Bonjour et bonsoir !

Voici le chapitre 4 de Note de Fond !

Merci pour vos retours (toujours très appréciés, positifs ou négatifs !) et puis vos favorites, vos lectures, vos relectures...

Phil Goude : Ahahaha feux follets c'est parfait ! Et d'ailleurs c'est peut être ça ;) Ahahah oui la taille de la baignoire est assez floue en effet, tu laisses rien passer hein ? ;) Disons que c'est les quartiers des supérieurs, et que bon les baignoires doivent être bieeeen larges ;) En effet j'adore que Eren guérisse d'absolument tout, ça permet de bien s'amuser avec lui et avec le coté un peu sadique de Rivaille, ils sont faits pour être ensemble ahahah J'éspère que ce chapitre te plaira !

Twikilight : Ahahah trop bien ! Ouais j'essaie de le fêler un petit peu de temps en temps, surtout dans les moments où c'est très fort entre eux et que ça dépasse tout le reste, je suis contente que ça te plaise ! La scène de la baignoire est assez étrange en effet, mais au final j'ai essayé de faire reprendre à Rivaille un peu de contrôle (par le biais, en effet, d'une arme parce que je le vois un peu comme ça ahahah), et l'arme permet de remettre un peu les niveaux à zéro, et de rendre la scène bizarrement un peu plus douce, c'est la première fois que Rivaille regarde Eren vraiment par exemple. Et oui ahahah toujours rabattre un bon moment avec une vacherie pour ne pas rester dans une position de fragilité je trouve que c'est très Rivaille ;)

Emila-san : Wahou merci, merci c'est beaucoup trop ! Je suis hyper heureuse que ça t'ai plu à ce point, j'ai vraiment aimé écrire cette scène ! J'espère que j'arriverai à maintenir ce niveau pour la suite, merci beaucoup beaucoup beaucoup ! (Et j'ai 23 ans) Prend soin de toi !

Revan-Hikin : Salut ! Ahahah bienvenue, je suis ravie que tu l'aies dévorée ! C'est super que tu prennes ton temps pour savourer l'animé, il le mérite ! Je pense qu'il y a quand même certaines choses que je te spoile fatalement, vu que je me place à la fin de la saison 3, si tu ne les vois pas tant mieux mais... Bon je t'aurais quand même conseillé de voir la saison 3 avant de commencer cette fic, mais en même temps je suis très concentrée sur la relation entre les deux, les spoils sont dans les petites phrases autour donc bon c'est toi qui voit ! Merci pour ton engouement, et pour le dénouement... On verra ;) Prend bien soin de toi, j'ai hâte de te relire !

Elvra : J'avoue j'étais très déçue ;) Ahahah tant mieux, c'était le gros chapitre tension ! Nous verrons pour cette histoire de lien, j'espère que ce que j'y vois te plaira en tout cas, et c'est normal qu'il y ait encore du mystère même au chapitre 3, et puis il y en aura certainement encore à la fin de ce chapitre ... J'ai hâte de savoir ce que tu en pensera, à bientôt !

Disclaimer : Pas à moi, mais à Hajime Isayama.

Je vous laisse sur ce chapitre, on revient sur du plus long...

Toute review sera grandement appréciée !

Bonne lecture !


Chapitre 4

….

Rivaille eut une montée de fièvre cette nuit là. Sa jambe le lançait atrocement et il se réveilla en sueur et délirant. Il voyait des ombres l'encercler et se rapprocher de lui de plus en plus, le faisant suffoquer de terreur. Il n'arrivait même pas à crier tant il avait mal dans tout le corps, la fièvre paralysant ses muscles. Il commençait à se sentir partir quand il entendit un vacarme assourdissant qui se rapprochait de lui. Il brandit ses bras devant ses yeux quand une lumière aveuglante le fit gémir de douleur. La lumière se tamisa un peu, et il sentit deux bras encercler ses épaules. Il paniqua encore plus en entendant un beuglement à ses oreilles et se mit à hurler et à se débattre de toutes ses forces. Il sentit soudainement le matelas se dérober sous lui et tout tourna autour de ses yeux, avant qu'un jet d'eau glacée le fasse crier de douleur. Il grelotta de tous ses membres, et ses dents claquèrent sous la morsure du froid, mais au bout de quelques minutes, il put distinguer les contours de l'endroit dans lequel il se trouvait, et il vit un corps près de lui. Des longs cheveux bruns, et deux yeux verts écarquillés. Bon.

