Eudore : Merci pour ton retour, j'espère que tu apprécieras la suite !


Diane n'avait pas revu les tours du château depuis la Grande Bataille : quand elle avait quitté Poudlard, au moment de sa reconstruction, elles n'étaient pas encore restaurées ; aujourd'hui, c'était chose faite et, en passant la grande grille d'entrée, la jeune femme s'arrêta un instant. Diane avait toujours aimé cette vue, ce bâtiment de pierres fortes se dressant vers le ciel, inébranlable. Poudlard avait toujours été présenté comme le lieu le plus sûr du monde sorcier et elle l'avait longtemps cru également. Cependant, aujourd'hui, à sa vision d'enfant se superposaient les images de la guerre, cette vision de l'enfer, le feu rongeant les fondations du château…

Tout avait bien changé. Aujourd'hui, à la seule idée de passer le reste de l'année ici, Diane sentait une angoisse sourde la saisir à la gorge. C'était comme un piège qui se refermait lentement car, au fond, elle n'avait pas eu le choix : la directrice et Anna semblaient s'être passées le mot pour la rendre chèvre, entre l'une qui lui envoyait régulièrement des lettres pour s'assurer de sa venue, et l'autre qui ne cessait de lui raconter comme ce serait bien quand elle serait à Poudlard, combien elle serait douée en tant que professeure, à quel point ça allait les aider à avancer. Eh bien… Il était difficile de faire demi-tour quand tant d'espoirs semblaient reposer sur ses épaules. Diane se sentait poussée vers l'avant un peu contre son gré et, s'il n'y avait pas eu l'argent – comme la carotte au bout du bâton – elle aurait eu bien de la peine à se forcer.

Toujours était-il qu'elle se trouvait là désormais, en route vers l'entrée du château. Ces bagages se résumaient, en tout et pour tout, à une valise et un sac à dos le strict minimum, peut-être moins, tant Diane ne se voyait pas rester ici. Jamais elle ne saurait être professeure, c'était une certitude. Elle avait tout juste réussi à sélectionner un manuel d'étude parmi la multitude que lui avait proposé la directrice. Se replonger dans les ingrédients, les protocoles, les mesures… Diane avait fini par choisir en fonction de la réputation de l'auteur, sans chercher plus loin. L'essentiel, c'était de passer à autre chose. Ne jamais trop s'attarder, pour ne pas laisser l'envie de faire demi-tour prendre le dessus.

Le hall était vide quand Diane pénétra à l'intérieur. De longues secondes passèrent dans le silence des murs de pierre, un intense malaise s'emparant peu à peu de la jeune femme. Peu importe où son regard se posait, son esprit prenait un malin plaisir à faire ressurgir de sombres souvenirs. Diane avait combattu dans ce hall, avait affronté des gens prêts à la tuer, avait vu des amis s'effondrer à ses côtés elle avait vu la mort, partout, le feu, et les cris… L'odeur du sang.

- Bonjour, Miss Turman. Navrée de cette légère attente.

Diane cligna des yeux, revenant difficilement sur terre, et regarda la directrice descendre les marches du hall. Toujours très digne, la professeure McGonagal semblait aujourd'hui animée d'une sorte d'excitation fébrile que son ancienne élève perçue immédiatement pour ne plus y avoir été exposée depuis longtemps.

- Je suis ravie de vous voir ici. La rentrée est dans quelques jours et nous n'attendions plus que vous pour compléter l'équipe. Sont-ce là toutes vos affaires ?

La jeune femme hocha la tête. Peu à peu, Diane prenait conscience de ce qu'impliquait vraiment d'avoir accepté la proposition de la directrice. Elle ne rentrerait pas au Manoir ce soir, ni celui d'après – de toute façon, même si elle l'avait voulu, elle l'avait déjà loué à une famille. Non, elle resterait ici, à réfléchir vaguement à un programme pour ne pas avoir l'air trop perdue le 1er septembre, puis elle tuerait le reste du temps en visites à Anna et en bouteilles de Pur-Feu pour oublier le stress. L'ancienne Serdaigle n'avait pas envie d'être là elle y était contrainte et forcée.

- Bien, reprit la directrice, nous avons certaines choses à faire avant que je ne vous laisse vaquer à vos occupations. Premièrement, nous allons monter tout ça dans vos appartements. Suivez-moi.

