Il se faisait tard sur le Normandy et tandis que la plupart des membres de l'équipage se reposaient dans les quartiers communs ou bien occupaient les différents modules de sommeil du vaisseau. Cela faisait maintenant 4 heures que Shepard semblait enfin avoir réussi à trouver le repos dans sa cabine personnelle luxueuse. L'ambiance était douce, calme, reposante et apaisante, les lumières de la pièce étaient réduites au minimum et seul l'éclairage bleuâtre de l'eau claire dans l'Aquarium dépourvu de vie se reflétait dans la pénombre ambiante. En temps normal ça aurait été un cadre idéal pour un agréable repos bien mérité et revigorant, malheureusement, les vieux démons du Spectre ne semblaient pas vraiment être de cet avis.

C'est à cause de ces mêmes démons que le Commandant ressuscité se réveilla brusquement en frayeur tout en haletant désespérément pour tenter d'inspirer l'oxygène présent dans sa chambre. Shepard venait à l'instant d'avoir son premier cauchemar depuis son retour parmi les vivants et dans lequel il se revoyait mourir à cause du manque d'oxygène dans le vide spatial autour du Normandy. Alors que le Spectre éprouvé et angoissé essayait tant bien que mal de se remettre de la soudaine montée d'adrénaline, une voix synthétique se fit subitement entendre entre les 4 murs de la cabine personnelle de ce dernier.

"Commandant Shepard ? Mes relevés indiquent une hausse anormale de votre rythme cardiaque. Souhaitez-vous que je demande à la Docteure Chakwas de venir ?" Interpella IDA avec un semblant d'inquiétude dans la voix, une chose plus qu'originale pour une Intelligence Artificielle.

"Nah'... Ça ira, merci IDA." Anhéla difficilement Shepard tout en se raclant la gorge alors qu'il scrutait vivement son environnement.

"Très bien, je vous déconnecte Commandant Shepard." Rétorqua poliment l'IA inquiète avant de disparaître à nouveau dans le silence.

Suite à cette brève discussion, Shepard passa une main tremblante sur son visage humidifié par la transpiration et la sueur avant de se mettre à grommeler quelque chose de parfaitement incompréhensible. Ce cauchemar extrêmement violent était probablement l'un des premiers d'une très longue série de sommeil tourmenté par l'expérience de mort par asphyxie. Après avoir passé de très longues minutes à observer silencieusement le vide bleuté de l'Aquarium sans vie, Shepard sera finalement parvenu à calmer partiellement ses nerfs en alerte et son esprit agité. Il se sera ensuite décidé à quitter l'étreinte réconfortante et moelleuse de son lit spacieux pour se diriger vers l'armoire de sa cabine où gisaient ses différents vêtements et habits.

Une fois sa tenue règlementaire revêtit, le Commandant enfila pour la première fois l'un de ses nouveaux sweatshirt N7 par-dessus son haut réglementaire de Cerberus. C'était l'un de ces fameux sweats à capuche que la Médecin de bord lui avait gentiment offert la veille en guise de cadeau de bienvenue et de retrouvailles.

Au plus grand étonnement de Shepard, Chakwas avait en fait raison quand elle lui avait vanté les mérites soi-disant 'extraordinaires' de cet habillement. Le pull à capuche qu'il venait tout juste d'endosser était effectivement étonnamment agréable à porter en plus d'être assez réchauffant et d'une extrême douceur au toucher. Il n'en fallait pas bien plus pour convaincre l'homme d'adopter définitivement ce nouveau style comme habit quotidien à porter sur le Normandy.

Au diable les règlementations Cerberus s'il y'en avait à ce sujet, plus rien ne serait désormais en mesure de lui faire changer d'avis sur la question et puis de toute manière, le Normandy était maintenant SON vaisseau donc il comptait bien faire appliquer ses propres règles à bord, certainement pas celles de Cerberus. Si l'Homme Trouble voyait quelque chose à y redire, il aurait été nonchalamment invité à aller royalement se faire voir.

À présent vêtu de son nouveau style qui allait de toute évidence le faire se démarquer du reste des membres du Normandy, qui portaient basiquement tous l'exacte même tenue d'homme d'équipage blanche, noire et dorée aux couleurs de Cerberus, Shepard se dirigea vers l'ascenseur situé non loin de l'entrée de sa propre cabine personnelle. L'homme se disait que quitte à être en alerte à cause du réveil brutal tout récemment subi, autant qu'il en profite pour aller se préparer une tasse bien chaude de sa boisson préférée. Cet apport de caféine serait clairement un remontant plus que le bienvenu dans l'organisme perturbé du Spectre anxieux. Tant pis pour son sommeil et puis de toute manière, au vu de la violence époustouflante du cauchemar subit, il se savait parfaitement incapable de réussir à se rendormir de sitôt.

C'est avec ce même axe de pensée que Shepard se mit donc en route pour le réfectoire de la frégate après avoir atteint l'ascenseur du pont n°1, l'étage de sa propre cabine personnelle. S'il devait bien y avoir un endroit sur ce vaisseau où pouvait se trouver du café à préparer, ça ne pouvait logiquement qu'être au pont n°3 dans la cuisine du réfectoire du Normandy que l'objet tant convoité se situerait.


Alors que Shepard se tenait patiemment devant une petite cafetière pendant que du liquide noirâtre s'écoulait lentement au travers des filtres de cette dernière pour venir se déposer délicatement dans le réceptacle situé juste en dessous, il se fit interpeler par une voix basse et lourde qui fit doucement écho dans la grande salle jusque l'heure dépourvue de monde.

"Déjà debout à cette heure-ci Commandant ?" Questionna sympathiquement la voix du mystérieux inconnu dans son dos.

Non sans faire un franc sursaut de surprise, l'homme interrogé se détourna hâtivement de sa tâche pour faire face à son nouvel interlocuteur qui venait tout juste de lui flanquer une sacrée frayeur. Le coupable à l'origine de la réaction brusque du Spectre sur les nerfs n'était nul autre que Jacob Taylor, un biotique Humain très compétent et professionnel que Shepard avait déjà pu rencontrer par le passé et qui l'avait notamment aidé à rester en vie après son réveil inattendu et imprévu dans le complexe médical de Cerberus.

Jacob se tenait tout paisiblement avec les bras croisés contre sa poitrine tandis qu'il s'appuyait légèrement contre l'une des parois de la grande pièce et qu'il dévisageait l'homme en quête de café.

"Hey Jacob. Pardon, je ne vous avais pas entendu arriver. Pour répondre à votre question, j'ai dormi pendant ces deux dernières années... J'me suis dit que c'était assez." Répondit vaguement le Commandant N7 avant de se retourner vers son précieux breuvage à base de caféine toujours en préparation.

"Si j'peux me permettre, vous avez l'air d'être particulièrement à cran Commandant. Vous êtes persuadé que prendre du café à cette heure est vraiment une bonne idée ? Il est encore relativement tôt." Souligna-t-il d'un air concerné.

"J'ai actuellement besoin de ce café, oui. C'est peut-être le seul truc qui m'empêchera de devenir complètement dingue." Protesta Shepard tandis qu'il prenait en main la tasse bouillante avant de l'emmener délicatement jusqu'au niveau de ses lèvres.

Une fois le contenu finalement à portée de dégustation, Shepard commença délicatement à aspirer le doux liquide contenu à l'intérieur de la tasse. Cette boisson était une véritable bénédiction pour lui, un plaisir indescriptible pour ses papilles, c'était un peu comme retrouver le goût après des années de fadeur et de platitude ennuyante. Shepard avait sincèrement l'impression que cela faisait des années entières qu'il n'avait pas pu expérimenter le goût de sa boisson favorite, le café. Techniquement, il n'avait pas foncièrement tort sur ce ressenti même s'il ne s'en rendait pas encore totalement compte.

Il était d'ailleurs important de souligner et préciser que la tasse que le Spectre utilisait était l'exact même modèle de tasse N7 dont il se servait sur l'ancien Normandy. Shepard avait, par pur réflexe et sans même s'en rendre compte sur le moment, directement saisit cette dernière qui reposait tranquillement dans une petite armoire murale au milieu d'une dizaine d'autre tasses plus banales. Peut-être était-ce là un autre cadeau cette fois-ci plus discret de la part de Chakwas ? Peu importe, c'était dans tous les cas très réconfortant et agréable pour le Spectre de reprendre ses vieilles habitudes.

"Je comprends, Commandant." Accorda Jacob avant de reprendre la parole quelques secondes plus tard. "Excusez-moi, on n'a pas vraiment eu d'occasion de se présenter l'un à l'autre depuis votre embarquement à bord, j'étais pas mal occupé à vrai dire. Je tiens à vous dire que c'est un véritable honneur et un grand privilège de servir à vos côtés Commandant Shepard." Annonça très cordialement le militaire alors qu'il bombait le torse pour se redresser de manière plus formelle.

