Chapitre 2


Poudlard s'était peu à peu couvert d'un manteau neigeux, qui ne semblait qu'épaissir depuis le début de cet épisode de froid. Il faisait glacial. A ne pas sortir un hibou dehors. Et même les couloirs du château s'étaient peu à peu transformés en nids à courants d'air, dans lesquels on ne passait plus qu'en pressant le pas et en resserrant sa cape contre soi.

Et c'était précisément ce que faisait Severus Rogue en ce matin de début décembre. Il avait relativement bien dormi cette nuit-là. Pour une fois, il ne lui restait guère de copies à corriger à l'approche du week-end. Et ses Serpentards avaient eu la bonne idée de ne pas chercher à répondre à la provocation la plus récente des Gryffondor (à savoir transformer l'intégralité de leur salle commune en une immense patinoire).

Le coupable de ce méfait n'avait d'ailleurs toujours pas été démasqué. Mais Minerva était sur le coup. Enfin, lorsqu'elle avait le temps de faire autre chose que de la paperasse – ce qui était plutôt rare ces dernières semaines.

Severus, quant à lui, avait d'autres fléreurs à fouetter. Granger ne lui avait toujours pas rendu la dernière copie de Miss Parkinson. Et le temps qu'elle mettait à chaque fois à effectuer ces corrections commençait très sérieusement à lui courir sur le chaudron.

La porte du bureau de la professeure d'Arithmancie claqua lorsque Severus l'ouvrit à la volée.

-Granger !

-Pour la dernière fois, Professeur Rogue, je n'y suis pour rien dans la mauvaise blague des Gryffondors ! Par Merlin, j'ai grandi, vous savez ? Je ne me rabaisserais pas en me mêlant à des querelles d'adolescents.

La remarque acerbe de Severus mourut sur ses lèvres lorsqu'il croisa le regard de sa collègue.

Ses yeux étaient rouges, soulignés par des cernes. Et des larmes étaient encore présentes sur ses joues.

-Granger ? Est-ce que...

Il se racla la gorge.

-Est-ce que ça va ? Articula-t-il ensuite.

Cette dernière eut un rire sans joie.

-Qu'est-ce que ça peut vous faire, d'abord ? Renifla-t-elle. Ce n'est pas comme si cela aura un quelconque impact sur la copie de Miss Parkinson. Tenez, d'ailleurs, j'ai fini de la lire.

Elle lui tendit une liasse de parchemins, dont certains avaient été annotés à l'encre rouge.

Rogue la remercia du bout des lèvres.

-Voilà. Maintenant je vous prierais de me laisser tranquille. Et par Merlin, j'ignore parfaitement qui est l'auteur de cette plaisanterie puérile. Voyez-vous, j'ai autre chose à faire, ces derniers temps !

Severus ouvrit la bouche, puis la referma aussitôt.

Il avait très vite appris qu'il valait mieux ne pas trop l'ouvrir dans ce genre de situation.

Il capitula sans attendre, et quitta la pièce, la copie de Miss Parkinson serrée contre lui. Il nota distraitement que, pour une fois, les parchemins n'étaient pas couverts de poils de chat.

Fort de cette découverte, il prit le chemin de la salle professorale.

Il s'installa dans son fauteuil habituel, une tasse de café devant lui, puis commença sa lecture.

Une demi-heure plus tard, il fut interrompu par l'arrivée impromptue de Mme Pomfresh et de Pomona Chourave.

-Miss Granger, oui, la pauvre ! S'exclama Pomona en s'installant dans un fauteuil près de la cheminée. Je sais à quel point il peut être douloureux de voir nos compagnons s'en aller. Il n'y a vraiment rien à faire.

Mme Pomfresh s'installa dans le fauteuil adjoint, puis soupira.

-Je crains que non. Et le stress n'arrange rien. Et toi non plus, Severus !

Severus, qui avait entamé une retraite stratégique en direction de la porte qui menait au couloir, se figea aussitôt.

-Je ne sais pas où tu veux en venir, commença-t-il, mais...

-Mais rien du tout ! Le coupa Chourave. Depuis le temps, nous sommes tous habitués à ton caractère de dragon. Mais Hermione vit une situation difficile, en ce moment. Alors, ce n'est pas le moment d'être dur avec elle.