Au bout d'un petit moment, il remarqua que le titan avait l'air inquiet, très inquiet. Il le regardait toujours avec de grands yeux d'où poignait une angoisse qu'il n'y avait que rarement vu. Il avait l'air essoufflé aussi, et particulièrement pâle. Rivaille renifla faiblement en pensant qu'il devait avoir l'air trois fois plus malade que l'autre en sentant la chaleur qui continuait de lui vriller les tympans. Il avait mal aux yeux, et avait l'impression que sa tête allait exploser. Il entendit de nouveaux pas se rapprocher vivement dans le couloir, et vit Armin débouler dans la salle de bain en tenant dans ses bras des serviettes, une carafe d'eau et un gobelet. Il déglutit difficilement. C'est vrai qu'il avait soif. Le petit blond avait l'air aussi inquiet que son ami, mais Rivaille fronça les sourcils en se rendant compte qu'il les regardait tout deux avec la même inquiétude. C'est vrai que le titan avait vraiment une sale gueule, et quand ce dernier se redressa pour attraper la carafe, le caporal se rendit compte qu'il boitait. Il n'eut pas le temps de se demander pourquoi qu'on lui brandissait un verre d'eau devant le nez.

Le caporal aurait aimé le prendre, vraiment, mais ses bras tremblèrent horriblement quand il essaya de les lever. Il souffla de frustration, et sentit une main fraîche passer derrière sa nuque pour lui tenir la tête alors que l'autre portait le verre à ses lèvres. Humiliant. Mais soif. Alors Rivaille but d'une traite toute l'eau fraîche, qui lui fit un bien fou en descendant dans son corps, semblant éteindre quelque peu le feu qui le lançait. Il sentit la main passer doucement sur son front, et soupira sous la sensation agréable du frais sur sa peau brûlante. Il entendit une sorte de gémissement inquiet et fronça les sourcils. C'est lui qui avait fait ce bruit ? Impossible à savoir. Il n'entendait pas bien ce qui se passait autour de lui, tout était écrasé par le bruit assourdissant des battements frénétiques de son coeur. Il était sûr que le muscle devait se voir de l'extérieur, poussant sous sa peau à chaque contraction. Il avait mal dans tout le corps. Il essayait de garder les yeux ouverts, mais un amas de câbles noirs passèrent devant ses yeux, brouillant sa vue, et il ne vit bientôt plus que du noir autour de lui, avec des formes humaines qui se découpaient dedans, sous une frêle lumière bleue, et s'évanouit.

Quand il se réveilla dans son lit, trempé de sueur, il se demanda à quoi diable avait-il rêvé cette fois là, avant de sentir quelque chose bouger dans sa main. Ou lui caresser les doigts plutôt.

« Vous êtes réveillé ? » Demanda une voix grave qu'il ne connaissait que trop bien.

« Gnumpf. » Répondit-il d'une voix enrouée qui lui piqua désagréablement la gorge.

Il entendit un petit rire grave alors que la main chaude le quittait, et essaya d'ouvrir les yeux, pour immédiatement les fermer sous la morsure de la lumière. Il entendit toquer doucement à la porte, et la voix ordonna à l'intrus d'entrer. Il aurait bien grogné qu'il était le propriétaire de cette foutue chambre, et que l'autre allait se retrouver à brouter des pissenlits par la racine si il pensait qu'il pouvait répondre à sa place, mais devant l'effort que lui demandait le simple fait d'ouvrir la bouche, il se ravisa.

La personne entra, et il sentit une délicieuse odeur de thé chaud qui le fit saliver instantanément, avant de froncer les sourcils lorsqu'il entendit les murmures entre les deux intrus.

