lui. Des paupières aux longs cils bruns avec en dessous de fines stries rouges. Il se sent triste que cette personne ne le regarde pas, et même avec tous ces autres gens autour, il se sent terriblement seul devant ces deux paupières désespérément closes devant lui. Il entend des voix autour de lui parfois, mais il ne sait pas d'où elles viennent, et elles s'éteignent dès qu'il essaie de les entendre mieux. Petit à petit, il s'énerve. Il en a marre de rester là, il veut sortir. Il veut qu'on le laisse tranquille et qu'on arrête de lui parler pour lui dire des choses qu'il ne peut même pas entendre. Il sent la rage monter en lui, jusqu'à ce qu'il ressente un besoin urgent de hurler. Mais il ne peut pas. Il ne sent même plus sa bouche. Il va devenir fou comme ça. Il aimerait bien que quelqu'un l'achève avant que son cerveau ne se mette à fondre pour de bon.

Et puis, il sent quelque chose. Sur sa main gauche. Un effleurement léger, qui se transforme en poids qui lui réchauffe le dos de la main. C'est agréable. Il a envie de retourner sa main pour sentir ce que c'est mais il ne peut pas bouger. La chaleur s'en va et il panique à l'idée qu'elle ne revienne pas. Mais un autre poids, plus lourd cette fois ci, lui presse l'abdomen. Il se sent tout bizarre parce que c'est la première fois qu'il prend conscience de son corps depuis longtemps. Il est allongé quelque part, et il y a quelque chose sur lui. Quelque chose de lourd qui habituellement le dérangerait mais qu'il aime bien sentir là. Le poids disparait lui aussi, mais il sent une espèce d'onde de chaleur lui caresser le torse, puis le cou et le visage. Comme le ferait un rayon de soleil qui lui réchaufferait l'épiderme.

La sensation s'en va elle aussi et il a envie de lui supplier de revenir, mais aucun gémissement ne veut passer la barrière de sa gorge. Alors qu'il essaie une nouvelle fois de pousser dans ses poumons, un énorme choc claque sur son front et il se sent tomber à une vitesse phénoménale dans le vide. Il sent son cerveau se contracter atrocement fort sous des ondes tonnantes comme des éclairs. Tout devient noir et il voit des formes se découper dans l'obscurité, mais il tombe trop vite pour pouvoir les apercevoir. Il y a aussi de longs rayons bleu-vert qui luisent doucement autour de lui, et l'un d'eux tressaute et vient s'enrouler autour de son thorax. Et puis enfin, sa chute se termine dans un claquement sec et il sent son corps le brûler partout.

Il y a un bruit sourd à coté de lui et il essaie de bouger la tête pour voir ce dont il s'agit, mais ne parvient même pas à ouvrir les yeux. Son corps lui parait lourd comme si il était en plomb, mais il est soulagé de le sentir enfin. Il sent la chose s'approcher de lui et entend un son de tissu. Alors il met toute sa force dans son bras gauche et essaie de bouger sa main. Il parvient à soulever quelques doigts, et les pose enfin sur quelque chose. Quelque chose de doux et de chaud qu'il essaie de serrer le plus fort possible. Et là, il ouvre les yeux.

Ce n'était pas assez humiliant de s'être fait salement amocher par un putain de loup, ni d'avoir passé une semaine dans le coma, il fallait en plus que la première personne qui soit présente le jour où il se réveille soit cet abruti de Jaeger. Il ne s'était jamais senti autant comme une merde que maintenant. Hanji déboule dans la chambre en lui vrillant les tympans. Elle a l'air très contente de le voir. Pas lui. Enfin si, un peu, mais il commence à avoir mal aux membres inférieurs et à paniquer de ne pas pouvoir bouger son corps. Il a l'impression d'être une chenille dans sa chrysalide et que maman-papillon-Hanji vient lui donner la becquée. Ecoeurant.