"J'apprécie merci, mais vous pouvez lâchez vos airs et votre formalité avec moi Jacob. Fort heureusement, je ne fais pas partie de ce genre d'officier." Clarifia le Spectre avec un léger sourire avant d'avaler une nouvelle gorgée de son café tandis qu'il s'appuyait délicatement contre l'un des comptoirs de la cuisine.

"Surprenant. Vous n'êtes pas du genre à suivre le protocole du coup ?"

"Avec les supérieurs de l'Alliance, évidemment que si. Vous savez, histoire d'apaiser leur égo personnel avec toutes les conneries de bonnes manières, bonne image de soi et 'blablabla'. Mais avec mon propre équipage... Nah', jamais. Ce sont des faux-semblants qui n'ont jamais été nécessaires à prendre avec moi du moment que vous arrivez à garder en tête qui commande." Rétorqua honnêtement Shepard tandis qu'il emmenait à nouveau sa tasse de café jusque ses lèvres.

"C'est bon à savoir, je n'ai jamais été trop fan des formalités non plus durant mon temps dans l'Alliance. C'était juste un tas de conneries inutiles destinées à arrondir les angles." Affirma l'ancien militaire de l'Alliance Interstellaire avant de poursuivre. "Nouveau look, au fait ?" Releva-t-il d'un air intrigué pendant qu'il observait le sweat N7 qu'arborait son interlocuteur avec un sourcil légèrement arqué.

"J'avais envie de me démarquer du reste de l'équipage et vu qu'on me l'a offert bien aimablement, autant faire d'une pierre deux coup en rentabilisant le cadeau et en réalisant mon plus grand rêve." Répondit sarcastiquement Shepard avant de glisser plus furtivement. "Et c'est très confortable en plus."

Jacob souffla un léger rire avant de répondre d'un air amusé. "J'pense que c'est surtout par ce que les tenues qu'ils nous ont fourni ont des logos de Cerberus, j'me trompe Commandant ?"

"Bien observé. Ceci dit, tout ce que j'ai dit est vrai ! C'est vraiment très agréable à porter. Si seulement j'avais su que l'Alliance offrait gratuitement ce genre de vêtement aux agents du programme N7... Ça ferait bien longtemps que j'aurais adopté le style." Certifia le soldat N7 tout en rigolant alors qu'il apportait une nouvelle fois la tasse qu'il tenait entre ses deux mains à ses lèvres pour y goûter le somptueux liquide noirâtre toujours aussi chaud.

"J'peux pas vraiment vous en vouloir sur le sujet Shepard, je comprends parfaitement vos craintes quant à Cerberus. Pour dire vrai, j'avais les mêmes, mais peu importe. Ça vous va bien de toute manière et ça reflète plutôt bien l'esprit 'soldat des forces spéciales de l'Alliance', 'Sauveur de la galaxie', 'Grand Commandant Shepard', etc.." Plaisanta le biotique de Cerberus.

"Vous êtes presque en train de me faire regretter ma décision Jacob, vous savez ?"

Non sans se pouffer de rire, le biotique s'exclama brièvement entre deux souffles. "Ha ! J'vous fais marcher Commandant, vous en faîtes pas !"

"D'ailleurs Jacob, parlez-moi un peu de vous. Vous faisiez partie de l'Alliance j'ai cru comprendre ?" Interrogea le Commandant désireux d'en apprendre plus sur l'homme lui faisant face.

"C'est bien ça ouais. J'ai servi pendant plusieurs années dans l'Alliance et j'ai assisté de très proche à la Bataille de la Citadelle dans le SSV Portland, un vaisseau de la flotte de L'amiral Kahoku. Franchement, cet affrontement n'était pas beau à voir Shepard, en fait je ne qualifierai même pas ça d'un véritable combat mais plus d'une boucherie meurtrière. Sovereign avait beau être seul contre tous, ça ne l'a clairement pas empêché de nous tenir fièrement en respect pendant qu'il nous taillait littéralement en pièce. Je pense vraiment pouvoir affirmer que sans l'intervention de votre mère... On aurait probablement tous clamsé face à ce monstre, tant bien la flotte de Kahoku que celle de Mikhaïlovich ou encore celle de Hackett. Ce n'était pas un combat à armes égales." Expliqua Jacob avant de faire une pause.

Il continua son récit quelques instants plus tard. "Mais bref, pas très longtemps après la Bataille de la Citadelle, j'ai été promu Corsaire de l'Alliance. On m'a donné un vaisseau avec un équipage et j'étais chargé de me balader aux quatre coins de la galaxie à la recherche de danger à régler. C'était un poste plutôt enviable et assez agréable à l'instar des Spectres du Conseil mais cette fois-là pour l'Humanité. Je disposais d'une relative liberté de mouvement et d'action, mais malgré ça fallait quand même que j'me tape trois tonnes de paperasse à remplir pour dégommer un seul vaisseau hostile. C'est quelque chose qui m'a assez rapidement gonflé, je n'avais pas vraiment la patience nécessaire pour remplir cinq documents différents afin justifier le pourquoi du comment je dois abattre un vaisseau pirate."

"Et c'est pour ça que vous êtes maintenant chez Cerberus ?"

"Nah', pas tout à fait. Ce n'est qu'une des très nombreuses raisons de pourquoi j'me suis cassé de l'Alliance. Avec la destruction du Conseil, je m'étais dit que les choses allaient enfin se mettre à bouger et à changer, que vous aviez remué assez de merde pour réveiller tous les politicards ignorants et stupides et que les gens allaient enfin se mettre à faire des choses utiles et concrètes mais finalement non. Pour être parfaitement honnête avec vous, tout a méchamment empiré à votre mort. Les pontes du Conseil nouvellement en place ont renié tout ce que vous aviez dit, tous vos avertissements, tout ce pourquoi vous vous étiez battu, tout ce pourquoi tant de gens ont péri ce jour-là à la Citadelle face à Sovereign, Saren et les Geth. Les grands noms avaient certes changé mais au final c'était resté la même bande d'idiots incapables de voir la réalité en face et ça n'a pas fait exception avec l'Alliance malheureusement. La plupart des officiels se sont jetés sur vous tels des rapaces affamés à votre disparition, ils ont d'abord commencé par remettre en doute toutes vos sommations et déclarations puis ils se sont mis à cracher et discréditer ouvertement tous ceux ayant le malheur de vous soutenir ou de se rallier à votre cause. Ça a clairement été la goutte de trop pour moi, j'en pouvais plus donc j'me suis barré." Expliqua calmement Jacob.

"Hm... Je vois et du coup vous vous retrouvez maintenant chez Cerberus, c'est ça ?"

"C'est ça ouais. Ils ont beau avoir une sale réputation, mais au moins avec eux on sait que le travail est fait correctement. Chez Cerberus quand une colonie vient à disparaître soudainement et sans raison, on envoie directement une équipe pour enquêter sur les lieux contrairement à l'Alliance qui vous charge simplement d'écrire un rapport sur ce qui s'est potentiellement passé."

"Et bosser pour Cerberus ne vous gêne pas ? C'que je veux dire c'est que vous m'avez l'air d'être une personne relativement intègre, Jacob. Les gens de votre genre ne bossent pas pour ce type d'organisation, généralement." Affirma Shepard.

"Comme je vous en ai parlé sur Freedom's Progress, Cerberus est une organisation qui a des passifs à la limite du terrorisme, ouais c'est vrai, mais depuis mon arrivée je n'ai pas à me plaindre sur l'honnêteté des assignations qui m'ont été confiées. Je pense sincèrement que l'Homme Trouble essaie d'œuvrer pour le bien de l'Humanité sans pour autant nuire aux autres races. Pour l'instant du moins. Je n'ai aucune confiance en ce type." Certifia ardemment et honnêtement le biotique.

"Vous êtes honnête Jacob, c'est une bonne qualité. Je partage votre retenue concernant cet 'Homme Trouble'." Commenta Shepard.

"Je ne m'en suis jamais caché et lui-même sait que je ne lui fais pas confiance même s'il ne me l'a jamais avoué en face, mais j'me fiche éperdument de ce qu'il pense de moi pour être tout à fait franc avec vous. Je me suis engagé chez Cerberus par ce qu'on a un but salutaire et qu'on œuvre dans le respect des règles, tant que ça continuera de filer droit, je continuerai à tailler mon bout de chemin avec eux. Ce sont les simples conditions de ma loyauté." Affirma clairement l'ex-soldat de l'Alliance.

"C'est très louable de votre part. J'ai cru comprendre que Donnelly et Daniels étaient dans un cas relativement similaire au votre quand je suis passé les voir hier ?"

