Note de l'auteur : J'avais le début de cette histoire écrit dans un carnet depuis des lustres. Il était temps que je la termine. Je pars du principe que Rogue a survécu à la guerre, parce que sinon c'est pas drôle.

C'était censé être court, et finalement j'en suis à 12 000 mots. Donc j'ai divisé ça en chapitres (normalement 4 chapitres), que je posterai au fur et à mesure de ma relecture/correction. Bonne lecture !

Résumé : Severus Rogue n'était pas quelqu'un qui se laissait facilement dépasser par les évènements, ou dominer par ses émotions. Et pourtant, cette année allait lui réserver bien des surprises. Notamment avec l'arrivée d'une nouvelle professeure d'Arithmancie.


Cornichons et compagnie


Chapitre 1


Severus Rogue n'était pas quelqu'un qui se laissait facilement dépasser par les évènements, ou dominer par ses émotions. Toujours maître de lui-même. Un visage impassible, peu conciliant au premier abord. Et même au deuxième, au troisième, ou au millième abord, en fait. Du moins, si l'on prêtait une oreille à la manière dont ses élèves se plaignaient de son enseignement.

Il courrait des rumeurs à son sujet depuis qu'il avait commencé à être professeur à Poudlard. Et même avant, en réalité. Mais ce temps lointain était l'équivalent des fondateurs en termes de vieillerie pour les jeunes générations. Et les rumeurs qui allaient avec s'étaient, pour la plupart, toutes perdues au fil des années.

Celles qui demeuraient n'étaient guère originales, et évoquaient principalement des chauves-souris, ou même des vampires – choses qui, soi-disant, suffisaient à expliquer la survie miraculeuse de notre professeur de potions préféré lors de la chute de vous-savez-qui (si si, vous savez bien de qu'il est question).

Bref, Severus Rogue, son teint pâle, ses lèvres fines, et son nez aux proportions étonnantes, s'étaient tant bien que mal remis de leur mésaventure avec le serpent-que-tous-aimeraient-bien-oublier (Enfin, tous, sauf l'apprenti du professeur de botanique, qui usait bien de sa réputation pour conter fleurette à de jeunes et jolies sorcières à Pré-au-lard. Même si en théorie, personne, et surtout pas ses élèves, n'était censé être au courant).

La chauve-souris des cachots, ou le ténébreux vampire (au choix), continuait donc de terroriser les nouvelles générations qui arrivaient à Poudlard. Enfin, jusqu'à ce que plusieurs petits incidents ne commencent à encrasser une machinerie bien huilée qui avait pourtant fonctionné à merveille des années durant.

Tout avait commencé par une veille de rentrée comme une autre, avec ses professeurs reposés (et pour certains plus bronzés que les muffins des elfes de maison).

Severus Rogue avait passé un été somme toute relativement agréable. Du temps pour faire des expériences dans son laboratoire, un silence parfait, et aucun marmot horripilant pour venir le déranger. Le paradis, donc.

Mais toutes les bonnes choses ayant une fin, l'acariâtre professeur de potions (et ex-directeur), s'était résigné à faire ses valises pour retrouver Poudlard, ainsi que tous les cornichons qui vivaient entre ses murs. Lesdits cornichons n'étaient pas encore arrivés, et n'amèneraient avec eux toute leur cornichonitude que le lendemain. Mais la perspective de retrouver ses collègues de travail n'était déjà guère réjouissante.

Si quelqu'un avait demandé à Severus Rogue pourquoi il continuait à enseigner (et à vrai dire, personne n'avait osé), le professeur de potions se serait contenté de renifler d'un air dédaigneux avant de rétorquer sèchement à son interlocuteur qu'il pouvait se mêler de ses propres chaudrons, merci bien. Mais la vérité, aussi dure fût-elle à admettre pour l'ancien espion, était que Poudlard avait fini par devenir sa maison.

Le château était comme un vieux pull qui sentait la bave de strangulot, et qui avait plus d'une fois été troué par un fléreur un peu trop aventureux. Mais un pull dans lequel on se sentait bien, malgré tous ses défauts. C'était ce qui poussait l'homme à revenir inlassablement, année après année, malgré sa réticence (et son habituelle mauvaise humeur). Et s'il ne l'avouerait jamais, même sous Doloris, il s'était attaché à une partie de ses collègues.

Ou alors il vieillissait. Et c'était alors la seule explication face à tant de mièvrerie et de bons sentiments.

Pour l'heure, il s'était contenté de s'asseoir à sa place habituelle, et essayait de ne pas trop froncer les sourcils tandis que Flitwick lui racontait ses vacances en Norvège. À vrai dire, Severus se fichait bien de la Norvège, de ses dragons, ou des sorciers qui y vivaient. Mais il attendait patiemment le moment où il pourrait vanter à son collègue ses avancées sur ses dernières potions.