« Il va mieux. La fièvre à baissé. T'as regardé les boites ? »

« Oui, c'est presque bon. Mais… Toi ça va ? »

La voix renifla si sombrement que Rivaille en eut presque des frissons.

« Non. Mais ça ira mieux. »

Le caporal fit un énorme effort pour papillonner des paupières et tomber sur deux formes floues à coté de son lit. Arlet et Jaeger. Le petit blond avait une grande tasse entre les doigts, et s'approchait doucement du lit. Rivaille attrapa le récipient, se brulant légèrement les doigts, et peina un peu à la soutenir sans la faire tomber sous les tremblements de ses mains. Il arriva à la stabiliser et à la porter à ses lèvres, et soupira de bien être lorsqu'il sentit le liquide chaud couler dans sa gorge. Il releva les yeux de la tasse pour tomber sur ceux d'Eren, qui s'était assis dans le fauteuil et le fixait. Il y revit le même genre d'inquiétude que pendant la nuit, et se racla la gorge pour essayer de parler :

« Il s'est passé quoi ? » Prononça t-il difficilement d'une voix rocailleuse.

Le titan se pencha en avant sur son assise, joignant ses mains, les coudes posés sur ses genoux écartés.

« Vous avez eut une montée de fièvre. Votre blessure se referme très vite, un peu trop même. Elle s'est infectée. On vous a retiré votre bandage, il vaut mieux qu'elle soit à l'air libre maintenant. » Déclara d'une traite Eren.

Rivaille cligna des yeux plusieurs fois.

« Donc la gangrène débarque. » Prononça le caporal froidement, « Il faut qu'on me débarrasse vite de ça. » Termina t-il en pointant du menton sa jambe droite, avant de replonger son visage dans sa tasse.

Il entendit quelqu'un se lever difficilement à sa droite, et Arlet fit un mouvement pour intimer au titan de se rassoir, mais celui ci avança vers le lit du caporal et posa ses mains dessus, comme pour se soutenir.

« Non. » Dit-il, sa voix ayant des allures de grondement.

Rivaille leva les yeux pour les plonger dans les orbes vertes, et fronça les sourcils quand il y vit une rage sourde.

« Je sais que c'est pas dans vos prérogatives, mais si vous ne me coupez pas cette jambe, je vais crever. » Dit-il d'une voix morne.

« Non. » Répéta le titan.

« Bordel Jaeger, c'est encore mon corps que je sache. » Gronda le caporal, commençant à perdre son calme.

Armin toussota faiblement.

« On… On est entrain de préparer quelque chose pour stopper l'infection. C'est une technique très ancienne qui est parfois mentionnée dans quelques manuels de médecine alternative, mais le Docteur Jaeger-

« Mais ils vont arrêter de me faire chier quand ces putains de Jaeger ? » Se mit à pester le caporal.

« Quand vous arrêterez d'être un con fini peut être ! » Répondit Eren sur le même ton.

« Mais qu'est ce que ça peut bien te foutre ce que je fais de ma propre jambe bordel, fous moi la paix ! »

« Très bien ! » Hurla Eren. « Vous pouvez bien crever la gueule ouverte, si c'est ça que vous voulez ! » Termina t-il avant de se retourner brusquement, et de s'avancer à grand pas vers la porte de la chambre. Mais avant qu'il n'en ai atteint l'embrasure, il se mit à tanguer violemment et s'écrasa au sol.

« Eren! » Hurla Armin avant de se précipiter sur lui.

Le caporal avait la tête qui tournait, il avait du mal à garder les yeux ouverts. Il agrippa le haut de sa cuisse droite qui commençait à lui faire un mal de chien, et Eren se mit à crier en s'agitant comme un dément par terre. Armin lui retira à la hâte son pantalon, et Rivaille se sentit blanchir.

Sur la cuisse droite du titan, les marques étranges semblaient s'être approfondies, et la couleur rougeoyante était ça et là entachée de zones noires, comme de la chair en putréfaction. Eren se contorsionna sous la douleur quand son ami plaqua une serviette humide sur la blessure qui fumait de la même vapeur blanche que produisaient les titans, et s'évanouit.

