Disclaimer : L'univers et les personnages de Teen Wolf appartiennent à Jeff Davis et ne m'appartiennent donc absolument pas.
Crédit image : Azurarain
Bonjour à toutes et à tous ! Étant un très grand fan de Teen Wolf depuis le début de la série, je suis très heureux de débarquer enfin sur ce fandom (oui j'ai pris le temps, mais mieux vaut tard que jamais haha). J'espère que ce premier chapitre vous plaira, j'ai eu en tout cas beaucoup de plaisir à l'écrire.
Bonne lecture à tous !
Chapitre 1
La première crise était venue sans prévenir. Revenant d'une journée de lycée épuisante, Stiles avait mangé les restes du repas de la veille, somnolé devant un documentaire soporifique (qu'il avait en plus déjà vu) avant de monter jusqu'à sa chambre pour se coucher. Son père étant de service, il n'avait personne à attendre avant de tomber dans les bras de Morphée.
Alors qu'il se rinçait la bouche après s'être brossé les dents, la douleur avait surgi en un éclair.
Violente. Sourde. Insupportable.
L'effet de choc l'avait mis à genoux. Le verre d'eau était tombé et s'était brisé en mille morceaux. Le plus terrible était que la douleur n'était localisée nulle part. C'était l'intégralité de son corps qui irradiait de souffrance. Jamais il n'avait ressenti cela. Il n'avait rien pu faire, hormis émettre un horrible son rauque et attendre que ça passe. Six longues minutes d'agonie avant que tout s'arrête.
Choqué par ce qu'il venait de subir, il n'avait pas osé se décoller du sol pendant un long moment, craignant que ça recommence. Mais rien ne s'en suivit.
Fidèle à lui-même, Stiles avait immédiatement fait des recherches sur le Net pour essayer de trouver une cause médicale à ce qu'il venait de vivre. En vain. Aucune maladie humaine ne comportait ce genre de symptôme soudain et incontrôlable. Du moins à sa connaissance.
Pensant que cela ne recommencerait pas, il avait chassé de son esprit du mieux qu'il pouvait ce qui s'était passé.
Jusqu'à un nouvel incident, deux jours plus tard. Cette fois-ci, ça l'avait pris alors qu'il conduisait Roscoe. La même douleur, aussi intense que la première fois. Il ne savait même pas comment il avait réussi à se garer sur le bas-côté sans se prendre un arbre. Il était sorti de sa Jeep, se raccrochant désespérément à la poignée de la portière, la serrant de toutes ses forces. En plus de la douleur, une violente nausée l'assaillit, si bien qu'il crut rendre son déjeuner. Puis au bout d'un certain temps, la douleur s'atténua de nouveau. Stiles comprit enfin que ce n'était pas anodin et fila aussitôt pour l'hôpital.
Là-bas il essaya de se faire aussi discret que possible. Hors de question de croiser qui que ce soit qu'il connaissait. Il ne voulait parler à personne de ses soucis. Il ne se sentait plus du tout légitime à se plaindre. Pas après… ce qu'il avait fait. Enfin… ce que cette chose l'avait forcé à faire. Prétextant des douleurs au ventre, il passa tout un tas d'examens et patientait dans une chambre de l'hôpital en attendant le verdict des médecins. Dans ce décor sinistre qui lui retournait toujours autant les tripes.
Comble de malheur, la personne qui lui apporta les résultats était loin d'être une inconnue.
« Stiles, c'est toi ? s'exclama Mélissa. Qu'est-ce que tu fais ici ?
Le jeune homme se tritura les doigts, inquiet que la mère de son meilleur ami ait vent de ses problèmes.
- Euh, ouais c'est bien moi. Stiles, le seul, l'unique, l'édition originale. Je suis venu parce que… euh… j'ai eu quelques crampes d'estomac ces derniers temps. Je sais que c'est pas cool de boucher les urgences avec ce genre de petit bobo mais je croyais que les examens iraient plus vite que ça. Non pas que je vous accuse de mal faire votre travail, attention, mais je…
- Stiles, respire, coupa Mélissa. Si tu as des crampes d'estomac, c'est peut-être parce que tu fais de l'aérophagie causée par un excès de babillage.
- Z'êtes pas drôle.
- En tout cas, tes examens sont nickels, reprit l'infirmière en examinant le dossier médical. Ta tension est bonne, la prise de sang ne révèle rien d'anormal, tout comme tes radios. Je ne vois pas ce qui pourrait expliquer tes douleurs hormis… un excès de curly fries, peut-être ? Tu devrais penser à freiner un peu sur la junk-food tu sais. Scott m'a dit que vous vous étiez gavés hier soir.
Stiles tâcha de ne pas montrer son trouble. Ainsi, même des examens poussés ne donnaient aucune origine à ces douleurs insupportables. Peut-être devait-il chercher ailleurs. Vers quelque chose de plus… surnaturel.