La professeure McGonagal ne semblait pas se formaliser du silence de sa désormais collègue. Ici, sur ce qui semblait être son territoire, elle faisait preuve de cette même fermeté sévère qui l'avait toujours caractérisée et qui effaçait, sous une apparente rigidité, la fatigue qu'elle ressentait. Diane était admirative : elle aussi aurait aimé pouvoir être aussi forte.

Les appartements des professeurs se trouvaient, pour la majeure partie, dans une aile du troisième étage qui leur était réservée, comme le lui expliqua la directrice. Il n'y avait que quelques exceptions, comme les appartements de la professeure Trelawney, qui se trouvaient au-dessus de sa classe de divination, ou encore…

- Les appartements du professeur Rogue sont dans les cachots. Comme il a longtemps été professeur de Potions, nous avons jugé bon de ne pas le déplacer. La porte pour y accéder se trouvant dans la réserve, nous en avons magiquement bloqué l'accès, vous n'aurez pas de soucis de ce côté-là.

Diane jeta un regard en biais à la directrice. Son ton était neutre, énonçant simplement des faits, mais les choses étaient loin d'être aussi simple qu'il n'y paraissait. L'affaire Rogue avait fait énormément de bruits dans les premiers temps post-guerre. Allié ? Traitre ? Prison ? Baiser du Détraqueur ? Liberté ? Les journalistes s'étaient arrachés la moindre parcelle d'informations concernant l'affaire, d'autant plus que le Survivant avait décidé d'y mettre son grain de sel en protégeant publiquement le paria qu'était l'ancien agent-double.

Finalement, ce dernier avait échappé de peu à la prison. Il avait effectivement été reconnu coupable de bien des crimes, mais aussi de bien des bienfaits et avait, à ce titre, été contraint à une peine plus souple : Rogue avait dû se placer au service du Ministère et de Sainte Mangouste, ses talents étant publiquement reconnus parmi les plus grands Potionnistes.

Diane avait cessé de suivre l'affaire à ce moment-là, n'avait jamais plus cherché à en savoir plus. A quoi bon ? Verdict rendu, histoire close. La jeune femme ne souhaitait plus en entendre parler.

Les deux femmes arrivèrent rapidement dans l'aile des professeurs. C'était un long couloir aux murs recouverts de nombreux tableaux au fond de l'impasse, une imposante tapisserie trônait entre deux statues. Il n'y avait pas de fenêtres, seulement des torches aux murs, puisque, de part et d'autre du couloir s'étalaient les appartements des professeurs, protégés par les plus grands tableaux. Quand la directrice s'arrêta devant l'un d'entre eux, représentant une jeune femme remontant un seau d'un puit, Diane comprit qu'elles étaient arrivées.

- Le mot de passe est Asphodèle, précisa la directrice, tandis que le tableau s'ouvrait de bonne grâce devant le sésame. Vous pourrez bien entendu le modifier par la suite.

Derrière le tableau, une alcôve laissa deviner le centre d'un salon où semblait déjà brûler un feu de cheminée. Diane fit quelques pas, suivant la directrice. La pièce était spacieuse. D'un côté, la cheminée, entourée d'un sofa, de deux fauteuils, d'une table basse. Des bibliothèques pleines de livres de l'autre côté de la pièce, deux grandes fenêtres sur le mur en face de l'entrée, des tapis au sol. Et deux portes : la chambre, la salle de bain, très sûrement. Le nécessaire, dans une ambiance somme toute chaleureuse.

Diane se sentit étouffer. Elle avait l'habitude de plus d'espace pour se perdre, et elle ne se sentait pas chez elle ici le Manoir lui manquait déjà terriblement malgré sa froideur. Mais elle se raccrochait de toutes ses forces à l'idée que tout ça n'était que pour sa sœur, qu'elle devait se faire violence.

- Le… La cheminée est-elle reliée ? demanda Diane, posant lourdement ses affaires au sol.

- Oui. Nous avons fait le nécessaire auprès de Sainte Mangouste, vos appartements sont désormais reliés à leur réseau de particuliers. A chaque fois que vous souhaiterez l'utiliser, vous atterrirez dans une salle d'attente où l'on vous prendra en charge.

L'idée de devoir attendre lors de chaque passage à l'hôpital ne plaisait pas à la jeune femme, mais elle n'avait pas le choix… C'était sûrement déjà mieux que rien, un moindre mal en comparaison avec l'argent que Diane allait gagner et qui allait lui permettre de payer le traitement d'Anna. Enfin, si elle parvenait à enseigner et en parlant d'enseignement, la professeur McGonagal tira de sa poche un parchemin, qu'elle confia à la jeune femme.

