"Miller ?"

Il faisait tout sombre, le paysage était d'un noir le plus complet, d'une pénombre la plus totale. L'endroit n'était même pas à proprement parler un environnement ou un lieu... Non, c'était plus le vide, le néant, l'absence de tout, l'impression de légèreté, la sensation de rien. C'était exactement ça : La non-sensation aveuglante. Le Rien.

"Miller."

Malgré cette absence complète, malgré cet abîme sans début ni fin, malgré ce néant sans repère, sans lumière ni obscurité, malgré ce vide, il y'avait ce son léger qui résonnait faiblement au loin. C'était comme une sommation ou un appel éloigné et distant qui était totalement vaporeux, obscur et imperceptible. La voix l'appelait et l'interpelait au loin, elle voulait son attention, elle le sollicitait. Elle criait un nom : 'Miller'. Qu'était-ce donc ?

"Miller, viens là mon garçon." Répéta-t-elle.

Tout à coup un visage, des bras puis un torse et pour finir un corps humain tout entier se forma soudainement sous ses yeux attentifs et ébahis. L'homme qui lui faisait désormais face et qui le demandait quelques secondes auparavant semblait avoir dans la cinquantaine facilement. Il avait des cheveux grisonnants et était vêtu d'un uniforme abimé qu'il aurait juré déjà avoir aperçu quelque part. Son visage ornait une barbe soignée et bien rasée similaire à celle d'un certain pilote dont le nom lui échappait totalement. Qu'étais-ce que son nom déjà à ce pilote ? Et pourquoi cet uniforme lui était-il familier ?

Ses réminiscences étaient des plus indistinctes, embrouillées, brumeuses et transparentes. Qui était-il ? Que faisait-il ici ? Qui était cette personne en face de lui ? À qui appartenait ces semblants de souvenirs, cette mémoire, ces débuts de sensations ? Lui-même n'était qu'une simple entité errante sans but quelconque, parfaitement incapable de ressentir ou percevoir quelque chose alors pourquoi était-il exposé de la sorte à ce genre de phénomène aussi saugrenu que curieux et singulier ?

"Miller, réveille-toi." Réclama distinctivement la voix.

Tel un méchant retour à la réalité ou plutôt une soudaine prise de contrôle de son corps, de son esprit et de ses sentiments, Shepard reprit entièrement conscience. C'était comme une sorte de renaissance brutale et violente. 'Conscience' était cependant un grand mot, il se trouvait dans un environnement noirâtre qui lui était complètement inconnu et ce qui l'entourait n'était qu'un mélange de pénombre absolue et de nuages à peine perceptibles ou bien de brume peut-être ou alors un combiné des deux, il n'en avait pas la pleine certitude.

La seule chose qui quant à elle était bien visible était cet homme qui se tenait face à lui stoïquement avec un semblant de sourire en coin. Il était grand, confiant, charismatique et il dégageait cette sorte d'aura bienveillante autour de lui. Se retrouver face à ce parfait étranger était... Étrangement agréable et réconfortant. Shepard n'était pas bien sûr de ce qu'il ressentait, c'était un ressenti si... Étrange et surréaliste. Était-ce réel ?

Les derniers souvenirs qu'il possédait étaient encore très vagues et vaporeux. Il lui était très difficile d'essayer de se remémorer les évènements passés, c'était comme si des entraves dans sa mémoire étaient posées ici et là pour l'empêcher d'y accéder. Il se souvenait du Normandy... La traque de Saren... L'attaque soudaine sur son vaisseau... Le sauvetage de Joker puis la dérive infinie dans le vide spatial et la fin.

Cette fameuse sensation du manque d'oxygène, de la vie qui le quitte doucement mais surement, la toute dernière inspiration avant l'asphyxie lente et douloureuse puis l'inconscience. Ensuite tout était devenu noir, c'était comme avoir brusquement éteint toutes les lumières de son esprit, un moment il était là aux portes de la mort... L'autre moment tout avait disparu et seulement le vide le plus complet l'accompagnait.

Oui, il s'en souvenait amèrement maintenant. Cette sensation absolument épouvantable de sentir la vie le quitter au fil des secondes sans oxygène tandis qu'il luttait désespérément pour haleter ne serait-ce qu'une dernière fraction d'air respirable, ça avait été un supplice et un calvaire absolument insupportable et abominable... Cette impression de se sentir quitter son propre corps, de se sentir perdre connaissance, de se sentir partir, Shepard ne l'aurait même pas souhaité à son pire ennemi. Cette expérience avait très certainement été horriblement traumatisante pour son âme très abimée et meurtrie.

Le simple fait d'y repenser lui déclenchait de très nombreux frissons qui se mirent alors à parcourir à vive allure sa nuque et son dos. Néanmoins, sans qu'il n'arrive vraiment à comprendre pourquoi... Ce même instant, cette fin, sa mort, tout avait aussi été apaisant et soulageant en même temps. Cette disparition dans les limbes de l'inconscience avait été affreusement douloureuse sur le moment mais une fois l'instant passé elle avait également signifié la fin des problèmes, la fin des sentiments, la fin de la vie, la fin de tout. Mais surtout la fin de cette peine, de cette douleur insupportable, de cette souffrance sans équivoque.

Il se souvenait parfaitement à présent, ce fameux jour lors de cette attaque, il avait péri dans d'affreuses conditions. Il s'était débattu jusqu'à la fin, s'était raccroché à la moindre étincelle d'espoir jusqu'à comprendre que c'était trop tard pour lui, rien n'y aurait changé quoi que ce soit. Ce jour-là avait été le jour de son jugement dernier.

"C'est donc ça ce qu'il y'a après la mort ? Je suis mort ?" Demanda-t-il à son énigmatique interlocuteur qui le reluquait silencieusement.

L'homme âgé qui lui faisait face fit alors un pas de côté tout en raclant un début de rire puis d'un geste de la main, il vint caler un cigare dans sa bouche, même cigare qu'il prit le temps d'allumer et de déguster avant de répondre calmement.

"On peut dire ça p'tit gars. Tu es effectivement mort ouais, navré." Répliqua-t-il d'un air dépourvu d'émotion.

Tout en fronçant les sourcils d'incompréhension Shepard secoua son visage. "Qu'est-ce que c'est que cet endroit ? C'est ici qu'on vient une fois que c'est.. Une fois que tout est terminé ?"

