Salut à tous ! Me revoilà pour un deuxième chapitre de cette fanfiction qu'il me tardait ardemment de vous poster. Je suis navré pour cette longue attente mais entre les vacances, le job d'été, les projets qui reprennent et quelques soucis persos, j'ai été bien occupé. Je tiens à rappeler à cette occasion que ma résolution n'a pas changé : chaque fanfiction que je commence sera achevée quoi qu'il arrive. Je sais à quel point il est frustrant de ne pas avoir la suite d'un récit qui nous captive, raison pour laquelle je ne vous infligerai pas cette déconvenue.
En tout cas, je vous remercie tous énormément pour vos retours sur le premier chapitre, ça me fait énormément plaisir qu'il vous ait plu. Mais trêve de discours, je vous laisse avec ce chapitre qui, vous le remarquerez, est plus long que le premier x)
Bonne lecture à tous !
Chapitre 2
Encore sous sa forme de loup, Derek ouvrit les yeux. Le jour s'était levé. Son ouïe lui permit d'entendre le chant des oiseaux à l'extérieur de la maison. Relevant le museau, il regarda à côté de lui. Les draps étaient défaits et le matelas était froid. Stiles n'était plus à ses côtés. Un sentiment de panique envahit immédiatement le loup dont les sens s'aiguisèrent en un quart de seconde.
Il entendit du bruit au rez-de-chaussée. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, Derek reprit sa forme humaine, enfila ses vêtements et descendit en trombe les escaliers de l'étage.
Il s'en voulait terriblement de ne pas avoir entendu Stiles se lever. Il n'était pourtant pas du genre à dormir aussi profondément. Si l'hyperactif avait été victime d'une autre crise alors que le loup dormait encore, il ne se le pardonnerait pas.
Arrivé dans la cuisine, toute l'inquiétude que Derek avait ressenti retomba comme un soufflé. Stiles était là, vêtu d'un tablier, des écouteurs dans les oreilles et lui tournait le dos. Devant la cuisinière, il s'affairait visiblement à verser de la pâte liquide dans une poêle fumante. Le tout en fredonnant et en se déhanchant au rythme de la musique.
« Lookin' for some hot stuff baby this evening ! I need some hot stuff baby tonight ! »*
Se retournant pour attraper un ingrédient dans un placard, l'hyperactif eut un sursaut en voyant Derek dans l'embrasure de la porte.
« Nom de Dieu ! s'exclama Stiles en retirant les écouteurs. Tu m'as fait peur ! »
Furieux, le loup-garou franchit les quelques mètres qui le séparait de l'hyperactif et le surplomba de toute sa hauteur. Avec un grand sourire, Stiles plaça sous le nez de son invité l'assiette qui reposait à côté du gaz et dont la senteur avait déjà embaumé toute la cuisine.
« T'en veux ? demanda Stiles avec entrain. Faits maison et tout chauds.
- Ne refais jamais ça, grogna Derek.
- Comment ça ? T'aimes pas les pancakes ?
- Pas ça, abruti. Te barrer au petit matin sans me prévenir. J'ai cru qu'il t'était arrivé quelque chose !
- Ah… répondit Stiles, penaud. Désolé, je n'ai pas voulu te réveiller. Tu avais l'air de bien dormir… je pensais pas mal faire.
Alors qu'il était terriblement énervé quelques secondes plus tôt, le loup-garou commença à culpabiliser face à la mine dépitée de l'hyperactif. La tension dans ses muscles se dissipa. Il avait peut être légèrement surréagi et pris trop à coeur la mission dont il s'était investi. Stiles allait bien, c'était l'essentiel. Mais ce dernier affichait désormais une mine contrariée, tenant toujours désespérément son assiette de pancakes.
Derek lorgna sur le plat odorant. Stiles avait quand même fait l'effort de cuisiner dès le matin et il ne voulait pas passer pour un ingrat.
« Je… hum… je veux bien y goûter, reprit Derek en se raclant la gorge.
- Ça marche ! s'exclama Stiles dont la joie était revenue en un quart de seconde. J'en fais encore quelques-uns et le tour sera joué. Installe-toi.
- Laisse-moi t'aider, commença Derek en se saisissant de la poêle.
Stiles lui tapa aussitôt sur la main d'un air réprobateur.
- Hep, hep, hep ! JE suis l'hôte et TU es l'invité. Alors tu poses tes fesses de loup-garou mal luné sur une chaise et tu me laisses gérer l'intendance. Compris ?
Sans un mot, Derek recula et s'installa à la table de la cuisine. D'ordinaire, il aurait sûrement grogné sur l'humain et montré les dents, mais l'expérience lui avait appris qu'il était inutile de raisonner Stiles quand ce dernier avait clamé qu'il voulait faire quelque chose. Autant éviter une dépense d'énergie inutile.
Quelques instants plus tard, toujours vêtu de son tablier sur lequel était inscrit « Cooking is life », Stiles posa l'assiette sous le nez de Derek.
Ce dernier s'apprêtait à remercier l'hyperactif mais hélas, le fauve était déjà lancé.
« Aloooors… avec ça, tu voudras peut-être du café ? Ou du thé ? Ou du lait ? Ou les deux ? Puisqu'on peut mettre du lait dans le café mais aussi dans du thé alors que l'inverse n'est pas vr…
- Stiles… interrompit Derek en se massant les tempes. Il est huit heures du matin…
- Mille excuses monsieur le grand méchant loup, je n'ai pas encore pris mon Aderall. Alors, tu veux quoi ?
- Du café, s'il te plait. Ce sera très bien.
L'hyperactif s'empara d'une tasse qu'il remplit du liquide noir brûlant avant de la tendre à Derek. Il s'assit ensuite en face de ce dernier, attendant impatiemment qu'il déguste ses préparations.
« Tu n'en manges pas ? s'étonna Derek.
- Eh bien… euh… les trois premiers pancakes sont déjà dans mon estomac. J'ai pas eu la patience d'attendre pour y goûter, avoua Stiles.
Derek porta la fourchette à sa bouche. Même s'il n'était pas très sucré, il fallait reconnaître que les pâtisseries étaient délicieuses et qu'elles s'agrémentaient très bien avec la saveur amère du café.
Un long moment s'écoula sans que l'humain ou le loup-garou n'échangent un mot. Derek se contenta de poursuivre son repas en silence, exerçant sa légendaire capacité à se plonger dans un mutisme aux profondeurs abyssales. Stiles ne s'en formalisa pas. Il commençait à être habitué au manque de conversation de Derek et cela ne l'empêchait pas d'apprécier sa présence.
Malgré tout, il se rappela douloureusement que si le lycanthrope était là, ce n'était pas pour apprécier ses talents culinaires indéniables mais parce qu'il était désormais la proie d'un mal surnaturel imprévisible. Et que pour des raisons encore inconnues, Derek s'était donné pour mission de le protéger de tout ça. Dans le passé, leurs rapports se limitaient pourtant uniquement à des grognements d'un côté et à des monologues interminables de l'autre. C'était vraiment à n'y rien comprendre. Pourquoi Derek se donnait-il tant de mal alors qu'il n'était rien pour lui ?
Incommodé par le silence pesant, Stiles se racla la gorge pour s'éclaircir la voix.
« Je voulais te dire… Merci encore d'être resté avec moi hier soir. Ça m'a vraiment beaucoup aidé ».
Relevant la tête, Derek scruta un instant le regard de l'humain. Ses traits étaient moins tirés que les dernières fois où il l'avait aperçu. Les cernes sous ses yeux étaient aussi beaucoup moins visibles. L'ancien alpha devina sans peine que jusqu'à la nuit dernière, l'hyperactif avait dû enchaîner insomnie sur insomnie, et ce depuis plusieurs semaines.
« Tu fais souvent ce genre de cauchemars ? demanda Derek sans détour.
Stiles acquiesça doucement, son regard se faisant plus lointain.
- Presque toutes les nuits, répondit-il d'une voix lasse. Depuis… ce qui s'est passé à Oak Creek…
Derek redoutait cette réponse. Les évènements avaient conduit Stiles à croire, consciemment ou inconsciemment, que les morts d'Allison et d'Aiden étaient de sa faute. Ce sentiment de culpabilité le rongeait et se manifestait visiblement à travers ses cauchemars.