- Voici votre emploi du temps pour l'année. Il se mettra à jour à votre demande ou de lui-même, le reste du temps. Veillez à le consulter régulièrement.

Diane jeta un coup d'œil au parchemin. Le 1er septembre était un samedi, ce qui repoussait les cours au lundi d'après, où elle commencerait de toute évidence avec les sixièmes années, pour deux longues heures. Qu'est-ce qu'on enseignait à des sixièmes années, déjà ?

- Avez-vous réussi à faire votre choix parmi la liste de manuels que je vous ai fait parvenir ? demanda alors la directrice, toujours très pragmatique.

- J'ai choisi l'ouvrage de Terrence Jacobson, répondit Diane. Un éminent chercheur, de bonnes méthodes, très à cheval sur la sécurité, et son programme semble balayer toutes les années d'apprentissage.

La directrice écarquilla légèrement les yeux et, immédiatement, Diane sentit les battements de son cœur s'affoler.

- Je ne suis pas la plus grande experte en potion, mais… Jacobson n'est-il pas un peu trop complexe ?

Que répondre ? Diane n'avait pas l'impression que l'ouvrage fut particulièrement difficile d'accès. Elle lisait cet auteur depuis qu'elle était enfant, c'était un grand nom des potions et elle avait toujours trouvé ces ouvrages enrichissants, bien que quelque peu vieilli, par moment. Elle n'avait jamais eu vent de ce nouvel ouvrage mais faisait confiance à sa mémoire. Avait-elle eu tort ? A cette idée, une vague de chaleur envahit son corp, la prenant à la gorge.

- Je vous avoue être assez surprise, je ne m'attendais pas à ce que vous vous basiez intégralement sur son œuvre, précisa la directrice. Entendons-nous bien, Miss Turman, je ne remets pas vos compétences en question. Néanmoins, j'aimerais avoir l'assurance d'une année scolaire facile et paisible. C'est ce dont nous avons tous besoin, et je serai intransigeante là-dessus.

L'ancienne Serdaigle se sentait minuscule, impuissante. Elle ne savait pas répondre aux questions de la directrice. Elle avait pensé faire au mieux, s'était-elle trompée ? Autrefois, elle aurait visé juste, pensé juste. Mais plus rien n'allait. Quelle horrible idée que d'accepter ce poste…

- Je pensais… Enfin, j'ai toujours trouvé ce chercheur… compétent. Je vais sélectionner un autre manuel, si…

- Miss Turman.

Diane inspira profondément – l'air semblant se raréfier – et releva les yeux vers la directrice. Cette dernière posait sur elle un regard compatissant, plein de pitié. Un vague élan de colère gonfla dans la poitrine de la jeune femme : alors elle en était là, à susciter la pitié des autres ? Elle savait qu'elle n'avait plus rien de glorieux l'avantage de rester cloîtrer chez elle, c'était qu'elle n'avait jamais eu à voir les autres en prendre conscience également.

- Je sais à quel point la pression est grande, Miss. Je vous demande beaucoup et j'en suis consciente. Néanmoins, sachez que nous sommes là pour vous aider. Nous voulons tous que cette année se passe dans les meilleures conditions possibles, après tout.

Diane voulait juste empocher son salaire. C'était l'unique motivation qui l'avait poussé à accepter le poste. Et plus le temps passait, plus la jeune femme se rendait compte que c'était loin de suffire. Mais elle ne pouvait plus faire demi-tour. Si elle repartait de Poudlard, c'était parce que la directrice l'aurait viré, et pas autrement.

- Je vais sélectionner un autre manuel, déclara Diane. Tout se passera bien.

Tout devait bien se passer.

Sans rien ajouter de plus, la directrice acquiesça. Ses yeux perçants fixaient Diane sans relâche, comme capables de lire en elle, de tout voir de ses mensonges. Mais pas un mot ne franchit les lèvres de l'ancienne professeure de Métamorphose à ce sujet et elle se contenta de reprendre le chemin de la sortie.

- Bien. Il est temps que je vous montre vos salles de classe dans ce cas.