Dire que le caporal Rivaille n'y comprenait plus rien serait un euphémisme plus grand qu'un titan de quinze mètres. Il regardait le jeune homme brun affalé sur le fauteuil a côté de son lit, emmitouflé dans une couverture, semblant dormir d'un sommeil perturbé. Sa tête bougeait de gauche à droite rapidement, sensiblement à la même vitesse que la question C'est quoi ce putain de bordel se répétait dans l'esprit du caporal. Il regarda la cuisse découverte du titan, toujours striée de profondes entailles tirant presque sur le mauve et semblant se noircir d'heure en heure, et dirigea ensuite son regard sur sa propre cuisse. C'était presque les mêmes lignes que dessinaient les déchirures de sa peau sur les muscles à vif qui jaunissaient dangereusement. Rivaille rejeta la tête en arrière.

Bon. Même si on admettait qu'Eren s'était fait ça tout seul comme le gros taré qu'il était, cela n'expliquait pas que sa blessure ne guérisse pas comme la presque centaine d'autres que le caporal avait pu voir se résorber partout sur le corps du titan en plus de cinq ans. Il savait que sa capacité de guérison marchait toujours, il l'avait bien constaté deux jours auparavant, dans cette foutue-baignoire-dans-laquelle-il-ne-mettrait-plus-jamais-un-pied. Et ces marques dataient d'avant. Pour autant qu'il sache, elles étaient là depuis la nuit où Arlet l'avait amené dans sa chambre. Maintenant qu'il y pensait, il avait eu particulièrement mal à la cuisse cette nuit là, au point que c'en était presque devenu insupportable. Mais ça n'avait aucun sens, comment le gosse aurait pu sentir… Il se gratta pensivement la joue. En fait il ne savait même pas si ses marques dataient de ça. Hanji lui avait dit que le titan avait eu une sorte de pressentiment qu'il était en danger cette nuit là dans la forêt. Est ce que ces marques étaient apparues à ce moment là ? Est ce que… Eren avait… Senti la même chose que lui ?

Il entendit soudainement la poignée de sa porte grincer doucement, et Armin passa sa tête par l'embrasure. Ah. Donc maintenant on ne frappait même plus. Très bien.

« Arlet. » Chuchota Rivaille pour l'appeler, faisant se tourner le visage du blond vers lui.

Il lui fit signe d'approcher, essayant de faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller celui qui dormait à moins de deux mètres de lui. Armin s'avança vers le lit silencieusement, et attendit en fixant son caporal d'un air neutre, même si une pointe d'angoisse transparaissait dans ses yeux bleus.

« Ses marques là. Elles datent de quand? » Demanda directement le caporal.

Armin déglutit difficilement, et se pencha vers le caporal pour murmurer :

« La première fois que je les ai vues, c'était le surlendemain de votre accident. Mais je pense qu'il les a depuis qu'il s'est transformé dans la forêt. »

Quoi encore.

« Comment ça il s'est transformé dans la forêt ? » Questionna Rivaille, en amplifiant son aura menaçante quand il vit Armin hésiter à lui répondre.

« Il est parti dans la forêt après qu'on vous ai ramené ici blessé. Je l'ai retrouvé près de la où vous vous êtes fait attaquer… Il avait… Hum… Il avait massacré une meute de loup. » Termina Armin encore plus bas, jetant quelques regards angoissés au titan à sa gauche pendant qu'il parlait.