Et si certaines avaient été inspirées par quelques cornichons peu coopératifs, personne ne le saurait jamais.

Il fit de son mieux pour ne pas montrer le moindre signe d'enthousiasme lorsque son collègue finit par le dévisager d'un œil critique.

-Et toi alors, Severus ? À ce que je vois, tu n'as pas beaucoup pris le soleil cet été.

-Le teint de vampire ça s'entretient ! S'exclama Rolanda Bibine de l'autre côté de la table professorale.

Le regard noir que lui dédia Severus ne fit que renforcer l'hilarité de sa collègue. Et l'homme eut l'envie soudaine de lui balancer ladite table ronde à la figure. Il avait longtemps couvé ce rêve secret. Enfin, jusqu'à ce que McGonagall ne lui fasse remarquer que quasiment tout le mobilier de la salle professorale était un héritage de la période des fondateurs. Eh oui, même cette statue de gnome hideux qui lançait des insultes à quiconque s'en approchait un peu trop près.

C'était, entre autres, pour cela que Severus choisissait d'ordinaire le fauteuil le plus proche de cette sculpture si particulière, afin d'avoir un peu la paix lorsqu'il venait simplement lire son journal, ou corriger ses copies.

Nombre de directeurs s'étaient penchés sur les mystères qui entouraient cette statue en particulier. Beaucoup avaient cru qu'elle gardait un secret, ou même un fabuleux trésor. Mais des siècles d'interrogations plus tard, le gnome hideux était toujours là. Et il était même devenu un élément du décor. Il était d'ailleurs toujours très divertissant d'observer les réactions des nouveaux professeurs face à cet élément sculpté à même le mur.

-Occupe-toi de tes balais, siffla Severus. J'avais bien mieux à faire que de prendre le soleil.

Il se tourna à nouveau vers Flitwick, et reprit d'un air impassible.

-La Gazette du Potioniste a publié plusieurs articles sur l'utilisation de la sève de saule cogneur dans les onguents anti-brûlures. Et après plusieurs expérimentations, je pense avoir trouvé...

La porte de la salle s'ouvrit à la volée, et Minerva McGonagall entra d'un pas rapide.

-Je vous prie d'excuser mon retard, j'ai été retenue.

Severus roula des yeux, et se garda bien de répliquer que c'était la même chose chaque année. Du moins, depuis que l'ex-professeur de métamorphose avait repris le poste de direction de Poudlard.

Severus avait catégoriquement refusé de reprendre cette charge. Cela lui avait causé bien trop d'ennuis, mais également bien trop de mauvais souvenirs.

Minerva avait gardé l'air sévère qui avait terrorisé des générations d'élèves - parfois même plus que les cours de potion. Mais à présent, les cheveux blancs avaient une place prédominante dans son chignon sévère, comme une marque immuable du temps qui passe.

-J'ai une bonne nouvelle à vous annoncer ! S'exclama-t-elle ensuite. J'ai trouvé un professeur d'arithmancie.

Le professeur Vector avait déclaré en mai dernier qu'elle en avait sa claque de l'enseignement et qu'elle souhaitait à présent voyager. Severus avait, encore maintenant, mal à la tête en se remémorant sa soirée d'adieu aux Trois Balais, et la quantité d'alcool que tous avaient consommé ce soir-là.

-Une diplômée de la faculté d'Arithmancie de Paris, continua Minerva. Elle a même travaillé pour le gouvernement français. Miss Granger, nous sommes très heureux de vous compter parmi nous.

Au nom de "Granger", Severus sortit immédiatement de l'état de désintérêt profond dans lequel il s'était plongé. Il remarqua enfin la jeune femme qui se tenait derrière Minerva. Et il jura plusieurs fois dans son esprit, tout en reconstituant aussitôt son masque inexpressif.

Granger ? Hermione Granger ?

Il s'était plusieurs fois félicité de ne plus avoir à côtoyer les membres du Trio Infernal. Et ce, depuis plusieurs années déjà. Potter et Weasley s'étaient engagés dans les Aurors. Et Granger avait quitté l'Angleterre, pour faire Merlin seul savait quoi.

Tout allait bien dans le meilleur des mondes, surtout que la progéniture de Potter était encore trop jeune pour venir l'enquiquiner (Merci Merlin).

Mais maintenant... Il se demanda un instant s'il n'aurait pas mieux fait d'accompagner Vector en voyage. Et ce, malgré l'alcool, et les bavardages incessants de son ex-collègue.

Et Granger était là, tout sourire, et encadrée de sa chevelure toujours aussi volumineuse.

Et au regard qu'elle posa sur lui, Severus sut d'ores et déjà que cette année allait être particulièrement compliquée.