« Et maintenant je suis condamné à souffrir le martyr à intervalles réguliers et à attendre une délivrance qui ne viendra peut-être pas… termina Stiles d'une voix dépitée.
La détresse dans sa voix fit vriller les nerfs de Derek. Il n'arrivait pas à supporter que l'humain se sente aussi abattu. Cela ne lui ressemblait pas et son odeur n'était pas la même qu'en temps normal, ce qui était très désagréable pour son loup.
- Il est hors de question que l'on reste les bras croisés, claqua Derek. Je sais que Noshiko t'a dit qu'il n'y avait rien à faire mais il doit bien exister un moyen d'empêcher cette souffrance de t'atteindre.
- Peut-être… Deaton est sur le coup, il m'a dit qu'il poursuivrait les recherches de son côté.
L'ancien alpha acquiesça en silence. Si il existait une personne capable de les aider face à une énième catastrophe surnaturelle, c'était bien Deaton. Le druide leur avait déjà sauvé la mise un grand nombre de fois.
Voyant que Derek avait fini son assiette, Stiles s'apprêtait à la débarrasser lorsqu'il fut stoppé par le loup-garou.
- Je suis peut être l'invité mais il est hors de question que je me tourne les pouces, protesta le loup. Tu as fait à manger, je fais la vaisselle.
- Wow, le grand Derek Hale se coltinant les tâches ménagères… Voilà un spectacle peu commun, s'amusa Stiles. On a des gants de ménage rose fuchsia sous l'évier si jamais ça te tente.
Stiles ne put se retenir de rire. La vision de Derek en fée du logis était tout simplement irrésistible. Le lycanthrope lui adressa un regard noir qui s'estompa bien vite en entendant le rire de l'hyperactif. Si pour retrouver le sourire, Stiles avait besoin de se foutre de lui, c'était un prix à payer tout à fait acceptable.
Il s'en rendait compte à présent. Il ne souhaitait pas seulement délivrer Stiles de la souffrance qui l'habitait, mais aussi l'aider à mettre l'épisode du Nogitsune définitivement derrière lui. Et découvrir pourquoi son loup avait de telles réactions lorsqu'il se trouvait à proximité de l'hyperactif.
Un sacré programme en somme.
À l'extérieur de Beacon Hills, au domicile de la famille Yukimura, l'ambiance était beaucoup plus mesurée. Portant sa tasse de thé à ses lèvres, Noshiko observait son mari lire le journal local avec attention. En neuf cents ans d'existence, la kitsune n'avait jamais rencontré un être humain aussi calme et posé que son époux, ce qui était un véritable soulagement dans la vie d'errance qui était la sienne.
Une cavalcade dans les escaliers mit fin à sa contemplation. Kira pénétra dans la cuisine ouverte, vêtue d'une robe à motifs géométriques et d'un blouson de cuir. Ouvrant le frigo, elle se versa un verre de jus d'orange qu'elle but d'une traite.
« Où vas-tu comme ça ? demanda la mère de Kira d'une voix ferme.
- Chez Scott. Il m'a invité pour la journée.
Le regard de Noshiko se durcit. Même si le vrai Alpha avait démontré qu'il était digne de confiance, elle ne pouvait s'empêcher de voir d'un mauvais oeil le fait que sa fille fréquente un lycanthrope.
- Tu veilleras à ne pas rentrer trop tard, exigea la mère de Kira. Dix-huit heures, grand maximum.
- D'accord… souffla Kira d'un air désespéré.
La jeune fille voyait bien que sa mère désapprouvait encore sa relation naissante avec Scott et qu'elle ne lui laissait la liberté de le voir que pour se faire pardonner son silence quant à leur nature de kitsune.
Ne souhaitant pas avoir à subir d'autres exigences maternelles, Kira s'empressa d'embrasser ses deux parents sur la joue avant de prendre les clés de la voiture et de sortir de la maison.
Ken Yukimura leva les yeux de son journal, portant un regard inquiet à sa femme.
« Tu ne lui as rien dit à propos de ce qui arrive à Stiles ? demanda t-il.
La kitsune but une nouvelle gorgée de thé avant de reposer sa tasse sur la soucoupe assortie.
- Elle risquerait de le dire à Scott et Stiles m'a fait promettre de ne rien lui révéler.
- Tu sais que tu ne lui rends pas service en gardant ses proches dans l'ignorance, insista le père de Kira. Une pareille épreuve ne peut s'affronter seul.
- C'est le moins que je puisse faire pour expier le mal que je lui ai infligé en invoquant le Vide. Si je n'avais pas fait appel au Nogitsune, rien de tout ceci ne serait arrivé.
- Tu ne pouvais pas savoir que les choses tourneraient ainsi.
- Peut-être… Mais j'étais prête à le tuer avec l'aide des Onis pour éradiquer le Nogitsune. J'ai mille et une raisons de me faire pardonner vis à vis de ce jeune homme. Je garderai donc le silence si tel est son souhait. Et je ne changerai pas d'avis.
Le père de Kira afficha une mine contrite. Il n'était pas d'accord avec sa femme mais il savait qu'elle avait besoin de soulager la culpabilité qui l'habitait. Il posa une main réconfortante sur celle de la kitsune.
« Nous pourrions appeler certains de tes contacts au Japon pour voir si il est possible de faire quelque chose pour Stiles. Ça vaut le coup d'essayer, tu ne penses pas ? ».
La mère de Kira hocha silencieusement la tête. Elle connaissait de nombreux kannushi qui pourraient peut-être leur venir en aide.
Il fallait qu'elle agisse. Pour faire en sorte que le Nogitsune sorte de leur vie à tous. Une bonne fois pour toutes.
Plus tard dans la matinée, le loup-garou et l'hyperactif vaquèrent chacun à leurs occupations. Derek avait sorti du coffre de la Camaro différents équipements de musculation qu'il avait ramené du loft et s'exerçait à présent avec application dans le jardin des Stilinski. Même s'il était quelque peu éloigné de Stiles, son ouïe lui permettrait sans aucun doute d'entendre si une nouvelle crise survenait.
De son côté, installé à la table du salon, Stiles s'était lancé dans ce qu'il savait faire de mieux : des recherches sur le surnaturel. Il avait imprimé l'intégralité de la section du Bestiaire consacrée aux démons japonais et surlignait avec ardeur le moindre passage pouvant être utile. Malheureusement, cela représentait bien peu de choses. L'ouvrage restait très flou et se contentait la plupart du temps de narrer uniquement des légendes relatives au Nogitsune. Rien de bien fructueux. Stiles espérait ardemment que Deaton ait plus de chance que lui.
Sentant que sa tête commençait à saturer, Stiles s'étira longuement et son regard pivota vers la fenêtre donnant sur l'extérieur. Derek était en train de faire de la corde à sauter, dans son jardin, en débardeur gris, tous muscles dehors. Le regard de l'hyperactif resta figé face à cette vision presque divine.
Il devait bien avouer que le physique du loup ne le laissait clairement pas indifférent. En vérité, cela faisait maintenant quelques temps que Stiles avait envisagé la possibilité de ne pas être attiré uniquement par les femmes. Il s'était même renseigné sur le Net et envisageait très sérieusement d'aller questionner Danny. Pour autant, il était clairement exclu qu'un type comme Derek Hale puisse s'intéresser à lui, ne serait-ce qu'une seconde.
Secouant la tête pour chasser ses pensées, Stiles se replongea dans ses recherches. Alors qu'il bataillait face à un odieux paragraphe rédigé en japonais, il entendit la porte d'entrée s'ouvrir à nouveau. Derek apparut dans l'entrebâillement de la porte du salon, le col de son débardeur imbibé de sueur.
« Tu as fini ton entrainement de G.I Joe ? demanda Stiles, le nez sur ses notes.
L'ancien alpha haussa un sourcil face à la comparaison employée par son hôte.
- Oui, j'ai fini. Et toi, tu as bien avancé ? demanda Derek en se rapprochant de la table du salon.
Stiles releva la tête et resta un instant interdit face à l'expression de Derek. Ce dernier semblait réellement curieux d'entendre ce que l'adolescent avait trouvé. C'était… étrange.
- Pas vraiment, répondit Stiles.. Il y a bien quelques paragraphes qui parlent précisément du Nogitsune mais aucun n'évoque la phase postérieure à la possession et encore moins certains effets résiduels. Comme l'a dit la mère de Kira, beaucoup devaient penser qu'il était impossible de se libérer de l'emprise de ce truc et de ce fait, ils n'ont pas cherché bien plus loin.