Rivaille grinça des dents. Donc ce petit con s'était senti obligé de jouer les anges vengeurs. Cette pensée le plongea dans l'incompréhension. Parce qu'il était impossible pour lui que Jaeger se préoccupe d'autre chose que de sa petite personne. Déjà, il aurait eu du mal à croire qu'il aurait fait ce genre de chose pour ses potes, vu comment il tournait misanthrope depuis plusieurs mois avant son accident. Alors pour lui… C'était vraiment étrange. Il avait l'impression qu'il y avait deux Eren en fait. Un qui était plus devenu l'Assaillant qu'Eren. Qui foncerait quoi qu'il en coute comme un con dans les pires situations possibles, et un autre qui était… Encore la jeune recrue qu'il avait connu, un Eren encore respectueux, presque… Tendre avec lui? Oui, c'était bien de la tendresse et de la tristesse qu'il voyait des fois dans ses yeux quand il le touchait avec son espèce de vénération bizarre. Le caporal regarda Armin, encore perdu dans ses pensées. Si il y avait vraiment deux Eren, ça avait dû être vraiment traumatisant qu'une part de lui ressente… Et bien ce qu'elle ressentait pour lui, alors que l'autre rejetait tout en bloc comme un vrai psychopathe. Traumatisant oui, à tel point que…

« J'imagine que c'est après ça qu'il est devenu amnésique ? » Murmura t-il sombrement.

Armin hocha la tête, avant de la retourner vivement vers un son qu'ils entendirent tout deux, provenant du fauteuil. Le titan s'était réveillé et s'étirait en grognant.

« Eren ! » Apostropha vivement Armin, et Rivaille se demanda ce qu'ils avaient tous à foutre son prénom à chaque début de phrase, c'était d'un chiant…

Le titan se frotta les yeux avant de regarder son ami, qui reprit la parole :

« Elles sont prêtes ! » Dit-il simplement, et le titan se leva d'un bond en souriant.

Il partit sans un mot de la chambre en boitant, et Rivaille fronça les sourcils.

« J'espère que vous m'avez fait des gaufres. » Marmonna t-il d'une voix grincheuse.

La sarcasme décrocha un petit sourire à Armin qui s'éclipsa quelques secondes dans la salle de bain pour revenir avec des serviettes. Ah. Il en disposa une en dessous de la jambe droite du caporal, qui n'eut pas le temps de poser la moindre question avant qu'Eren soit de retour avec une petite boite en bois dans la main. Donc vraiment pas de gaufres, se dit le Caporal en serrant les dents et en levant les yeux au ciel.

Le titan s'assit sur le lit naturellement, parce que, en effet, ça devenait presque une habitude, et regarda la blessure du caporal de ses yeux incroyablement sérieux, avant d'ouvrir la boîte. Rivaille tendit le cou pour voir ce qu'il y avait dans cette fichue boîte, mais ne vit rien d'autres que des nuances bizarres de vert et de blanc. Ça avait une sale tête en tout cas. En fait ça lui faisait penser à-

« De la moisissure ?! » Beugla t-il en se soulevant de ses deux bras pour éloigner sa jambe le plus possible du gros taré qui manipulait une pelure de fruit complètement moisie.

« Vous pouvez vous taire cinq minutes s'il vous plait ? » Demanda le titan avec un air excédé, comme s'il s'adressait à un enfant.

Le caporal prit une grande inspiration avant de ramener son bras en arrière dans le but d'imprimer les quatorze phalanges de sa main droite dans sa gueule de con, mais le timbre calme d'Eren le coupa dans son élan.

« De toute façon, vous voulez vous amputer la jambe, alors je peux bien y mettre ce que je veux, ça n'a plus d'importance, si? »

Rivaille retomba en arrière, son dos cognant le mur dans un bruit mat, et il grimaça quand le titan se mit à manipuler l'amas de moisissure avec dextérité, et à l'étaler sur la peau jaunissante de sa cuisse.

« C'est un champignon qui a déjà sauvé plusieurs centaines de vies, au delà des murs. » Reprit le titan d'une voix douce, « Ça s'appelle Pénicillium. Mon père raconte plusieurs essais cliniques dans ses livres, ils arrivent à l'isoler là bas, c'est beaucoup plus efficace. Mais ici, on ne peut que l'utiliser ainsi. Ça va stopper l'infection. »

Le caporal fixait le jeune homme comme si il s'était transformé en sanglier parlant. Cet abruti avait appris tout ça en à peine quatre jours ?