Le bipeur de Mélissa sonna et cette dernière le consulta.
- Évite simplement les excès de nourriture durant les prochains jours, conseilla l'infirmière en reposant le dossier dans l'encoche placée à côté de la porte. Je suis désolée mais je vais devoir te laisser. Je suis apparemment privée de tout répit aujourd'hui.
Le jeune homme acquiesça de la tête alors que l'infirmière sortit en vitesse.
Si le mal qui l'assaillait était de cause surnaturelle, un seul homme pouvait lui permettre d'en savoir plus. Un druide au crâne chauve, patron d'une clinique vétérinaire plus exactement.
Debout devant la table en fer de la salle d'examen de Deaton, Stiles faisait sautiller ses doigts sur la surface métallique, émettant un son atrocement répétitif. C'était le seul moyen de calmer la nervosité qu'il ressentait. Mais cela ne semblait pas le moins du monde perturber le druide qui continuait à consulter l'ouvrage devant lui, sans montrer la moindre trace d'agacement.
Puis il ferma doucement l'ouvrage avant de se tourner vers son patient.
« Je suis navré Stiles mais je ne comprends pas plus que toi les raisons pour lesquelles tu ressens de telles douleurs. Je pense comme toi qu'il y a un rapport avec ton ancienne… possession, mais je n'en sais malheureusement pas davantage. Le Nogitsune est une créature encore peu connue, même chez les émissaires ».
Stiles frissonna, le regard perdu dans le vide. La seule évocation de ce mot, « Nogitsune », suffisait à lui redonner des sueurs froides. Jamais il n'avait autant souffert de toute sa vie. Ce monstre lui avait fait vivre un véritable enfer. Il avait blessé ses amis et il ne pourrait certainement jamais se pardonner le mal qu'il leur avait fait.
Percevant le trouble qui affectait l'hyperactif, l'émissaire annonça d'une voix calme.
« Malgré tout, j'ai une idée. Attends-moi ici. »
Deaton se dirigea vers son bureau et n'en ressortit que cinq minutes plus tard.
- J'ai contacté la seule personne qui pourrait éventuellement nous donner des réponses. Elle ne devrait pas tarder.
Stiles n'avait même pas le courage de lui demander de qui il s'agissait. Il espérait juste que cette personne saurait ce qui était en train de lui arriver.
Dix minutes plus tard, le carillon de la porte d'entrée de la clinique retentit. Noshiko Yukimura se tenait dans le hall d'entrée. Le druide la laissa passer en ouvrant le guichet fait de poudre de sorbier.
Stiles observa la kitsune. Toujours le même regard froid et insensible. Et plus encore avec Stiles, qu'elle voyait sûrement encore comme le réceptacle du démon qu'elle avait invoqué.
« Le docteur Deaton m'a mis au courant des symptômes qui t'affectent, commença Noshiko. Et je pense savoir ce qui t'arrive Stiles.
- Vraiment ? demanda l'hyperactif, soulagé. Et… c'est grave ?
- Grave, non. Ta vie n'est pas en danger. Simplement, ces douleurs ne passeront pas aussi vite que l'on est en droit de l'espérer.
- Comment ça ? De quoi s'agit-il ? demanda vivement Stiles qui n'en pouvait plus que la mère de Kira fasse durer le mystère.
- Je pense que tes douleurs sont le résidu de la souffrance absorbée par le Nogitsune alors qu'il était encore en toi. Quand tu as été désenvouté, cette souffrance est restée bloquée dans ton corps. Et aujourd'hui, ce dernier essaye de l'en expulser coûte que coûte. Le Vide n'étant plus en toi, ton organisme n'a trouvé aucun autre moyen que celui de te faire ressentir cette douleur pour la chasser. Ces résidus sont certainement enfouis au plus profond de ton inconscient, raison pour laquelle ces douleurs ne surviennent que ponctuellement.
Stiles ne disait plus rien, essayant d'assimiler tant bien que mal ce que venait de lui expliquer la kitsune.
- Mais …. vous voulez dire que je vais encore avoir ce genre de crises régulièrement ? demanda l'hyperactif.
La mère de Kira hocha la tête, le regard empli de gravité.
- Estimons-nous déjà heureux que ce mal ne t'assaille que par vagues. Si tu devais ressentir en une seule fois l'intégralité de la souffrance que le monstre a accumulé, je ne sais même pas si tu y survivrais.
- Génial… railla l'hyperactif. Je dois donc me réjouir que mon corps me fasse potentiellement ressentir trois fois par jour le quintuple de la douleur d'un accouchement par voie basse. Si ce truc ne me clouait pas au sol à chaque fois, j'improviserai bien une petite danse de la joie à l'occasion.