Derek resta silencieux. Il n'osait pas imaginer ce qu'il se serait passé si Scott et les autres n'étaient pas parvenus à délivrer Stiles des griffes du Nogitsune. Auraient-ils fini par le tuer pour contrer cette menace ? Derek sentit son loup se révolter contre une telle idée et une légère nausée l'envahit. Envisager un tel scénario était inacceptable.
- Ça va ? demanda Stiles. Tu fais une tête bizarre.
Le loup-garou se reprit instantanément.
- Oui, ne t'inquiète pas. Je vais aller prendre une douche.
- Bonne idée, approuva Stiles en plissant le nez. Sans vouloir te vexer, mes fosses nasales ont déjà connu des fragrances plus agréables.
- Et mes oreilles ont déjà entendu des commentaires moins débiles, répliqua Derek.
L'adolescent tira la langue au loup-garou tandis que ce dernier tournait déjà les talons pour se diriger vers la salle de bains.
Une demi-heure plus tard, Derek redescendit, les cheveux encore humides, vêtu d'un t-shirt vert olive et d'un pantalon noir. Retournant dans le salon, il constata que Stiles n'avait pas bougé et continuait de griffonner à toute allure sur son bloc-notes.
Il s'installa également à la table du salon, juste à la droite de Stiles. Même si ils étaient à bonne distance, la proximité et surtout le silence du loup perturbaient profondément l'hyperactif.
- Et sinon… tu avais quelque chose de prévu aujourd'hui avant que je te kidnappe chez moi ? demanda Stiles en mâchouillant son stylo.
Derek adressa à Stiles un regard qui signifiait clairement : « Il est totalement absurde de penser que tu puisses me kidnapper avec tes petits bras tout frêles ». Ceci étant, ce n'est pas ce qui sortit de la bouche de l'ancien alpha.
- Je devais aller au manoir pour récupérer quelques affaires qui ont résisté à l'incendie. Une entreprise de démolition doit passer dans la semaine.
- De démolition ? répéta Stiles. Tu vas raser le manoir de ta famille ?
Un voile de tristesse passa un instant dans les yeux de Derek et Stiles se mordit immédiatement la lèvre. Il avait parfois un tact équivalent à celui d'un hippopotame. Mais l'émotion dans les yeux de Derek s'estompa bien vite et laissa place à l'habituel air détaché du loup.
- Le bâtiment est devenu clairement insalubre et je suis quasiment tout le temps au loft. Il est temps de passer à autre chose.
- Tu veux qu'on y aille cette après-midi ? proposa Stiles. Pour le moment, je fais chou blanc sur ces recherches et je ne voudrais pas que tu contraries tes projets à cause… de ce qui m'arrive. Et ma Jeep sera sûrement plus pratique pour charger des cartons que la Camaro. Sans vouloir offenser ton goût en matière d'automobile, bien entendu.
Derek réfléchit quelques instants avant d'accepter d'un hochement de tête. Cela lui permettrait de tirer définitivement un trait sur la sombre période de sa vie que représentait ce bâtiment, tout en veillant sur Stiles, vu que ce dernier l'accompagnait.
Après tout, peut être que la présence de l'hyperactif rendrait plus supportable le retour de Derek dans cet endroit où sa vie d'avant s'était arrêtée…
De l'autre côté de la rue, tout près de la maison de Stiles, était située une modeste demeure à la façade bleue et aux fenêtres blanches fraichement repeintes. La façade droite de l'habitation était recouverte par le lierre. Suspendue sous le porche, poussée par le vent, une balancelle oscillait, émettant par intervalles réguliers un léger grincement métallique. Sur la droite du jardin, à côté d'un bosquet de fleurs, se trouvait encore un panneau de vente immobilière portant l'inscription « VENDUE ».
A l'intérieur, sur la table du vaste salon, un gigantesque plan de la ville avait été déployé et plusieurs marques tracées au marqueur rouge y figuraient. Au dessus du plan reposait tout un tas de passeports et de cartes d'identité émanant des différents Etats du pays. Au bout de la table, un homme tapait frénétiquement sur un ordinateur portable dernier cri. Il avait les cheveux châtains coupés très courts et était vêtu d'un blouson noir et d'un jeans.
Installée à la fenêtre du salon, une femme aux cheveux blonds attachés en queue de cheval regardait attentivement dans l'objectif d'un appareil photo installé sur trépied et dirigé droit vers la maison Stilinski. Elle portait un débardeur kaki, un pantalon noir et une boucle d'oreille solitaire pendait à son oreille droite.
Elle abandonna un instant sa surveillance pour se tourner vers l'homme attablé.
« Je peux savoir ce que tu fais ? demanda t-elle.
- Je pirate les serveurs de l'agence immobilière qui nous a vendu la maison. Il est hors de question qu'ils conservent la moindre trace de notre passage. Et toi, tu vois quelque chose ?
La femme se pencha de nouveau vers l'appareil photo pour voir à travers.
- Le loup est rentré à l'intérieur il y a un moment et personne n'est sorti depuis. On dirait qu'il va rester avec lui toute la journée.
L'homme croisa les bras et poussa un soupir.
- Ça craint, le gamin était censé être seul. Attirer le père avec un faux cambriolage la nuit dernière n'aura servi à rien.
- Non, en effet, acquiesça la femme. Mais tu m'expliques ce qui nous empêche d'entrer dans la maison, de buter le loup et de nous emparer de la cible ?
- Ma pauvre, tu ne sais pas à qui tu as affaire. Un loup-garou n'est clairement pas un adversaire à prendre à la légère. Surtout celui-ci. D'après les infos que le boss a recueilli, c'était autrefois un Alpha. Autrement dit, il était tout en haut de la chaine alimentaire. Même armés, je ne suis pas certain qu'on en viendrait à bout.
- On pourrait embaucher un de ces types qui chassent les loups-garous, suggéra la femme. Il parait que c'est pas ce qui manque par ici.
- Les chasseurs suivent un code d'honneur à la lettre. Aucun d'entre eux ne tuera un loup qui n'a rien fait. En plus, j'ai cru comprendre que ce gosse avait ses entrées chez les chasseurs. Une de ces anciennes camarades de classe était issue d'un de leurs clans.
- Tu m'as l'air bien informé dis moi… commenta la femme, en esquissant un sourire en coin.
- Quand on me paye, j'estime que je dois faire du bon boulot.
- Du coup, qu'est ce qu'on fait ? On se contente de les mater sans rien faire ?
- Pour le moment, oui. C'est ce que le boss nous a ordonné. On ne les perd pas de vue et on attend la meilleure occasion pour choper le gamin en faisant le moins de vagues possibles. Je te rappelle au passage que son père est shérif.
- Hmm… commenta sa partenaire, d'un air peu convaincu.
Vingt bonnes minutes s'écoulèrent avant que la femme aux cheveux blonds ne reprenne la parole.
- Tu sais, toi, pourquoi le boss s'intéresse autant à ce gosse ?
Son partenaire leva le nez de l'écran d'ordinateur et se racla la gorge, mécontent.
- Un ordre est un ordre. J'ai pas pour habitude de poser des questions. Et tu devrais en faire autant.
- Allez… tu dois bien le savoir. Toi, il te mets souvent dans la confidence.
L'homme hésita quelques instants face à la question de sa partenaire. Evidemment qu'il était au courant de ce qui motivait le patron.
- Depuis qu'il a été possédé, ce gamin a en lui quelque chose que le boss veut. Et crois-moi sur parole, il ne risque pas de laisser passer cette occasion.
- Je vois… En tout cas, tant qu'il me paye, il peut bien avoir ce qu'il veut.
La femme connaissait la réputation de leur employeur. C'était un homme fantasque, fasciné par le surnaturel. Mais il était également d'une dangerosité sans pareille. De nombreuses histoires circulaient d'ailleurs à son sujet. Disparitions mystérieuses, mise en scène d'accidents… En somme, le genre d'homme à ne jamais contrarier. Jamais.
Les pneus de Roscoe roulèrent à vive allure sur les feuilles mortes qui parsemaient le sentier menant au manoir Hale. Arrivé à destination, le duo improbable sortit du véhicule bleu ciel.