Jaeger est toujours là, une expression bizarre sur le visage. Il le regarde beaucoup trop intensément et le caporal est pris d'une irrépressible envie de lui arracher tout son système digestif à mains nues, mais il ne peut même pas lever un bras alors… Finalement, le titan secoue la tête, comme si il se réveillait, bredouille quelque chose et sort de la pièce. Rivaille se détend un peu et écoute les conseils d'Hanji pour bouger son propre corps. Il était tombé bien bas.

Au bout de trois repas forcés, il parvient à se tenir assis, et à retrouver toute sa motricité. Presque. Il regarde sa saleté de jambe alors qu'Hanji lui refait son bandage. Dégueulasse. Il a du mal à réaliser qu'il s'agit bien de sa jambe. Il ne la sent même plus. Sa commandante essaie de l'empêcher de penser en n'arrêtant pas de babiller des conneries, alors il s'énerve et la chasse en hurlant. Il n'y a plus que ça qu'il puisse faire de toute façon. Hurler.

Il continue de regarder sa jambe. Il serre les dents. Il est foutu. Il aurait tout aussi bien fait de mourir.

Un matin, Hanji lui raconte que sans Jaeger, il serait sans doute mort. Ça lui donne une grosse envie de rire. Encore une chose dont il se serait bien passé concernant ce putain de titan. Il pouvait même pas le laisser crever tranquille. Et comme si ça suffisait pas, il est obligé de voir sa tête de con tous les jours quand il vient assister Hanji pour s'occuper de la larve qu'il était devenu. Mais le gosse lui semble différent. Moins irrespectueux, ses yeux sont plus innocents qu'à l'habitude. Il a presque l'impression de revoir la jeune recrue de quinze ans qui ne lui adressait que des regards effrayés et soumis. C'est agréable, mais bizarre.

Il a enfin regagné sa chambre. Hanji continue de venir le voir tous les jours et ça l'énerve. Parce qu'il sait qu'elle à incroyablement mieux à foutre que de s'occuper d'un handicapé. Alors quand elle lui dit qu'elle doit partir pour plusieurs jours avec le gros du bataillon, il sent une pointe de soulagement mêlée d'une profonde tristesse. Il pourrait tuer pour partir avec eux, chevaucher toute une journée et pouvoir voler dans les airs à nouveau… Mais il sait qu'il ne pourra plus jamais faire ça. Il serre les dents et grommelle à sa commandante de faire attention à elle et aux bleus. Hanji pose sa main sur la sienne et il accepte de la serrer, un peu. Il voit de l'eau s'amasser dangereusement dans les paupières inférieures de la Major avant qu'elle ne hoche la tête et se retourne pour partir. Avant de sortir de ses appartements, elle lui dit qu'elle va charger un ou plusieurs soldats de rester au QG. Il bascule sa tête en arrière contre le mur. Il à déjà une petite idée de qui sera sa nouvelle nounou.

Il fallait évidemment que ce soit Jaeger qui reste faire l'infirmière. Il est soulagé en apprenant qu'Arlet et Kirstein sont eux aussi de la partie, ça lui permettra de se protéger un peu si il criait assez fort. Il sent une terreur sourde lui vriller les organes quand le titan lui dit qu'il va lui faire sa toilette. Non. Négatif. Jamais.

Quand il apprend que le gosse ne se rappelle de rien, il se détend un peu. Il observe ses grands yeux verts, encore un peu teintés de colère, et ne voit rien de glauque dedans. Alors il accepte. Mais il ne parlera pas. Si Jaeger est vraiment amnésique, c'est beaucoup trop beau pour qu'il fasse quoi que ce soit qui pourrait ramener une bribe de souvenir à ce taré. D'autant que sa voix lui avait fait un truc bizarre dans le cachot. Alors il se tait quand le titan lui déboutonne sa braguette en tremblant, il serre les dents quand il sent sa main brûlante dans son dos, il s'empêche de le remercier quand il sent la délicieuse morsure de l'eau chaude sur tout son corps.