L'étrange et mystérieux interlocuteur expira un gros nuage de fumée avant de rétorquer. "Nah', pas tout à fait... Mais je répondrais à tes questions en temps voulu. Tu sais qui je suis ?"

"Pas vraiment non."

D'un revers de la main, l'homme âgé fit apparaître une sorte de badge métallique qu'il vint ensuite directement coller contre le torse de son uniforme militaire usé.

"Et ça gamin, ça te dit quelque chose peut-être ?" Questionna-t-il à nouveau tout en savourant son cigare d'un air à part à la situation.

Au début, les lettres sur la plaque de fer en question n'étaient pas tout à fait claires ni même réellement lisibles mais en concentrant sa vision sur le petit objet métallique, tout devint instantanément plus compréhensible et déchiffrable pour Shepard. Ainsi, il pu réussir à lire ce que son interlocuteur voulait tant qu'il apprenne : 'Contre-Amiral Mike Shepard, Second Commandant en Chef de la 21e flotte de défense de l'Alliance Interstellaire.'

D'un sursaut du regard mélangé entre la surprise, le choc et même surement un peu de joie, le premier Spectre Humain releva le visage pour dévisager le vieux monsieur. C'était à présent absolument flagrant, un peu comme une révélation tellement évidente après coup.

L'homme qu'il n'avait jamais pu connaître qu'au travers des récits de son sacrifice héroïque pour l'Alliance et l'Humanité, qu'au travers des histoires contées par sa mère lorsqu'il était enfant, celui qu'il n'avait pu observer et dévisager qu'au travers des cadres photos dans les quartiers d'habitation de son vaisseau d'affectation. Le vrai Mike Shepard, son deuxième parent, le mari de sa mère, l'homme qu'il n'avait tristement jamais eu l'occasion de connaître, le père qu'il n'avait jamais eu l'occasion d'avoir dans sa vie. C'était vraiment lui et il était bel et bien là en train de se tenir sereinement en face de lui comme si de rien n'était, comme si cela ne faisait pas 26 ans qu'il avait disparu.

L'individu en question était un grand gaillard aux cheveux gris et à la barbe soignée qui portait un des vieux uniformes de l'Alliance Interstellaire, tout était plus clair maintenant. Cet homme n'était nul autre que Mike Shepard, son père qui avait disparu alors que Miller n'avait que 1 an. Il était exactement comme sa mère l'avait décrit.

Mike était totalement silencieux et un début de sourire en coin de lèvre était apparu tandis qu'il observait son fils enfin le découvrir pour la première fois depuis très longtemps. Il aura fallu au jeune Shepard attendre 26 ans sans présence paternelle, 9 ans de service au sein de l'Alliance, une poursuite à mort avec un Spectre renégat et enfin sa disparition du monde des vivants pour permettre cette réunion absolument inattendue et absurde.

"Papa ?" Articula difficilement le jeune Spectre dans un combiné de stupéfaction, d'ébahissement et d'abasourdissement. Il n'en croyait clairement pas ses yeux.

"Ding ding ding, félicitation ! Il t'en aura fallu du temps pour capter quand même hein ! L'âge commencerait-il à te faire défaut p'tit gars ?" Interrogea-t-il sur un ton blagueur, toujours avec cette même prestance décontractée et amusée qui faisait abstraction de tout le reste.

Le jeune Shepard passa une main dans son cou, l'air quelque peu embarrassé. "Disons que ça fait comme 26 ans que t'es mort donc... Tu m'excuseras mon étonnement." Déclara-t-il avec un début de sourire avant d'enchainer l'air bien plus sinistre cette fois-ci. "Et de toute façon je suis mort donc bon..."

Après avoir tiré une nouvelle taffe, Mike observa son fils longuement avant de prendre à nouveau la parole tout en agitant légèrement le visage à la négative. "T-t-t. C'est p't'être là que tu te trompes gamin. Tu es mort oui, mais ton voyage n'est pas encore terminé. Crois-moi." Annonça-t-il avec un air sérieux pour la première fois depuis le début de la rencontre.

"Comment ça 'mon voyage n'est pas encore terminé' ?" Demanda le jeune tout en arquant un sourcil de d'étonnement et d'incompréhension.

"Pour plus tard les questions Miller." Affirma gentiment le vieil officier avant de dévier le sujet. "Ta mère va bien ?"

"Aux dernières nouvelles et avant que je ne me fasse tuer par un vaisseau hostile anonyme... Oui. Elle est même devenue une héroïne de l'Alliance, elle a été promue Amirale et a sauvé la galaxie !" Expliqua avec une énergie nouvelle et un entrain certain le fils.

Un nouveau sourire se forma sur les lèvres du vieil interlocuteur lui faisant face tandis qu'il admirait de ses yeux vert sapin le visage son fils. "J'ai cru comprendre ça oui. Il me semble que tu en as pas mal baver depuis mon départ ?"

"Ouais... Ça n'a pas été facile sans toi mais maman est une battante. Elle a pris soin de moi et a essayé le plus possible d'être présente. Elle a été une très bonne mère."

"C'est pour ça que je l'ai épousé !" S'amusa le vieux Shepard en hochant la tête, visiblement satisfait. "Et comme ça, 'Miller Shepard, Premier Spectre Humain, sauveur de la Citadelle et de la galaxie', hm ?" Demanda le père d'un air intéressé tout en tirant une nouvelle taffe de son cigare.

"Ouais on peut dire ça.. Premier Spectre Humain avec un Conseil d'idiots qui m'ont plus emmerdé qu'autre chose au final... Mais j'ai eu de bons compagnons et de bons amis durant l'aventure, c'était mémorable. Tu les aurais bien appréciés je pense !" Ajouta avec certitude le Commandant N7 avant de secouer la tête de surprise comme une prise de conscience soudaine. "Mais comment tu sais ça toi ?"

"T-t-t-t. Les questions pour plus tard j'ai dit." Éluda en rigolant le vieux Contre-Amiral avant de changer de sujet à nouveau. "Alors comme ça je les aurais bien aimés hm ? Comme tu apprécies cette... Hum, comment s'appelle-t-elle déjà ? Arf son nom m'échappe. Miss... Tali'Zorah Nar Rayya, je crois ? Hm ?" Interrogea le père d'un air clairement malicieux et taquin.

Des suites de cette déclaration, le jeune fils pu sentir pour la première fois depuis son apparition dans ce monde aussi étrange qu'anormalement paisible, une authentique et réelle sensation assez désagréable l'envahir alors que son propre sang s'agitait dans son corps et montait furieusement au niveau de ses deux joues.