"Il me semble que c'est justement pour les mêmes raisons que les miennes qu'ils sont aussi partis l'Alliance, ouais. Ils servaient également à bord du SSV Portland le jour de la Bataille de la Citadelle, je ne les connaissais pas bien mais ils étaient d'excellent ingénieurs. Même quelqu'un comme moi qui n'y connait rien là-dedans pouvait s'en rendre compte assez aisément. D'ailleurs en parlant de ça, Donnelly vous défendait très férocement face à la hiérarchie qui s'acharnait continuellement sur vous. Je suis plutôt surpris qu'il n'ait pas terminé en cour martiale, il allait parfois jusqu'insulter les supérieurs avant que je ne sois assigné à mon nouveau poste de Corsaire. M'enfin, je suis ravi que l'Homme Trouble les ai ralliés à notre cause, ce sont des bons gars en plus d'être efficaces et acharnés dans leur travail."

"Avec ce que vous me racontez depuis tout à l'heure j'ai l'impression d'avoir pas mal de chose à rattraper concernant la période entre la destruction du Normandy et mon réveil." Commenta furtivement Shepard tout en se glissant une main dans son cou.

"Ah ça.. J'vous l'fais pas dire Commandant. Sans vouloir paraître pessimiste ou rabat-joie, mais je doute sincèrement que l'Alliance vous accueille à bras ouvert surtout maintenant que vous bossez avec Cerberus. D'ailleurs, vous n'êtes surement pas encore au courant mais c'est Anderson qui a été choisi pour siéger au Conseil en tant que représentant de l'Humanité."

"Anderson ? Le même Amiral Anderson que je connais et qui détestait les politiciens et jeux politiques ?" Répéta le Spectre stupéfait par la révélation.

Jacob souffla à nouveau un début de rire avant de répondre. "Je sais, je sais. Ça fait étrange à entendre mais ouais, c'est bel et bien ce même David Anderson qui siège maintenant au Conseil de la Citadelle. L'Alliance a surement dû penser que c'était le candidat idéal, il était l'un des officiers les plus connus de l'Humanité et qui en plus n'a pas pour vocation d'être un politicien. Comme on dit, les meilleurs leaders sont ceux qui ne veulent pas l'être, hein." Révéla Jacob tout en haussant les épaules.

"Comme vous l'dîtes." Rétorqua faiblement Shepard d'un air à moitié absent et perdu dans ses pensées pendant qu'il sirotait en même temps les dernières gouttes de son café.

Après qu'un long silence se soit installé dans l'atmosphère du réfectoire, Jacob reprit la parole. "Merci pour la causette Shepard, c'était agréable et je dois avouer que vous êtes relativement différent de ce que je m'étais imaginé de vous."

Shepard releva le visage d'un air franchement intéressé. "C'est la deuxième fois qu'on me dit ça, j'ai quoi... Une réputation de monstre strict et à fond sur le règlement ou bien un truc du genre ?" Demanda-t-il avec dérision et amusement.

"Disons simplement que votre disparition a laissé le loisir à de nombreuses personnes d'imaginer la personne que vous étiez derrière le grand nom que vous portez. Vous savez qu'ils ont sorti des bouquins sur l'extranet concernant votre parcours, votre personnalité, biographie complète et ce genre de conneries pour le marketing ? Ça s'est vendu comme des petits pains ces trucs-là. Vous avez un sacré capital sympathie auprès de la plupart des gens dans la galaxie et vous êtes un peu devenu une icône ainsi qu'une mascotte pour l'Alliance quand bien même ils vous méprisent complètement de l'autre côté."

"Sérieusement ?" Demanda malaisément le Spectre dépité et désenchanté.

"Ça arrange sacrément bien ces ordures de l'Alliance, vous avez fait tout le sale boulot à leur place. Vous leur avez taillé une toute nouvelle réputation, leur avez offert un siège au Conseil, avez redoré le blason de l'Humanité puis 'Le Premier Spectre Humain qui sauve la Citadelle avec l'intervention héroïque des flottes de l'Alliance dans l'espace' ça sonne plutôt bien comme titre de poster, vous ne pensez pas ?" Demanda Jacob d'un ton légèrement taquin.

"Bon sang... Arrêtez ça Jacob. Par pitié, ne commencez pas à faire comme Joker." Supplia amicalement le soldat célèbre tandis que sa main gauche venait se planter contre son visage d'un air totalement blasé par cette nouvelle découverte.

"Ha ! Ainsi donc tout ce que m'a raconté Joker est réel ! Bon à savoir !" S'exclama le soldat de Cerberus amusé.

"Comment ça 'tout ce que m'a raconté Joker' ? Qu'est-ce que ce petit merdeux a encore raconté à mon sujet ?" Plaisanta le Spectre d'un air faussement contrarié.

"Vaut mieux pas que vous l'appreniez Shepard !" Rigola Jacob avant de reprendre la parole d'un ton plus sérieux. "J'vais vous laisser Commandant, j'ai encore deux, trois trucs à ajuster sur mon arme pour notre intervention sur Oméga. Merci pour la discussion, c'était sympa." Le remercia-t-il cordialement avant de se crisper en un salut militaire, puis il tourna les talons pour repartir à ses occupations.

Ce Jacob était actuellement le troisième employé de Cerberus, après Kenneth et Gabby, qui renvoyait une sincère bonne impression au Commandant de bord du vaisseau spatial.


"C'est donc à ça que ressemble Oméga ?" Demanda Shepard en direction de personne en particulier.

Le Normandy venait récemment d'atterrir à quai lorsque Shepard et ses deux équipiers, Jacob et Miranda, posèrent les pieds pour la première fois sur Oméga. Cet endroit était vraiment miteux, complètement pourri et en état de délabrement absolu. Rien qu'en observant les alentours, on pouvait facilement distinguer qu'au moins une lumière sur deux disjonctait, tout ce qui les entouraient respirait la précarité technologique et l'usure des filtres à air était clairement perceptible. Le tout combiné donnait une ambiance atmosphérique extrêmement acre, amère et désagréable à respirer. De toute évidence, il ne faisait pas bon de vivre sur ce rocher abimé. Cette vieille station spatiale était également réputée comme étant la demeure des plus grandes organisations criminelles et une certaine 'Aria T'Loak' semblait diriger d'une poigne de fer tous ces contingents crapuleux de hors-la-loi.

"Miranda, vous êtes vraiment en tenue de combat actuellement ?" Interrogea placidement le Spectre Humain tout en observant la tenue légère portée par sa camarade.

C'était ce même uniforme que portait la femme la veille et plus généralement depuis que Shepard la connaissait en fait. Une tenue aux couleurs de Cerberus en somme toute légère et certainement adaptée à la vie quotidienne mais qui ne l'était clairement pas pour des situations d'affrontement et de combat réel. Autrement dit, c'était une tenue totalement inadaptée pour le genre d'opération que Shepard menait.

"C'est une tenue adaptée à ce que nous nous apprêtons à faire, Shepard. Elle me permet de conserver intégralement mon agilité ainsi que ma rapidité tout en ayant à disposition des holsters magnétiques pour y ranger mes armes." Répondit-t-elle sommairement et calmement.

"Et c'est aussi une tenue qui ne dispose d'absolument aucune plaque de protection et avec laquelle vous allez définitivement tomber comme une mouche au moindre tir bien placé qui aura le malheur de vous percuter, Miranda. Débrouillez-vous comme vous le souhaitez, mais à la prochaine opération je veux que vous soyez équipée d'une réelle armure de combat qui sera en capacité de vous protéger contre des tirs d'armes légères au minimum." Réclama résolument le Chef d'équipe Humain.

"Mais-"

"Non Miranda, pas de 'mais.' Ce n'est pas quelque chose de négociable et n'essayez pas d'argumenter avec moi là-dessus. On a beau avoir nos différents, vous faîtes maintenant partie intégrante de mon équipage et j'ai pour habitude de prendre très à cœur la sécurité de mes camarades, donc votre santé m'importe au même titre que celle de n'importe qui d'autre. À la prochaine mission vous porterez une véritable protection digne de ce nom ou vous ne m'accompagnerez pas, c'est aussi simple que ça. C'est compris ?" Abrégea fermement le Chef d'équipe qui se voulait malgré tout bienveillant envers sa camarade.

"Je... Tâcherais d'obtenir une protection plus décente pour la prochaine fois, Shepard." Répondit doucement Miranda qui s'avouait vaincue avant qu'un inconnu ne fasse soudainement irruption face au petit groupe d'Humains.

L'inconnu en question était un Butarien en tenue complète de combat. Shepard grimaça très discrètement en repensant à sa dernière rencontre avec des gens de cette espèce. En effet, la dernière fois que le Spectre avait été confronté à des Butariens, il s'était retrouvé face à un certain 'Balak' qui s'était alors révélé être à la tête d'un petit groupe de terroristes qui essayaient de détourner un astéroïde pour le faire s'écraser sur la colonie Humaine de Terra Nova. Malgré tout, Shepard ne pouvait pas laisser ses préjugés prendre le dessus, tous les membres de cette espèce n'étaient pas pourris, ou du moins il l'espérait. Il était aussi utile d'éviter de causer des soucis alors qu'il venait à peine d'arriver sur cette station de malfrats.