Il ne dit rien non plus quand il sent une caresse bien trop agréable sur lui, et qu'il se réveille en sursaut et voit Jaeger penché sur lui, rouge comme une écrevisse et les pupilles dilatées. Il pousse juste sa main et essaie de réagir comme si rien ne s'était passé, et qu'il n'était pas entrain de bander pour la première fois depuis trois semaines, et qu'il n'avait pas l'impression de crever d'excitation quand il sentait Jaeger proche de lui, sa main chaude caressant sa nuque. Il a peur que le titan soit entrain de se foute de lui, qu'il fasse exprès de jouer les innocents pour profiter de lui. Mais il voit une tristesse sans nom passer dans les iris vertes, avant que Jaeger ne se lève et sorte de la salle de bain.

Ses mots résonnent encore dans sa tête quand Arlet l'enveloppe d'une serviette chaude. Faire confiance à ce monstre? Plutôt crever. Mais même si sa réponse est claire, il ne peut pas s'empêcher d'y penser toute la journée. Jaeger a vraiment changé depuis son accident. Il n'y a plus cette lueur démente qui lui dévorait les yeux en permanence, il n'a plus l'air d'un putain de psychopathe. Il ne l'avouerait jamais, plutôt crever la gueule ouverte, mais il se dit qu'il aime bien cette nouvelle version de son subordonné. Il a presque envie de lui parler, de voir si, en effet, il pouvait lui accorder un peu le bénéfice du doute. Et après il sent une énorme envie de se gifler lui même quand il réalise qu'il trouvait l'autre Eren intéressant. Détestable, monstrueux, mais intéressant. Et un frisson lui traverse la colonne quand il se rappelle de sa façon de le regarder, ce matin la, derrière lui, dans le réfectoire. Il a envie de revoir ce regard. Il secoue la tête en grognant. Il devient vraiment bon à enfermer chez les fous.

Il entend un hurlement dans la nuit, qui fait étrangement écho au cauchemar qu'il était entrain de faire, qui venait de s'interrompre à cause d'une douleur fulgurante qui lui avait vrillé la cuisse. Il se redresse dans son lit et tend l'oreille. Il entend des pas dans le couloir. Deux personnes. Dont une qui ne marche pas normalement. Il crie quelque chose. Il ordonne à Arlet de soigner Jaeger ici. Parce que c'est beaucoup plus pratique que de se farcir tous ces foutus escaliers, et qu'il est curieux.

Il voit le titan rentrer dans sa chambre, complètement blême, les yeux paniqués, regardant partout autour de lui comme un animal chassé. Quand Arlet le pose sur la chaise a coté de son lit, le caporal voit quelque chose qui lui fait frissonner tout le corps. La cuisse droite du titan est complètement lacérée, ouverte presque de la même façon que la sienne. C'est quoi ce bordel. Il sait que Jaeger n'a pas vu sa blessure. Il ne veut pas qu'il la voit. Alors au nom de quelle merde se retrouve t-il avec la même foutue chose sur sa foutue jambe?

Arlet se tire lâchement de la chambre et Rivaille se demande sérieusement qu'est ce qui lui avait pris de lui sauver la vie à ce petit con, avant de reporter son attention sur Jaeger. Il a pas l'air bien. Alors Il souffle et essaie de lui parler. Et il ne faut que deux minutes trente pour que le gosse recommence à l'emmerder. Non, il ne lui raconterai pas qu'un abruti de loup l'a pris pour une saucisse. Si Jaeger ne s'en rappelait pas tout seul, c'est certainement parce que tout était lié dans sa tête de psychopathe, alors plutôt se faire péter l'autre jambe que de lui en parler.

Le gosse revient le midi et ne le quitte plus de la journée. Il est à deux doigts de se jeter par la fenêtre, mais ne le fait pas parce qu'avec la chance qu'il a, il est capable de se fracturer tous les os du corps sans avoir le bon goût de se tuer, et il finirait sa chienne de vie enroulé dans une bande de gaze géante avec toujours Abruti-Jaeger à coté de lui.