L'expression de la kitsune se durcit à l'entente de la remarque sarcastique de l'adolescent. Deaton, voulant arrondir les angles, s'empressa de reprendre la parole.
- N'y a t-il pas un moyen d'empêcher Stiles de ressentir cette souffrance ou de l'en débarrasser ?
- Avant Stiles, je ne pensais même pas qu'un humain pouvait survivre à une possession par le Vide, répondit Noshiko. Je ne vois hélas aucun moyen de bloquer cette souffrance. Et de toute façon, il est important que tout cela s'en aille. Il serait encore bien plus mauvais de conserver ces émotions négatives dans ton inconscient, Stiles. Même si des moments pénibles t'attendent, je persiste à dire que c'est une bonne chose.
Dépité, l'hyperactif ne sut trop que répondre. Même emprisonné, le Nogitsune continuait à lui pourrir la vie.
- La dose de souffrance qu'il a laissé en toi n'est pas infinie, rassura Noshiko. Elle finira par s'estomper quand tu en auras évacué l'intégralité. Je suis navrée Stiles mais je n'ai que ces connaissances à t'apporter.
Face à de telles révélations, Stiles était partagé. D'un côté, il était soulagé de savoir enfin d'où lui venait ces douleurs. De l'autre, il était désespéré de ne pouvoir rien y faire. Il ne pouvait qu'espérer que ces crises passeraient le plus vite possible et qu'il parviendrait à encaisser tout ça.
Remerciant Deaton et la mère de Kira, l'hyperactif quitta la clinique vétérinaire. Il avait l'impression d'être un condamné à qui on venait d'annoncer des années de torture. Se sentant complètement impuissant, il décida se rendre au seul endroit qui lui apporterait un peu de réconfort dans ces temps troubles pour lui.
Les graviers du cimetière de Beacon Hills crissèrent sous les pas du jeune hyperactif. Encore bouleversé par ce que lui avait dit la mère de Kira, Stiles était venu dans le seul endroit où il pourrait s'épancher sans peine.
Pour n'importe qui, un cimetière représente un lieu à fuir à tout prix, synonyme de mort et rappel douloureux que personne n'est éternel. Mais Stiles voyait les choses différemment. Car pour lui, c'était l'endroit où il pouvait retrouver celle qui lui manquait terriblement.
« Salut maman… annonça Stiles en arrivant devant la tombe.
Après quelques instants de silence, seul devant l'édifice, il commença à raconter tout ce qui s'était passé. L'épisode du Nogitsune. Les malheurs qu'il avait causé. La lutte qui avait été menée. Et le prix qu'il devait à présent payer. Il raconta tout, sans omettre le moindre détail. Il avait pris l'habitude au fil des années de se confier devant la pierre tombale de sa mère, comme si cette dernière était encore en vie. Il était convaincu que de là où elle était, elle l'écoutait attentivement. Et cela lui faisait beaucoup de bien.
Il ne pouvait pas parler de tout ça à Scott. Ni à aucun autre membre de la meute. Il leur avait causé bien trop de souffrance. La mort d'Allison, puis celle de Aiden. Tout ça à cause de son incapacité à résister à cette chose, à reprendre le contrôle. Il en avait trop fait, il ne pouvait pas une fois de plus requérir leur aide. Il se débrouillerait seul et il encaisserait. De cette façon, il pourrait expier tout ce qui était arrivé par sa faute.
Après avoir enlevé les feuilles mortes qui constellaient la tombe de Claudia et lui avoir dit au revoir, Stiles lui adressa un dernier regard avant de se diriger vers la sortie du cimetière.
Ressassant ce qu'il venait de confier, il ne vit rien venir. Une nouvelle crise. Qui le plia en deux. Il se retint de justesse de hurler. Les genoux au sol, Stiles tentait de supporter tant bien que mal ce qu'il était en train de subir. Combien de temps cela allait-il durer ? Combien de temps devrait-il endurer cette punition quasi-divine ?
Le sang pulsa autour de ses tempes. Un horrible mal de tête envahit sa boite crânienne. Petit à petit, sa vision se brouilla si bien qu'il ne vit pas immédiatement la personne qui était face à lui.
« Stiles ? Qu'est ce que… »
L'hyperactif leva difficilement les yeux et parvint à distinguer certains détails. Un blouson de cuir, des cheveux noirs, un regard bleu-vert, un air grincheux. Derek.
Stiles n'eut même pas la force de demander ce que le loup-garou faisait là, ni même de faire semblant d'aller bien en sa présence. Il ne put qu'émettre un petit son plaintif et fermer les yeux. Il souffrait littéralement le martyr. Il se sentait si pathétique.