Severus renifla.

-Quoi donc ? Weasley a enfin compris qu'il n'arriverait jamais à comprendre le dixième des mots qu'elle prononce et l'a abandonné lâchement ?

-Voyons, Severus, fit Chourave. Tu sais bien qu'Hermione et Monsieur Weasley ne sont plus ensemble depuis près d'un mois.

Ah ? Première nouvelle.

-Je ne me préoccupe pas des bruits de couloirs, fit-il d'un ton acerbe. Mais allons bon, qu'est-ce qui préoccupe notre illustre professeur d'Arithmancie ?

-Son chat, lui répondit l'infirmière.

-Son chat ? Répéta-t-il. La créature orange affreuse qu'elle trimbale partout ? Ce monstre perd une quantité de poils invraisemblable.

-Ce monstre, comme tu dis Severus, est très malade. Je l'ai examiné. Et très honnêtement, je ne pense pas qu'il passera l'hiver. Hermione s'y était beaucoup attaché. Ce sera très difficile pour elle.

Cette révélation tourna un moment dans l'esprit de l'homme.


Les jours passaient, et Granger se renfermait de plus en plus sur elle-même. Oubliés étaient les 'Bonjour, Professeur', lancés au détour d'un couloir. Severus pouvait enfin prendre son petit déjeuner en paix. Et ses Gazettes du Potioniste étaient enfin dépourvues de poils de félin.

Et puis, au bout de deux semaines, il finit par craquer.

..

-Je peux savoir ce que c'est que ce machin ?

Le mois de décembre était bien entamé, et l'on commençait à sentir dans les couloirs le doux parfum des fêtes de fin d'année qui approchaient. Doux, aux yeux des élèves, mais aussi des professeurs. Severus savait qu'il allait passer un Noël de plus à Poudlard, dans une tranquillité relative. En espérant simplement qu'il n'aurait pas trop de cornichons à surveiller.

Les fenêtres du bureau de la professeure d'Arithmancie étaient presque opaques à cause de la buée et des cristaux de givre. Mais il était encore possible d'apprécier la douce lumière du soleil qui se faisait de plus en plus rare ces jours-ci.

-Une potion, Granger, répondit Severus d'un ton acerbe. À moins que vous ayez oublié à quoi cela ressemble ?

La jeune femme se renfrogna. Ses yeux étaient une fois de plus soulignés de lourdes cernes noirs. Au point que Severus se demandait sérieusement si cela n'allait pas finir par s'incruster durablement sous sa peau. Elle était épuisée, le teint cireux, et le regard vitreux.

S'il n'avait pas été au courant de sa situation, il aurait presque pu la soupçonner de consommer des substances pas nettes et pas très légales.

-Une potion, répéta Granger.

-Considérez cela comme un cadeau de Noël anticipé, renifla Severus. Trois gouttes, matin et soir, à appliquer directement sur la langue de votre bestiole, si vous arrivez à la capturer.

Puis il posa une seconde fiole sur le bureau de la jeune femme.

-Et ça, pour vous. Une cuillère le matin en vous levant, pendant deux semaines. Et cela vous permettra peut-être de retrouver un certain aplomb face à vos élèves. J'ai cru comprendre que les cours d'Arithmancie étaient un peu mous, ces derniers temps. Et pour finir...

Il ajouta plusieurs fioles de potion de sommeil sans rêves.

-Je compte sur vous pour savoir reconnaître celles-ci.

Il eut un sourire moqueur tandis que Granger ouvrait et fermait plusieurs fois la bouche sans réussir à émettre le moindre mot.

-Comment puis-je être sûre que vous n'essayez pas de m'empoisonner ? Hoqueta-t-elle alors qu'il avait déjà ouvert la porte qui donnait sur le couloir.

-Croyez-moi, Granger, grinça-t-il, si j'avais voulu vous empoisonner, j'aurais été beaucoup plus discret.

Il claqua la porte derrière lui, n'attendant pas de réponse. La copie de Miss Parkinson sous le bras, il prit la direction des cachots. Il avait encore du travail.


Deux semaines plus tard, la plupart des cornichons avaient disparu. Le temps s'était adouci quelque peu, et il était même possible d'envisager de brèves incursions dans la forêt interdite pour récolter plantes et champignons. Severus avait presque terminé de corriger ses dernières copies. Plus qu'une classe de première année. Et il en était déjà à la moitié du paquet.