« Vous devriez vous rendormir. » Dit simplement Eren quand il eut fini, en refermant sa boîte et en quittant la chambre sans un mot de plus, suivi de près par Armin.

Rivaille regarda quelques instants sa jambe en fronçant le nez. C'était vraiment dégueulasse comme idée. Mais bon si Arlet était du même avis que le grand con, il y avait beaucoup de chances pour que ça marche. De toute façon, il était parti pour perdre sa jambe pour de bon alors au point où il en était, il pouvait bien y étaler de la confiture d'abricot et l'utiliser comme planche à découper pour émincer des carottes…

Il lança un regard circulaire à sa chambre vide, et se remit à réfléchir à ce qu'il s'était passé cette nuit. Jaeger avait eu l'air presque autant mal en point que lui, surtout quand il s'était écroulé dans sa chambre au matin. Et si les marques sur sa jambe dataient sensiblement du même moment où il avait récolté les siennes… Est ce que ce gros nigaud avait une sorte d'empathie physique flippante envers lui ? Ça concernait aussi d'autres gens ou… ? Un spasme lui retourna l'estomac quand il réalisa qu'il savait qu'il était le seul qui produisait ça sur Eren. Comment il le savait, ça, aucune idée. Mais il en était persuadé. Tout comme il était persuadé que cette situation craignait sévèrement. Parce que déjà que le titan était intenable et lui collait au train toute la sainte journée, alors si EN PLUS il se mettait à tout savoir au sujet de son corps et de quand il se mettait en danger, il ne pourrait jamais crever tranquille.

Peut être que l'autre avait déjà tout compris. Peut être même que c'était lui qui l'avait provoqué, se dit Rivaille en sentant la colère monter. Ça serait dur à croire, parce que ça avait l'air de bien plus le perturber que lui-même, mais il ne serait jamais étonné par les agissements de ce taré congénital. Enfin quand il s'agissait de le faire chier surtout. Parce que sinon, de l'étonnement il en avait ressenti, au point que c'était devenu un motif récurent des moments qu'il passait avec Jaeger. Quand il le regardait avec inquiétude par exemple, ou quand il manipulait son corps doucement, avec précision… Quand il le touchait aussi, ou quand il le- Stop. Stop géant.

Et puis ce truc avec son bras y avait trois nuits de ça, se reprit Rivaille avant de penser à des trucs trop bizarres, et chiants, et agréables aussi- Stop. Il était sûr qu'il n'avait pas rêvé à ce moment là, y avait vraiment eu un truc qui s'était accroché à son bras. Il en avait même eu des marques. Des marques qu'avait aussi Foutu-Jaeger sur son foutu bras. C'était pour ça qu'il était venu le voir en plein milieu de la nuit, alors qu'il n'avait rien fait pour ? Et pourquoi ça avait disparu quand il lui avait touché la main ? Bordel c'était vraiment trop compliqué, et il n'avait aucune envie de demander à l'autre ce qu'il en pensait. Plutôt chier en sens inverse.

Il n'eut même pas l'occasion de se poser la question, puisqu'il ne vit plus Eren pendant plusieurs jours après qu'il lui ai mis son Penicimachin. Kisrtein et Arlet étaient les seuls qui se pointaient dans sa chambre pour s'occuper de lui, et lui ré-étaler le truc dégueulasse sur sa jambe, qui allait d'ailleurs mieux de jour en jour. Au bout d'une semaine, la plaie avait complètement perdu ses couleurs inquiétantes, et la peau semblait presque en bonne santé. Ils avaient aussi continué à lui étaler du miel avant de dormir, et ce truc était vraiment magique. Rivaille n'en revenait pas. Un mois et deux semaines jour pour jour après l'attaque, sa jambe avait vaguement l'air abimée, mais seulement comme si il s'était éraflé très fort contre un arbre. Plus d'infection à l'horizon, et il pouvait même commencer à la bouger.