Puis soudainement, la douleur cessa. Ou plus exactement, elle s'atténuait, comme si elle était happée à l'extérieur du corps de l'adolescent. Stiles poussa un soupir de soulagement. Il rouvrit les yeux et vit avec stupeur la main de Derek posée sur son avant-bras. Des veines noires parcouraient la main du loup-garou et s'étendaient tout le long de son propre bras.
La sensation était si étrange. Comme si tout le mal qui l'habitait était en train de s'évaporer, le laissant dans une sorte de totale plénitude. Stiles se sentait apaisé. Puis vint la fatigue. Les yeux de l'hyperactif se refermèrent. Et ce fut le noir.
Stiles ouvrit difficilement les yeux, la lumière agressant ses iris. Sa vision s'adapta et progressivement, il s'aperçut où il était. Sur le canapé du loft de Derek. L'hyperactif se redressa en grimaçant. Il n'était pas au mieux de sa forme mais il se sentait cependant moins vaseux que lors des autres crises.
Il tourna la tête et aperçut Derek qui descendait les escaliers en spirale du loft. Le loup avait entendu le coeur de l'adolescent battre plus vite, signe qu'il était réveillé. Il était soulagé d'avoir été au bon endroit, au bon moment pour secourir l'hyperactif.
« Comment je suis arrivé ici ? demanda Stiles sans détour.
Le loup-garou se rapprocha et s'assit sur le fauteuil qui faisait face au canapé.
« Tu étais inconscient. Je t'ai porté et ramené ici, répondit-il simplement.
- Ah.
L'idée qu'il avait été porté dans les bras de Derek intimidait quelque peu l'hyperactif. Ça faisait un moment qu'il se sentait ridiculement maigrichon à côté du loup-garou aux muscles saillants et cet épisode n'allait clairement pas faire disparaitre ce complexe.
« Tu vas me dire ce qui s'est passé ou je dois te poser la question ? grogna le loup garou.
- Il s'est rien passé. J'ai… fait un petit malaise, c'est tout. Ça arrive à plein de gens.
Derek fronça les sourcils, contrarié.
- Souviens-toi que j'entends ton coeur et que je sais très bien quand tu me mens. Réponds-moi tout de suite. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Pourquoi ça t'intéresse ? répliqua Stiles.
- Peu importe. Dis-moi ce qui t'arrive, insista le loup.
Stiles poussa un soupir, en proie à un dilemme. Il s'était juré de ne plus impliquer personne dans ses problèmes. C'était la seule manière de protéger son entourage. D'un autre côté, Derek l'avait secouru. Et il savait que le loup-garou n'était pas le genre à crier sur tous les toits les secrets des autres. Il pouvait bien faire une petite exception et lui raconter à lui.
Alors Stiles raconta tout. Derek écoutait en silence, fronça légèrement les sourcils lorsque Stiles évoqua le Nogitsune.
« Et donc je suis condamné à subir ce truc jusqu'à ce que mon corps ait éliminé toute la souffrance qu'il a en lui, un truc comme ça, conclut Stiles. Rien de bien réjouissant comme tu peux le voir. Je douille vraiment à chaque fois.
Derek ne répondit pas. Le loup garou semblait en pleine réflexion depuis que Stiles avait commencé son récit. Jusqu'à ce qu'il reprenne la parole.
- Je pourrais atténuer tes souffrances. Si tu le souhaites.
- Comment ça ? Tu connais un moyen ? demanda Stiles, intrigué.
L'ancien alpha resta quelques secondes silencieux avant de suggérer d'une voix déterminée.
- Il me suffirait de prendre ta douleur pendant tes crises. C'est ce que j'ai fait au cimetière. De cette façon, tu n'aurais plus à la ressentir. Et tu te sentirais mieux.
- Hors de question, trancha Stiles en se levant brusquement. Je ne veux pas que quelqu'un souffre à ma place.
Le loup garou tourna la tête vers l'hyperactif.
- C'est moi qui te le propose. Tu ne m'imposes rien.
- C'est pas le sujet. Tu ne te rends pas compte de la violence de ces foutues crises.
- J'ai un niveau de résistance à la douleur assez élevé, tu peux me croire, reprit Derek. En tout cas, bien supérieur à celui d'un manchot hyperactif gringalet.
- Eh, je ne te permets pas ! s'exclama Stiles, outré. Et puis de toute façon, c'est irréalisable. Ces crises peuvent survenir n'importe quand. Il faudrait que tu sois avec moi en permanence et ça, c'est impossible.
- Tu es en vacances, non ? Tu peux très bien t'installer au loft le temps que ces crises passent. Ce n'est pas la place qui manque.
- Et je dis quoi à mon père ? « Salut papa ! Dis, tu te souviens de Derek Hale, le type que t'as voulu coffrer il y a pas si longtemps ? Lui même, oui. Bah écoute, je m'installe chez lui pour qu'il aspire la souffrance qu'un renard démoniaque a laissé dans mon corps avec ses pouvoirs de loup-garou ». Ouais très bonne idée.