Il nota un 'P' rouge tout en haut d'un parchemin, puis passa à la copie suivante. Décidément, le niveau des cornichons ne s'arrangeait pas.

Un peu plus loin devant lui, une fumée bleue s'échappait du chaudron de Miss Parkinson. Il avait, par précaution, élevé un bouclier entre son bureau et ce chaudron. Miss Parkinson en avait déjà fait exploser trois depuis le début de l'année, alors on n'était jamais trop prudent.

Severus en était à sa deuxième tasse de café de la matinée. Et il sentait bien qu'il allait lui en falloir une troisième pour arriver à bout de ce paquet de copies. Au moins, Parkinson semblait se débrouiller toute seule, sans qu'il n'ait besoin de la surveiller.

Il étouffa un juron lorsque plusieurs coups furent frappés à la porte de sa salle de classe.

-Entrez, marmonna-t-il toutefois.

Il pria silencieusement pour que ce ne soit pas Minerva avec une bouteille d'alcool soi-disant fait maison. Cette vieille dragonne était particulièrement nostalgique à cette époque de l'année, et elle tenait beaucoup mieux à l'alcool que Severus.

-Professeur Rogue ?

Ce dernier soupira.

Granger, ses cheveux, et ses poils de chat, venaient d'entrer dans la pièce. Il jeta discrètement un informulé pour faire disparaître les poils. Il n'était jamais bon de risquer d'insérer des éléments étrangers dans une potion.

-Granger, la salua-t-il. Comme vous pouvez le voir, Parkinson et moi sommes occupés.

-J'ai presque fini, professeur, sourit Parkinson au-dessus de son chaudron.

L'animosité entre les deux professeurs semblait grandement amuser la Serpentarde. Severus lui jeta un regard noir.

Il se leva de son bureau, fit tomber le bouclier d'un coup sec de baguette, puis vint inspecter le chaudron d'un œil circonspect. La texture n'était pas affreuse, et aucune vapeur toxique ne paraissait s'en échapper. Bien, ça aurait pu être pire.

-Qu'est-ce que vous voulez ? S'enquit-il sèchement à l'attention de Granger.

Il se tourna vers elle, lâchant du regard le chaudron de Parkinson, pour revenir se poster devant son bureau.

Cette dernière semblait s'être remise de son état de décrépitude avancé. Les cernes avaient presque disparu, et elle était à nouveau particulièrement horripilante. Et surtout, elle n'hésitait pas à sourire à Severus à chaque fois qu'elle le croisait dans le château.

Et Severus avait horreur de ça. Il était une chauve-souris des cachots, craint et redouté de tous les cornichons de Poudlard. Pas un sorcier à qui l'on souriait.

-J'ai fini l'ouvrage que vous m'aviez prêté, Professeur. Je venais simplement vous le rendre. Et j'aurais souhaité savoir si vous étiez libre pour...

BOUM !

Ses années d'espionnage aidant, Severus se plaça aussitôt devant Granger, et invoqua un bouclier d'un geste sec. Il perçut le murmure qui accompagnait la magie de Granger, et il eut comme à chaque fois l'impression désagréable d'un feu de cheminée qui se mettait soudainement à s'embraser d'une manière incontrôlée. Mais ce dernier fut comme à chaque fois vite maîtrisé, et vint alimenter la puissance de son bouclier...

À peine une seconde trop tard.

Il siffla lorsque la potion lui éclaboussa les mains et les avant-bras.

La chaleur du café lui avait fait retirer son pull et retroussé les manches de sa chemise. Grave erreur.

-Parkinson ! Trente-points en moins pour Serpentard !

La jeune fille avait réussi à ériger un bouclier juste à temps. Elle détaillait à présent son chaudron avec surprise. Surprise qui se transforma en horreur manifeste lorsqu'elle réalisa jusqu'où la potion avait été projetée.

-Vous n'avez rien reçu, Parkinson ? S'enquit tout de même Severus.

-N.…Non, Professeur, bafouilla-t-elle.

-Alors dehors ! S'exclama-t-il. Et je veux trois rouleaux de parchemin sur les raisons qui ont conduit à ce désastre. Pour dans trois jours.

