Note de l'auteur : C'est rare que je sois levé à 7h du matin un samedi. Mais pour le coup, je suis réveillé depuis 4 heures du matin, et impossible de me rendormir. Donc quitte à être réveillé, je me suis dit que j'allais poster la suite. (Et puis au moins, mon lapin Réglisse - co-auteur de cette histoire - a l'air d'être ravi de pouvoir gambader à cette heure)
Un grand merci à Zeugma412 pour sa review !
Chapitre 3
La Saint Valentin, son lot de cornichons idiots et leurs hormones en furie, arriva et fut rapidement oubliée. Et tandis que les températures se réchauffaient enfin, Granger et lui passaient désormais le plus clair de leur temps enfermés dans la salle de potions, ou dans le bureau de la professeure d'Arithmancie.
Cela avait commencé par un simple souci de praticité. Hydrangea Parkinson leur rendait de plus en plus de devoirs, tandis qu'elle avançait dans ses travaux pratiques. Cela signifiait davantage de temps de correction pour les deux professeurs. Et surtout la nécessité de travailler conjointement pour évaluer le mieux possible les idées et recherches de la jeune fille.
Les soirées passées ensemble s'étaient allongées, tandis qu'ils essayaient de trouver leurs marques dans cette cohabitation inhabituelle.
Après plusieurs disputes, des litres de thé et de café consommés, et quelques échanges de sorts, ils étaient arrivés à un statu quo qui semblait leur convenir à tous les deux.
En cette soirée pluvieuse de fin mars, Severus était donc installé sur le bord du bureau de Granger, une plume rouge dans une main, et une tasse de café dans l'autre, tout en essayant de comprendre où avait voulu en venir son élève.
-Je n'y comprends strictement rien, marmonna Granger pour la troisième fois ce soir-là. D'après ces équations, sa potion aurait dû exploser dès la deuxième étape. Et pourtant...
-Pourtant, elle a réussi, termina Severus. Probablement un paramètre qui n'a pas été pris en compte. Puis-je ?
Il tendit une main en direction du parchemin qui contenait les équations, mais Granger le rabroua avec sa plume.
-Laissez-moi finir de regarder, Severus, protesta-t-elle.
Il roula des yeux.
-Nous y sommes depuis des heures, Granger, grogna-t-il. Et ce n'est pas en m'empêchant de regarder vos équations que nous allons avancer dans cette histoire. Miss Parkinson a fait une erreur, et nous devons comprendre ce qu'il s'est produit. Et surtout comment elle a bien pu réussir cette potion, par Merlin !
-Hermione.
-Pardon ?
-Hermione, répéta-t-elle d'une voix un peu plus assurée. Vous pouvez m'appeler par mon prénom, vous savez, Severus ?
-Je... Très bien, Hermione, mais laissez-moi regarder ces équations !
Il parvint à lui subtiliser le parchemin, et se pencha aussitôt sur ce dernier. Il ne vit pas le sourire ravi de sa collègue, ni même le chat qui en profita pour se lover à ses pieds.
Il arrivait à peine à se concentrer sur les équations sous ses yeux, ne pouvant s'empêcher de songer à quel point ce prénom sonnait bien sur ses lèvres.
Les semaines passèrent, accompagnées de leurs litres de café ingurgité, leurs cornichons insupportables, et leur quantité de copies à corriger.
-Mais quel idiot ! S'exclama Severus pour la énième fois un soir de mi-avril.
-Poufsouffle, première année ? S'enquit une voix à sa droite.
-Deuxième année, renifla-t-il. Les successeurs des jumeaux Weasley. En nettement moins intelligents.
Il inscrivit un T rageur sur la copie, avant de passer à la suivante.
-Je transmettrai cela à George. Il sera ravi d'un tel compliment.
-Buvez votre thé et fichez-moi la paix Grang... Hermione, ronchonna-t-il.
Il avait une fois de plus bafouillé sur son prénom, toujours pas habitué à l'utiliser. Surtout dans un cadre autre que leurs bureaux ou salles de classe respectives.