- Tu dois bien pouvoir lui dire la vérité, insista Derek en ignorant la remarque sarcastique. Le shérif est un homme intelligent. Il sera capable de comprendre. Surtout si c'est pour ton bien.
- Je ne veux pas l'inquiéter à nouveau. Il en a déjà bien trop bavé avec tout le surnaturel qu'il y a dans cette fichue ville. Je préférerais vraiment qu'il ne sache rien.
Le loup-garou soupira. Cet idiot complètement borné s'obstinait à décliner son aide. C'est à ce moment-là qu'une idée lui vint.
- Dans ce cas, c'est moi qui m'installerait chez toi.
- Quoi ?! s'exclama l'hyperactif. Mais… je lui dis quoi moi, pour justifier qu'un loup grincheux vienne squatter chez moi ?
- Débrouille-toi, c'est pas mon problème, grogna le loup-garou. Je viens dès ce soir. Et c'est non-négociable.
Stiles étouffa un juron. Ce loup-garou poilu n'en faisait décidément qu'à sa tête.
Mais d'un autre côté, il était touché de la démarche du lycanthrope. Et il s'était vraiment senti mieux quand il l'avait aidé lors de sa précédente crise. Aussi décida t-il de se rallier à l'idée de Derek. Il ne restait plus qu'une tâche à accomplir et elle n'allait pas être facile…
Depuis qu'il était rentré chez lui, Stiles avait essayé d'être le plus convaincant possible et avait déployé tout son talent d'acteur pour essayer de faire marcher son père, gardant à l'esprit qu'il avait affaire à un membre chevronné des forces de l'ordre.
Et autant dire que ses efforts n'avaient pas rendu moins incongru ce qu'il venait de lui annoncer.
« Et donc, c'est parce que son loft est en travaux et donc inhabitable que Derek Hale, un homme, accessoirement loup-garou, qui a largement assez d'argent pour passer une année entière à l'hôtel, vient chez nous durant quelques semaines ? récapitula le shérif.
- Euh… oui c'est ça, confirma Stiles, convaincu que son père n'était pas convaincu. C'est moi qui lui ai proposé de venir. C'est important d'aider son prochain, non ?
Alors que le shérif affichait une mine plus que perplexe face à l'argument de son rejeton, le bruit de la sonnette du porche retentit. Stiles se précipita pour ouvrir la porte à Derek qui entra avec une petite valise.
Le shérif rejoignit le duo improbable en adressant un petit signe de la tête à Derek.
- Bonsoir shérif, le salua poliment Derek. Merci beaucoup de m'accueillir chez vous. J'espère que cela ne vous dérange pas.
- Bonsoir Derek, répondit le représentant des forces de l'ordre. Ce n'est rien, votre présence ne m'ennuie pas le moins du monde. J'espère que les travaux dans votre loft se passent comme il faut. De quoi s'agit-il exactement déjà ?
Le shérif espérait certainement percer à jour le mensonge inventé par Stiles mais ce dernier avait eu la présence d'esprit de prévenir Derek de ce qu'il avait raconté au shérif. Aussi, le mensonge devint bien plus crédible.
- Bien, reprit le shérif. En tout cas, vous arrivez à point nommé pour le supplice hebdomadaire instauré par mon très cher fils.
- Eh ! protesta le concerné. Mon gratin de courgettes est absolument délicieux. Ce n'est pas ma faute si tu as décidé d'être incompatible avec les légumes verts.
Le père et le fils continuèrent de se chamailler ainsi jusqu'à ce que tout le monde se mette à table.
« Sur ces bonnes paroles, bon appétit, souhaita le shérif. Ou plutôt, bonne chance.
- Cesse de blasphémer les repas sains que je te prépare, râla Stiles.
Le repas commença et se poursuivit ainsi dans la bonne humeur. Stiles discutait avec son père, essayant de glaner quelques infos sur les affaires en cours, tandis que Derek demeurait relativement silencieux, se contentant de répondre de temps à autre aux questions posées par le shérif.
Le coeur de Derek se serra. Les repas de famille comme celui-ci, la joie de pouvoir parler avec un membre de sa famille, tout ceci lui manquait terriblement. C'est pour cette raison qu'il se rendait aussi régulièrement au caveau de sa famille, près de là où il avait découvert Stiles inconscient. Cette proximité, bien qu'un peu morbide, l'aidait à oublier qu'il était maintenant définitivement privé de ces moments.
Une fois le repas englouti et la table débarrassée, les trois hommes se calèrent devant la télévision pour regarder un match de baseball. Les deux Stilinski commentèrent allègrement le jeu qui se déroulait sous leurs yeux, tandis que Derek se contentait de regarder l'écran en leur prêtant une oreille attentive.