"Commandant Shepard ?" Demanda le Butarien d'une voix grave et rauque tandis qu'un tréfond de dédain et de mépris pouvait aisément être audible au travers du ton employé par ce dernier.

"En chair et en os."

"Bienvenue sur Oméga Shepard. Aria T'Loak vous attend dans l'AfterLife, la plus grande boîte de nuit d'Oméga. Elle veut savoir ce qui amène un Spectre mort sur sa station." Annonça objectivement l'envoyé de la baronne du crime.

"Hey, du calme. Je ne suis pas là pour causer le moindre souci, d'accord ? Je cherche just-" Le Spectre réanimé se fit abruptement couper la parole par son interlocuteur agacé.

"Je m'en contrefous totalement, Humain. Allez voir Aria un point c'est tout ou nous vous renvoyons dans le monde des morts." Avertit-il sèchement et froidement avant de repartir aussi vite qu'il était arrivé.

"Plutôt accueillant..." Murmura doucement Jacob avant qu'un autre nouvel individu ne vienne à nouveau interpeler le groupe de 3.

"Commandant Shepard ? Nom de bordel de cul c'était donc vrai. J'vais devenir salement riche haha ! C'est mon putain d'jour de chance !" S'exclama cette fois-ci un Humain, lui également vêtu d'une armure de combat intégrale.

"C'est effectivement moi, oui ?" Répondit le Spectre égaré et déconcerté par la réaction de l'inconnu.

"J'me présente, Zaeed Massani. Votre Homme Trouble m'a approché et m'a proposé un sacré contrat d'malade pour vous rejoindre dans votre quête impossible ou un truc du genre. Quand j'ai vu la somme hallucinante qui était à la clef d'ce contrat en plus des rumeurs qui couraient sur vous et votre mort, j'dois avouer que j'ai vraiment eu du mal à y croire. Mais vous voilà maintenant devant moi bel et bien en vie ! Bordel j'vais devenir carrément riche mon gars c'est absolument putain de génial !" S'extasia gaiement le quinquagénaire éborgné et visiblement habitué à la guerre au vu des nombreuses cicatrices parcourant son visage marqué par différentes blessures en tout genre.

"Ah bon ?" Interrogea discrètement Shepard tout en dirigeant son regard interrogateur et perturbé vers Miranda.

"Effectivement Shepard, je vous l'avais spécifié sur votre messagerie extranet avant qu'on arrive sur Oméga. Si seulement vous aviez pris le temps de consulter votre terminal et votre messagerie, vous auriez été au courant. Zaeed Massani est réputé comme étant l'un des chasseurs de prime les plus féroces et dévoués. Il nous sera utile pour notre mission." Annonça décemment Miranda pour répondre à la question indirecte de son Commandant désorienté.

"C'pas qu'une réputation, jolie cul !" Glissa le mercenaire d'un ton complètement désinvolte tandis qu'il reluquait allégrement et indiscrètement les formes généreuses de la jeune femme ayant clarifié la situation.

"Si vous souhaitez éviter de perdre l'usage de votre second œil, je vous recommande vivement de regarder mes yeux et non plus ma poitrine, Massani." Siffla agressivement la jeune biotique formelle et rigide de Cerberus.

"Ha ! Elle a du répondant en plus ! J'aime ! On devrait aller prendre un verre ensemble un d'ces quatre, tu penses pas ? Qu'est-ce que t'en dis ma mignonne ?"

"Hey ! Votre session de dragouille ce sera pour plus tard Zaeed." Interrompit soudainement Shepard tout en dévisageant longuement le vieux mercenaire avant de poursuivre son allocution. "Jacob ? Accompagnez-le jusqu'au Normandy et donnez-lui les codes d'accès. De notre côté on va aller parler à cette Aria pour voir ce qu'elle me veut. Je vous recontacte une fois qu'on a fini, compris ?" Exposa Shepard tandis que son regard mécontent était toujours posé sur leur apparente nouvelle recrue.

Avant que Jacob ne puisse formuler une quelconque réponse à son supérieur, Zaeed prit inopinément la parole en s'écriant grossièrement. "Rofl ! Bon sang, z'êtes même pas drôle Shepard ! Tout ça pour garder ce joli petit minois rien que pour vous, j'suis sûr ! Z'êtes vachement égoïste vous savez ? Faut partager un peu dans la vie, merde !" Accusa faussement le mercenaire tout en étant visiblement amusé par la situation.

"Vous m'en direz tant à bord Normandy, Zaeed." Lança Shepard par-dessus son épaule avant de se remettre en route avec Miranda.


Sur le chemin de l'aller, le Commandant reprit brièvement la parole tout en s'adressant à son accompagnatrice silencieuse depuis la séparation du groupe. "Ça ira avec lui Miranda ? Il a l'air... Assez particulier."

"Ça ira Shepard, merci. Zaeed Massani est haut en couleur mais c'est un des meilleurs dans son domaine. Ses compétences sont fort heureusement à la hauteur de sa grossièreté et de son manque d'éducation évident." Répondit sobrement la jeune biotique Humaine avant d'enchainer avec toujours autant de rigidité. "Puis ce que vous semblez avoir fait vos devoirs à moitié, je vais vous récapituler nos objectifs ici. Nous sommes présents non seulement pour Mordin Solus, le scientifique Galarien dont je vous avais parlé, mais également pour un certain Archangel. Un autre mercenaire plutôt réputé sur Oméga."

"J'espère que ce ne sera pas un Zaeed numéro deux." Commenta légèrement le Spectre avant qu'il n'observe le visage froid de sa comparse peu amusée par la tentative de plaisanterie. "Vous avez plus d'information sur ce 'Archangel' ?" Glissa-t-il rapidement comme pour se rattraper de sa bourde.

"Non, aucune. Même nos propres renseignements n'ont pas été capables d'apprendre sa véritable identité. Tout ce que nous savons c'est qu'il œuvre pour la justice et le bien sur cette station sans loi." Rétorqua austèrement Miranda.

Les deux compagnons continuèrent leur petit bout de chemin jusqu'à finalement arriver dans l'antre d'Aria. Une fois à l'intérieur du club de nuit, ils parvinrent facilement à rejoindre l'un des carrés VIP dans lequel ils avaient été conviés et qui avait été réservé à l'avance par Aria T'Loak. Ce fut seulement après toute une série de fouilles aussi dérisoires qu'inutiles que le Spectre fut enfin autorisé à rejoindre la Leader d'Oméga.

"Commandant Shepard ! Bienvenue sur Oméga !" S'exclama majestueusement l'Asari nommée d'Aria en direction de l'Humain entrant.

"Hey ?" Salua le Spectre un peu désemparé et dépassé par toute la mise en scène grotesque et démesurée servant à l'accueillir.

Cette Aria était une femme de race Asari à la peau violette relativement claire et elle possédait de nombreuses marques tatouées sur son visage. Sans même qu'elle n'ait besoin de prononcer un mot de plus, Shepard savait qu'il n'allait pas aimer cette femme. Cette dernière se donnait de toute évidence des grands airs, adoptait des mimiques ridicules ainsi que des manières surréalistes qui reflétaient très explicitement son estime excessive de sa propre personne, le tout en étant extrêmement arrogante et orgueilleuse. Cette Aria T'Loak se savait maitresse des lieux et ne le cachait pas, non, c'était tout le contraire même. Elle le placardait grandement et abusivement dans tout ce qu'elle faisait, ce qu'elle disait, le ton qu'elle employait, les mouvements qu'elle effectuait, elle transpirait abondement la prétention, l'hautaineté et la suffisance. Cette femme était manifestement extrêmement imbue de sa propre petite personne et semblait se penser nettement supérieure à tous ceux qui l'entourait. Du moins c'était ce que pouvait observer Shepard aux premiers abords. Cette baronne du crime allait devoir être gardée à l'œil, le militaire Humain avait un très mauvais pressentiment la concernant.

"Primo, la seule et unique règle qui existe sur Oméga et que vous devez connaître est la suivante : On ne fait pas chier Aria. C'est compris ? Petit deuxio, qu'est-ce que branle un Spectre déclaré mort sur ma station au juste ?" Demanda-t-elle rudement.

Tout en ignorant complètement le premier avertissement, Shepard répondit à la seconde question. "J'ai cru comprendre que vous êtes la dirigeante d'Oméga ? Je suis à la recherche de deux personnes, vous pourriez peut-être m'aider."

L'Asari poussa un large gloussement de rire ridicule avant de répondre hautainement. "Je ne dirige pas Oméga, Shepard. Je suis Oméga."

Shepard l'observa d'un air particulièrement ininteressé et indifférent avant de poursuivre. "Soit. Peut-être que 'Miss Oméga' pourrait m'aider dans ce cas ?"