Le visage de la jeune fille avec perdu toute couleur. Elle déglutit, puis acquiesça. Et elle quitta la pièce sans demander son reste.

La porte se referma en un claquement, et Severus se pinça l'arête du nez, en faisant de son mieux pour garder son calme. Il sentait déjà la potion commencer à faire effet, et cela n'était guère agréable.

-Vous allez bien ? S'enquit-il en se tournant vers Granger.

Cette dernière n'était pas restée inactive. Elle murmurait une série de sorts de guérison, qui devenaient de plus en plus exotiques au fil des secondes. Mais il était évident que cela n'était guère efficace.

Severus lui agrippa l'épaule.

-Suivez-moi ! La pressa-t-il. Ce n'est pas ces fichus sorts qui vont nous tirer d'affaire.

-Parce que vous avez une meilleure idée, peut-être ?

Il roula des yeux, puis la tira jusqu'à une porte à l'arrière de la pièce. Il murmura son mot de passe, puis la pressa à l'intérieur de ses appartements.

-Ne touchez à rien ! Siffla-t-il. J'en ai pour deux minutes.

Lorsqu'il revint avec deux pots d'onguent, Granger observait d'un air attentif le contenu de sa bibliothèque.

Il haussa un sourcil à son attention, auquel elle répondit par un léger sourire.

-Un commentaire ? Marmonna-t-il.

-Aucun, lui assura-t-elle. Très jolie bibliothèque, Professeur. Je voyais ça beaucoup plus dans les tons vert et argent. Mais le bleu est une agréable surprise.

Il grogna pour unique réponse.

-Retirez votre pull et votre chemise, lui indiqua-t-il ensuite. Et appliquez cela. Rapidement.

Il lui tendit un pot d'onguent, puis se retira dans sa chambre pour faire de même. Il n'avait guère l'habitude d'inviter qui que ce soit dans ses appartements. Et il n'avait qu'une hâte : réexpédier Granger d'où elle venait. Aussi vite que possible, de préférence. Et sans qu'elle n'ait touché à quoi que ce soit.

Il ôta sa chemise sans attendre, puis appliqua aussitôt l'onguent sur ses mains et bras. Il soupira alors qu'une fraîcheur soudaine remplaçait la brûlure.

-Professeur, est-ce que...

Granger ne termina pas sa phrase. Postée dans l'entrebâillement de la porte, la bouche ouverte, elle fixait Severus avec stupéfaction.

Et ce dernier était également bien trop surpris pour songer à lui répondre.

L'onguent était encore trop poisseux pour qu'il ne remette sa chemise, et il se contenta de croiser les mains sur son torse, pour préserver le peu de dignité qu'il lui restait.

-Un problème, Granger ? Siffla-t-il.

-Eh bien... Vous pourriez m'aider à retirer ma chemise ?

La dernière phrase avait été prononcée d'un ton tellement précipité que Severus aurait pu complètement passer à côté. Mais ses années d'espion avaient aiguisé son oreille, et il se tendit aussitôt.

Elle ouvrit ses mains, et Severus put constater que la potion avait fait plus de dégâts que sur les siennes. La peau avait déjà disparu à plusieurs endroits. Nul doute que la jeune femme souffrait le martyr. Mais au moins, elle n'était pas en train de pleurnicher.

Elle était parvenue – Merlin savait comment - à se débarrasser de son pull. Mais les délicats boutons de sa chemise étaient manifestement une chose bien plus compliquée à manipuler.

-Hum... Oui, bafouilla-t-il. Ne bougez pas.

Granger avait grandi, cela ne faisait aucun doute. Oubliée était l'adolescente maladroite et mal dans sa peau. Elle était devenue une femme, et Severus avait fait de son mieux pour ne pas trop s'en rendre compte, ces derniers mois. Et ce, malgré les courbes que l'on devinait parfois sous ses robes professorales.

Le professeur de potions se concentra sur ses boucliers d'Occlumancie, et ses doigts effleurèrent le tissu délicat, pour ensuite glisser sur le premier bouton.

Severus avait des doigts fins et agiles. Cela était indispensable pour un Maître des Potions. Et pourtant, il se sentait là incroyablement maladroit tandis qu'il défaisait un à un les boutons de la chemise de Granger.