Stiles tourna à plusieurs reprises la tête vers le loup-garou. Il avait remarqué que ce dernier lui adressait souvent de petits regards discrets avant de reporter son regard sur la télévision. L'adolescent se demandait s'il le regardait de la sorte pour guetter une éventuelle crise. Non, certainement pas. Derek Hale ne pouvait pas s'impliquer autant pour la santé d'un pauvre hyperactif comme lui. C'était totalement exclu.
Une fois le match terminé, le shérif montra à Derek la chambre d'amis qu'il pouvait occuper. Le loup-garou était en train de s'installer quand on toqua à sa porte.
« Hum… ça va, tu es bien installé ? demanda timidement Stiles. Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu peux me le dire.
- Impeccable, tout va bien, répondit doucement Derek qui était en train de défaire sa valise.
L'hyperactif ne pouvait s'empêcher de trouver la scène surréaliste. Le grand Derek Hale allait dormir sous le même toit que lui et cela pendant une durée indéterminée. Si on lui avait dit ça il y a quelques temps, Stiles en aurait ri bien volontiers.
- Cool, c'est… euh… cool. Au fait, je voulais te dire… merci de faire tout ça.
- Tout ça quoi ? demanda Derek.
- Bah… venir ici pour… m'aider à supporter mes crises.
- Ce n'est rien. Ça me fait plaisir de pouvoir aider.
Stiles adressa un sourire franc à Derek. Avant que tout ceci n'arrive, il avait toujours trouvé le loup-garou beaucoup trop taciturne et renfermé à son goût, préférant largement les gens qui pouvaient répondre à son excès de conversation. Mais aujourd'hui, après ce qui lui était arrivé, Stiles appréciait grandement le calme et la présence rassurante de l'ancien alpha à ses côtés.
Il posa une main sur la poignée de la porte avant d'adresser un dernier regard à son invité.
- Bon c'est pas tout ça mais je crois qu'il est temps d'aller dormir. Je sais pas toi mais je suis complètement crevé. Bonne nuit Derek.
- Bonne nuit Stiles.
Le fils Stilinski referma doucement la porte de la chambre d'amis et se hâta de rejoindre sa propre chambre. Il ne savait pas pourquoi mais ce moment avec le loup l'avait intimidé. Peut-être parce qu'il n'était pas habitué à une telle proximité avec le lycanthrope.
Stiles se glissa sous les couvertures, heureux de retrouver son lit après cette journée franchement étrange. Il regarda pendant quelques minutes le croissant de lune qui scintillait à travers sa fenêtre. Il aimait bien contempler le ciel de cette façon. Il avait même inventé une variante du comptage des moutons pour s'endormir, en se les représentant avec des ailes de toutes les couleurs, sautillant au dessus de l'astre nocturne. Il ne faisait décidément rien comme tout le monde.
Sentant le sommeil le gagner, les pensées de Stiles dérivèrent quelques instants vers son improbable invité avant que finalement, il parvienne à s'endormir paisiblement.
Derek n'eut pas la chance de trouver le sommeil aussi rapidement. Adossé à la tête de lit, les mains derrière la nuque dans une position qui aurait fait pâlir n'importe quel mannequin professionnel, le loup-garou réfléchissait. Il réfléchissait à la raison qui l'avait conduite à venir en aide à Stiles.
D'ordinaire, l'hyperactif l'agaçait plus que tout au monde avec son bavardage intempestif. Malgré tout, lorsqu'il avait vu Stiles étendu de tout son long en plein milieu du cimetière, à l'intérieur de lui, son loup s'était affolé. Il avait paniqué à l'idée qu'il soit arrivé malheur à Stiles et Derek en était troublé. Il n'avait jamais ressenti cela, même envers un membre de sa propre famille.
Et plus tard, quand Stiles avait décliné sa suggestion de venir résider au loft quelques temps, son loup en avait été profondément attristé, ce qui avait conduit Derek à insister pour venir chez l'hyperactif. Son loup semblait fortement attaché à Stiles et c'était profondément déconcertant pour l'ancien alpha.
Mettant de côté ce constat qui le perturbait, il tâcha de trouver le sommeil et ferma les yeux.
Il les rouvrit une première fois en entendant le père de Stiles se lever. Apparemment, on l'avait appelé pour un cambriolage en cours à l'autre bout de Beacon Hills. Derek se rendormit dès qu'il n'entendit plus le bruit de la voiture du shérif.
Il se réveilla une nouvelle fois, une heure plus tard, en entendant des plaintes et des battements de coeur complètement désordonnés de l'autre côté de la maison. Vers la chambre de Stiles.
Derek se leva en sursaut avant de foncer à travers le couloir. En ouvrant la porte, il vit l'hyperactif sur son lit, le visage luisant de sueur, s'agrippant désespérément à ses draps, visiblement en grande souffrance.