Elle portait ce jour-là une chemise légère, qui se dévoilait sous un gilet rouge épais déboutonné. Le tissu du vêtement était presque transparent, et Severus s'était surpris à y porter plus d'attention que d'ordinaire.
-Tasse de thé que vous m'avez amenée, Severus, sourit-elle. Parfaitement préparée. C'est très gentil de votre part.
Il renifla.
-Vous êtes horripilante quand vous n'avez pas eu votre dose de thé, rétorqua-t-il.
Elle lui sourit largement, puis s'étira, soupirant de bien-être tandis que son dos émettait un bruit de craquement. Et si le regard de Severus glissa en direction de ces courbes féminines qui étaient accentuées par un tel mouvement, il fit de son mieux pour garder un visage impassible. Enfin, du moins, jusqu'à croiser le regard amusé de Granger.
Il se renfrogna, puis replongea aussitôt dans ses copies, les joues rouges. Il avait encore des Poufsouffle sur lesquels il pouvait se défouler.
-De la bile de strangulot ? Lu Granger sur le devoir de Miss Parkinson deux semaines plus tard. Et pourquoi pas des poils de nez de strangulot, pendant qu'on y est ?
La jeune fille devenait de plus en plus audacieuse dans ses préparations. Et cela signifiait à chaque fois des heures de recherche pour ses deux professeurs.
Granger et lui étaient pour l'heure enfermés dans la section interdite de la bibliothèque du château, tous les deux penchés sur un grimoire poussiéreux qui traitait de l'utilisation des strangulots dans certaines préparations.
-Pour votre gouverne, Hermione, sachez que les poils de nez de strangulot sont très utilisés dans les philtres d'amour.
-Vous vous moquez de moi, n'est-ce pas ? Fit la jeune femme d'un air suspicieux.
-Absolument pas, répondit Severus d'un ton parfaitement neutre.
Elle lui jeta un bref coup d'œil, et il fut surpris de constater à quel point les yeux de la jeune femme étaient brillants à la lueur de la bougie.
-Hmf. Vous ne le montrez pas, mais je suis sûre qu'en réalité vous êtes mort de rire.
-Voyons, cela ne me viendrait pas à l'idée.
Ils s'affrontèrent du regard.
Lorsqu'elle éclata de rire, il ne put retenir un sourire amusé. Et quand, quelques secondes plus tard, elle lui prit la main pour lui indiquer quelque chose, il ne lui vint même pas à l'idée de la retirer.
Ils passèrent près de deux jours à enquêter sur cet ingrédient bien précis, avant que Miss Parkinson ne leur prête un livre tout droit tiré de la bibliothèque familiale, qui les redirigea vers un autre ouvrage, à nouveau dans la section interdite de la bibliothèque.
Il était près de deux heures du matin ce vendredi soir, et ils n'avaient toujours pas trouvé ce qu'ils cherchaient.
Severus commençait déjà à sentir la fatigue le rattraper. Et Granger était affalée sur leur grimoire. Ou plutôt, à moitié affalée sur l'épaule de Severus, la tête penchée vers l'ouvrage.
Il n'avait pas eu à cœur de la déloger. Elle sentait bon. Un mélange de parchemin, d'encre et de vieux ouvrages. Severus ne craignait même plus de finir étouffé dans sa chevelure.
-Allez vous coucher, Hermione, soupira-t-il. Vous allez finir par vous endormir sur ce livre.
Elle lui répondit par un murmure incompréhensible.
-Grang... Hermione ?
Il soupira.
Quelques minutes plus tard, il quittait la bibliothèque avec une jeune femme endormie dans ses bras.
-Sans commentaire, Minerva, siffla-t-il en passant la directrice dans les couloirs.
Cette dernière lui répondit simplement par un sourire amusé qui promettait une interrogation en règle.
Il pénétra dans ses appartements en soufflant le mot de passe. Le portrait de Serpentard sur le mur haussa à peine un sourcil tandis que Severus allongeait la jeune femme sur son canapé.