Derek leva la tête vers le bâtiment qui avait été autrefois son foyer. Il n'y était pas revenu depuis que la meute d'Alphas s'était installée à Beacon Hills. Il ne pouvait pas réellement dire que cet endroit lui avait manqué, sa seule vue ramenant à la surface des souvenirs douloureux.
Stiles remarqua le trouble qui affectait Derek. Le loup-garou n'avait vraiment pas eu un passé facile. À leur manière, ils étaient deux âmes en peine s'étant retrouvées pour tenter de surmonter leurs malheurs, pour essayer tant bien que mal de porter leur fardeau.
À pas silencieux, ils atteignirent le porche. Derek ouvrit la porte. Un amas de feuilles mortes s'envola, poussé par le courant d'air de l'ouverture. Stiles frissonna. Derek avait raison. Le manoir Hale était vraiment insalubre et fichait toujours autant les jetons. Les murs étaient entièrement calcinés, la végétation avait pénétré par le plafond ainsi que par certains murs et la poussière était omniprésente, recouvrant chaque meuble d'un voile gris foncé.
Derek s'avança en premier, Stiles le suivant de près. Ses pas grincèrent sur le vieux parquet dont le bois semblait avoir résisté à l'incendie, envers et contre tout.
« Dis-moi ce que je dois faire, demanda Stiles.
- Il y a quelques cartons dans la salle à manger, indiqua Derek. Je m'occupe de ceux de l'étage.
- À vos ordres capitaine ! lança Stiles en improvisant un salut militaire hasardeux.
Derek leva les yeux au ciel avant de monter les escaliers brinquebalants du manoir. Stiles se rendit dans la pièce indiquée et effectivement, quatre cartons étaient posés sur le sol. L'hyperactif s'empara du premier et alla le charger dans le coffre de Roscoe. Concentré sur sa tâche, il répéta cette opération sans se rendre compte que Derek n'était toujours pas redescendu.
« Derek ? appela Stiles au pied de l'escalier.
Seul le silence répondit à l'adolescent qui décida d'aller voir de quoi il retournait. Il était légèrement nerveux, étant donné que l'ouïe du loup-garou aurait normalement dû lui permettre de l'entendre.
Arrivé à l'étage, Stiles se mit à inspecter les premières pièces de l'immense demeure. En vain.
« Dans cette bicoque, le concept de tanière du grand méchant loup prend tout son sens, se dit Stiles intérieurement.
L'adolescent commençait réellement à paniquer en constatant qu'il ne parvenait pas à retrouver Derek.
Il atteignit finalement la pièce située au bout du couloir de l'étage. La porte était entrouverte et émit un grincement lorsque Stiles l'ouvrit davantage. Passant la tête dans l'embrasure, il poussa un soupir de soulagement. Derek était là, assis à même le sol, devant un coffre en métal légèrement calciné dont le contenu était éparpillé.
« Ah tu es là ! héla Stiles en se rapprochant du loup. J'ai cru que tu avais eu un problème. Que le plancher s'était dérobé sous tes pieds ou qu'une poutre moisie t'était tombée sur la cabo…
Stiles s'arrêta net en voyant ce que Derek était en train de consulter. De loin, il avait cru que le carton ouvert ne contenait que des livres complètement banals. Mais il s'était trompé. Le loup était en train de regarder des albums photos.
L'ancien alpha continua de feuilleter les ouvrages. Il y avait tellement de photos, représentant tellement de scènes de vie… Les vacances dans le Nord du pays avec ses parents et Laura, sa première victoire dans un tournoi de basket, le réveillon de Noël après la naissance de Cora, un repas tous ensemble dans le jardin un soir d'été… Toute la vie de sa famille figurait dans ces pages. Une vie désormais révolue et inaccessible.
Derrière Derek, Stiles demeurait silencieux. Il savait très bien à quel point il pouvait être dévastateur de perdre un membre de sa famille et de se remémorer ce souvenir. Lui-même l'avait vécu en perdant sa mère alors qu'il était encore enfant.
L'hyperactif se rapprocha doucement et vit que le regard du loup demeurait figé sur une photo. Elle représentait la famille Hale au grand complet. Stiles put reconnaitre Derek bien sûr, mais aussi Cora et Peter. La femme au centre de la photo devait être Talia, la mère de Derek, et l'homme à sa droite, son père. La jeune femme à côté de Derek devait certainement être Laura. Elle lui ressemblait vraiment beaucoup. La même couleur de cheveux et les mêmes yeux.
Sans trop savoir pourquoi, Stiles posa sa main sur l'épaule de Derek. Il n'avait jamais été très doué pour savoir quoi dire dans ce genre de situation mais il espérait que ce geste apporterait au loup, ne serait-ce qu'un peu de réconfort. Derek ne fit aucun geste pour enlever la main de Stiles, profitant de la chaleur que ce simple contact lui insufflait.
Il tourna la tête vers l'hyperactif et lui adressa ce qui ressemblait le plus pour lui à un regard de remerciement. Lui non plus n'avait jamais été doué pour communiquer dans ces moments-là.
Reprenant ses esprits, le loup s'empara d'un carton vide avant de placer les ouvrages à l'intérieur.
« Excuse-moi, fit Derek d'une voix lourde. J'ai pris pas mal de retard.
- Pas de problème… je comprends, assura Stiles.
Le loup se releva hâtivement avant de s'emparer de trois gros cartons qu'il porta à bout de bras sans un mot. Ne voulant pas paraitre inutile, Stiles en prit également deux.
Le déménagement dura encore quelques allers-retours avant que, finalement, tous les cartons soient chargés à l'arrière de la Jeep. Derek et Stiles se retrouvèrent ensuite dans la salle à manger du manoir, désormais complètement vide.
« Je crois qu'on va pouvoir y aller, déclara Derek, les bras croisés. Merci à toi de m'avoir aidé.
- Ce n'était pas grand chose.
Le loup décroisa les bras et se dirigea à pas vifs vers la sortie du manoir. Il n'avait aucune envie de rester dans ce lieu maudit plus que nécessaire.
Mais soudain, alors qu'il s'apprêtait à passer le seuil de l'entrée, il entendit une respiration étouffée. Se retournant, il put voir que Stiles était toujours près de l'escalier, le visage baissé et la main saisissant fermement l'un des barreaux.
L'odeur trop familière de la souffrance parvint aux narines de Derek. Il devina en un instant ce qui était de se passer.
Stiles faisait une autre crise.
Il marcha rapidement vers l'hyperactif qui tendit le bras devant Derek pour l'éloigner.
« Ça va aller… gémit Stiles. C'est moins violent que les autres fois. Je… je vais pouvoir gérer… Tu n'as pas à en faire autant pour moi… ».
La seconde main de Stiles saisit un autre des barreaux de l'escalier. Comme précédemment, la douleur avait afflué en un quart de seconde mais se concentrait cette fois au niveau de sa poitrine et irradiait jusqu'à la base de son cou. Il avait l'impression qu'on venait de remplir de plomb tout le haut de son corps. Stiles ferma les yeux. Il ne voulait surtout pas que Derek supporte sa douleur en plus de celle qu'il avait sûrement éprouvé à l'étage, quelques instants plus tôt.
Il sentit néanmoins la manche de son pull se retrousser et une main chaude se poser sur son avant-bras.
- Non… protesta Stiles.
- Tais-toi et laisse moi faire, gronda Derek.
La douleur sembla quitter progressivement le champ de la poitrine de Stiles et être aspirée le long des veines qui parcouraient le bras de Derek.
Quelques secondes plus tard, la crise était terminée. Rouvrant les yeux, Stiles orienta son regard vers Derek. Le loup l'avait encore une fois aidé en puisant sa douleur. Il avait toujours la main sur l'avant-bras de Stiles et se rapprocha même plus près de l'hyperactif, l'air passablement agacé.
« Stiles… Je ne me répèterai pas… Il est hors de question que je te laisse souffrir comme ça. Tu m'as bien entendu ?
- Mais… Derek…
- Il n'y a pas de « mais ». J'ai dit que je t'aiderai et je compte bien tenir parole, même si je dois te ligoter pour que tu te laisses faire. Fin de la discussion.
Le loup relâcha la pression qu'il exerçait sur le bras de l'hyperactif et allongea sa manche. Stiles hésita quelques secondes avant de demander timidement :
- C'est à cause de ce qui est arrivé… à ta famille… que tu veux me sauver, moi ?