Le loup-garou se précipita vers le lit et posa sa main sur celle de Stiles, de la même façon qu'il l'avait faite au cimetière. Les veines noires réapparurent sur la main et le bras de Derek, signe qu'il drainait la douleur ressentie par l'adolescent.
« Ça va aller Stiles… murmura le loup. Ça va passer ».
La douleur qu'il drainait était si grande… Jamais il n'aurait pu laisser Stiles encaisser un truc pareil tout seul. Il fallait qu'il tienne bon. Et il y parviendrait. Le fils du shérif était un battant, Derek n'en doutait pas.
- Derek… murmura l'hyperactif, qui semblait à mi-chemin entre le rêve et la conscience.
- Je suis là, répondit ce dernier. Tu n'es pas tout seul.
Derek continua de soulager Stiles jusqu'à ce qu'il sente que la douleur n'affluait plus. Délicatement, il retira sa main de celle de l'hyperactif. La crise était terminée. Il tourna son regard vers Stiles qui semblait maintenant bien plus apaisé.
« Est-ce que ça va ? demanda Derek.
- Oui… ça peut aller, répondit Stiles d'une voix épuisée. Merci beaucoup.
- Ce n'est rien, affirma le loup. Je ne pensais pas que ça pouvait arriver pendant la nuit.
- J'ai fait un cauchemar. Je crois que c'est ce qui a déclenché ce truc. J'ai rêvé que… j'étais encore lui. Qu'il me forçait à… tuer tout le monde. J'avais du sang sur les mains et…
Décontenancé par la confidence de l'adolescent, Derek ne sut quoi répondre. Les séquelles de la possession de Stiles par le Nogitsune ne se manifestaient pas que par ces douleurs. Il était encore psychologiquement marqué par ce qui lui était arrivé et cette pensée attristait Derek.
Lentement, il se rassit sur le matelas avant de prendre une voix qui se voulait rassurante :
« Tu ne dois plus t'inquiéter pour ça. C'est fini, il est parti. Il ne te fera plus jamais de mal. Ces douleurs vont cesser et tu seras définitivement libre.
- Peut-être… murmura l'hyperactif. Tout ce que je veux, c'est ne plus faire souffrir les gens que j'aime. Le reste, je m'en fiche…
Le coeur de Derek se serra à l'entente des paroles de Stiles. Il comprenait parfaitement ce que l'hyperactif pouvait ressentir. Lui-même se sentait toujours profondément coupable de ce qui était arrivé à sa famille. Si il n'était pas sorti avec Kate, l'incendie ne serait pas arrivé. Sa famille ne serait pas morte. Et il ne sentirait pas en permanence cet affreux sentiment de solitude.
Derek chassa d'une pensée ces obscurs souvenirs. L'important aujourd'hui, ce n'était pas le passé, mais la tâche qu'il s'était fixée. Aider Stiles. D'ailleurs, à l'intérieur de lui, son loup ne cessait de le lui rappeler.
De son côté, l'adolescent commençait à se remettre de sa crise. Son regard s'attarda sur son invité nocturne et il se rendit enfin compte de la tenue de Derek. Le loup était torse nu, vêtu uniquement d'un bas de survêtement. Ses muscles parfaitement dessinés étaient éclairés par la lumière du croissant de lune à l'extérieur. Quelques poils fins parcouraient sa poitrine et formaient une ligne en dessous de son nombril.
Ce mec était juste la perfection incarnée en termes de beauté et Stiles sentit le rouge lui colorer les joues. Conscient de son trouble, Derek ne put s'empêcher d'esquisser un léger sourire.
« Tu devrais essayer de te rendormir maintenant, suggéra le loup.
Stiles acquiesça doucement puis se mordit la lèvre, comme si il hésitait à dire quelque chose. L'odeur du malaise émana de lui et parvint jusqu'aux narines de Derek.
- Si tu as quelque chose à dire, vas-y, insista ce dernier.
- Est-ce que… tu peux rester avec moi le temps que je me rendorme ? C'est ridicule, je sais, mais… j'ai pas envie d'être tout seul.
Le loup-garou ne cilla pas à la demande de Stiles et demeurait même étrangement silencieux.
- Tu peux refuser hein, reprit l'hyperactif, conscient du caractère saugrenu de ce qu'il venait de demander. Tu as déjà fait beaucoup ce soir et je t'en suis très reconnaissant.
- Ça ira, répondit simplement Derek. Je vais rester.
Stiles écarquilla les yeux. Il s'était attendu à un refus catégorique, poli dans le meilleur des cas. Accompagné d'un grognement dont seul Derek avait le secret. Mais non, il avait accepté.
- Tu… hum… tu peux t'installer sur ma chaise de bureau, proposa Stiles. Si j'avais su, j'aurai installé un matelas gonflable.