Le professeur de Potions resta quelques minutes immobile, le dos droit, regardant d'un air circonspect la jeune femme endormie sur son canapé. Il ignorait le mot de passe des appartements de la jeune professeure d'Arithmancie. La seule autre alternative avait donc été de l'emmener ici, dans son antre. Après tout, ce n'était pas comme si elle n'avait jamais mis les pieds dans ce lieu.
Les images de l'accident de potion de Parkinson étaient encore vives dans son esprit. Et ses doigts se souvenaient encore de la douceur de la chemise de la jeune femme. Il avait eu envie de prolonger ce moment. Mais il savait aussi qu'il n'en avait pas le droit. Elle était beaucoup trop jeune pour lui. Et il s'était promis de ne plus jamais se laisser aller à de telles émotions.
Alors pourquoi son cœur battait-il aussi frénétiquement dans sa poitrine tandis qu'il posait les yeux sur son visage endormi ?
Il leva une main pour remettre une mèche de cheveux qui s'était égarée sur son visage. Mais il se reprit aussitôt.
Il recula de plusieurs pas, puis se dirigea aussitôt vers sa chambre.
Il s'immobilisa dans l'encadrement de la porte. Puis, faisant volte-face, il sortit sa baguette et lévita une couverture verte pour la déposer délicatement sur la jeune femme endormie.
Il referma silencieusement la porte de sa chambre derrière lui.
Le lendemain matin, lorsque Severus émergea enfin, la matinée était déjà bien avancée. Il grogna tandis qu'il se retournait dans son lit.
Il n'avait guère envie de se lever. Surtout si c'était encore pour passer des heures à rechercher les propriétés des ingrédients exotiques de Miss Parkinson. Ou corriger aussi ce paquet de copies de Serdaigle de troisième année qui l'attendait patiemment.
Il soupira, et s'étira.
Puis il sursauta aux bruits indistincts qui provenaient de la pièce principale de ses appartements. Et ses instincts d'espion reprirent immédiatement le dessus.
Sa baguette à la main, il ouvrit à la volée la porte de sa chambre, puis se figea dans l'entrée.
-Oh, bafouilla-t-il.
Granger. Non, Hermione. Il devait bien admettre qu'il l'avait complètement oublié. Et pourtant, elle était là, baignée dans la lumière du petit matin qui perçait au travers des eaux du lac, encore vêtue de ses vêtements de la veille, et enroulée dans la couverture verte. Hermione, qui était plongée dans un ouvrage épais, qu'elle avait emprunté dans sa bibliothèque.
Il se racla la gorge, et eut un sourire satisfait lorsque la jeune femme sursauta.
-Prof... Severus, bafouilla-t-elle.
-Je ne suis plus votre professeur depuis bien longtemps, Miss Granger, la railla-t-il tandis qu'il s'appuyait dans l'encadrement de la porte. Bien dormi ?
Elle écarquilla les yeux. Et lorsque son regard glissa en direction de son torse, Severus se souvint qu'il n'avait pas pris le temps d'enfiler une tenue présentable.
-Joli T-shirt, sourit-elle aussitôt.
L'effrayant professeur de potion sentit le rouge lui monter aux joues. Ce T-shirt, il savait exactement duquel il s'agissait. Un très vieux maillot d'un club de football moldu, qui avait vu des jours meilleurs. Ça, et le bas de pyjama un peu large. Le tout accompagné par la fine barbe qu'il n'avait pas encore pris le temps de raser. Et également les cheveux en bataille.
Mais Granger lui faisait de la concurrence sur ce dernier point. Pour autant, il devait admettre que cette tignasse matinale et décoiffée lui allait plutôt bien. Presque un peu trop. Encore un peu, et un visiteur indiscret aurait pu tirer des conclusions quelque peu hâtives quant à leurs activités de la veille au soir.
Il se racla la gorge.
-Je... Je vais...
Il désigna d'un signe de tête la pièce de laquelle il venait.