Non sans bégayer, il répondit à la hâte et d'un ton paniqué. "Hein ? Hum.. O-oui, je l'appréciais bien mais c'est t-t-tout ! Hey mais comment tu connais ça toi ? Enfin, j'veux dire tu vivais dans mon esprit pendant tout ce temps ? Ou alors tu me regardais depuis je ne sais où ?"

Le vieux Shepard éclata de rire à la réaction de son fils avant de reprendre un semblant de sérieux quelques secondes après. "Je crains de ne pas pouvoir répondre à tes questions malheureusement. J'ai beaucoup apprécié te voir mais on a besoin de toi ailleurs mon p'tit pote."

"Hein ? Comment ça besoi-"

Le vieux Shepard interrompit les complaintes de son jeune interlocuteur en posant une main sur l'épaule gauche de celui-ci. "Hey Miller, sache une chose : Je suis fier de toi et je le serais toujours fiston, peu importe ce qui arrive. Maintenant va, cette satanée galaxie a visiblement encore besoin de ton aide." Conclut-il d'un large sourire sur le visage avant de disparaître dans un étrange nuage de fumée.


"Shepard !"

Prit d'un violent sursaut tel un retour à la vie brutal, le Commandant Shepard reprit enfin connaissance au travers d'une large inspiration paniquée comme s'il venait de retenir son souffle pendant des années entières. La sensation désagréable et horrifique du manque d'oxygène était encore présente et parcourait les moindres recoins de son être. Son corps tout entier était extrêmement douloureux, sa tête bourdonnait furieusement et ses mains étaient méchamment engourdies. Il avait l'impression d'être à deux doigt d'imploser intérieurement.

Après avoir difficilement récupéré de son réveil angoissant, ses yeux vinrent observer à la hâte l'environnement l'entourant. Il pu notamment se rendre compte qu'il était alité sur une espèce de table d'opération tandis que la pièce dans laquelle il se trouvait était une sorte de salle médicale stérile recouverte entourée par des murs d'un blanc éclatant et qui faisaient mal aux yeux. Rien à voir avec celle du Normandy, celle-ci contenait tout un tas d'équipement médical, de scanners, de seringues et outils chirurgicaux lui étant parfaitement inconnus mais qui avaient une allure très clairement sophistiquée et moderne.

"Shepard ! Réveillez-vous bon sang !" Aboya à nouveau une voix féminine au travers d'un haut-parleur dans la salle.

"Je... Qu- Hein ... ?" Articula-t-il difficilement et d'une voix rocailleuse, râpeuse et douloureuse. User de ses cordes vocales était tout aussi affligeant et amer que forcer sur ses muscles, bouger les doigts, les bras ou la tête. Même penser, respirer, observer, absolument tout ce qu'il entreprenait s'avérait être extrêmement pénible et éprouvant.

"Shepard, parfait vous êtes réveillé ! Je sais que vos cicatrices n'ont pas fini de guérir mais il faut faire vite ! Le complexe est attaqué, vous devez bouger et rapidement !" Implora la voix du haut-parleur.

"Que... Qui êtes-vous ?" Murmura-t-il difficilement tandis qu'il essayait très difficilement et infiniment maladroitement de se redresser.

Dire que 'ses cicatrices n'avaient pas encore totalement guéries' était un euphémisme flagrant. Son corps tout entier hurlait de douleur au moindre de ses mouvements, ses muscles donnaient l'impression d'être atrophiés comme s'ils n'avaient pas été utilisés pendant des années entières, sa vision quant à elle était absolument troublée et brouillée tandis que son esprit essayait tant bien que mal d'assimiler le nouveau flux informations. L'homme était complètement perdu, désorienté et confus.

Son dernier souvenir remontait à la destruction de son vaisseau et foyer qu'était le Normandy, ensuite était venu le bref échange avec son... père ? Comment était-ce possible ? Son subconscient peut-être ? Tout était éparpillé et en désordre complet dans sa tête, tout ça n'avait aucun sens ! Il était mort il en était absolument certain ! Il s'était vu mourir dans l'espace en dehors du Normandy, il avait ressenti la mort s'emparer de sa personne, de son corps, de son esprit, il l'avait senti vider et traverser ses poumons, il l'avait senti le pénétrer totalement et prendre possession de son âme et de son être.

Malgré tout, la situation dans laquelle il était actuellement semblait si véritable... Ses souvenirs, sa mémoire, ses sensations actuelles, tout devait forcément être vrai, non ? Tout ce qui s'était passé et se produisait encore actuellement paraissait tellement réel ! Était-ce ce qui arrivait une fois que la mort s'emparait de quelqu'un ? Une sorte de seconde vie irréelle pour continuer à divertir l'esprit décédé ? Non, impossible. Tout ça devait forcément être la réalité mais dans ce cas il n'aurait pas péri sur le Normandy ? Tout n'était qu'incompréhension la plus totale. Comment était-ce ne serait-ce que possible ?

Ce fut la voix stridente qui raisonna avec force dans sa salle qui le sortit brusquement de ses pensées et réflexions les plus profondes.

"Ecoutez, je comprends parfaitement votre désarroi et votre incompréhension vis-à-vis de la situation actuelle mais je répondrais à toutes vos questions dès lors que vous serez en sécurité en dehors de ce complexe Shepard. Levez-vous et allez vers le casier à votre gauche, une armure de combat vous y attend." Enjoignit-elle.

Incapable de formuler une complainte à cause de son état de confusion absolu et du pic de douleur aigue qui traversait sa gorge extrêmement sèche, le miraculé s'exécuta en suivant les indications de cette mystérieuse voix féminine.

En ouvrant l'espèce de casier / armoire dont parlait le haut-parleur, il put y trouver une sorte d'armure de protection semblable à celle qu'il portait dans ses derniers souvenirs les plus récents. Peut-être était-elle un poil plus sophistiquée et récente ceci dit. Le logo N7 et le tracé blanc / rouge étaient toujours bien présents, seul le logo de l'Alliance semblait être manquant. Qui que soit cette femme, elle ne faisait probablement pas partie de l'Alliance Interstellaire à en juger par cette nouvelle trouvaille.

D'un geste prudent mais certainement laborieux, Shepard aura finalement réussi à enfiler entièrement cette nouvelle armure quand la voix pressante de la communication s'exprima à nouveau avec fermeté.