- J'ai une meilleure idée, annonça Derek. Ferme les yeux un moment.
- Oula, j'ai un mauvais pressentiment. Tu vas quand même pas m'assommer d'un coup sec pour être tranquille, hein ?
- Cesse de raconter des âneries, grogna le loup. Et ferme les yeux. S'il te plait.
Le ton poli de Derek acheva de convaincre Stiles. Il n'avait jamais entendu le loup lui dire « s'il te plaît » depuis qu'ils se connaissaient. L'adolescent ferma les yeux et guetta d'éventuels sons. Il entendit un léger bruit de tissu qui glisse, puis qui tombe. Et ensuite des bruits inconnus qu'il n'arrivait pas à reconnaitre, comme de légers craquements.
- C'est bon, je peux ouvrir les yeux ? demanda Stiles, qui n'en pouvait plus d'attendre.
Seul le silence lui répondit, jusqu'à ce qu'il entende un petit couinement qu'il prit pour une approbation. En ouvrant les yeux, l'hyperactif constata que Derek avait disparu. Et qu'à sa place, se tenait un énorme loup noir aux yeux bleus qui étincelaient dans l'obscurité. Il comprit que Derek venait de se changer en loup.
Stiles demeura un instant ébahi devant l'animal. Même si il était désormais habitué au surnaturel, il était toujours fasciné que ce genre de choses soit possible.
Sans attendre d'invitation, le loup à la fourrure sombre grimpa sur le lit de Stiles et se roula en boule à la droite de l'humain. Seul son museau dépassait et ses yeux fixaient Stiles, comme pour lui dire qu'il n'avait plus rien à craindre.
« D'accord, d'accord, j'vais dormir, affirma Stiles, un peu amusé par la situation.
Il se glissa de nouveau sous sa couverture et posa sa tête sur son oreiller, ne pouvant détacher son regard du loup. Il pouvait sentir sur son bras droit la fourrure de la créature qui le frôlait. Elle semblait étonnamment douce. Il ferma les yeux, cette fois de soulagement. Il savait que rien ne pouvait lui arriver parce que Derek était là. Il se sentait bien et ne tarda pas à se rendormir.
De son côté, Derek était tout aussi satisfait. Quand Stiles lui avait demandé si il pouvait rester, son loup l'avait supplié d'accepter, trop heureux d'avoir une chance de rester près de lui. Il avait donc laissé son loup prendre le contrôle et s'était transformé. Il ne savait pas encore pourquoi l'animal en lui montrait autant d'attachement à Stiles. Peut-être parce que l'adolescent était aujourd'hui plus vulnérable qu'il ne l'avait jamais été. Et que son instinct protecteur s'était manifesté face à tant de détresse. Peut-être.
Le loup noir se roula davantage en boule, guetta quelques instants la respiration de l'humain à côté de lui. Puis s'endormit à son tour.
A l'extérieur, le long de la rue où se trouvait la maison des Stilinski, un homme marchait tranquillement, vêtu d'un imperméable sombre. Sa silhouette n'était éclairée que par la faible lueur des réverbères. Après avoir regardé derrière son épaule, il stoppa sa marche dans une petite rue adjacente et sortit de sa poche un téléphone à clapet, sur lequel il composa un numéro.
A l'autre bout de la ligne, on décrocha, et une voix masculine se fit entendre :
« Vous l'avez ? interrogea la voix.
- Pas encore… Il n'était pas seul ce soir, répondit l'homme à l'imperméable.
- Vous aviez pourtant dit à vos gars d'éloigner le père, non ? Où est le problème, nom de Dieu ?
- Une de ces créatures était avec lui. Un loup-garou, si je ne me trompe pas.
- Comment cela a t-il pu arriver ? râla la voix. Vous m'aviez pourtant assuré qu'il était isolé des autres depuis un certain temps.
- Je n'en sais rien, murmura l'homme. Je trouverai une solution.
Un soufflement s'échappa du combiné. Son interlocuteur paraissait passablement agacé.
- Bien, reprenez votre surveillance dans ce cas. Et accomplissez votre objectif dès que vous le pouvez. Ce gamin est d'une valeur considérable à présent, ne l'oubliez pas.
- C'est entendu. Je vous recontacte.
L'homme dans la ruelle referma d'un coup sec le téléphone, mettant fin à la conversation. La présence du loup allait compliquer les choses. Mais sa tâche était loin d'être impossible. C'était juste un obstacle. Et un obstacle, on peut le surmonter. Définitivement s'il le faut.
C'est ainsi que s'achève ce premier chapitre ! J'espère sincèrement qu'il vous aura plu. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, en bien comme en mal, ça m'intéresse dans les deux cas. Je vous donne rendez-vous pour le prochain chapitre qui arrivera aussi vite que possible. La bise !