C'était tout de même assez frustrant parce que ses muscles s'étaient drastiquement affaiblis, il avait perdu tant de masse musculaire qu'il sentait très fort le déséquilibre de poids entre ses deux jambes. Il ne pouvait d'ailleurs pas encore essayer de marcher, au risque de réouvrir les plaies et de se déchirer les muscles à nouveau. Il se sentait bizarre qu'Eren ne vienne pas le voir, d'autant que c'était complètement grâce à lui que sa jambe se remettait aussi vite. Rivaille était frustré de ça aussi. Il était content de ne pas voir son sale sourire de vainqueur détestable, mais il ne comprenait pas pourquoi le titan ne venait plus l'emmerder, ça ne lui ressemblait pas.

Alors une fois qu'une semaine sans Eren Jaeger fut passée, il enferma son ego dans une -minuscule- boîte qu'il rangea dans un coin reculé de sa tête et demanda à Armin :

« Pourquoi il vient plus ton pote ? »

Arlet releva de grands yeux vers lui, alors qu'il finissait de nettoyer sa plaie avec application, et le regarda comme s'il lui avait dit qu'il en avait marre de zigouiller du titan.

« Hem… Et bien il ne nous dit pas grand chose, il est pas souvent là en ce moment… » Commença le blond, et Rivaille n'aima pas du tout le froncement de sourcils inquiet qui barra son visage d'ordinaire très -trop- calme.

« Il va où ? » Demanda de but-en-blanc le caporal.

« Il m'a dit qu'il allait dans une endroit calme pour… Réfléchir. »

Là, ce fut au tour du caporal de froncer les sourcils.

« Je l'ai vu rentrer quelques fois cette semaine, il à l'air épuisé, et il a toujours les marques de la transformation sous ses yeux. Dès fois je le retrouve le matin écroulé sur une table du réfectoire-

« Il boite encore ? » Le coupa brusquement Rivaille.

« Non. » Répondit simplement Armin en regardant la jambe dont il s'occupait, et le caporal vit l'ombre d'un sourire passer sur ses lèvres. Il fut tout de suite certain que le petit blond en savait plus que lui, et eut très, très envie de le secouer pour qu'il parle, mais avoir une jambe inopérante était vraiment emmerdant dans ces moments là.

« Arlet. » Commença t-il d'une voix autoritaire. « Tu sais ce qui se passe dans la tête de ce titan de mes deux ? »

Armin le regarda avec sa tête de « Je-sais-tout-mais-je-vais-réfléchir-hyper-lentement-à-ce-que-je-vais-vous-dire » Et les mains du caporal le démangèrent, mais le petit blond répondit assez vite pour ne pas risquer de se faire exploser le nez :

« Quand il s'est réveillé presque deux jours après votre accident, il a hurlé si fort qu'on a cru que quelqu'un était entrain de le torturer. Et quand on est entré dans sa chambre j'ai vu… les marques sur sa cuisse, et c'étaient presque les mêmes que les vôtres. Et quand j'ai compris qu'il ne se rappelait plus de rien, y compris… la semaine précédent votre accident… » Rivaille vit une légère rougeur colorer ses joues. « J'ai pensé que tout ça été lié à vous, comme si son corps et son cerveau réagissait à ce qui vous arrivait, qu'il copiait vos blessures, même votre coma en un sens, parce que l'amnésie l'a fait… Partir pendant un moment, même si il avait l'air… normal, ce n'était pas Eren. Il était plus calme, moins violent, moins-

« Flippant. » Coupa Rivaille, et Armin sourit doucement en hochant la tête avant de reprendre :

« Comme si il s'était endormi. Il ne faisait même plus de cauchemars, alors que ça faisait des mois qu'on l'entendait marmonner ou crier dans son sommeil avec Jean… Mais un jour, il a eut un nouveau cauchemar, la nuit où on est venu dans votre chambre. » Rivaille hocha la tête. « C'était la nuit après qu'il se soit… Occupé de vous pour la première fois non? » Questionna Armin, et le caporal hocha la tête de nouveau en fronçant les sourcils. Il se rappelait assez bien de ce premier bain pour arracher lui même la langue d'Arlet si jamais le titan lui avait raconté ce qu'il s'était passé.