"Vous avez du répondant et allez droit au but, j'aime ça Shepard ! D'ordinaire je ne divulgue pas gratuitement des informations, mais je suis prête à faire une exception pour vos jolis petits yeux, Spectre."

Non sans arquer un sourcil, Shepard reprit la parole tout en restant imperturbable. "Je suis à la recherche de deux individus. Un certain Mordin Solus, un scientifique Galarien bien connu sur Oméga." Exposa simplement l'homme.

"Ha Solus ! Ce vieux dégénéré de Galarien ! Aux dernières nouvelles il tenait une clinique médicale dans les bas quartiers d'Oméga mais je ne peux pas vous confirmer qu'il est toujours là-bas. Qui est le deuxième ?" Interrogea-t-elle d'un air intéressé.

"Vous 'êtes Oméga' mais vous ne savez pas où il est ?" Releva Shepard.

"Hey, j'suis pas une putain de baby-sitter. Comment je pourrais savoir où il est ? C'pas comme si je m'intéressais à lui." Répliqua crûment l'Asari visiblement agacée avant de reprendre d'un ton légèrement plus adouci. "Qui est le deuxième ?"

"Un certain Archangel. Un mercenaire réputé sur la station, si j'ai bien compris ce qu'on m'en a dit."

"Archangel ? Vous voulez aussi le buter ? Qu'est-ce que cet abruti a bien pu faire pour mettre en rogne un Spectre mort ?" Demanda la femme tout gloussant légèrement.

"Je ne cherche pas vraiment à le tuer. C'est plutôt l'inverse en fait." Déclara Shepard en arborant un aspect très sérieux.

Un léger silence s'empara de la cabine VIP tandis qu'Aria dévisageait intensément l'homme sans rien dire. Ce n'est qu'après une dizaine de seconde sans réponse qu'elle se mit subitement à éclater de rire, il lui aura fallu une autre dizaine de secondes pour reprendre de sa prestance. "Oh bordel, alors celle-ci elle est pas mal ! Vous êtes plutôt marrant au final, vous savez ? Aux dernières nouvelles, il était la cible jurée des Berserkers, l'un des trois groupes de mercenaires les plus influents de la station. Les Soleils Bleus et les gars d'Eclipse ont bien voulu le flinguer mais ils ont perdu leur Leader en essayant, donc ça les a refroidis assez rapidement. Ils auraient surement réussi à avoir d'meilleurs résultats si seulement c'te bande d'idiots bercés trop près du mur s'étaient concertés pour coopérer ensemble afin de l'abattre."

"Qu'est-ce que ce 'Archangel' a pu faire pour se vouer une telle haine de la part d'autant de mercenaires différents ?" Questionna le Spectre en quête de réponse.

"Cet idiot a débarqué il y'a quelques mois sur Oméga tout en se revendiquant être le nouveau bras de la justice. Depuis l'heure, il sabote toutes les opérations des différents groupes de mercenaires peu scrupuleux présents sur la station, il chasse ouvertement et à vue tout criminel notoire et pour finir par ce qu'il semble avoir bon cœur, il vient en aide à la veuve et l'orphelin et répare les injustices. En bref, il s'est ainsi mis à dos les trois organisations à qui il ne fallait pas faire chier. Si vous voulez mon avis, votre pote vit dans un monde de bisounours, on est sur Oméga ici, pas la Citadelle. Il semble avoir eu tout juste assez de jugeotte pour éviter d'outrepasser la seule règle que possède Oméga." Rétorqua cyniquement la femme.

"Vous savez qui il est, d'où il vient ?"

"Aucune idée. Des rumeurs affirment que ce serait un ancien agent du SSC de la Citadelle ou quelque chose dans le genre mais rien de vérifiable pour l'heure. Je possède des contacts qui seraient en mesure de vous le localiser si vous le souhaitez mais je vous conseille de faire vite. Les Berserkers le talonnent de plus en plus. À vrai dire je leur ai filé la même chose que ce que je vous propose actuellement contre une grasse somme de crédits pas plus tard que c'matin."

"Et à combien s'élève cette 'grasse somme de crédits' au juste ?" Demanda Shepard d'un air perplexe.

"Comme je vous l'ai dit tout à l'heure, je suis d'humeur généreuse. Je suis prête à vous aider, ce sera gratuit pour cette fois Shepard." Répondit-t-elle avec un sourire malicieux en coin de lèvre.

"Les gens de votre genre n'aident jamais gratuitement les autres. C'est quoi le piège Aria ?" Interrogea l'homme dubitatif quant à l'offre bien trop attractive.

"Voyons, vous me prenez pour quoi Shepard ? Un monstre ? Il n'y a aucun piège. Enfin presque. Mais ce n'est vraiment rien du tout ! Je vous fais juste cette faveur et en échange non seulement vous me divertissez et en plus vous me débarrassez de ces insectes qui se font appeler 'Les Berserkers' ! Leur Leader me tape sur les nerfs depuis bien trop longtemps et si cet Archangel ne s'en était pas mêlé, je les aurais déjà tous exterminé moi-même, mais que voulez-vous. J'aime le spectacle donc je le laisse faire pour l'instant." Expliqua la criminelle tandis qu'un sourire parcourait son visage.


"Magnez-vous doc' ! Ils ne vont plus tarder à se ramener !"

"Je sais, je sais ! Besoin de temps Archangel !"

"C'est justement du temps qui a failli tous nous achever dans cette maison, Docteur !" S'écria Archangel avant que son omni-tool ne se mette à biper frénétiquement. "Et merde... Mes radars de proximité s'activent, dépêchez-vous !" Aboya l'homme casqué et agité.

"Tous les Turiens sont toujours aussi désagréables que vous ?"

"Et est-ce que tous les Galariens sont aussi lent et insupportable que vous Docteur Solus ?" Répliqua le Turien sur les nerfs tandis qu'il observait énergiquement les alentours.

Alors que le docteur Galarien trifouillait une commande d'activation, il se mit à râler de mécontentement. "Pas pareil de mon temps au GSI... Me vouait du respect au moins là-bas ! Saleté de jeunesse !"

"Ouais ouais, c'était pareil pour moi au SSC. Maintenant moins de blablas et plus de travail ! Par les esprits, ouvrez-nous cette satanée de porte bon sang !"

"Ne suis pas pareil que votre ami Butarien, Archangel ! Fais ce que je peux... Ah ? Ha ! Fini !" S'écria le scientifique avant que la porte qui leur barrait la route ne s'entrouvre dans un puissant et désagréable grincement métallique.

"Celui qui a encaissé le tir à votre place s'appelait Pregan Krernabar, Doc'. Faîtes preuve d'un peu de respect. Allez ! Magnez-vous, on avance !" Ordonna durement le mercenaire Archangel tandis qu'il faisait signe à son collègue Galarien de le suivre au pas de course.

"Vous certain d'être capable de résister à tous les poursuivants pendant que je libère les otages ?"

"Je me démerderais comme je peux, Solus. Tout ce qui compte, c'est que vous sortiez votre assistant et les civils de là." Certifia courageusement et honnêtement le Turien. "Et mes gars au même passage s'ils sont encore en vie." Glissa-t-il également.

Après avoir déambulé discrètement pendant de longues minutes au travers de plusieurs quartiers d'habitation, la petite équipe de deux individus arrivèrent en bordure d'un large établissement recouvert de fer rouillé et dégradé.

"On y est Solus. Visez-moi cette fenêtre là-bas haut. Vous pensez être capable de pirater les commandes pour la faire s'ouvrir ?"

"Dans mes capacités oui. Deux minutes, Archangel." Assura le scientifique Galarien.

"Vous en avez une seule, Doc'." Rétorqua spontanément le Turien en alerte tandis que son fusil d'assaut s'agitait vélocement.

Après quelques débattements avec la console de piratage, le Docteur Solus parvint finalement à ouvrir la fenêtre fermée, chose qui laissa aux deux infiltrés la possibilité de s'introduire furtivement dans le centre de détention improvisé. Grâce à une progression prudente dans les locaux étrangement dénué de toute présence hostile, les deux équipiers furent capables d'atteindre les salles de rétention de l'installation.

"Occupez-vous de ces trois pièces-là et rassemblez-les ici. Je vais m'occuper des pièces suivantes, si mon équipe est encore là ce sera dans les dernières salles." Annonça simplement le Turien casqué et sur le qui-vive.

"Compris, gardons contact radio. Bonne chance pour vos camarades."

"Vu comment ils nous détestaient... J'ai plutôt besoin d'un putain d'gros miracle pour que mes gars soient encore en vie." Rétorqua-t-il placidement par-dessus son épaule tandis qu'il se dirigeait vers les pièces au fond du couloir.

Après avoir fouillé plusieurs salles complètement vides bien que presque toutes recouvertes de sang, le Turien arriva finalement à la destination espérée pour se rendre compte avec effroi et désillusion que ses pires craintes s'étaient malheureusement avérées être exactes. Deux Turiens, un Humain et un Galarien étaient tous morts et empilés les uns sur les autres tandis que les traces sur leur corps laissaient fortement à penser qu'ils avaient eu à endurer un violent et cruel interrogatoire avant de pouvoir rendre l'âme.