"Bien, maintenant longez le couloir en face de vous. Faîtes attention, nous sommes en proie à une attaque de robots mécas. Rien de trop dangereux pour la légende que vous êtes mais vous venez tout juste de vous réveiller donc soyez vigilant et ménagez-vous malgré tout."

"Je.. Heum.. Okay, merci. Je suis un peu.. Totalement perdu je vous avouerais..." Avoua-t-il doucement tandis qu'il essayait tant bien que mal de s'activer pour mettre un pas devant l'autre.

"Je sais et je le serais tout autant que vous à votre place mais je n'ai sincèrement pas le temps de répondre à vos questions, navrée. Je vais me mettre en route pour vous rejoindre, continuez à longer le couloir et vous tomberez sur un de mes hommes qui vous mènera aux navettes d'évacuation. D'ici là, je vais essayer de suivre votre progression et vous faciliter votre trajet." Expliqua-t-elle.

"Comment vous appelez-vous ?" Demanda le Spectre qui se trouvait alors sur le palier de sortie de la pièce dans laquelle il avait repris connaissance un instant plus tôt.

"Je suis Miranda. Bonne chance Shepard."

Après ces quelques mots, l'homme sur le réveil se mit finalement en marche dans le long couloir ténébreux de l'installation. Il n'avait aucune idée d'où est-ce qu'il était ni de pourquoi il était encore en vie ou du pourquoi quelqu'un l'aidait. Tout ce dont il était sûr était que pour rester en vie dans cette installation sous attaque, il allait devoir suivre son instinct. Et pour l'instant, ce même instinct qui lui avait rarement fait défaut par le passé lui intimait avec conviction de suivre les instructions de cette étrange Miranda de prime abord bienfaisante.

L'armure qu'il avait enfilée et qui au départ semblait extrêmement lourde paraissait au fur et à mesure des secondes s'alléger de plus en plus comme de par magie. Comme si elle s'adaptait à l'affliction de son porteur, ou alors était-ce simplement l'homme qui reprenait du poil de la bête. C'en était de même pour sa capacité mobile, sa progression qui au départ avait été très difficile, lourde, lente et hasardeuse se faisait également de plus en plus naturellement, rapidement et facilement.

Il avait l'impression que ça faisait une éternité qu'il ne s'était pas servi de ses jambes ou même simplement que son corps tout court n'avait pas bougé, n'avait pas été utilisé. Fort heureusement, comme avec le vélo, les habitudes revenaient doucement mais surement au fil des minutes qui défilaient. Sa mobilité n'était pas encore parfaite, loin de là même mais il pouvait malgré tout sentir une sorte de nouvelle vivacité rugir dans son sang et son système. Un regain de vivacité comme une sorte renaissance.

Après une centaine de mètres de marche, il pénétra dans une espèce de grande salle ouverte dans laquelle un combat faisait déjà rage à son arrivée. Un être Humain menait seul une résistance acharnée contre un assaut d'une petite dizaine de robots synthétiques. Grâce au pistolet que Shepard avait pu dérober plus tôt dans l'armoire avec son armure, il mit en joue et abattit, de plusieurs tirs plus ou moins précis, les menaces hostiles mécanisées.

Tout comme les muscles de son corps, la précision de ses tirs était au départ plutôt très imparfaite mais, au fil du temps qui passait, au fil des coups de feu qui s'enchainaient, au fil des faibles charges de recul que lui opposait l'arme à une main, ses vieilles habitudes, ses vieux réflexes, son entrainement, sa maitrise des armes, toutes ces choses qui ne pouvaient pas s'oublier ou se perdre aussi facilement lui sont revenus doucement mais surement pour son plus grand bonheur.

Le combat, l'armée, la lutte, les armes à feu, l'Alliance, c'était tout ce qu'il avait toujours connu, tout ce dans quoi il avait toujours été bercé, ce dans quoi il avait été élevé. C'était sa vie, son essence la plus profonde, ce qui avait façonné l'homme qu'il était devenu. Peu importe combien de temps il était resté inconscient, jamais il n'aurait pu oublier toutes ces choses.

C'est donc ainsi et après un combat rapide et sans trop de difficulté qu'une accalmie temporaire s'empara du champ de bataille jusqu'à ce que l'homme que Shepard venait d'aider s'approche de lui pour lui adresser la parole.

"Shepard ? Je vous pensais encore en reconstruction ?" S'exclama-t-il avec surprise.

"Je... J'étais dans une salle d'opération à mon réveil et une certaine 'Miranda' m'a demandé de rejoindre ce lieu pour vous y retrouver. Elle veut que je quitte la station, je crois ?" Tenta d'expliquer le Commandant encore troublé par ce qui lui arrivait.

"Si Miranda veut vous faire partir de cet endroit c'est que ça doit être sérieux. Venez, suivez-moi. Je sais où on doit se rendre."

"Hey, pas si vite ! Répondez à mes questions d'abord, qui êtes-vous, où suis-je ? Pourquoi suis-je ici ? Juste... Expliquez-moi, s'il vous plaît. Je ne comprends rien à ce qui se passe ici." Dixit le Spectre confus.

Son interlocuteur sembla hésiter durant un temps avant de répondre. "Tout ce que je peux vous dire c'est que je suis Jacob, le Chef de la sécurité de cette installation et que nous ne sommes pas hostiles envers vous Commandant."

Ce 'Jacob' était un homme à la peau noire et à la carrure très clairement développée et athlétique, c'était un militaire probablement. Il avait le crâne rasé avec un semblant de barbe sur le visage, le tout en affichant un air très sérieux, strict et professionnel. De plus, il semblait être un biotique Humain. Shepard avait eu l'occasion d'être témoin de sa maitrise de l'énergie noir durant le bref combat qui s'était déroulé plus tôt. Le Spectre n'était certainement pas en pleine possession de ses moyens pour se défendre correctement, encore moins face à un soldat biotique expérimenté. Si ce Jacob venait à se révéler mal intentionné dans le futur, il constituerait assurément un adversaire de taille. Aucun doute n'était possible là-dessus.

"Jacob.. Okay. Et pour mes autr-"

"Shepard, j'aimerais sincèrement pouvoir répondre à vos questions et je le ferais avec grande joie une fois qu'on sera en sécurité." Insista-t-il d'un air plus rigide et ferme.