Il ne savait pas ce qui était le plus dérangeant. Le regard que la jeune femme posait sur lui, ou bien cette peau qui se dévoilait peu à peu à ses yeux, accompagnée de dentelle noire.

-Voilà, murmura-t-il finalement. Êtes-vous en mesure d'appliquer le baume ?

Leurs regards se croisèrent, puis Hermione se racla la gorge, visiblement mal à l'aise.

-Je... Je crois, bafouilla-t-elle. Je vais...

Elle fit un signe en direction de la pièce qu'elle venait de quitter.

-Faites-donc, bafouilla Severus en retour.

La porte se referma doucement derrière elle, et le Maître des Potions lâcha un soupir qu'il n'avait pas pensé retenir. Qu'est-ce qu'il lui prenait ? Il s'agissait de Granger, par Merlin ! L'insupportable Miss-je-sais-tout ! La terreur rouge-et-or !

Et pourtant, durant quelques instants, il l'avait simplement vu comme une femme. Une jeune femme à la peau douce et...

Il se renfrogna, puis se remit à étaler le baume sur sa peau.

Il avait mieux à faire que de se laisser aller à de telles fantaisies. Parfois, il se disait que la guerre l'avait plus perturbé que ce qu'il aurait cru. Après tout, autant de Doloris ne pouvaient que laisser une marque indélébile.

Il attendit quelques minutes, puis reboutonna maladroitement sa chemise, avant d'enfiler son veston.

-Granger ? Vous êtes présentable ? S'enquit-il.

Un léger cri de surprise lui répondit, et il roula des yeux.

-O.…Oui !

Il ouvrit la porte juste après.

La jeune femme avait à nouveau enfilé son pull à l'immonde teinte rouge, et tenait sa chemise dans sa main. Manifestement, elle n'avait pas souhaité essayer de se battre avec les boutons de cette dernière.

-Gardez le pot, lui indiqua-t-il. Normalement cela ne devrait pas faire de cicatrices. Mettez-en encore ce soir, puis demain matin. Et demain soir si cela est encore douloureux. Si cela ne guérit pas d'ici là, revenez me voir. Miss Parkinson en était à la préparation de son philtre anti-points noirs. Mais dans le doute...

-Je connais son programme, lui sourit-elle. Merci... Merci, Severus. J'espère que cela ne vous empêchera pas de profiter du début des vacances.

Le Maître des Potions écarquilla les yeux à l'entente de son prénom. Il aurait pu la reprendre, et lui indiquer sèchement qu'ils n'avaient pas élevé les scroutts ensemble, par Merlin, et qu'elle ne pouvait donc se permettre une telle familiarité.

Mais lorsqu'elle se rapprocha de lui et lui déposa un simple baiser sur la joue, il ne put que frissonner.

Granger quitta ses appartements quelques secondes plus tard, laissant un Severus immobile, fixant sans un mot la porte qu'elle avait refermée derrière elle.

Un peu plus tard, il retrouva dans sa salle de classe le grimoire que Granger était venue lui retourner. L'objet était protégé d'un puissant sort de bouclier. La jeune femme avait pensé à mettre en sécurité cet ouvrage avant de songer à elle.

Il ne put retenir un sourire amusé.

Caressant la tranche du grimoire, il le ramena dans ses appartements, puis le déposa sur sa table basse. Il avait soudainement envie de le relire. Et qui sait, peut-être Granger aurait-elle des commentaires à faire à ce sujet ?


Le matin de Noël, Severus se réveilla avec une gueule de bois phénoménale. Minerva avait encore insisté pour qu'il boive plus que nécessaire. Ses boucliers d'Occlumancie lui avaient permis de ne pas trop laisser entrevoir son état à ses collègues. Mais à présent, il en payait lourdement les conséquences.

Il tendit une main en direction de sa table de chevet, puis tâtonna jusqu'à enclencher l'ouverture du tiroir. Il eut un grognement de satisfaction lorsque sa main se referma sur une fiole à la forme familière.

Il en ôta le bouchon d'une main tremblante, puis avala d'une gorgée l'intégralité du contenu.

Il resta allongé de longues minutes supplémentaires, le regard dans le vague, attendant patiemment que la potion fasse effet. Puis lorsqu'il se leva finalement, ce fut en grimaçant, constatant que ce matin-là il sentait le poids douloureux de chacune de ses années.