Archangel ne les connaissait pas depuis très longtemps, mais ces pauvres malheureux faisaient partie de son équipe. C'était son escouade, ses hommes, ses compagnons et par-dessous tout, ils étaient sous sa responsabilité. Ses équipiers provenaient tous d'horizons différents, s'étaient tous engagés dans cette cause insensée pour diverses raisons connues ou inconnues mais au final ça avait tous été des braves et courageux gars qui avaient décidé de s'opposer à la fatalité de cette maudite station. Tous ces valeureux hommes avaient œuvré pour le bien dans un endroit pourri jusqu'à la moelle par la corruption, le banditisme, le crime, l'inégalité et l'injustice. C'était franchement moche, ils ne méritaient vraiment pas de mourir ainsi.

"Bon sang... Fais chier !" Cracha-t-il en observant la scène d'horreur se profiler devant ses yeux avant de retourner rejoindre le Docteur Solus.

"Allez allez, plus vite !" Enjoignit le Galarien aux quelques trop rares civils qu'il avait pu libérer avant de se retourner vers son coéquipiers Turien qui arrivait. "Votre équipe ?" Demanda-t-il tout en connaissant pertinemment la funeste réponse.

En guise de réponse, Archangel secoua légèrement son visage casqué avant de reprendre mollement la parole. "Vous ?" Le Turien était de toute évidence lourdement secoué par la perte de ses anciens compagnons.

"Assistant Daniel mort. Regrettable. Je l'aimais bien. Un grand potentiel. Autres membres de ma clinique torturés, certains morts, d'autres traumatisés et blessés. Devons les sortir de là, immédiatement." Certifia l'ancien Docteur du GSI.

"En route alors, dépêchons-nous. Ils ne vont pas mettre longtemps à se rendre compte de notre intrusion." Commanda le chef d'équipe Turien.

Après s'être brillamment échappé de l'espèce de complexe pénitencier, le petit groupe d'évadés dirigés par le Docteur Galarien et le mercenaire Turien traversèrent plusieurs dizaines de quartiers résidentiel aux rues étroites et à l'atmosphère oppressante. Quelque chose dans le climat ambiant ne plaisait pas au militaire Turien. Cette mission de sauvetage se déroulait beaucoup trop bien jusque présent et le manque flagrant et absolu d'opposition hostile ne faisait que confirmer sa prémonition pessimiste et alarmiste. C'était ce même genre d'intuition qu'Archangel avait eu il y'a 2 ans et demi lors d'une mission dans un complexe abandonné sur une planète perdue aux confins de l'espace.

"Solus, j'ai un mauvais présentiment. Il faut qu'on quitte la rue, maintenant. Vous connaissez les souterrains de la station ?" Interrogea le Turien stressé et visiblement angoissé.

"Connais oui. Accès pas loin d'ici à 70 mètres dans un bâtiment en construction." Répliqua-t-il sommairement tandis qu'il cramponnait d'autant plus fermement son pistolet dans sa main droite.

"Parfait, on s'y dirige alo-" C'est à ce même instant que le Turien fut soudainement interrompu par la déflagration puissante et assourdissante d'une grenade à fragmentation qui venait de brutalement retentir en plein centre du petit groupe de civil secourus.

Archangel reprit connaissance quelques secondes plus tard. Il était affalé de tout son long au sol tandis que son casque était à moitié ruiné et que son armure était intégralement recouverte de sang rouge. Le crâne du Turien bourdonnait méchamment et ses tentatives de mouvements étaient toutes sans exception douloureuses, engourdies et pénibles. Avec le plus grand mal, il s'efforça de retirer son casque ruiné tout en grognant de douleur face au pic soudain de souffrance que son organisme encaissait.

Lorsque le casque détruit vint s'écraser lourdement contre sol, son porteur pu commencer à ressentir l'air chaud des filtres à air moisis qui parcourait les plaies douloureuses de son visage méchamment balafré. Toute la partie droite de son visage était recouverte de son propre sang bleu qui s'égouttait lentement le long de sa mandibule droite salement amochée.

"Archangel !" S'exclama furieusement la voix grave et rocailleuse d'un ennemi que le Turien ne commençait à connaître que trop bien.

Tandis que le mercenaire blessé tenta maladroitement de se précipiter vers son arme à feu qui gisait à quelques mètres de lui sur le sol, une imposante patte d'un Krogan, tout aussi excité que remonté, vint réduire en charpie le fusil en question. Lorsqu'Archangel releva son visage meurtri pour observer l'auteur de ce méfait, il ne pu qu'avoir la triste confirmation qu'il s'agissait bel et bien de son ennemi juré et Leader des Berserkers, un certain 'Forsan Garn'. C'était un Krogan féroce comme pas deux, vivace, agile et résistant, un adversaire extrêmement redoutable. De toute sa vie, Archangel n'avait connu qu'un autre Krogan aussi impressionnant et coriace que celui-là.

"T-t-t compte pas trop là-dessus connard de Turien." S'écria le Krogan avant d'empoigner son adversaire gisant au sol et de le remonter face à lui.

Archangel tenta vainement de se débattre pour échapper à la prise de son adversaire avant de se faire brutalement projeter contre une espèce de poubelle métallique qui explosa dans un lourd fracas de ferraille au moment de l'impact soudain. Une fois encore, le mercenaire Turien tenta difficilement de se redresser sur ses deux appuis avant d'être cette fois-là surpris par un couteau qui vint glisser rapidement sur le sol pour terminer sa course devant ses deux mains à trois doigts. Le mercenaire en difficulté releva son regard douloureux vers son opposant en même temps que ce dernier reprit la parole.

"Tu sais quoi ? On va se battre à l'amiable toi et moi. J'vais même te filer un couteau pour te donner une chance de résister pendant quelques secondes !" Déclara avec enthousiasme Forsan.

"Pourquoi tu fais ça ? Tu pourrais m'abattre immédiatement." Siffla sèchement le Turien en difficulté alors qu'il s'emparait hâtivement du couteau gracieusement offert par son rival.

"Par ce que j'aime le défi voyons ! Tu m'emmerdes depuis plusieurs mois, certes, mais avant de me débarrasser de toi je veux m'amuser et me divertir un peu ! Je veux te combattre, te donner un semblant d'espoir et puis voir ta désillusion dans tes yeux quand je t'arracherai enfin le cœur ! Ne te fais pas de fausses idées par contre, tu ne vas pas te battre pour toi l'ami. Toi, t'es mort dans tous les cas." Certifia sereinement le Krogan moqueur.

"Je combats pour quoi alors ? Juste pour te divertir ?" Interrogea le Turien désormais bien debout sur ses deux jambes alors qu'il s'essuyait douloureusement le sang qui recouvrait la partie droite de son visage.

"Hum, en partie ouais, mais pas que. Tu vas surtout combattre pour eux là-bas !" Révéla férocement le challenger tout en pointant d'un de ses trois doigts musclés les rares survivants de l'explosion toute récente.

Mordin Solus, deux Humains et un Butarien étaient vraisemblablement les seuls survivants de l'embuscade mortelle et étaient tenus en joue par une dizaine d'homme de main Vortchas portant les insignes des Berserkers et qui observaient silencieusement l'échange entre les deux Leaders. Même si le Turien arrivait à tenir en respect le Krogan pendant le duel à venir qui semblait clairement inévitable, le Docteur Solus n'avait probablement pas les compétences nécessaires pour réussir à se défaire d'autant de gardes à la fois. La situation se présentait franchement mal, il était même probablement bien plus correct de suggérer que la situation était complètement désespérée.

Après un court silence accordé au Turien pour lui permettre de saisir pleinement les enjeux de la rencontre, le Chef des Berserkers reprit la parole avec autant d'ardeur. "Les règles sont simples Archangel ! Ce sera un combat au corps à corps jusqu'à la mort et on est autorisé à utiliser tout ce qui nous entoure pour vaincre l'autre, à l'exception des armes à feu évidemment. Ce s'rait pas fun sinon. Dans l'éventualité improbable où tu arriverais à me battre à la loyale, je te donne ma parole -pour le peu qu'elle vaut- que mes hommes laisseront repartir sains et saufs tes quatre petits copains. Par contre, tu te feras exécuter par mes gars dans tous les cas. Compris Archangel ? Tu ne te bats pas pour ta survie mais pour la leur, ça devrait te pousser à encore plus te dépasser !" S'extasia le Krogan impatient avec un large sourire en coin de bouche.

"J'vais poser la question même si je pense déjà connaître la réponse. Et si tu gagnes ?" Questionna le Turien qui tentait par tous les moyens de grapiller du temps.