Stiles crut sérieusement que le loup allait l'envoyer promener avant que celui ne réponde :
- Je ne veux plus que l'un de mes proches souffre. C'est aussi simple que ça.
Si Stiles n'avait pas eu le corps retourné par ce qu'il venait de vivre, son coeur se serait sûrement emballé du fait que Derek le considère comme un « proche ». Cependant, la crise l'avait épuisé et il sentait une colonie de fourmis se déplacer le long de ses jambes qui le portaient à peine. Apercevant son état, Derek lui tendit son bras pour que Stiles puisse s'appuyer dessus jusqu'à la voiture.
Le loup-garou et l'humain sortirent ainsi du bâtiment. Stiles monta sur le siège passager de la Jeep tandis que Derek prit le volant pour le trajet retour…
Depuis plusieurs heures, assis sur le canapé des Stilinski, Derek ruminait. Pas contre quelqu'un en particulier mais contre lui-même. Il se sentait complètement impuissant face à ce qui arrivait à Stiles. Et il détestait profondément cela.
Après leur retour au domicile des Stilinski, il avait aidé Stiles à monter dans sa chambre et à s'allonger sur son lit. L'hyperactif s'était rapidement endormi, épuisé par l'épreuve qu'il avait eu à subir une nouvelle fois. De son côté, Derek avait tenté de reprendre les recherches qu'avait commencé Stiles mais en vain. Il était beaucoup moins doué que l'hyperactif, il fallait bien l'avouer.
Il avait même essayé de contacter Peter afin de requérir son aide. Son oncle les avait de nombreuses fois éclairés alors qu'ils étaient dans l'impasse. Il avait su comment extraire les souvenirs de l'esprit d'Isaac en plantant ses griffes dans sa nuque mais aussi comment dissocier Stiles du Nogitsune avec la même technique
Mais là encore, sa tentative avait été vaine, une odieuse voix automatique l'informant que le numéro de son oncle n'était plus attribué. Toujours cette fichue manie de partir au diable vauvert pour Dieu sait quelle raison…
Plongé dans ses pensées, il entendit à peine une clef s'introduire dans la serrure de la porte d'entrée. Cette dernière s'ouvrit et il reconnut presque immédiatement la démarche et l'odeur du shérif Stilinski.
« Bonsoir Derek, fit ce dernier en posant ses clés sur le guéridon du salon. Vous savez où est mon fils ?
Derek regarda le shérif d'un air hésitant. Stiles ne s'était toujours pas réveillé.
- Il dort dans sa chambre. Il était assez fatigué.
Le visage du shérif s'assombrit presque instantanément. Il passa une main sur son front avant de s'installer sur une des chaises du salon et de pousser un long soupir.
- Il a fait un cauchemar cette nuit, n'est-ce pas ?
Face à la mine affaiblie du shérif, Derek se contenta d'acquiescer silencieusement.
- Bon sang… et moi qui n'était pas là… J'avais pourtant promis de lui consacrer davantage de temps après tout ce qui s'est passé…
- Si je peux me permettre, vous n'avez rien à vous reprocher shérif, contra Derek. Vous faites votre travail et Stiles le comprend tout à fait. Je ne pense pas qu'il vous en tienne rigueur. Et si ça peut vous rassurer, je l'ai réveillé et il a pu se rendormir ensuite.
La mine du shérif s'adoucit un instant, avant d'afficher un air mêlant intérêt et suspicion.
- Vous savez Derek… je ne suis pas né de la dernière pluie. Je sais que Stiles a l'habitude de me cacher des choses parce qu'il pense me protéger. Il veut me préserver à tout prix pour ne pas me perdre, comme il a perdu sa mère. Je suis convaincu que mon fils ne me dit pas tout sur ce qui lui arrive et que votre présence ici n'est pas étrangère à ce fameux mystère…
Derek n'était pas à l'aise face au discours du shérif. Il aurait préféré pouvoir être honnête avec le père de Stiles. Si ça ne tenait qu'à lui, l'homme de loi serait déjà au courant de ce qui arrive à son fils. Mais il avait fait une promesse à Stiles et ne voulait pas trahir sa confiance. Et à dire vrai, la seule perspective que Stiles puisse lui en vouloir donnait des sueurs froides à son loup.
- Malgré tout… poursuivit le shérif, je voulais vous... remercier. Merci de veiller sur mon fils comme vous le faites.
Derek demeura un instant stupéfait face à ce qu'il venait d'entendre. Il ne s'attendait pas à ce que le shérif accepte de rester dans l'ombre, encore moins à ce qu'il le remercie. Il lui faisait assez confiance pour le laisser veiller sur son enfant. C'était un homme sage ainsi qu'une bonne personne. Exactement comme son fils.
- Je vous en prie, répondit simplement Derek, essayant de ne pas paraitre trop mielleux.
À l'étage, Stiles finit par ouvrir les yeux. Jetant un oeil à son réveil, il constata qu'il venait de faire une sieste sacrément longue. Il était plus de dix-huit heures. Se levant, il constata que la fatigue qui s'était emparé de lui avait disparu. Les fourmillements avaient cessé et il pouvait se mouvoir sans douleur.
En descendant à la cuisine, il vit un spectacle qu'il n'aurait jamais cru voir de sa vie. Son père et Derek, assis l'un en face de l'autre, visiblement en pleine discussion. Le shérif releva la tête dès qu'il aperçut sa progéniture du coin de l'oeil.
« Moi qui croyait que les animaux ne pouvaient pas hiberner en été, tu viens de bouleverser toutes mes certitudes fils, taquina le shérif. Tu as fait une bonne sieste ?
Stiles jeta un coup d'oeil à Derek qui le lui rendit. Il n'avait pas vendu la mèche et il lui en était reconnaissant.
- Pas trop mal, répondit Stiles. Ça m'a fait du bien.
- J'imagine que cela a aussi fait des vacances à Derek… commenta le shérif.
- Hahaha, très drôle… répondit Stiles en faisant une grimace.
L'hyperactif fronça les sourcils en voyant les deux cartons à pizzas empilés sur la table de la cuisine et qui semblaient chauds et odorants.
- Je vois que tu n'as pas perdu le Nord… commenta Stiles en croisant les bras devant son père, d'un air désapprobateur.
- Si ça peut te rassurer, Derek a insisté pour que je prenne deux « végétariennes », souligna le shérif avec une pointe de regret dans la voix.
Tournant la tête vers le loup-garou, Stiles mima silencieusement avec sa bouche le mot « Merci » et Derek esquissa un léger sourire. Il avait vu juste.
À cet instant le portable que Stiles avait dans sa poche vibra, indiquant un appel. L'écran lumineux indiquait que l'appel venait de la clinique vétérinaire de Beacon Hills.
Stiles sortit de la cuisine et se rendit dans le salon avant de décrocher.
« Oui ? Ici Stiles, fit l'hyperactif en décrochant.
- Stiles ? C'est Alan Deaton. Je pense avoir de bonnes nouvelles. J'ai peut-être trouvé une solution pour ton… problème.
- Vraiment ? s'exclama Stiles en essayant de ne pas faire trop de bruit. Qu'est ce que vous avez trouvé ?
- Je ne peux pas trop en parler pour l'instant. Viens demain matin à la clinique, je t'expliquerai tout en détail.
- Pas de souci, je viendrai sans faute. Merci à vous.
- Je t'en prie. À demain Stiles.
L'adolescent raccrocha et ne put s'empêcher de ressentir un soulagement. L'émissaire tenait une piste et aussi ténue soit-elle, elle redonnait espoir à Stiles. Peut-être allait-il enfin sortir des tourments qui l'habitaient depuis bien trop longtemps…
Après le repas, tous rejoignirent le salon. Installé dans son fauteuil rembourré, le shérif baillait à s'en fendre l'âme. La journée avait été longue, les dossiers s'étaient succédés et l'appel reçu au poste indiquant un faux cambriolage aux limites de Beacon Hills l'intriguait toujours. On aurait dit que tout avait été fait pour qu'il perde son temps…
Le père de Stiles capitula bien vite face au sommeil. Il salua Derek et son fils, puis monta se coucher, laissant l'humain et le loup seuls sur le canapé du salon.
Stiles claqua dans ses mains avant de s'emparer de la télécommande.
« J'ai vu qu'ils repassaient le premier Star Wars à la télé ce soir. Ça te dit ?