La nuit, il cauchemarde comme un dément. Il revoit deux gros yeux luisants sur sa droite, et il essaie de hurler mais sa gorge est remplie de sang. Il sent ses muscles céder, comme des fils tendus qui pètent d'un coup. Des fils bleus-verts qui luisent trop doucement, tremblotants comme des flammes de bougies, comme s'ils allaient s'éteindre. Il n'arrive plus à respirer et sent la panique lui faire vriller les neurones, et puis d'un coup, il y a un truc beaucoup plus rassurant qui arrive, comme une grosse boule de chaleur. Alors il s'y accroche de toutes ses forces et se rendort, apaisé.

Il va le tuer. Lui exploser la tête dans une porte, lui arracher un de ses bras pour l'étrangler avec, lui faire sauter les orbites pour utiliser ses globes oculaires en tant que presse papier. Il hurle une nouvelle fois sur l'abruti qui s'est permis de se glisser sournoisement dans son lit pendant qu'il dormait. Mais le gosse à l'air encore endormi et se fout sur le fauteuil pour continuer tranquillement à pioncer. Mon dieu si il pouvait utiliser de nouveau sa jambe pour lui faire cracher toutes ses dents.

Le titan s'endort en quelques secondes. Alors Rivaille se calme. Bon. Au moins la conversation s'est vite éteinte. C'était vrai qu'il avait fait un cauchemar. De toute façon il en fait toutes les nuits sans exception. Mais de là à utiliser Jaeger comme doudou… Il sent un frisson de dégout lui remonter l'échine. Ça ne va pas du tout. Il va demander à Arlet de prendre le relai pour aujourd'hui. D'ailleurs il repense à ce que lui a dit le titan au sujet de la relation entre le blond et Kirstein. Il devait vraiment être complètement à l'ouest si il n'avait rien vu jusque là. Lui et Hanji avaient compris dès le premier mois. Ils en avaient un peu parlé et s'étaient mis d'accord sur le fait que ce n'était absolument pas leurs oignons et que, pour peu que les missions n'en souffrent pas, ils pouvaient bien faire ce qu'ils voulaient. Il trouve quand même étrange de se laisser aller à ça, dans leur monde, et en sachant pertinemment qu'Arlet n'en avait plus que pour neuf ans, à tout péter. Kirstein se mettait dans une merde noire. Mais bon, à bien y réfléchir, ce serait sans doute eux, les simples humains, qui crèveraient en premier. Leur temps était compté, à tous. Alors l'un dans l'autre, c'était plutôt équilibré. Il renifle, et lève tout de suite les yeux vers le titan, espérant qu'il ne l'a pas réveillé. Non. Il ronfle comme un loir.

Jaeger ne se rappelle vraiment de rien. Il ne pensait pas que ça lui ferait cet effet, d'entendre ces mots là. Il sait que c'est une chance incroyable que le titan soit amnésique pile quand lui ne peut plus se défendre comme avant. Il renifle une nouvelle fois en continuant de regarder l'homme endormi. Même en pleine possession de ces capacités, il n'avait pas pu l'arrêter, ce matin là, dans le réfectoire. Il avait déjà pensé à ce qu'il s'était passé, et beaucoup plus qu'il l'aurait voulu. Ce jour là, il s'était laissé aller. Parce que ça faisait des mois qu'il était intrigué par le titan. Parce ça faisait des mois qu'il ne comprenait pas ce qui pouvait se passer dans sa tête de psychopathe, et que peut être que pour une fois, il avait senti un peu de sincérité dans ses gestes et dans sa voix. Parce qu'il n'avait jamais été aussi excité de toute sa vie. Et parce qu'il avait enfin vu quelque chose de chaud passer dans les iris vertes d'ordinaires si froides et absentes.

Alors oui, il l'avait laissé faire. Et ça avait été si fort qu'il l'avait presque tué ensuite. Parce que c'est comme ça qu'il fonctionne. Et à ce moment précis, il aurait adoré que le titan oublie tout après être tombé dans les pommes. Il aurait fait comme si rien ne s'était passé. Il est très fort à ça. Et puis tout serait redevenu comme avant, avec Jaeger-le-detestable qui faisait ses conneries, et lui qui passait le plus clair de son temps à s'empêcher de l'étriper. Oui, ça aurait été la meilleure des choses qui auraient pu se passer. Alors pourquoi maintenant que c'est le cas, qu'il a une chance de s'en tirer indemne (enfin presque), pourquoi est ce que ça lui avait fait cet effet d'entendre le titan lui dire que tout avait disparu de sa mémoire ?