"Alors, non seulement je t'étripe moi-même ce qui va être carrément jouissif mais EN PLUS mes hommes exécuteront ces pauvres malheureux spectateurs. Leurs misérables existences reposent sur tes épaules, tu peux encore faire une dernière bonne action, Archangel ! Tâche d'honorer ton nom et ta réputation et divertis-moi une dernière fois !" Exigea le Krogan en rigolant grassement avant de se préparer à charger.

Après avoir analysé la situation, l'avoir retourné maintes et maintes fois dans son crâne et après avoir envisagé toutes les possibilités, Archangel ne voyait pas vraiment comment il pouvait se sortir de ce mauvais pas. Les chances n'étaient clairement pas en sa faveur, il était blessé et souffrait probablement d'un trauma crânien plus ou moins sévère. Déjà qu'en temps normal se battre au corps à corps contre un Krogan aurait été carrément suicidaire, mais affronter en duel solitaire le chef des Berserker tout en étant diminué dans ses capacités physiques... Le Turien lui-même n'aurait pas parié sur sa victoire mais ce n'était pas pour autant qu'il comptait se laisser faire aussi facilement et sans rien dire. Il avait encore la possibilité de tirer en vie les civils innocents qu'il avait sauvés ainsi que le docteur Solus, c'était une motivation bien assez suffisante pour permettre à son instinct de survie de compenser ses blessures. Pour l'instant du moins.

Tout en resserrant fermement sa poigne sur le petit couteau de combat qu'on lui avait offert, Archangel se prépara à esquiver la première charge de son imposant et terrifiant adversaire. Ainsi et certainement pas sans difficulté, le Turien fut capable d'échapper avec succès à la première attaque mortelle et destructrice de son assaillant. La même opération se répéta ainsi successivement à trois reprises et elles furent extraordinairement toutes autant comblées de succès les unes que les autres.

Le mercenaire Turien se savait condamné, tout ce qu'il pouvait entreprendre avait pour but de gagner du temps pour attendre l'ouverture parfaite dans la garde de son adversaire pour saisir l'occasion et attaquer. Cette première et probablement seule et unique attaque allait très probablement décider de la suite de l'affrontement. Il n'avait pas le droit d'échouer, il ne pouvait pas se permettre de mal jauger son premier assaut, si jamais il venait à se rater... La défaite correspondrait à condamner les civils innocents avec lui. Ce n'était pas quelque chose d'acceptable ou de tolérable pour le mercenaire au service de la justice.

Mais pour l'instant, même si ses mouvements étaient jusque l'heure relativement maladroits, déséquilibrés et parfois bien aléatoires et chanceux, le Turien semblait étonnement bien arriver à éviter une confrontation directe avec son adversaire. Surement était-ce par ce que son adversaire prenait tout son temps et qu'il le ménageait clairement dans ce début de duel.

En effet, Forsan Garn ne semblait pas du tout décidé à presser l'issue du combat, c'était plutôt tout l'inverse en fait. Il voulait savourer ce duel à mort, il voulait que le trépas du Turien qu'il détestait tant soit lent, douloureux et insupportable. Par-dessus tout, le Krogan voulait se délecter des émotions que ce dernier éprouverait au cours de l'affrontement. Il s'était déjà imaginé tout le schéma des différentes étapes par lesquelles le Turien allait passer.

Dans un premier temps, il y'aurait l'espoir de vaincre, de s'en sortir vivant, de pouvoir sauver les civils. Dans un second temps viendrait soudainement un difficile retour à la réalité, la prise de conscience de la simple vérité inévitable et inchangeable. Pour finir, la toute dernière étape arriverait avec la peur face à la mort, la réalisation que tout était perdu et qu'il avait échoué, qu'il s'était condamné lui mais également les civils. C'était sadique et cruel tel un bourreau malmenant et torturant sa victime dans le but de la faire craquer mentalement avant de la mener aux portes de la mort.

C'est après de longues et interminables minutes d'affrontement complètement stérile mais très clairement épuisant pour le Turien en difficulté, que ce dernier se fit soudainement surprendre au détour d'une esquive mal orchestré, trop lente et trop lourde. Au final sa stratégie pour gagner du temps aura fini par se retourner contre lui-même, ça n'aura pas été un manque de compétence, de vivacité ou de réaction qui aura scellé son destin mais bel et bien la fatigue accumulée au cours du combat et à cause de ses blessures fraiches.

La prise soudaine de son adversaire se resserra fermement autour de ses deux bras puis de sa taille entière, ne laissant ainsi au Turien piégé et désemparé aucune capacité de réaction quelle qu'elle soit. Tout en continuant sa charge effrénée, le Krogan enragé vint plaquer de toute ses forces son propre torse contre celui de sa victime, juste avant de finir inévitablement par s'écraser violemment contre un large mur de béton usé et abimé. La violence de l'impact entraina instantanément un méchant et horrible craquement osseux audible à plusieurs mètres à la ronde qui provenait du corps du Turien empoigné.

C'est au même instant qu'Archangel pu littéralement sentir une bonne partie de ses côtes se briser aussi sèchement et subitement. Tandis que le Turien en extrême mauvaise posture poussait un long râle de douleur au travers de ses dents et qui provenait du plus profonds de ses entrailles, une large fissure se dessinait sur les motifs du mur bétonné ayant encaissé la charge brutale. Le choc avait été si rude et violent que même le mur lui-même commençait doucement à se fendre. Le mercenaire en danger devait de toute évidence sa survie à son armure qui semblait avoir admirablement bien encaissé une bonne partie des dommages et dégâts octroyés.

"Alors qu'est-ce que t'en pense de ça Turien ?!" S'écria sauvagement le Krogan tout en poussant un cri amusé et profondément malsain.

Forsan Garn était absolument comblé par la situation, il était en extase et en transe totale, mais sans qu'il ne le sache encore, c'était cette même joie démesurée et ces mêmes réjouissances imprudentes qui seraient l'ultime salut du Turien prisonnier de l'étreinte mortelle.

En guise de réponse à sa question, Archangel décida de saisir l'occasion tant espérée et attendue depuis le début de ce duel à mort. Durant l'instant précédent la prise solide de son adversaire, le Turien ingénieux et audacieux avait eu l'intelligence de coincer entre ses dents son couteau de combat. Malgré la charge extrêmement violente, il pu miraculeusement réussir à conserver l'arme entre ses crocs solides et ce sera finalement avec cette même lame salvatrice bien coincée et solidement empoignée par sa mâchoire qu'il pu, après un vif et sauvage mouvement de visage en direction de son adversaire, délivrer une puissante attaque aussi inattendue que dévastatrice et foudroyante qui vint complètement transpercer horizontalement la gorge de son opposant.

Ce fut cette fois-ci au tour du Krogan de pousser un hurlement de douleur tandis qu'il lâchait au même moment son étreinte mortelle pour venir à la place tenter de combler avec ses mains le sang qui s'échappait furieusement et rapidement de sa large entaille qui traversait entièrement son gosier.

À peine libéré que le Turien grièvement blessé se précipita presque instantanément sur son adversaire en difficulté, blessé et paniqué. Cette fois-ci avec le couteau bien en main et d'un mouvement déchainé, il vint enfoncer profondément son couteau dans l'œil droit de son opposant désemparé, chose qui ne manqua pas à nouveau de le faire hurler à la mort à cause de la souffrance insupportable.

Le duelliste Turien se défendait admirablement bien au vu de la situation, son attaque avait été clairement impeccable et très bien orchestrée tandis qu'il ressortait de cette situation catastrophique avec 'seulement' quelques côtes fracassées, malheureusement, son plan ne se déroulait pas exactement comme le mercenaire l'avait espéré. En effet, sa lame tranchante avait si bien rempli son office qu'elle était allée jusqu'à s'enfoncer beaucoup trop profondément dans ce qui servait autrefois de globe oculaire à son adversaire, à tel point que l'arme était maintenant devenue complètement irrécupérable. Achever le Leader Krogan sans arme tranchante digne de ce nom allait s'avérer être une mission encore plus impossible que la précédente.

Pendant que l'esprit du Turien acharné et résistant s'affolait et s'agitait à vive allure pour trouver une solution, une nouvelle arme, un nouveau moyen de défense, n'importe quoi qui lui aurait permis de résister un peu plus longtemps, l'assaillant lui faisant face reprit quant à lui finalement de sa prestance avant d'arborer une toute nouvelle énergie au travers de son visage balafré, éborgné et dégoulinant de sang. Garn était désormais terriblement enragé et un Krogan énervé ça n'était jamais quelque chose de bon à affronter, encore moins à mains nues.

"RAAAAAAAAAAAAAAAAH ! J'VAIS TE BUTER SALE FILS DE PUTE !" Hurla-t-il colériquement avant d'enquiller pour une nouvelle charge encore plus rapide, plus puissante et plus féroce.