Comme s'il avait entendu ses pensées, Armin secoua doucement la tête :

« Je ne sais pas du tout ce qu'il s'est passé entre vous ce jour là, mais j'imagine qu'il a dû vous toucher non ? »

Le caporal fit signe que oui encore une fois.

« Et bien je… pense qu'il doit se passer des choses quand il entre en contact avec vous, comme lorsque vous vous êtes réveillé, il vous touchait la tête c'est bien ça ? »

« Mrmpf. » Acquiesça Rivaille.

« Et est ce que quand il a retrouvé la mémoire il vous touchait quelque part ? » Demanda très sérieusement Armin et le caporal grinça des dents.

« Oui. Ma jambe. »

« C'est bien ce que je pensais. Il est certain maintenant que le corps d'Eren et même peut être son esprit est… lié à vous. » Termina le blond en rougissant.

Rivaille eut très envie de lui faire manger ses dents. Il soupira et prononça sombrement :

« J'ai vraiment dû être une sombre merde dans une vie antérieure pour mériter ça. »

Armin le fixa avec un petit regard triste qui lui fit serrer les dents. Quelle plaie cette empathie de tous les instants là… Pensa t-il en se redressant un peu dans son lit.

« Et est ce que tu aurais une idée de ce qui a pu déclencher toute cette merde, petit génie ? » Grogna t-il avant de voir Armin piquer un fard.

« Euh… Je… Je me suis dit que… Vu que son amnésie concerne toute la période après le jour où il s'est fait enfermer aux cachots » Bégaya Armin en rougissant encore plus, et Rivaille se dit que c'était vraiment une habitude tenace, ou une maladie de peau à ce stade là. « Et bien le… Le déclencheur pourrait être ce qu'il s'est passé entre vous ce jour là… »

Rivaille claqua de la bouche une fois, puis une deuxième fois, avant de gronder d'une voix menaçante :

« Il ne s'est rien passé ce jour là Arlet, c'est bien compris ? »

Armin déglutit difficilement, sa peau tirant maintenant vers le garance, et se reprit d'une voix tremblante :

« Oui, alors et bien euh… Je pense que ce lien à pu s'activer ce jour où il ne s'est… rien passé entre vous? »

Livai se remit à grincer des dents, et se dit qu'il fallait qu'il arrête avec ce tic, sous peine de limer ses dents jusqu'aux gencives en à peine deux mois en compagnie de ces imbéciles.

« Dégage de là Arlet. » Ordonna t-il d'une voix grincheuse.

Le jeune soldat se leva promptement du lit, reprit son attirail de petit chimiste en mycologie et se dirigea vers la porte, avant de se retourner.

« Juste un dernier mot caporal. » Prononça t-il gentiment, et avant que Rivaille n'ait pu répliquer, il poursuivit : « Je pense qu'Eren doit passer ses journées à chercher des réponses à tout ça, mais… Enfin peut être qu'il faut que vous l'aidiez, Quoi qu'il y ait entre vous (le caporal prit une grande inspiration, mais Armin s'empressa de finir son petit discours), vous êtes connectés en quelque sorte alors… Essayez de l'aider s'il vous plaît, je l'ai jamais vu dans un tel état de fatigue. » Conclut-il dans un murmure avant de filer de la chambre sans demander son reste.

Une fois que la porte claqua, Rivaille prit sa tête dans les mains et s'empêcha d'hurler les pires insultes qui lui passaient par la tête. Cette fois c'était sûr, il arracherait chaque vertèbre du petit blond pour s'en faire un collier.

Le soir même, alors que le caporal était entrain de s'endormir sur le bouquin sans interêt qu'il lisait, il entendit de lourds pas précipités dans le couloir, qui s'approchaient de sa chambre. Il n'eut pas le temps de marquer la page et de fermer son livre qu'un intrus pénétra dans sa chambre et plongea sur son lit comme un chat en baragouinant quelques mots d'une voix rauque avant de se mettre à ronfler, roulé en boule, la tête enfouie dans le creux de son cou.