Il essaie de réfléchir à une réponse plausible alors que son bras se tend automatiquement vers la table de nuit. Bordel. Il ne sait même pas pourquoi il est allé piquer ce foutu dessin. Il le regarde de nouveau en l'effleurant légèrement des doigts, comme s'il avait peur de l'abîmer alors qu'il sait qu'une partie de lui à une envie folle de le déchirer et de le donner à manger aux chevaux. Est ce qu'il avait été « bien » à ce moment là dans le réfectoire? Il secoue la tête. Non. Bien sûr que non. Et c'est même stupide qu'il se pose la question. Le caporal Rivaille n'était bien que lorsqu'il sectionnait des membres de titan, ceux de Jaeger inclus. Ceux de Jaeger en particulier même. Mais ça avait été particulier. Ça avait été autre chose que la routine « se lever - s'entrainer - tuer - mourir en trois mois » qui est la leur depuis si longtemps. Alors même si le caporal préférerait sans doute qu'on lui arrache lentement les ongles un à un plutôt que de le dire à voix haute, ça avait été quelque chose. Ça compte. Un peu. Et le fait que Jaeger ne s'en souvienne même pas lui vrille les entrailles.

Il regarde le dessin. Il ne sait pas pourquoi ce truc l'apaise autant. C'est sans doute parce que c'est un petit bout de quelque chose qu'il a envie de garder. Alors ça l'emmerde mais il le garde quand même. Il entend un bruit à coté de son lit et relève les yeux prestement vers le fauteuil, le coeur battant. Fausse alerte. Il souffle de soulagement, avant de replacer le papier plié à sa place dans sa table de chevet et de se réinstaller sur son lit.

L'autre se réveille, et il essaie de le regarder sans avoir l'air bizarre jusqu'à ce qu'il parte faire le petit déjeuner. Alors il se détend dans son lit et attrape un bouquin qu'il planque habituellement sous son drap, parce qu'il ne veut pas qu'on lui pose de questions chiantes sur pourquoi diable lit-il un traité d'amputation. Il ne veut pas que les gosses fassent comme Hanji, à lui rabattre les oreilles de conneries de cicatrisation, de rééducation et de remise en marche progressive. Il a pas le temps pour ça. Alors il va apprendre tout ce qu'il faut savoir sur le sujet et adieu la jambe. Ça ira beaucoup plus vite d'apprendre à faire sans que d'attendre que ça cicatrise, en imaginant qu'il ait la chance incroyable que ça ne s'infecte pas. Il ne sera plus jamais aussi fort qu'avant mais au moins il pourrait servir pendant les missions. Il regarde sa jambe d'un air méprisant. Si il pouvait, il le ferait même tout de suite.

Le titan revient beaucoup, mais alors beaucoup trop vite, si bien qu'il se demande si il a même eu le temps de laver une assiette avant de remonter. Alors il cache à la hâte son livre et essaie d'éluder la question. Mais Jaeger pose le plateau et grimpe sur son lit. Et avance vers lui. Et il sent la chaleur de son corps contre sa jambe gauche. Et il a le cerveau qui s'éteint. Une immense vague de fureur lui fait reprendre conscience quand le livre noir sort de la couverture et qu'il voit les yeux verts se voiler en en lisant le titre. Et quand il le regarde avec pitié, il a envie de l'égorger, vraiment. Que ce monstre disparaisse, tout de suite.