Lorsqu'il put enfin regagner ses appartements, il se servit deux grands verres de whisky pur feu, tout en priant Merlin pour que Granger daigne bien vouloir le laisser tranquille.


Malheureusement pour lui, Merlin ignora son souhait. Ou peut-être en avait-il marre que tout le monde lui fasse parvenir moult requêtes, alors qu'il suffisait souvent de simplement se sortir les doigts du chaudron pour résoudre certains problèmes.

Cela commença très simplement par de larges sourires au petit-déjeuner, et des "Bonjour professeur Rogue", qui obligeaient Severus à avoir l'air moins asocial avant même sa première tasse de café.

Du moins, s'il ne voulait pas subir les regards de reproche de McGonagall. Et Minerva avait eu des années pour perfectionner ces derniers. Au point que Severus se sentait à chaque fois comme projeté dans le corps du gringalet de onze ans qu'il avait été. Non pas qu'il eut pris beaucoup de poids depuis. Minerva lui reprochait régulièrement de n'avoir que la peau sur les os.

Mais même à presque quarante-cinq ans, il n'avait guère envie de se prendre des reproches de la directrice. Surtout en considérant que c'était cette dernière qui gérait sa paye.

Et puis cela continua, en-dehors même du cadre du petit-déjeuner. Severus avait la chance que sa matière n'ait besoin de se mêler que rarement à l'arithmancie. Ce n'était que dans le cas de quelques rares septièmes années parmi la quantité de cornichons qui occupaient les couloirs.

Il n'eut donc pas besoin de côtoyer Miss Granger – non, Professeur Granger – plus que nécessaire. Et ce, malgré les sourires aimables qu'elle lui décernait lorsqu'il avait le malheur de la croiser dans les couloirs du château.

Et puis sa chance tourna, et l'impensable se produisit...


-La conception de nouvelles potions, Miss Parkinson ? En êtes-vous sûre ? C'est un domaine vaste et compliqué à appréhender.

Hydrangea Parkinson ne tressaillit qu'à peine au regard appuyé que lui dédia son professeur. Si Severus gardait un souvenir très agacé et en demi-teinte de l'aînée, il n'en était rien de la cadette. A croire que leur mère avait gardé sa formidable intelligence (mais aussi ses atouts esthétiques) pour la plus jeune de ses deux filles.

Préfète en chef, Hydrangea Parkinson était à l'image même de la Serpentard idéale. Un O en potions à ses Buses, tout comme dans les autres matières, et une propension unique à se plonger dans les études. Et avec intelligence, en plus – contrairement à d'autres rats de bibliothèque qui ne faisaient que régurgiter le contenu de leurs manuels.

-Vous comprenez bien que cela va de pair avec l'arithmancie ? Murmura Severus une fois que la jeune fille eut acquiescé.

Cette question lui arracha la gorge, et il déglutit comme pour faire passer le goût amer.

-Je n'ai que des Optimals en Arithmancie, Professeur. Et je ne crois pas que le Professeur Granger s'opposera à ce projet.

Severus émit un grognement.

-Je n'en doute pas, marmonna-t-il.

Et pour cause, le sévère professeur de potions eut quelques jours de répits. Quelques jours bien trop courts.


-Professeur Rogue ! Je vous ai cherché partout !

Severus retint un juron tandis qu'il relevait le nez du grimoire de potions qu'il avait été en train d'étudier. Il s'était réfugié dans la section interdite de la bibliothèque depuis deux jours – profitant du calme du week-end sans avoir qui que ce soit qui daigne l'interrompre.

Du moins, jusqu'à présent.

Le temps changeait, et l'automne s'installait durablement, amenant avec lui humidité et nuits qui n'en finissaient plus.

L'homme haussa un sourcil au pull rouge et or que portait la jeune femme. Un pull qui avait probablement vu des jours meilleurs. Mais en même temps, il avait le souvenir d'une Vector qui s'était plainte du froid qu'il faisait dans ses appartements.

-J'en déduis que Miss Parkinson est venue vous voir ?

Granger acquiesça. Et Severus nota distraitement les cernes noirs qui ornaient les yeux de la jeune femme.

-Elle ne m'a pas indiqué précisément ce dont il était question, déclara-t-elle. Je n'avais pas le souvenir que de tels projets étaient possibles à mon époque.

Severus renifla.

-Les circonstances étaient différentes, rétorqua-t-il sèchement. Miss Parkinson a l'ambition de trouver un apprentissage en potion. Ce type de projet est primordial pour celui ou celle qui souhaite montrer qu'il ou elle est digne d'un tel honneur. Tout le monde ne peut pas se permettre de brandir son ordre de Merlin à tout bout de champ pour être accepté quelque part.

Il sentit la colère de son interlocutrice avant même que cette dernière ne s'affiche sur son visage.