Derek haussa un sourcil. L'hyperactif arborait le même regard qu'un enfant qui vient de découvrir un bocal rempli de sucres d'orge dans un placard.
- Allons-y, accepta Derek de bonne grâce.
Ravi d'obtenir l'acquiescement du loup, Stiles appuya frénétiquement sur les boutons de la télécommande pour trouver la bonne chaîne. Il se leva ensuite pour aller faire chauffer un sachet de pop-corn au micro-ondes dont l'odeur embauma tout le rez-de-chaussée. Ils venaient peut être de sortir de table mais on ne pouvait pas décemment regarder un tel film sans rien à grignoter.
« Tu penses comme moi que Yoda est le personnage le plus cool de la saga, n'est-ce pas ? demanda Stiles en s'affalant à nouveau sur le canapé.
Le regard que Derek lui lança fit clairement comprendre à Stiles que le loup n'avait pas la moindre idée de ce à quoi il faisait allusion.
« Me dis pas que toi aussi tu n'as jamais vu les Star Wars… murmura Stiles d'un air dépité. C'est une caractéristique lycanthropique d'être inculte cinématographiquement parlant ? Heureusement que le Ciel nous octroie ce soir la chance de réparer ce sacrilège…
- On ne pouvait pas rêver meilleur présage, souffla Derek. Si la providence pouvait également nous accorder un peu de silence afin que je puisse rattraper mon retard, tout serait parfait.
Amusé que le loup se mette aussi au sarcasme, Stiles mima sur sa bouche une fermeture éclair. Derek leva les yeux au ciel. Pourquoi diable son loup semblait-il s'être entiché d'un phénomène pareil ?
Rapidement, le film démarra et les scènes se succédèrent. Stiles regardait Derek avec une pointe d'amusement. Les yeux fermement fixés sur l'écran, le loup-garou paraissait très concentré, comme si il essayait de retenir un maximum de détails dans chaque scène du film.
- En fait, tu es un peu mon Obi-Wan Kenobi et je suis un peu ta princesse Leia, remarqua Stiles avec humour.
- Tant que tu ne te fais pas la même coupe de cheveux qu'elle…
Stiles éclata de rire face à la remarque du loup qui s'était déjà replongé dans l'histoire.
Lorsque l'affrontement entre Obi-Wan et Dark Vador arriva, Stiles plongea sa main dans le pot de pop-corn et sursauta lorsqu'il toucha la main de Derek qui y était au même moment.
« Oups, glapit l'hyperactif. Désolé.
- Ce n'est rien, le rassura le loup.
Ce simple contact avait suffi à rendre Stiles nerveux. Il agissait vraiment comme une midinette. De son côté, Derek entendait parfaitement les battements de coeur erratiques de Stiles et il sentait à présent l'odeur de la gêne émaner de l'hyperactif.
Lorsque le générique de fin apparut à l'écran, Stiles se tourna vers Derek
« Alors, tu as aimé ? demanda l'adolescent.
Pendant quelques secondes, Derek afficha une expression indéchiffrable avant de finalement demander :
- Tu sais où on peut trouver la suite ?
Stiles afficha un grand sourire, fier d'avoir converti le plus récalcitrant des loups-garous à l'univers des Jedis.
Après avoir regardé encore un peu la télé, les deux garçons décidèrent de monter se coucher, le sommeil commençant à les gagner l'un comme l'autre. Montant silencieusement les escaliers, ils atteignirent en premier la porte de la chambre d'amis où devait dormir Derek.
« Il fallait que je te dise… annonça Stiles, Deaton m'a appelé tout à l'heure. Il a peut-être une piste pour solutionner mon problème. Je dois aller le voir demain matin ».
Derek haussa les sourcils d'étonnement. Il ne pensait pas que l'émissaire trouverait quelque chose aussi vite.
Une pensée très égoïste émana de son loup. Si Deaton avait effectivement trouvé une solution pour Stiles, ce dernier n'aurait plus besoin de l'aide de Derek. Et il ne pourrait plus rester avec lui.
Malgré tout, il tâcha d'adopter un ton encourageant.
« C'est… une bonne nouvelle.
- Ouais, c'est sûr… répondit Stiles en se grattant la tête.
L'hyperactif semblait mal à l'aise et se mit à dandiner légèrement sur un pied. À cet instant, dans la pénombre du couloir, Derek le trouvait beau. Ses cheveux en bataille, ses yeux whisky, son nez retroussé… Pour la première fois, cette sensation ne venait pas uniquement de son loup mais bien de Derek lui-même. Il devait se rendre à l'évidence. L'intérêt qu'il éprouvait pour Stiles ne venait pas uniquement de la partie animale qui était en lui.
« Tu veux que je dormes à nouveau avec toi cette nuit ? demanda Derek d'une voix qui se voulait neutre.
Surpris par la proposition du loup, Stiles se mit à bafouiller.
- Euh… non, non, tu peux aller dans ta chambre, pas de souci…
- Tu en es sûr ?
L'hyperactif resta silencieux un instant avant de murmurer :
- Oui, ne t'en fais pas. Ça va… ça va aller.
A l'intérieur de lui, Derek ressentit une légère déception. Il savait pertinemment qu'il allait retrouver Stiles le lendemain matin mais tout moment loin du fils du shérif lui paraissait de plus en plus difficile à encaisser.
Un long moment de flottement s'en suivit au cours duquel ni l'un, ni l'autre ne firent un geste, se contentant simplement de s'observer en silence. Derek entendait le coeur de Stiles battre beaucoup plus vite qu'à la normale et Stiles sentait que le loup percevait sa nervosité face à lui. Malgré tout, il demeurait figé, comme si rompre ce moment eut été un horrible blasphème.
Stiles finit néanmoins par reprendre ses esprits, le silence oppressant à nouveau son esprit hyperactif.
- Je… je vais aller dans ma chambre, bredouilla t-il. À demain Derek.
Il n'attendit même pas que ce dernier lui réponde et fonça d'un pas rapide dans sa chambre, ferma la porte et appuya son dos dessus. Son coeur battait à tout rompre et il pouvait sentir le sang pulser dans ses tempes à un rythme irrégulier.
Jamais il n'avait eu une telle proximité avec Derek avant ce jour. Leur cohabitation forcée avait à peine commencé et déjà il sentait qu'un lien ténu était en train de se créer entre lui et le lycanthrope. Stiles se passa une main sur le visage. Bordel de merde, il était en train de s'attacher à Derek Hale… Comment allait-il pouvoir dormir avec une idée pareille dans la tête ?
Le lendemain matin, au petit-déjeuner, ni Stiles, ni Derek n'osèrent parler de ce qui s'était passé la veille au soir. Stiles n'avait pas fait un seul cauchemar, pour la bonne et simple raison qu'il avait très peu dormi, son cerveau hyperactif repassant sans arrêt les moments qu'il avait passé avec Derek la veille, élaborant dans le même temps toutes sortes de théories farfelues.
Un peu plus tard dans la matinée, ils prirent le chemin de la clinique vétérinaire à bord de la Camaro de Derek. Lorsqu'ils franchirent le seuil de l'entrée, l'émissaire qui était installé à son guichet se leva prestement.
Il haussa les sourcils en apercevant qui accompagnait Stiles dans son établissement.
« Derek ? Que fais-tu ici ? s'exclama le druide.
- Bonjour Alan, répondit le loup-garou. C'est… comment dire… une longue histoire.
Stiles avait envie de se frapper. Il avait totalement oublié qu'avoir Derek Hale à ses côtés était clairement anormal pour le commun des mortels.
- Derek m'a trouvé durant l'une de mes crises, s'empressa d'expliquer l'hyperactif. Et il est au courant de ce qui m'arrive.
- Je vois. Cela tombe bien, en un sens. Je vais avoir besoin de quelqu'un pour m'assister.
- Comment ça ? demanda Stiles.
- Allons-en discuter dans la salle d'examen, invita Detaon en ouvrant son guichet.
Stiles et Derek suivirent le vétérinaire dans la salle située à l'arrière. Une odeur de plantes médicinales flottait dans toute la pièce.
« Après que tu sois passé à la clinique hier, j'ai poursuivi mes recherches sur les effets résiduels d'une possession par un Nogitsune. J'ai même contacté quelques émissaires issus d'autres meutes que je connais bien. Et l'un d'entre eux m'a envoyé ceci.