Alors il fait la seule chose qu'il peut encore faire, il hurle et lui donne un coup de tête qui l'envoie valser contre le mur. Et ça, ça fait du bien. Parce qu'au fond de lui il pense que c'est aussi de la faute de Jaeger si il s'est fait bouffer la jambe. Que si ce con s'était contenté de ne pas venir au monde, de ne pas être un foutu titan glauque et de ne pas lui avoir pourri le cerveau, il en serait pas là aujourd'hui. Alors il a envie de recommencer à le frapper. Pourtant, il s'en empêche quand il voit les yeux de l'autre se teinter de tristesse et d'une peur panique. Il a déjà entendu ces gémissements, il sait qu'il est entrain de perdre le contrôle et qu'il peut se transformer à tout instant. Il lève la main sans pouvoir s'en empêcher et la place sur la nuque frémissante. Il est brûlant et il tremble. Mais le contact à l'air de le calmer, comme cette nuit dans la cellule. Dès qu'il sent les tremblements s'apaiser un peu, il retire sa main.

Et là, il voit l'homme devant lui s'arquer sur le lit et fermer les yeux. Il voit ses orbites osciller sous ses paupières à une vitesse folle. Pas bon. Et puis les yeux verts s'ouvrent, papillonnent un peu, et s'ancrent dans les siens. Et il comprend instantanément que l'amnésie est terminée. Parce qu'il voit comment l'autre le regarde. C'est comme si il retrouvait le Jaeger d'avant. Celui avec cette expression horripilante sur le visage, cet air sérieux et adulte qui le met profondément mal à l'aise. Il voit l'ombre regagner les yeux verts, il voit l'étonnement et la crainte s'y éteindre. Il voit les pupilles se dilater dangereusement et là, il a peur.

Mais le titan s'écarte un peu, et il sent l'air revenir dans ses poumons. Et puis l'autre se met à parler, avec ce timbre profond qu'il n'avait plus entendu depuis des semaines. Et il se rapproche à nouveau et Rivaille ne sait pas ce qu'il peut faire pour échapper à la merde dans laquelle il se trouve. Il lève les bras, en une vaine défense qui à l'air de marcher, un peu. Et l'autre s'intéresse à sa putain de jambe. Il n'a vraiment pas envie de lui montrer, parce qu'il va être encore plus vulnérable, et qu'il en a putain de marre que ce monstre puisse tout voir de lui quand il le désire. Mais il se dit qu'avec un peu de chance, ça le dégoutera assez pour qu'il dégage et qu'il arrête de le regarder comme si il était une tranche de rosbif. Alors il accepte silencieusement et se laisse faire.

C'est beaucoup trop long, et ça lui fait presque mal tant c'est humiliant. Il pense sérieusement qu'il aurait mieux fait de crever dans cette foutue forêt. Tout aurait été mieux que les yeux de Foutu-Jaeger sur sa jambe dégueulasse. Il voit son mouvement de recul et sent un truc craquer dans sa poitrine. Il essaie de se recouvrir, mais l'autre lui prend les mains très fort pour l'arrêter. Il serre les dents. C'est vraiment de la torture. Il essaie de ne pas le regarder alors qu'il baisse de nouveau les yeux vers sa cuisse.

Mais au bout de quelques secondes, il est obligé de regarder ce qu'il se passe en bas parce qu'il entend des bruits bizarres. Il voit le titan courbé, la tête dans les mains, entrain de… Pleurer? Il fronce les sourcils. Ça il s'y attendait pas. Ses geignements secouent tout le lit, et Rivaille ne sait pas quoi dire. Il ne comprend pas. Il est vraiment trop difficile à suivre. Un coup il regarde tout le monde comme s'ils n'étaient que des cafards qu'il n'hésiterait pas à écraser, et là… Il a l'air triste pour une bête blessure qui n'est même pas la sienne. Ça n'a vraiment aucun sens. Le caporal s'était presque attendu à ce que l'autre lui rie au nez, qu'il se gargarise de la faiblesse de son supérieur… Mais là… en fait c'est presque pire.