Il évita soigneusement le miroir de la salle de bain, et tenta vainement de se noyer sous la douche. En priant Merlin pour que cela suffise à faire passer cette sensation particulièrement désagréable.

Il finit par émerger complètement sur le coup de onze heures du matin. Suffisamment pour être en mesure de comprendre ce qu'il était en train de lire. Mais aussi pour remarquer enfin le petit tas de paquets qui l'attendaient sagement devant sa cheminée.

Il émit un grognement.

Chaque année, c'était pareil.

Il pouvait déjà sentir les chocolats au whisky de Minerva, mais également les feuilles de thé délicatement parfumées de Pomona. Et il savait déjà que Bibine aurait une fois de plus entrepris de le convaincre de reprendre son poste de batteur juste pour le match amical qui se jouait entre l'équipe professorale un peu plus tard dans la journée.

Il ouvrit le premier paquet à sa portée, puis renifla avec amusement.

Des chocolats en forme de batte et de balais. Gagné.

Il ouvrit le paquet contenant les chocolats de Minerva, puis en goûta un. Whisky pur-feu, comme toujours. Mais il n'était pas certain d'être suffisamment remis de sa soirée de la vieille pour être en mesure de les savourer.

Il trouva son abonnement annuel à la Gazette du Potioniste – offert par Flitwick depuis des années, et même un traité sur les potions médicinales de la part de Pomfresh. Il se nota de la remercier. Cet ouvrage était particulièrement rare et il l'avait cherché des années durant.

Il espéra qu'elle apprécierait la série de potions particulièrement complexes qu'il lui avait fait parvenir via les elfes du château.

Il y avait une carte postale de Vector, accompagnée d'un petit sachet d'herbes séchées. "Je suis sûre que tu trouveras bien comment les utiliser", avait-elle ajouté.

Severus se promit de les analyser un peu plus tard.

Et puis il y avait un dernier paquet, emballé dans un papier-cadeau bleu nuit. Un paquet sur lequel il était juste inscrit "Pour Severus, Joyeux Noël". Le style d'écriture était élégant, tout en boucles et en lignes fines. Et Severus aurait pu le reconnaître parmi tant d'autres, surtout après sa collaboration de ces derniers mois.

-Granger, marmonna-t-il.

Il hésita quelques secondes avant de s'en saisir. Puis il l'ouvrit finalement d'une main tremblante. Malgré la distance et les années, il ne pouvait s'empêcher d'être incroyablement prudent, comme si Potter ou Weasley auraient encore pu lui faire une mauvaise blague à cette occasion.

Mais la réalité était tout autre.

Un souffle de surprise lui échappa tandis que ses doigts entraient en contact avec un tissu incroyablement doux. Une étoffe à la couleur vert sapin, et aux reflets argentés.

Il l'examina plus en détail, puis sourit doucement. Peut-être que Granger n'était pas si horripilante, finalement.


Quelques heures plus tard, Severus avançait d'un pas conquérant sur le terrain de Quidditch de Poudlard. Son vieux Nimbus sur l'épaule - un cadeau de Minerva qui datait d'il y a près de quinze ans – et sa batte dans l'autre main, il était prêt à en découdre.

Cela amusait toujours les étudiants d'apprendre que leur sévère professeur de Potions avait fait partie dans sa jeunesse des batteurs remplaçants de l'équipe de Quidditch de Serpentard. A l'époque, il n'avait pas été suffisamment bien vu pour être présent dans l'équipe principale. Mais son talent avec un balai – et surtout avec une batte - n'était plus à prouver. Et il devait admettre que sa batte le démangeait régulièrement au cours de l'année scolaire. Surtout lorsqu'il corrigeait des copies.

-Ah, Severus ! Le salua Rolanda Bibine. Prêt à prendre ta revanche ?

-L'année dernière n'était qu'un coup de chance, renifla-t-il.

Il échangea un regard avec Pomona Chourave, son adversaire habituelle pour tous les matchs qui se jouaient entre les membres de l'équipe professorale. Cette dernière était déjà prête, batte en main.

-Bien, reprit Bibine. Un batteur, deux poursuiveurs, un gardien. Une heure de jeu.