Comme si un miracle se présentait finalement au Turien, il pu empoigner difficilement une plaque métallique qu'il balança lourdement et sans grande précision en direction de son adversaire. L'opération n'aura malheureusement pas suffi à stopper la course effrénée dans laquelle ce dernier s'était élancé mais elle aura au moins eu le mérite de le ralentir en le déséquilibrant quelque peu. Ensuite, le Turien s'empara agilement d'un tuyau métallique relativement fin et qui disposait d'un embout presque pointue en plus d'être long de 2.50m tout au plus. Ce n'était qu'une pauvre arme peu efficace face à un Krogan irrité mais c'était toujours être mieux que de se battre à main nue.

Archangel fut donc chargé une seconde fois par le Krogan en furie, mais contrairement à la première fois, il resta cette fois-ci solidement sur ses appuis tout en brandissant fermement devant lui et en guise de lance, son tuyau de fer. Au moment où le Krogan s'apprêtait à percuter le Turien sur la défensive, sa course fut très nettement et soudainement stoppée par l'empalement extrêmement violent et brutal de l'arme que brandissait sa cible par désespoir et dernier recours. La lance improvisée du mercenaire venait tout juste de perforer de part en part le torse du Krogan agressif pour venir finalement ressortir de l'autre côté dans le dos de ce dernier, le tout s'était fait dans un fracas évident et torrentiel de sang et d'os absolument immonde qui gicla brutalement aux quatre coins de la rue dans laquelle le combat se déroulait.

Un nouveau très long et douloureux hurlement de peine émana des cordes vocales ensanglantés du Krogan tandis que son opposant Turien profitait de l'occasion pour s'emparer d'un petit morceau de verre disposé miraculeusement une table à proximité, la chance lui souriait clairement. D'un nouvel assaut féroce, le mercenaire Turien vint pourfendre violemment le dernier œil utilisable du Krogan, chose qui transforma le globe oculaire en une horrible bouillie de sang et de liquide indescriptible.

Alors que le Chef des Berserkers, Forsan Garn, rugissait d'autant plus de douleur et de rage, Archangel se hâta pour récupérer une nouvelle arme de fortune. Il était grand temps de flanquer un dernier coup de grâce au Krogan sur le palier de la mort. Le mercenaire au service de la loi comptait bien achever ce qu'il avait commencé et ce pourquoi il s'était battu sans relâche et avec tant de férocité.

Une fois muni d'une espèce de tube métallique, le Turien en phase de triompher du combat laissa purement et simplement sa haine déferler et prendre le contrôle de ses actions et de ses mouvements. Ainsi, il se sera sauvagement déchainé à l'aide des dernières forces qu'il possédait sur le crâne du Leader hostile incapable de répliquer jusqu'à ce que la cage osseuse du visage de ce dernier ne finisse par se broyer entièrement sous les martelages répétés.

Malgré le trépas évident du Krogan hostile, le Turien continuait de frapper hystériquement le cadavre, comme pour laisser sortir des sentiments négatifs comprimés au plus profonds de son être. Tandis que ce sur quoi Archangel continuait de s'acharner n'était devenu qu'une espèce de purée osseuse absolument indescriptible et abominable, ce qui l'aura finalement forcé à reprendre complètement ses esprits aura été la destruction soudaine de son arme improvisée qui se fendit subitement en deux après qu'un dernier puissant coup ne soit asséné à la carcasse du Krogan.

Après une brève accalmie, la voix familière du Docteur Galarien fit écho dans la rue désormais marquée et totalement immaculée de sang par le duel récent. "Impressionnant. Vraiment très très impressionnant Archangel ! Vous m'épatez !" S'écria-t-il tout gaiement comme si de rien n'était.

Non sans respirer lourdement en raison de la fatigue et de la douleur vive dans son torse qui revenait furieusement, le Turien prit la parole très difficilement tout en étant extrêmement à bout de souffle. "Bordel... De... Merde ! …" Cracha-t-il avant de relever douloureusement son visage en direction du Docteur Galarien.

Visiblement Archangel avait sous-estimé ce 'Mordin Solus'. Tous les gardes Vortchas étaient allongés sur le sol et semblaient avoir été perforés d'au moins un projectile d'arme à feu. Probablement que l'ex-agent du GSI s'était débarrassé d'eux pendant que le Turien laissait sa rage prendre le pas dans l'affrontement. Les autres otages de leur côté, paraissaient complètement apeurés et effrayés alors qu'ils observaient le Galarien et le Turien sans oser bouger ni respirer.

"Comment... Vous vous êtes... Libérés... ?" Demanda Archangel entre de très profondes inspirations tandis que son torse recommençait le faire terriblement souffrir.

"Simple. Ils étaient trop occupés et choqués par le spectacle que vous leur offriez. Avais défait mes liens depuis longtemps, attendais simplement une ouverture. Vortchas ne sont pas des adversaires dignes de ce nom." Expliqua le scientifique avant de continuer en s'exclamant. "Connu des choses incroyables dans ma vie, GSI, combats, infiltrations, minages, déminages, tueries même ! Mais alors ça ! Combattre à mains nues un Krogan tout en étant blessé à la base ? Je tire mon chapeau Archangel ! Splendide, époustouflant, impressionnant !"

Avant que le mercenaire victorieux de son combat à mort ne puisse avoir le temps de répondre, une nouvelle voix fit soudainement écho dans grande rue qui ressemblait au final plus à un carrefour qu'à une véritable rue. Cette voix aussi était familière pour le Turien épuisé mais ce dernier ne s'attendait certainement pas à la réentendre ne serait-ce qu'une seule fois de plus dans sa vie toute entière. Peut-être était-il en train d'halluciner à cause de la fatigue et de la douleur ?

"Qu'est-ce que c'est que ce bordel..." Marmonna le Commandant Humain tandis qu'il observait la scène horrifique et les individus se tenant debout.

"Shepard ?" Haleta difficilement le gros Turien exténué et éreinté.

"Garrus ?!" S'écria-t-il soudainement avant d'enchainer. "Nom de dieu Garrus ! C'est toi Archangel ?!" S'exclama le Commandant réanimé qui se précipitait brusquement vers sa vieille connaissance courbée et blessée.

"Putain d'bordel de merde ! T'as battu un Krogan en un contre un ? J'ai entendu parler de toi Archangel mais alors ça mon gars ! Ça c'est du niveau de la légende de Shepard mon beau salaud !" S'exclama le vieux mercenaire Zaeed Massani tandis qu'il observait ce qui restait du Krogan.

"J'aurais dû me douter qu'on n'pouvait pas flinguer le Grand Commandant Shepard aussi simplement !" S'extasia Garrus avant de tousser une large gerbe de sang.

"Hey, hey Garrus, calme ! Pas de geste brusque, d'accord ? T'a le visage et l'armure salement amochés l'ami..." Releva le Spectre tandis que l'euphorie des retrouvailles inattendues avaient très rapidement laissé place à l'inquiétude. Il se retourna ensuite vers le Docteur Galarien. "Il s'est passé quoi ici ? Et vous êtes qui au juste ?"

Ce fut un peu près à ce même instant que Garrus perdit l'équilibre avant de commencer à chuter vers le sol. Tandis que l'adrénaline promulgué par l'instinct de survie commençait à diminuer doucement, sa douleur due à son état physique navrant revenait au galop.

"Woah ! Bordel !" S'exclama Shepard tout en réceptionnant dans le même temps son vieil ami qui tombait dans les vapes. Il s'adressa ensuite à l'individu qu'il questionnait un instant plus tôt. "Vous, aidez-moi à l'allonger et délicatement !" Aboya-t-il avant de rediriger son attention vers ses accompagnants. "Miranda, filez-moi la plaque de métal là-bas, on va s'en servir de civière pour le ramener au Normandy ! Jacob ? Contactez Joker et dîtes-lui de nous passer Chakwas ! Exécution ! Zaeed, occupez-vous de nous sécuriser les environs !" Ordonna-t-il fermement alors qu'il déposait délicatement son ami Turien contre le sol.

Le Commandant Humain redirigea ensuite son attention vers le Turien blessé tandis que ses coéquipiers s'exécutaient avec rapidité. "Hey reste avec moi Garrus ! On va te sortir de là vieux pote, okay ? Interdiction de crever ! Ordre de supérieur !"

Garrus aurait bien aimé rétorquer quelque chose, malheureusement sa conscience semblait vouloir en décider autrement. Alors que tout devenait doucement mais surement flou et brumeux autour de lui, il pouvait sentir les limbes noirâtres et apaisantes de l'inconscience s'emparer délicatement de ses sens et de son esprit.

En une journée il venait de perdre tous ses équipiers pour finalement découvrir l'instant d'après qu'un vieil ami disparu et qu'il pensait mort était finalement bien vivant. Était-ce un mauvais rêve ? Était-ce la réalité ? Il n'en avait aucune idée.

'Le hasard est doté d'un sens de l'humour sacrément particulier si c'est vraiment la réalité...', songea Garrus avant de perdre complètement conscience.