« Je veux que vous disparaissiez. »

Oui. C'est exactement ça. Evidemment. Il n'aurait jamais pu être plus d'accord avec le titan qu'à ce moment là. Alors il dit que pour lui c'est pareil, parce que c'est putain de vrai. Et là, il ne sent plus qu'une chaleur maladive fondre sur lui. Il met un peu de temps à se rendre compte qu'il s'est jeté sur lui, que leur corps sont collés, et leurs lèvres scellées. Il sent le goût du titan partout dans sa bouche et il se met à paniquer. Il se débat, tout en sachant que ça ne sert à rien. L'autre à juste à appuyer assez fort sur sa blessure pour que la douleur le paralyse et qu'il puisse lui faire tout ce qu'il voulait. Il a envie de crier mais la bouche brûlante l'en empêche. Il ne se rappelle pas avoir déjà eu plus envie de mourir que maintenant. Il ne veut pas que l'autre le voit comme ça. Parce que sans sa jambe, il n'est plus rien, juste un corps faible. Il ne peut plus rien faire, il ne peut plus être aussi fort que l'homme qui l'écrase. Il ne peut plus contrôler ce qu'il se passe. Et il ne peut plus voir cette lueur de respect et de crainte dans les yeux du titan. Il n'a plus rien du soldat le plus fort de l'humanité, qui pouvait exploser absolument tous les os du monstre pour faire comme si il le détestait. Il ne s'est jamais senti aussi fragile de toute sa vie, et il est terrifié que l'autre en tire partie. Il sent que tout se fracture, dans son corps, au milieu de ses organes, et qu'un sanglot monte dangereusement dans sa gorge. Il le retient du mieux qu'il peut, parce qu'il ne veut pas offrir ça à l'autre, en plus de tout le reste. Mais le baiser s'arrête et il sent l'air revenir.

Il ne veut pas le regarder. Il a presque envie de lui dire de faire vite ce qu'il a à faire, pour que ça se termine. Parce qu'il sait que l'autre prendra tout ce qu'il veut, le plus violemment possible, en s'en foutant de tout le reste. Mais il ne sent plus rien sur lui, si ce n'est la chaleur du corps au dessus de ses hanches. Et son propre corps qui y réagit comme un abruti. Il est peut être suicidaire. Il n'a pas le temps d'y réfléchir vraiment puisqu'il sent une langue chaude sur son cou, et qu'il en frissonne. Il se sent vide dès que la brûlure s'éteint. Il se tend encore plus lorsqu'il sent l'autre descendre ses mains sur son corps, qui ne peut s'empêcher de frissonner sous les caresses. Il fronce les sourcils quand il comprend comment le titan est entrain de se placer. Pas normal. Et puis pourquoi il est doux comme ça avec lui ? Il sent la main chaude se poser sur son genoux, en dessous de sa plaie, et il gémit piteusement. Il ne veut pas qu'il le regarde là, c'est pire que tout. Il a envie de partir.

Mais l'autre homme attrape sa main, comme pour l'apaiser, et il ne sait pas pourquoi, mais il se met à la serrer de toutes ses maigres forces. Il sent de légères pressions sur le bas de son ventre, et il ouvre les yeux pour tomber sur ses iris incandescentes. Il a la tête posée sur son ventre, juste au dessus de son sexe qui tressaute contre sa gorge. Il ne peut pas s'empêcher de se dire qu'il est beau, comme ça, sur lui. Le titan le regarde de ses yeux troublés par tout un tas d'émotions qui commencent à fracturer les barrières du caporal. Il se sent plus vulnérable qu'il ne l'a jamais été, mais il sent aussi l'excitation lui parcourir tout le corps en vague corrosives, et quand une main déboutonne sa braguette, il rend définitivement les armes et jette sa tête en arrière pour échapper au regard tempétueux du titan.

Une bouche l'enserre et il se sent fondre de l'intérieur. Il a des fourmis partout, même dans sa jambe qu'il ne sentait pourtant presque plus. Il sent son souffle chaud sur son aine, et les vibrations de ses gémissements graves traversent tout son membre pour s'échouer dans sa poitrine. Il a l'impression que l'autre le goûte comme s'il était quelque chose d'absolument délicieux, et il se dit un instant qu'il pourrait tuer pour que ça ne s'arrête jamais. Il empoigne les cheveux longs quand le plaisir se fait écrasant, parce qu'il ne sait pas à quoi s'accrocher d'autre. L'autre gémit atrocement fort autour de lui, et quand il sent les lèvres chaudes se serrer quelques instants pour ensuite s'ouvrir encore plus grand, il ne peut s'empêcher de bouger. Mais il faut qu'il arrête vite, parce qu'il ne veut pas venir comme ça. Parce que même si l'autre est dans la position la plus soumise qui soit, et que rien que cette idée pourrait le faire venir sur le champ, il ne veut pas lui donner ça. Parce qu'en fait, il sent que c'est lui qui est à la merci du titan, paradoxalement. C'est trop intime, et ça lui demande un laisser aller qu'il ne veut pas avoir, pas avec lui.