Tous acquiescèrent. C'était la même chose chaque année. Parfois, les équipes étaient plus importantes, lorsque des étudiants des années supérieures se joignaient à eux. Mais cette année, seuls quelques gamins étaient restés. Pas assez pour obtenir une équipe complète.

Severus eut un sourire provocateur à l'attention de Minerva, qui officiait comme poursuiveuse pour l'équipe adversaire.

-Très jolie écharpe, Severus, lui lança la directrice. Le vert relève bien ton teint. Tu n'as pas peur qu'elle soit abîmée si tu tombes ?

Le professeur de potion se renfrogna.

-Sort de protections, grogna-t-il. Et pour ta gouverne, Minerva, je ne tombe jamais de mon balai.

-Ce n'est pas ce dont je me souviens, ricana-t-elle tandis que Bibine sifflait le début de la partie.

-C'était une fois ! Siffla Severus en décollant aussitôt à la suite de ses collègues.

Du coin de l'œil, il nota que quelques élèves étaient présents dans les gradins pour assister au match, accompagné de certains membres de l'équipe professorale qui n'avaient pas souhaité participer.

Tandis que Flitwick marquait pour l'équipe adversaire, Severus croisa le regard d'Hermione Granger, emmitouflée dans une épaisse écharpe rouge. La jeune femme lui dédia un sourire radieux. Il ne sut pas si cela était lié à l'écharpe verte autour de son cou, ou en remerciement pour le vieux grimoire qu'il lui avait offert. Un vieil ouvrage de sa bibliothèque personnelle, qui prenait la poussière depuis des lustres, et traitait de vieux sorts oubliés, particulièrement utilisés en potions. Severus en avait fait le tour depuis bien longtemps déjà.

Il ne savait pas exactement ce qu'il lui avait pris de lui offrir cela. Peut-être était-ce son côté Poufsouffle refoulé qui ressortait. Ou devenait-il gâteux, avec l'âge.

Sinistra le frôla à toute vitesse, et il la suivit aussitôt. Elle avait le souafle et il fallait absolument qu'elle marque. Il repoussa le cognard qui fonçait dans la direction de sa partenaire, et eut un sourire en coin tandis qu'elle passait Londubat et marquait pour leur équipe.

Le cri de joie de Charity Burbage résonna dans le stade, et elle flanqua une tape dans le dos de Trelawney, qui manqua de tomber de son balai.

Les deux gardiens étaient complètement inefficaces, et Severus se demandait régulièrement pourquoi ils continuaient malgré tout à être présents. Il soupçonnait Chourave de forcer son apprenti à participer, malgré sa peur du vide. Trelawney, quant à elle, passait le plus clair de son temps à lancer des prédictions sur le score final du match. Ce qui n'avait strictement aucun intérêt.

Son équipe finit par l'emporter avec quarante points d'avance. Et s'il échangea un regard ravi avec Granger et lui sourit brièvement, cela passa complètement inaperçu lorsque Trelawney tomba de son balai.

Le lendemain matin, il s'autorisa à répondre au bonjour de Granger par un bref signe de tête, accompagné d'un sourire presque indiscernable.


Le matin du 9 janvier, Severus fut réveillé par le 'pop' d'un elfe de maison. Encore une visite de ces créatures, pour célébrer le fait qu'il prenait un an de plus. Et surtout pour amener jusqu'à lui des paquets soigneusement emballés.

Deux, pour être exact. Peu de ses collègues se souvenaient de son anniversaire.

Celui de Malfoy lui était parvenu la veille. Il ne restait donc que Minerva, et... Granger ?

La bouteille habituelle de whisky pur-feu de la directrice fut bien vite oubliée tandis qu'il découvrait l'élégant set de calligraphie, avec des plumes auto-rechargeables à encre rouge. Un large sourire sur les lèvres, Severus se promit de les utiliser lors de ses prochaines corrections.

Ce matin-là, au petit déjeuner, son "Bonjour, Granger" ne passa pas inaperçu. Minerva fut prise d'une quinte de toux, Filius tomba de sa chaise, et Pomona laissa échapper son toast dans sa tasse de thé.

Le professeur de potions ne put retenir un ricanement, qui terrorisa même certains élèves de sa maison. Il sentait bien que ça allait être une excellente journée.


A suivre