"Okay, okay, j'vous suis." Glissa Shepard qui se résignait à en apprendre plus sur la situation ambiante qui lui paraissait absolument surréaliste et invraisemblable.

Les deux progressèrent ensemble dans l'étrange complexe, des cadavres ici et là d'Humains gisaient à même le sol, le tout formait une vision équivalente à celle de son opération sur Néphéron. Heureusement, cette fois-ci aucun monstre sortit tout droit des enfers ne semblait vouloir attenter à sa vie, du moins pas à première vue. Les plus grands dangers rencontrés jusque l'heure n'étaient que de simples et stupides robots automatisés qui peinaient sincèrement à se mouvoir et qui avaient encore plus de difficulté à viser correctement.

Après une vingtaine de minutes d'avancée, les deux coéquipiers tombèrent sur un certain 'Wilson'. C'était un employé rescapé de l'installation qui se greffa aussitôt à leur petite équipe de survivants.

Contrairement à Jacob, Wilson représentait tout l'inverse du soldat entrainé et chevronné. Il était Chauve, avec un début de bouc, la carrure mince et bien plus légère que ses deux accompagnants. Il n'était pas un militaire pour sûr, un chercheur peut-être ? À l'opposé de Jacob qui dégageait une relative bonne impression, lui n'inspirait pas du tout confiance à Shepard. Il était hésitant, impulsif et clairement sur les nerfs, en temps normal Shepard aurait juré qu'il cachait quelque chose mais il ne pouvait se permettre d'exprimer ouvertement ses doutes et incertitudes, après tout même ce Jacob n'était qu'un total inconnu pour lui.

Le trio progressa prudemment au travers de la base et ils purent aisément se débarrasser de la faible résistance mécanoïde rencontrée en chemin. En fin de compte c'était un peu comme une session d'entrainement pour le Commandant de l'Alliance, une sorte de remise à niveau après un long moment passé sans pratique. Il était sincèrement soulagé de constater que malgré son réveil extrêmement compliqué, les peines et difficultés dont il était victime jusqu'encore tout récemment s'étaient finalement lentement évaporées pour ne laisser place qu'à ses vieux bons réflexes, sa maitrise du combat et des déplacements militaires.

Malgré cette heureuse nouvelle, il était utile de souligner que son genou droit restait quelque peu douloureux lors de ses déplacements, c'était quelque chose de tout à fait supportable, néanmoins l'affliction était malgré tout bien présente et marquée. C'était avec ce même genou qu'il s'était heurté avec violence contre un débris métallique lors de la destruction du Normandy. Du côté de son bras gauche et de son bassin, tout paraissait fonctionnel à 100% sans une douleur quelconque. Peut-être avait-il simplement des séquelles de sa mésaventure spatiale ? C'était même très probable au vu de la violence de l'accident.

"Les navettes d'évacuation sont dans le hangar juste derrière cette porte ! Allons-y !" S'écria Wilson tandis que le groupe arrivait en face d'une large porte en métal.

Lorsque celle-ci s'entrouvrit, elle laissa apparaître une femme Humaine qui dégaina un pistolet aussi vite que l'éclair juste avant qu'une détonation ne retentisse bruyamment dans les locaux. Wilson venait tout juste de se faire exploser la mâchoire par le coup de feu brutal et inattendu du canon fumant de son assaillante tandis que son corps s'écroulait lourdement sur le sol.

"Mais... M-Miranda ?!" S'exclama Jacob avec frayeur et anxiété.

La jeune femme leur faisant face rangea paisiblement et sans dire un mot son arme meurtrière dans son holster. Cette 'Miranda' était une belle femme au corps bien formé, athlétique et fin, à la posture droite et stoïque et à la longue et épaisse chevelure noire. Une certaine froideur émanait de sa personne tandis que d'un regard bleu et perçant, elle observait Shepard. Elle possédait un physique certainement attrayant selon les normes Humaines.

"Vous allez bien Shepard ?" Demanda-t-elle après une brève accalmie l'air de rien et d'un calme très déconcertant.

De son côté, Shepard avait, par pur réflexe, directement levé son arme en direction de la meurtrière. Il était sur ses gardes quand il lui adressa la parole. "Vous pouvez m'expliquer pourquoi vous tuez gratuitement un homme, Miranda ?"

"Wilson était un traître. C'est lui qui a activé les robots de la base et c'est lui qui est coupable de la mort de tous les gens qui servaient avec honneur sur cette station. C'est également lui qui voulait attenter à votre vie Commandant Shepard, je n'ai fait que lui rendre la monnaie de sa pièce. Si je vous voulais du mal, je ne vous aurais certainement pas aidé à vous réveiller pour vous orienter vers Jacob." Se justifia-t-elle simplement et froidement.

"Hm. Soit. J'me disais bien qu'il cachait un truc, il n'était pas net." Répliqua le Spectre tout en baissant le canon son pistolet avant d'enchainer. "Avant de partir vous allez répondre à mes questions." Déclara-t-il avec aplomb tout en observant ses deux interlocuteurs.

"Shepard, nous serions plus en sécurité dans une nave-" Miranda qui avait commencé à s'exprimer se fit soudainement interrompre par l'homme à qui elle répondait.

"Nah', nah', nah'. Depuis que je suis revenu à moi je m'exécute bien sagement tel un parfait petit soldat sans même savoir qui vous êtes, où je suis, ce que vous me voulez et je ne comprends rien à ce qui m'arrive donc vous allez répondre à mes questions AVANT que je n'embarque avec qui que ce soit." Réclama-t-il fermement et avec vivacité.

"Shepard, si je vous dis pour qui on bosse, vous acceptez de monter dans la navette avec nous pour partir de cette station ?" Interrogea Jacob doucement et d'un air compréhensif.

"Ce s'rait un début." Répondit Shepard à moitié sèchement.

"On travaille pour Cerberus." Affirma Miranda sans honte avant que Jacob n'ait pu reprendre la parole.

La réponse eut l'effet d'un coup très violent dans le crâne du Commandant de l'Alliance. C'était comme une bombe extrêmement brutale, assourdissante et assommante qui venait de retentir férocement entre ses deux oreilles. Cerberus était cette organisation terroriste qui avait créé des monstres sans noms sur Néphéron, ce groupuscule terroriste de hors-la-loi que Shepard avait eu à combattre et à affronter par le passé dans une mission cauchemardesque qui avait failli coûter la vie à plus d'un membre de son équipe.