-Faites-donc, rit Granger. Vous paraissez un peu trop humain comme cela. On pourrait presque croire que le directeur des Serpentards s'est adouci.
Elle rit un peu plus au regard noir qu'il lui décerna.
Severus se renfrogna, tandis que ses joues prenaient décidément une couleur très intéressante.
Il fit volte-face, puis il claqua la porte derrière lui.
Une fois seul, il jura à mi-voix, puis se dirigea d'un pas vif vers la salle de bain pour commencer à se débarbouiller. S'il ne voulait pas que Granger ait dévalisé sa bibliothèque personnelle, il devait faire vite.
Quelques minutes plus tard, ce fut un Severus beaucoup plus présentable qui retrouva son salon. Granger était toujours là, installée dans son fauteuil préféré, une tasse de thé posée sur la table basse devant elle.
-Re-bonjour, Severus, le salua-t-elle. Je dois admettre que je regrette votre tenue de tout à l'heure.
-Hermione, marmonna-t-il pour seul bonjour.
Une chemise blanche, un veston noir, un pantalon tout aussi noir, et surtout sa robe de sorcier qu'il n'avait pas encore boutonné. Rien ne sortait de l'ordinaire. Si ce n'était ses joues encore un peu rouges, et ses cheveux qu'il avait pris le temps de coiffer correctement, pour une fois.
-Café ? S'enquit-elle.
Elle lévita une tasse dans sa direction, sans attendre de réponse de sa part.
Le breuvage lui brûla la langue, mais il n'eut qu'une brève grimace d'inconfort. C'était le même rituel chaque matin. Il n'était pas opérationnel avant d'avoir bu au moins une tasse de café. Voire deux. Ou trois.
Cette habitude lui restait de ses années d'espionnage, durant lesquelles le thé n'était plus suffisant pour tenir les longues nuits d'insomnies ou de travail. Il avait souvent dû enchaîner deux journées de suite. Celle du professeur de potions, immédiatement suivie par celle de l'espion. Et reprendre ce cycle sans avoir pu profiter d'une nuit complète.
Il lui fallut de longues minutes pour enfin réussir à aligner deux pensées cohérentes. Et durant tout ce temps, Hermione ne l'avait pas lâché du regard.
Lorsqu'il releva enfin les yeux vers elle, ce fut pour sentir les traits de son visage s'adoucir bien malgré lui.
-J'ai très bien dormi, sourit Hermione. Merci de m'avoir amené jusqu'ici. Je... Je sais que vous n'aimez pas que l'on empiète sur votre vie privée.
Il se racla la gorge, mal à l'aise.
-Eh bien, je...
-Merci, Severus, sourit-elle.
-Je vous en prie, Hermione, murmura-t-il simplement.
Ils se dévisagèrent un instant, puis Severus détourna le regard.
-Je vais vous laisser, annonça Hermione en se relevant.
Elle s'avança vers lui, puis vint brièvement l'embrasser sur la joue. Lorsqu'elle quitta les appartements du professeur de Potions, ce dernier n'avait pas bougé d'un pouce. Il ne se reprit qu'après plusieurs minutes d'une contemplation silencieuse de la porte derrière laquelle Hermione avait disparu.
Quelques heures plus tard, lorsqu'il se rendit dans la Grande Salle pour déjeuner, il fit de son mieux pour ne pas croiser le regard amusé de McGonagall. Il ne releva les yeux de son assiette que pour faire un bref signe de tête à l'attention d'Hermione, qui lui répondit par un sourire timide.
Et si un peu plus tard, il déposa un livre sur le bureau de la professeure d'Arithmancie. Un ouvrage bien particulier, tiré de sa bibliothèque personnelle, qui avait semblé particulièrement intéresser la jeune femme, personne d'autre ne le sut. À part Hermione. Et le sourire qu'elle lui dédia la prochaine fois qu'elle le croisa dans les couloirs du château fut suffisant pour mettre Severus de bonne humeur le restant du week-end.
A suivre