Deaton plaça sur la table en métal ce qui semblait être la photocopie d'une ancienne gravure. Elle représentait un être humain entouré d'une forme triangulaire. En dessous, d'autres dessins plus petits représentaient également un homme et semblaient détailler plusieurs étapes. Les inscriptions figurant sur la gravure semblaient rédigées dans un autre alphabet.
« Cette gravure détaille les différentes phases d'un rituel censé permettre de sonder l'énergie surnaturelle présente dans le corps d'une personne. Ce rituel peut être adapté pour déceler une polarité particulière d'énergie, en l'occurence la souffrance absorbée par un Nogitsune.
- Et quel serait l'intérêt ? demanda Derek.
- Tout d'abord, cela nous permettra de mesurer avec davantage de précision la quantité de souffrance qui reste encore présente dans le corps de Stiles. Dans un deuxième temps, et c'est ce que j'espère le plus, nous pourrons potentiellement la traiter et faire en sorte qu'elle disparaisse.
- Vraiment ? demanda Stiles. Je croyais que c'était impossible et qu'il n'y avait rien à faire pour contrer ce qui m'arrive.
- Pour être honnête, je n'ai jamais pratiqué ce rituel, répondit Deaton. Je me fie uniquement aux émissaires qui m'ont envoyé cette gravure. Ceci dit, j'ai ici tous les ingrédients nécessaires. Si tu es d'accord Stiles, nous pouvons procéder immédiatement.
Réfléchissant à l'opportunité de tester un rituel druidique obscur et mystérieux, Stiles ne remarqua pas le visage fermé que Derek affichait depuis l'annonce de Deaton.
- Si ça peut m'aider à mettre fin à tout ça, je suis d'accord, répondit Stiles. Comment on procède ?
- J'ai déjà commencé à distiller une essence de plantes qui va servir de catalyseur, répondit Deaton. Pendant que je termine cela, Derek s'occupera d'une autre partie du rituel.
L'émissaire sortit d'un tiroir une petite boite cylindrique. Il l'ouvrit, découvrant à l'intérieur une sorte de pâte brunâtre.
- C'est une préparation à base de gui, expliqua Deaton à Derek. J'ai besoin que tu traces sur le corps de Stiles les mêmes symboles que sur la gravure à l'aide de cette substance.
- Quoi ? s'exclama Stiles. Vous voulez qu'il me peinturlure le corps ?
- Cette étape est indispensable à l'accomplissement du rituel, insista Deaton. Cela va permettre que la souffrance présente en toi afflue dans une zone localisée afin que nous puissions la canaliser et la traiter. Il n'y a pas d'autre alternative.
Le druide tendit le récipient et la photocopie de la gravure à Derek. Stiles sentit le rouge lui colorer les joues. Il n'aurait jamais pu imaginer une situation plus gênante que celle qui allait suivre. Depuis quand sa vie était-elle devenue un tel bordel ?
Le loup-garou s'empara de la petite boite et de la feuille que le druide lui tendait. Il était aussi peu à l'aise que Stiles à l'idée de devoir accomplir cette partie du rituel.
- Parfait, conclut malgré tout Deaton. Je vais retourner m'occuper des herbes médicinales à côté. Cela risque de prendre un moment. Prévenez-moi si vous avez besoin d'aide.
Le druide s'éclipsa dans la pièce adjacente, laissant le loup et l'hyperactif seuls dans la salle d'examen de la clinique. Un silence gênant prit place avant que Derek ne se ressaisisse et s'approche davantage de son patient.
« Il va falloir que tu enlèves ton t-shirt, précisa Derek.
- Oui je sais, monsieur le génie, marmonna Stiles.
L'hyperactif commença à enlever son haut mais fidèle à lui-même, il s'emmêla les pinceaux et sa tête se retrouva coincée dans le col. Le loup-garou poussa un soupir de consternation.
« Bon sang, tu as vraiment la dextérité d'un gosse de cinq ans…
- Au lieu de te moquer, aide-moi, 'spèce d'olibrius mal léché ! glapit Stiles.
Derek s'approcha et d'un geste ferme, extirpa la tête de l'hyperactif.
« Aieuh ! gémit Stiles en frictionnant sa tête.
Le loup-garou leva les yeux au ciel. Puis, son regard s'attarda quelques secondes sur le torse découvert de Stiles. Comme sur son visage, de nombreux grains de beauté parsemaient sa peau blanchâtre. Derek remarqua qu'une petite ligne de poils commençait à naître entre ses deux pectoraux.
Reprenant ses esprits, le loup indiqua une chaise en acier à Stiles.
« Assieds-toi là dessus, ce sera plus facile.
- Ah ouais… d'accord, acquiesça l'hyperactif.
Stiles s'installa et passa ses jambes des deux côtés du dossier de la chaise, de sorte que son dos soit exposé au loup-garou. Ce dernier ouvrit la boite donnée par Deaton. La pommade ne dégageait aucune odeur particulière. Au moins, il ne serait pas incommodé par ça. Derek s'assit sur une autre chaise derrière Stiles et jeta un coup d'oeil aux dessins.
Les symboles n'avaient pas l'air très complexes. La gravure invitait à reproduire une série d'arabesques passant autour des différents points d'énergie du corps humain. Même si Derek ne pouvait s'empêcher d'être sceptique sur ce qui allait suivre, il avait appris à faire confiance à Deaton pour ce genre de choses.
- Je vais commencer, avertit Derek.
Stiles hocha silencieusement la tête avant de courber davantage le dos pour faciliter la tâche du loup-garou.
Trempant l'index et le majeur dans la préparation, Derek hésita quelques instants avant de commencer à l'appliquer en partant des hanches de Stiles. L'hyperactif frissonna au contact du loup-garou. Derek le vit en observant la chair de poule qui parcourait les épaules de Stiles. Il aurait souhaité aller plus vite mais il devait tracer les inscriptions avec un maximum de précision.
De plus, son loup l'incitait grandement à faire durer ce moment. La peau de Stiles était incroyablement douce et il pouvait presque entendre la bête japper de satisfaction par ce simple toucher.
De son côté, Stiles n'en menait pas large. Il pouvait clairement sentir les doigts de Derek parcourir son dos avec hésitation. Chaque effleurement laissait derrière lui une agréable sensation de chaleur, comme si la peau de Derek associée à la sienne parvenait à dissiper la froideur de son corps pour le réchauffer.
Le jeune homme n'avait jamais partagé une telle proximité avec quelqu'un. À part avec Malia à Eichen House, mais ce n'était clairement pas la même chose. Étrangement, avec Derek, il avait l'impression que chaque sensation était décuplée. Et c'était atrocement perturbant.
« Ça va, tu t'en sors ? demanda Stiles pour camoufler son malaise.
- Pour le moment oui, répondit Derek qui reprit de la pommade entre ses doigts.
Derek finit par arriver aux omoplates de Stiles. Le dessin devait les enrober, descendre, puis remonter jusqu'à la base du cou de l'hyperactif. Le loup-garou reprit son ouvrage, tâchant de se concentrer au maximum.
Lorsque les doigts de Derek parvinrent jusqu'à la nuque de l'adolescent, son regard s'arrêta sur la gorge de Stiles. A côté des cheveux châtains du garçon, la peau laiteuse était totalement découverte et de là où il était, Derek pouvait sans difficulté entendre son sang pulser dans la jugulaire.
L'odeur sucrée de Stiles associée à cette vue créa une tentation qui prit par surprise le loup-garou. Son loup voulait le mordre. Il voulait le marquer, ici et maintenant. Les doigts de Derek s'arrêtèrent net. Il sentit ses yeux luire et ses canines s'allonger légèrement.
Son loup lui insufflait ses pensées et une envie presque irrésistible pour le convaincre. La peau était là, devant lui, n'attendant qu'à être marquée… Il n'avait qu'à baisser la tête et ouvrir la bouche pour que Stiles soit à lui. C'était aussi simple que ça.
Pour autant, malgré ces ondes tentatrices, Derek ne céda pas. Il ne pouvait pas faire cela. C'était impossible. Stiles était en souffrance et avait besoin de lui, de sa présence à ses côtés. Il ne voulait pas faire de lui la source d'assouvissement d'un besoin bestial quelconque. Il méritait beaucoup mieux que ça.