-Comment osez-vous ? Siffla Granger. Pour votre gouverne, sachez que la faculté d'Arithmancie de Paris n'a que faire des discriminations Britanniques. J'y ai étudié parce que je m'en suis donné les moyens, en faisant valoir une équivalence à mes Aspics.

-Aspics que vous avez passés en candidat libre, la coupa-t-il. En recrachant la totalité des livres que vous aviez lus, sans aucun doute.

Elle se renfrogna.

-Demain soir, dix-huit heures, dans mon bureau, lâcha-t-elle après plusieurs secondes de silence. Et ne soyez pas en retard. Vous ne voudriez pas faire perdre du temps à Miss Parkinson.

Rogue se contenta d'un grognement peu convaincu. Et cela parut être suffisant pour Granger, car elle fit volte-face et se dirigea vers la porte de la réserve.

-Au fait, Granger, vous avez une plume dans vos cheveux.

Il eut la satisfaction de la voir chercher frénétiquement dans sa chevelure. Et lorsque la porte de la réserve claqua derrière elle, il n'y eut plus que l'écho d'insultes émises à demi-mot, accompagnant le rire étouffé du professeur de potions.


Lorsqu'il entra dans le bureau du professeur Granger le lendemain soir, Severus fut agréablement surpris de ne pas être agressé par trop de couleur Gryffondoriennes. L'endroit était propre. Presque trop, en comparaison du foutoir avec lequel avait cohabité Vector.

La pièce était élégamment décorée de tons neutres. Et son regard fut immédiatement attiré par les bibliothèques pleines de livres qui tapissaient les murs. Ses yeux notèrent quelques titres en Français. Et lorsqu'il croisa enfin le regard de sa collègue, il se renfrogna en notant l'amusement qui y brillait.

-Satisfait de votre examen, Professeur Rogue ?

Il émit un bref grognement.

-Professeur Granger, Miss Parkinson.

Il fit un bref signe de tête à l'intention de son élève, qui était déjà installée sur une chaise.

-Ravi de voir que vous avez su réfréner vos instincts de rouge et or, Professeur, ajouta-t-il ensuite.

-Et ravie de voir que vous êtes à l'heure, répliqua sa collègue.

Severus haussa un sourcil.

-Je n'étais pas certain que vous accepteriez de travailler en ma compagnie, ajouta-t-elle.

Il eut un rictus. Celui qu'il décernait d'ordinaire aux élèves qui pensaient pouvoir éviter certaines punitions avec des excuses désastreuses.

-L'avenir de Miss Parkinson est plus important que nos différents du passé, déclara-t-il. À moins que vous ne souhaitiez vous attarder sur ce sujet ? Mais je crains que nous ne soyons pas en bonne compagnie pour ce genre de... conversation, Professeur Granger.

Leurs regards glissèrent de concert vers leur élève, qui avait observé l'échange d'un air ennuyé, mais curieux.

D'un accord silencieux, ils s'installèrent à leur tour autour du bureau, et se mirent immédiatement au travail.

Severus découvrit alors bien vite que le savoir encyclopédique de sa collègue avait tout de même quelques avantages, comme sa capacité à saisir rapidement des concepts abscons sans avoir besoin qu'on les lui explique plusieurs fois. Il se fit d'ailleurs bien vite au grattement continu de la plume de la jeune femme sur un parchemin qui se remplissait à toute allure, tout comme aux taches d'encre qui venaient progressivement lui décorer le bout du nez.

Ses propres connaissances en Arithmancie n'étaient pas des meilleures. Il savait s'en servir pour calculer en avance la manière avec laquelle les ingrédients d'une potion allaient réagir entre eux. Mais pas suffisamment pour avoir le temps de superviser complètement l'avancement de Parkinson.

Il leur fallut une petite heure pour convenir d'un programme sommaire, et pour prévoir un ordre de marche, et des points d'avancement réguliers.

Lorsque Severus regagna ses appartements un peu plus tard, il fut surpris d'être moins fatigué que ce qu'il aurait pu prévoir. Mais après tout, peut-être que la France avait fait du bien à Granger.


Il retira cette constatation dès le lendemain. Et le surlendemain. Et même les jours qui suivirent.

Granger était toujours aussi horripilante. Toujours à vouloir mettre son nez dans ce qui ne la concernait pas. Et il s'en aperçut rapidement lorsqu'elle commença à lui emprunter régulièrement ses Gazettes du Potioniste.

Alors certes, il finissait toujours par les récupérer. Mais ces dernières étaient régulièrement couvertes de poils de chat. Et Granger s'évertuait toujours à lui demander son avis sur tel ou tel article. Comme s'il avait eu la moindre envie de discuter de cela avec quiconque...

Et puis Miss Parkinson commença à leur rendre des devoirs. Et l'enfer démarra aussitôt.


A suivre