Cerberus n'était qu'une faction anti-Alliance, anti-extraterrestre, anti-Humaine et anti tout en fait. Ce n'était qu'une bande de fanatiques terroristes complètement tarés qui possédaient des objectifs aussi flous que néfastes pour tout être vivant dans la galaxie... Mais maintenant il apprenait que c'était apparemment ce même rassemblement terroriste qui semblait être à l'origine de sa survie miraculeuse ? Si Jacob ou Miranda lui avaient annoncé qu'ils travaillaient pour les Geth, l'effet aurait probablement été similaire. Ça devait une mauvaise blague, c'était forcément une farce de très mauvais goût, un mensonge pour le déstabiliser encore plus. Il le fallait, ce n'était pas possible que ce soit vrai, il ne voulait pas que ce soit vrai. Autant que le Spèctre souhaitait le nier, ses deux interlocuteurs semblaient de leur côté mortellement sérieux.

D'un mouvement brusque et crispé, Shepard releva abruptement son arme à feu pour venir braquer les deux personnes lui faisant face sereinement. "Cerberus ?! Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?!" S'écria-t-il d'un air horrifié et complètement désabusé.

"Nous savons que Cerberus n'a pas exactement une réputation de saint et nous sommes au courant de vos démenés passés avec nous Shepard, mais si nous vous souhaitions du mal nous n'aurions pas passés les deux dernières années à vous ramener à la vie." Expliqua patiemment et posément Miranda.

"2 ans ?!" S'exclama le Spectre avec désarroi. Décidemment c'était sa journée pour les découvertes accablantes.

"Oui, 2 ans. Vous avez été tué pendant votre opération de reconnaissance dans les systèmes Terminus et Cerberus a consacré la majorité de ses ressources pendant ces 2 dernières années pour vous ramener à la vie Shepard." Expliqua sans émotion et placidement la jeune femme.

"J'ai été tué ?" Répéta doucement Shepard encore plus en proie à l'égarement le plus complet.

"Vous n'étiez que des morceaux de chair et de sang accroché à des tubes de métal à votre arrivée ici Shepard, ce n'était pas beau à voir sincèrement... Mais le Projet Lazare vous a miraculeusement ramené d'entre les morts. Vous devriez être reconnaissant de la chance que Cerberus vous accorde Commandant." Ajouta respectueusement Jacob.

"Le... Projet Lazare ? Sur qui d'autres a porté cette expérimentation ?" Demanda doucement le soldat réanimé tandis qu'il baissait lentement son arme en raison des difficiles révélations dont il était témoin.

Il était clairement sous le choc de ce qu'on lui annonçait. Depuis son réveil, tout se précipitait brutalement dans son esprit désemparé mais alors ça, ça c'était pour le moins inattendu. Tout avait donc bien été réel, ce n'était pas une hallucination ou une sorte de très mauvais rêve mais bien la stricte et pure réalité. La destruction de son Normandy, le sauvetage de Joker, son asphyxie, son sacrifice. Tout avait bel et bien été véritable. Ce qu'il venait d'apprendre avait l'effet d'une puissante explosion fracassante dans son esprit, il était mort il y'a deux ans mais avait finalement été ramené à la vie par... Cerberus ? Était-ce seulement possible ? Qu'était-il à présent ? Une sorte de... Mort-vivant ou pire encore ?

"J'étais la responsable du Projet Lazare et j'ai veillé à votre réanimation Shepard. Le Projet ne comportait aucun autre patient que vous, vous étiez l'unique raison de la création de celui-ci. L'Homme Trouble voulait le retour du vrai Shepard aussi authentique que possible, donc n'ayez crainte vous n'êtes pas un clone ou quoi que ce soit du genre. Vous êtes vous, simplement avec quelques améliorations en plus. Pouvons-nous y aller maintenant ? Nous répondrons à vos questions dans la navette."

Quelques secondes passèrent avant que l'homme n'arrive à articuler à nouveau. Sa déconvenue certaine était visible rien qu'à son expression faciale tandis qu'il réalisait petit à petit de ce qu'impliquait les révélations troublantes qu'il venait d'apprendre.

"Est-ce que les membres de mon équipage ont survécu ? Et pourquoi m'avoir ramené ? Que me voulez-vous ?" Interrogea Shepard tandis que ses deux compagnons étaient sur le départ.

"Une grande majorité de l'équipage du Normandy s'en est tiré indemne et toute l'équipe non-Humaine a survécu, oui. Concernant les raisons du Projet Lazare, vous devriez en discuter directement avec notre patron. L'Homme Trouble. Maintenant venez, allons-nous-en de cette station." Dit Miranda avant de se remettre en marche en direction d'une des navettes de transport de Cerberus.


"Commandant, avant de parler avec l'Homme Trouble je dois effectuer une batterie de test. Votre forme physique semble s'être plus ou moins bien conservée et vos compétences au combat ne vous ont visiblement pas totalement quitté, néanmoins, je dois m'assurer de votre acuité mentale. Quels sont vos derniers souvenirs ?" Demanda Miranda tandis qu'elle tapotait sur un petit datapad.

"Je... Je me souviens de... De la destruction du Normandy, de ma mort... Et de tout ce qui précède cet évènement. Le reste... C'est flou. À dire vrai j'ai l'impression de m'être réveillé d'un long sommeil. Tout ce qui s'est passé entre ma.. Mort et maintenant... Je n'en ai pas le moindre souvenir."

"Un long sommeil de 2 ans et 17 jours pour être exact. Au niveau physique, une quelconque douleur ? Perte de sensation ? N'importe quoi ?" Demanda d'un air professionnel et sans émotion la jeune femme.

"À part que ma tête est en feu, que j'arrive très difficilement à avaler ces nouvelles informations et que mon genou droit me fait un mal de chien quand je m'appuis dessus... Non." Répondit-il d'un air absent et distrait.

"Hm. Je vois. Lorsque vous êtes... Décédé, vous vous êtes heurté à un sacré nombre de débris. En se faisant, vous vous êtes fracturé, broyé et disloqué presque tous les os de votre corps. Vous avez également été victime de plusieurs hémorragies internes sans parler de votre asphyxie et exposition au vide spatial prolongée qui a également causé de lourds dommages à vos muscles et votre corps en général. Nous avons été capable de régénérer à la base de vos tissus cellulaire les parties du corps manquantes ainsi que les os détruits, malheureusement, je n'ai pas eu le temps de finir entièrement les soins pour votre genou ni même de finir de soigner les cicatrices sur votre visage et votre corps. Il vous faudra du repos, du temps et des entrainements médicaux réguliers pour vous en remettre totalement, jusque l'heure je ne pourrais que vous donner des antidouleurs pour atténuer votre peine."