Fermant un instant les yeux et rassemblant toute sa volonté, Derek tâcha de reprendre le contrôle sur la partie animale de son esprit. La conscience du loup se recroquevilla face à cette réprimande et l'envie que Derek avait ressenti s'apaisa.
« Un problème ? demanda Stiles qui percevait l'inaction du loup.
Derek rouvrit rapidement les yeux, se demandant combien de temps il avait perdu le contrôle.
- Du tout, répondit-il. J'ai terminé. Il ne reste plus qu'à tracer les inscriptions sur le devant.
Fébrilement, Stiles se leva de la chaise avant de se positionner devant le loup-garou. Ce dernier constata que la pâte avait vite séché, les inscriptions semblant désormais incrustées sur la peau de son patient.
- Cette fois, ce sera plus simple si tu restes debout, annonça Derek.
Stiles se mordit l'intérieur de la joue. Ça allait être encore plus gênant maintenant qu'il pouvait voir le visage de Derek s'exerçant sur lui au body painting.
Le loup tâcha d'adopter à nouveau un air sérieux, tandis qu'il recommençait son ouvrage sur le ventre de l'hyperactif, ce dernier paraissant encore plus nerveux qu'au début.
« Essaye de ne pas gigoter, ordonna le loup-garou.
- Tu crois que c'est facile ? répliqua Stiles. Primo, ça chatouille et deuxio, c'est la première fois que quelqu'un s'exerce à l'art abstrait sur mon corps squelettique, je te signale.
Derek étouffa un grognement. Pas pour le sarcasme de l'hyperactif, ça il y était habitué. Plutôt parce qu'il avait toujours cette fichue manie de se dévaloriser alors que Derek luttait pour que son loup ne lui saute pas dessus.
- Ton corps est parfait comme il est, lâcha lourdement le loup-garou. Tu n'as absolument aucune raison de complexer.
La confession prit totalement Stiles au dépourvu et eut le mérite de le rendre immobile. Depuis quand Derek Hale lui faisait des compliments ? L'odeur du gui lui était-elle montée à la tête ? Ça devait sûrement être ça.
Il n'eut pas le loisir de s'interroger davantage car Deaton revint avec un bol rempli d'un liquide dans lequel baignait des résidus de plantes médicinales.
« Si les inscriptions sont tracées, nous allons pouvoir commencer, annonça Deaton. Stiles, allonge toi sur la table d'examen s'il te plait.
L'hyperactif obéit docilement, toujours torse nu et vêtu uniquement de son bas de survêtement.
Le druide se rapprocha et constata que Derek avait convenablement tracé les inscriptions figurant sur la gravure. Il se saisit d'une petite boite qu'il ouvrit et sortit ce que Stiles identifia comme de petites pierres aux multiples teintes colorées.
« Qu'est-ce que c'est ? demanda Stiles, curieux.
- Ce sont des pierres énergétiques. En plus des végétaux, les druides celtiques se servaient de différents minéraux pour attirer, ou dans le cas précis, expulser les courants énergétiques du corps humain. Ces pierres auront pour objet de canaliser la souffrance présente dans ton corps, jusqu'à l'étape qui nous permettra de l'en faire sortir.
- Et quelle est cette étape ? questionna encore l'hyperactif.
Le druide ouvrit un autre compartiment de la boite et en sortit une pierre parfaitement ronde, d'un blanc immaculé.
- Ceci est une pierre de Sumatra. D'après la description du rituel, une fois que j'aurai appliqué la décoction par dessus les inscriptions déjà tracées et que j'aurai disposé en cercle les pierres sur ta poitrine, je vais réciter une incantation particulière. Je devrais ensuite placer cette pierre juste au dessus de toi, Stiles. La souffrance présente dans ton corps devrait ainsi être drainée à l'intérieur et si elle prend une légère teinte grisée, nous saurons que cela fonctionne.
Derek se rapprocha de la table, les bras croisés.
- Vous croyez que ça a des chances de marcher ? demanda le loup, sceptique.
- Comme je vous l'ai dit, je n'ai encore jamais pratiqué ce rituel et je ne sais pas du tout ce que ressentira Stiles pendant que je l'accomplirai. Mais au moindre problème, je me stopperai immédiatement… Es-tu prêt Stiles ?
L'hyperactif hocha rapidement la tête, rassemblant tout le courage qu'il était encore capable d'éprouver. Derek voulut se rapprocher mais Deaton s'interposa, le bol contenant la décoction placé dans sa main droite.
Comme prévu, il en appliqua généreusement le corps de Stiles, tout le long des lignes tracées auparavant par Derek. Ce dernier put sentir l'odeur qui s'en dégageait. Un mélange âcre et boisé qui lui rappelait l'odeur de la forêt après un orage.
Puis Deaton commença à former un cercle avec les pierres énergétiques sur le torse de Stiles. Ce dernier ressentit une légère chaleur se dégageant des minéraux mais rien de plus. Pour le moment.
Le druide se recula un peu et s'empara de la gravure.
« Je vais à présent commencer l'incantation, annonça t-il.
Stiles avala difficilement sa salive, inquiet de ce qui allait se passer. Lui qui avait tant voulu trouver une solution, il regrettait à présent son empressement.
Deaton commença à prononcer à voix haute les paroles en gaélique. Si rien ne sembla se passer durant les premières secondes, par la suite, Stiles sentit l'intégralité de son corps commencer à chauffer. Plus précisément, il sentait une intense chaleur se déplacer le long de ses membres, accompagnée par une étrange sensation de pesanteur. Comme si quelqu'un était en train de déplacer sur lui des poids lestés.
Derek qui observait toute la scène, écarquilla les yeux. Stiles ne pouvait pas le voir mais par dessus les symboles tracés au gui, des veines noires commençaient à apparaître et semblaient toutes converger vers le cercle formé par les pierres. À l'intérieur du cercle, les marques noires étaient encore plus épaisses et ne semblaient plus pouvoir s'en échapper.
« Bon sang… c'est en train de réussir… pensa Derek.
Stiles commença à serrer les poings. Plus Deaton continuait et plus il ressentait une sensation de malaise, comme si sa poitrine se chargeait d'un poids immense qu'il avait de plus en plus de mal à supporter. Comme un énorme sac de sable posé sur sa cage thoracique.
Deaton s'empara de la pierre blanche qu'il avait montré quelques instants plus tôt à Stiles et ce dernier comprit que la dernière partie du rituel allait survenir. Prononçant une ultime formule, le druide plaça sa main qui tenait la pierre au dessus de la poitrine de l'hyperactif.
Et en une fraction de seconde, tout bascula.
Stiles eut immédiatement l'impression de recevoir un pieu dans la poitrine que l'on faisait tourner à l'aide une perceuse. L'adolescent hurla de douleur. Un cri qui pétrifia Derek et Deaton et leur glaça le sang. La pierre que le druide tenait dans sa main passa en quelques secondes du blanc immaculé au noir absolu. Elle lui échappa des mains et fut projetée contre le mur. Quittant le cercle, les marques noires se diffusèrent à nouveau dans les membres de Stiles. Ses yeux se révulsèrent et son corps fut secoué de convulsions. Tout le matériel de Deaton tomba au sol. Partout sur les étagères, les récipients en verre se brisèrent et les néons au plafond grillèrent, plongeant en un instant la pièce dans le noir. L'adolescent sombra dans l'inconscience, le corps aussi lâche qu'une poupée de chiffon.
Deaton resta totalement paralysé tandis que Derek se précipitait vers Stiles qu'il secoua dans tous les sens. Son coeur battait à peine et son souffle était presque imperceptible.
« Stiles ?!… STILES ?! Tu m'entends ? Je t'en supplie, dis-moi que tu m'entends ! ».
Et c'est ainsi que s'achève ce deuxième chapitre ! Derek et Stiles commencent à entrevoir leurs sentiments respectifs, les petits cachottiers… N'hésitez pas à me donner vos retours sur ce chapitre et à me dire s'il vous a plu ou non. En tout cas, je vous donne rendez-vous pour le prochain, qui arrivera certainement beaucoup plus vite cette fois-ci. Portez vous tous bien. La bise !
* Note : Pour la petite histoire, j'ai choisi de faire danser Stiles sur « Hot Stuff » de Donna Summer parce que c'est ce qui passait à la radio, dans ma voiture, quand j'ai imaginé le début du chapitre x)