Alors il lui ordonne de remonter, même si les grands yeux verts rendus brumeux par l'excitation que l'autre relève vers lui lui donnent envie de plonger un grand coup dans cette bouche et de crever sous le plaisir. Il sent son corps partir en vrille quand le titan lui murmure que c'est exactement ce qu'il veut, mais essaie de reprendre contenance. Il sent son corps se presser contre le sien, et leur sexes rentrer en contact, et la sensation est si puissante que sa tête lui tourne. L'autre commence à onduler des hanches contre lui, et il serre les dents à s'en faire craquer les mâchoires. C'est si bon qu'il à l'impression de devenir fou. Tout son corps est en feu, et il a l'impression de revivre. Juste grâce à la chaleur dévorante que l'autre déclenche en lui, à ses coups de dents dans son cou, à son odeur qui emplit ses poumons à chaque respiration tremblante. Sa vue se brouille encore plus de désir quand il entend l'autre homme lui murmurer des choses contre l'oreille. Des mots hachés, des gémissements lascifs que sa voix rauque rend encore plus obscènes. Les mots qu'il comprend lui tordent les entrailles, et il sent qu'il va très certainement crever s'il en entend ne serait-ce qu'un de plus, alors il couvre la bouche de ses doigts pour le faire taire. Il sent le sexe du titan se contracter encore plus contre le sien, et le voit rejeter sa tête en arrière en mordant ses doigts alors que les déhanchements s'accélèrent. Rivaille n'en peux plus, un besoin dévorant lui ravage le dos, alors il se cambre du plus qu'il peut en serrant l'autre contre lui avec sa jambe gauche. Il sent une chaleur moite lui inonder le bassin et voit le visage d'Eren se contracter sous l'orgasme en le regardant fiévreusement, alors il vient lui aussi et c'est comme si tout son corps explosait en morceaux. Il sent tous ses muscles s'alourdir, l'orgasme le quittant en douces vagues qui le bercent, et ses paupières se ferment lentement alors qu'il sent le poids chaud d'Eren contre lui, et son odeur qui l'enveloppe comme du coton. Il se dit juste qu'il est bien là, avant de sombrer.

Rivaille se réveilla doucement quelques heures plus tard. Il vit qu'il faisait nuit, il avait dû dormir toute la journée. Il se redressa sur son lit en étirant ses bras endoloris. Pas de cauchemars. Il avait du dormir presque douze heures sans un seul mauvais rêve. Il regarda autour de lui. La chambre était vide, il y avait seulement un plateau posé sur sa table de nuit, avec ce qui ressemblait à de la purée et des fèves. Ça devait être froid, mais il avait vraiment faim. Il mangea doucement, ses mastications résonnant dans la pièce. Il n'y avait pas un bruit. Il n'entendait même pas des portes qui claquaient ou des bruits dans les couloirs. Il regarda l'assiette vide. C'était presque bon. ils s'amélioraient en cuisine. Il soupira.

Il était presque tenté de croire que ce dont il se rappelait de la précédente matinée n'avait pas eu lieu. Pourtant il sentait que ses muscles étaient encore plus mous qu'à l'habitude, émoussés par une détente lancinante. Mais surtout, il avait encore la sensation du poids sur lui, des souffles dans son oreille, de la bouche autour de son sexe. Il serra les dents violemment et envoya balader son plateau à l'autre bout de la pièce, s'écraser contre le mur dans un grand fracas de vaisselle cassée.