"Mes parties du corps... Manquantes ?" Demanda Shepard d'un air encore plus décomposé. Chaque nouvelle chose qu'il apprenait était de plus en plus choquante, accablante et déconcertante.

"J'vous ai dit que vous étiez en sale état en arrivant Shepard.." Glissa furtivement Jacob qui observait le vide spatial au travers du hublot de la petite navette de transport.

"En tout cas, si vous dîtes vous souvenir de votre passé et que vos douleurs se limitent à votre genou c'est que tout est relativement bon à priori. Le Projet Lazare est une réussite, vous pourrez vous entretenir avec l'Homme Trouble." Déclara-t-elle non sans un sourire satisfait en coin de visage.


"Commandant Shepard, le Fer de Lance de l'Humanité ! La légende Humaine en chair et en os, le disparu ramené des entrailles de la mort ! Quelle joie de vous voir sur pied, comment vous sentez-vous ?" S'écria l'apparence holographique qui lui faisait face.

Après son arrivée, Shepard s'était fait embarquer dans une sorte de grande salle de communication tandis qu'une apparence orangée holographique se tenait face à lui, elle semblait avoir attendu son entrée. L'échange qui s'en suivit n'était pas sans lui rappeler ses débriefings avec le Conseil de la Citadelle durant sa poursuite de Saren il y'a maintenant 2 ans.

L'homme qui se tenait face à lui était un Humain, la quarantaine passée avec un air décontracté et assuré. Il était assis confortablement dans une sorte de chaise sophistiquée, une cigarette dans une main, un verre de whisky dans l'autre. Ses yeux bleu perçants et cybernétiques ressortaient clairement de son visage rasé et soigné. Sans même qu'il n'ait besoin de le dire et rien qu'avec son apparence très propre, sa dégaine et posture, ses vêtements habillés, son air supérieur, ses mimiques, tout laissait supposer à Shepard que c'était non seulement le chef de cette organisation nommée 'Cerberus' mais qu'en plus il semblait être hautement fortuné et imbu de sa personne.

Tout en croisant les bras, le Spectre miraculeusement ramené à la vie s'exprima sur la défensive et sur ses gardes. "Vous allez devoir gagner le droit de me poser ce genre de question 'Homme Trouble'. Vous m'avez peut-être ramené à la vie mais je ne vous fais pas confiance pour autant."

"Ha ! Ça c'est l'homme que je veux voir ! Un Shepard assuré avec de la prestance qui sûr de lui et de son instinct ! Le vrai Commandant Shepard, le Leader borné qui n'a pas peur de dire tout haut et tout fort ce qu'il pense, celui qui a envoyé chier les Conseillers de la Citadelle à plus d'une reprise ! J'aime, j'aime beaucoup ! Miranda a fait un excellent travail !" S'extasia-t-il tout en sirotant son verre de whisky avant de reprendre un air plus sérieux et plus autoritaire. "Par contre, Cerberus n'est pas le monstre que vous semblez croire Shepard. Nous vous avons ramené à la vie, preuve de notre bienveillance et par-dessus tout nous œuvrons pour le bien de l'Humanité, soyez-en assuré Commandant."

"Ce n'est pas par ce que vous m'avez ramené à la vie que je vous dois une quelconque confiance. Je ne sais même pas comment vous avez fait ça ni même ce que vous avez utilisé pour arriver à vos fins et je ne suis pas certains de vouloir le savoir d'ailleurs... Ma reconnaissance sera tout ce à quoi vous aurez le droit pour l'instant. Qu'est-ce que vous me voulez ?" Abrégea sèchement l'homme ressuscité.

"Il y'a 2 ans vous avez stoppé Saren et les Reapers, Shepard. Vous avez tenu tête aux plus grands ennemis que la galaxie ait connu et vous avez été le seul à défendre l'Humanité dans ses moments les plus critiques. Vous avez été le pilier qui s'est tenu sur le chemin des envahisseurs quand personne d'autre n'était disposé à le faire, vous avez mis votre vie en jeu pour nous tous et avez finalement sauvé l'Humanité et la galaxie toute entière. Vous nous avez ainsi épargné le sombre destin qui nous guettait tous si Saren serait parvenu à ses fins, je vous en suis très reconnaissant, merci." Déclara-t-il avant de faire une brève pause pendant laquelle il inspira et expira une bouffée d'air de sa cigarette.

L'homme Trouble vint par la suite continuer son récit l'air plus sombre. "Malheureusement, avec votre disparition soudaine... Tout ce que vous aviez entrepris à l'époque, tout ce pourquoi vous aviez risqué votre vie et celles de vos compagnons, tout ce pourquoi vous vous étiez battu si férocement, si ardemment, absolument tout est tombé dans les oubliettes et a été très rapidement inculqué aux Geth. Le danger que représentait Sovereign et les siens, la guerre qui a été démarrée il y'a 2 ans, tout a été totalement enterré et oublié promptement comme si de rien n'était, comme si rien ne s'était produit, comme si la Bataille de la Citadelle n'avait même pas eu lieu." Expliqua-t-il avec un ton profondément marqué par le dégoût.

"Les Reapers sont de retour ?" Demanda Shepard avec une ombre certaine d'inquiétude et de pression dans la voix.

"Pas encore, mais la guerre a continué durant votre petit sommeil et nous avons besoin plus que jamais d'un vrai Leader pour nous mener dans ces heures sombres, nous avons besoin de vous Shepard. Des centaines de milliers d'Humains se font kidnapper dans des colonies isolées mais l'Alliance Interstellaire préfère attribuer ces enlèvements aux pirates et esclavagistes. Les dirigeants de l'Alliance nient l'évidence et ne peuvent pas intervenir à cause de la charge écrasante que vous leur avez assigné en sauvant la Citadelle et en leur donnant un siège au Conseil. Je n'ai encore aucune preuve mais je mettrais ma main à couper que ce sont les Reapers qui sont coupables de ces exactions, je pense même qu'une sorte de nouveau Saren est en action actuellement quelque part dans la galaxie. La dernière colonie en date à avoir été victime de ces méfaits est une petite colonie Humaine dans les systèmes Terminus nommée 'Freedom's Progress', rendez-vous là-bas et enquêtez Commandant."

"À peine que je fais votre connaissance et vous me donnez déjà des ordres, hm ?" Interrogea sarcastiquement le Spectre avec une pointe de désapprobation tandis qu'il arquait un sourcil de méfiance.

"Vous avez débuté une guerre il y'a deux ans Shepard, il vous incombe de la continuer pour le bien de la galaxie. Allez là-bas, menez votre enquête et revenez me voir pour me faire un rapport de la situation. Si jamais vous n'y trouvez rien d'intéressant... Alors vous pourrez repartir de votre côté, nous sommes actuellement associés. Je ne vous retiens pas en otage, sachez-le Commandant." Argumenta-t-il avant de couper la communication.

Cet Homme Trouble était un personnage bien original et travailler avec Cerberus était tout sauf plaisant mais le Spectre ne pouvait pas se détourner de son devoir. Si les Reapers étaient de retour, il se devait d'agir et de réagir, il était impossible pour lui de rester sagement les bras croisés en attendant leur arrivé. Tout en se retournant, il fut interpelé par une voix qui lui était bien familière maintenant.

"Salut Commandant !" S'exclama l'inconnu avec un large sourire dans la voix.

"Joker ?!" S'écria Shepard.

Les deux hommes se rapprochèrent l'un l'autre avant de se faire une rapide accolade amicale. C'était bien le même Joker qu'il avait quitté il y'a deux ans, ce même bon vieux gars grincheux et cynique mais qui a un bon fond au final. Il était toujours accompagné de sa barbe bien rasée mythique ainsi que de sa fidèle casquette.

"Ça me fait rudement plaisir de vous revoir sur pied Commandant !" S'enjoua le pilote tandis qu'un grand sourire s'était formé sur son visage.

"Et moi donc ! Ça fait du bien d'enfin voir un visage familier. Je ne m'y attendais pas, pas ici du moins... Enfin.. J'veux dire Cerberus, bordel. Qu'est-ce que vous faîtes là Joker ?" Demanda-t-il chaleureusement.

Shepard était clairement enchanté de revoir son vieil ami et pilote. C'était la première véritable bonne nouvelle depuis son réveil d'entre les morts, la première fois qu'il ressentait autre chose que du dégoût, de l'incompréhension ou quoi que ce soit de néfaste, non cette fois-là pour une fois il était simplement heureux de revoir son ami Joker.

"Quand vous avez disparu ces connards de l'Alliance m'ont mis à pied et notre équipe, le Normandy... Tout s'est disloquée en même temps que le vaisseau. Chacun est parti de son côté et moi.. J'suis resté là comme un con privé de la seule chose qui me donnait envie de vivre. Du coup quand Cerberus m'a approché et m'a parlé de vous, j'ai accepté la proposition qu'ils m'ont faite. Je sais ce qu'ils ont commis par le passé et je ne leur fais pas du tout confiance mais puisque vous alliez être de la partie.. J'me suis dit que vous auriez besoin de votre pilote favori pour vous mener à nouveau dans le pire merdier possible et imaginable. Le tout avec classe." Plaisanta-t-il avec un sourire en coin de lèvre.

"Vous m'en voyez absolument ravi Joker ! Ça me fait vraiment plaisir de vous voir." S'exclama Shepard tout en hochant la tête.

Après un bref silence le pilote reprit la parole l'air plus sérieux et plus honteux. "Commandant... Shepard. Je... je voulais m'excuser pour.. Hum.. Pour-"

"Inutile Joker. Ce n'était pas de votre faute, ce n'était pas de ma faute et ce n'était de la faute de personne. À part celle de ce vaisseau évidemment... Faîtes-moi plaisir s'il vous plaît et ne vous blâmez pas pour ça l'ami." Assura avec conviction l'homme ressuscité.

"Okay okay.. Si vous le dîtes. Hey, ils vous ont mis au courant ?"

"Au courant de ?" Demanda le Spectre intrigué.

"Oh bordel de putain de merde ! Venez avec moi, vite !" S'enjoua avec grand enthousiasme le pilote.

Après une courte navigation dans les couloirs de l'installation, les deux s'arrêtèrent devant une énorme baie vitrée donnant sur un grand hangar. D'un geste sur son omni-tool, Joker mit en route les lumières de la salle leur faisant face. Subitement, un énorme vaisseau apparut sous leurs yeux ébahis. Il gisait là paisiblement et était similaire en tout point à l'ancien Normandy, il était purement et absolument magnifique. C'était une réplique extérieure casi parfaite et presque identique de l'ancien véritable vaisseau si ce n'est qu'il devait maintenant faire facilement deux fois la masse du vrai Normandy.

"Hey, vous en pensez quoi Commandant ? Non seulement ils vous ramènent à la vie et en plus ils ramènent à la vie mon bébé ! C'est noël avant l'heure !" S'écria avec une joie peu contenue le pilote.

"C'est... Wow. C'est pour nous ?" Marmonna difficilement Shepard qui était bouche bée.

"Évidemment ! Bon, il leur reste encore deux trois tests à faire du coup votre prochain déploiement sur... Freedom's Progress j'ai cru comprendre ? Se fera en navette de transport toute simple mais à votre retour il sera paré et prêt au décollage m'a-t-on assuré ! Je n'ai pas encore visité l'intérieur mais les ingénieurs qui bossent dessus m'ont dit que c'était incroyable et vu la taille du bordel j'veux bien les croire ! Il ne reste plus qu'à lui donner un nom, vous ne pensez pas ?"

"Le Normandy SR2 dans ce cas."

"Ha ! C'est c'que je voulais entendre Commandant ! Putain, c'est la première fois depuis 2 ans de merde que j'suis vraiment content. Ça fait du bien d'vous avoir de retour Shepard." Annonça Joker totalement épanoui.

"Tout pareil Joker, tout pareil."

Les deux compagnons restèrent ainsi pendant de longues minutes à admirer et observer leur futur nouvel habitat. Shepard était revenu parmi les vivants, le Normandy était de retour parmi les vivants.

Le Normandy SR2 : Leur nouvelle maison, leur nouvelle histoire, tout était enfin de retour. Il ne restait plus qu'à changer le dénouement par rapport à l'ancienne aventure et à réitérer la même opération qu'il y'a deux ans : Renvoyer ces satanés machines au fond de l'abîme spatial et cette fois-ci une bonne fois pour toute.