Il fallut traverser la moitié du château pour atteindre les cachots. En arrivant dans l'air frais de ces derniers, Diane pensa à toutes les marches qu'elle devrait monter pour rentrer dans ses appartements une fois les cours terminés… Par Merlin. Et dire qu'elle aurait pu habiter à côté de sa salle de cours. Mais il fallait reconnaître qu'elle n'aurait jamais pu supporter d'avoir à vivre dans les anciens appartements de Rogue après tout, mieux valait cette distance de sécurité.

Comme le lui expliqua la directrice, deux salles de cours seraient dédiées aux potions : une pour les cours normaux qui ne nécessitaient que le matériel de base, et une autre pour les cours qui demanderaient une mise en place particulière.

- Vous n'avez qu'à modifier la salle sur l'emploi du temps en fonction de ce que vous prévoirez, ajouta la professeure McGonagal. Veillez à le faire suffisamment tôt, certains étudiants ne connaissent manifestement pas le concept d'organisation.

Diane se retint de lui faire remarquer qu'elle n'était pas particulièrement familière du terme non plus et suivit la directrice dans la première salle. Immédiatement, une forte odeur la prit au nez, comme un mélange de terre et d'épices, quelque chose de fort et diffus à la fois l'odeur des laboratoires, du matériel désinfecté, et des ingrédients qui patientaient dans les placards, enfermés dans des bocaux hermétiques. En l'espace de quelques secondes, des milliers de souvenirs lui revinrent en mémoire, depuis sa plus tendre enfance dans le laboratoire de ses parents jusqu'à ses toutes dernières expérimentations puis les explosions, le sang, et cette douleur dans la poitrine, ce feu qui grandissait, grandissait, toujours plus, toujours plus violent.

L'ancienne Serdaigle s'immobilisa sur le seuil, incapable d'aller plus loin. C'était au-dessus de ses forces. Les images rouges de son passé venaient se superposer à la pénombre des pierres, aveuglant son regard d'une lumière sanglante qui n'avait que trop hanté ses nuits pour qu'elle ne la reconnaisse pas. Diane avait envie de vomir ces souvenirs qui la parasitaient. Cette salle, ces bureaux, ces chaises… Tout était une porte ouverte au cauchemar, une porte qu'elle n'avait jamais voulu ouvrir, et qu'elle se retrouvait aujourd'hui forcée de contempler.

- Voici donc votre salle de classe principale, mais je suppose que je ne vous apprends pas grand-chose, après tout vous avez déjà travaillé ici, déclara la directrice en balayant la pièce du regard, comme pour s'assurer que tout était en place. La réserve se trouve derrière cette porte. Lorsque nous remonterons, j'apposerai le laisser-passer sur votre baguette afin que vous puissiez y avoir accès.

Le souffle court, Diane balaya vaguement la pièce du regard, hochant la tête, tandis que sous les longues manches de sa robe de sorcière, ses mains tremblaient, s'agrippant l'une l'autre, se griffant, se pinçant pour tenter de créer une distraction à cette émotion qui enflait en elle. Elle pouvait tenir. Juste quelques secondes de plus, quelques instants, puis se détourner de ces tables, de ces chaises, et tout irait mieux. Juste un peu plus longtemps.

La porte de la pièce claqua et Diane sursauta, de nouveau rappelée de force à la réalité. Elle était trop tendue pour être totalement attentive, et la professeure McGonagal sembla le remarquer une nouvelle fois.

- Quelque chose vous tracasse, Miss ? Vous avez l'air ailleurs. Désolée de vous brusquer, mais la rentrée est proche, et étant donné que vous débutez dans l'enseignement, il est impératif de nous organiser.

- Je sais, répondit Diane, la gorge serrée. J'ai juste… Disons que c'est beaucoup de changement.

- Certes. L'enseignement n'a rien à voir avec la recherche, mais je pense tout de même que vous vous en sortirez parfaitement bien. De plus, ça ne peut que vous être bénéfique.

Diane serra les dents, sans répondre. Elle avait compris très vite que la directrice était parfaitement au courant de sa situation actuelle, qui était inexistante – en témoignait la proposition d'emploi. Car après tout, la professeure McGonagal n'aurait jamais proposé à la jeune femme de devenir enseignante si elle avait cru un seul instant que cette dernière travaillait toujours dans la recherche. Oh, il n'était pas bien compliqué de savoir comment les nouvelles de son abandon de poste s'étaient répandues : si Diane avait arrêté de lire les journaux depuis longtemps, eux ne s'étaient pas arrêté de publier. Le démantèlement de Turman Compagnie avait dû faire les choux gras de la Gazette.

C'était d'ailleurs ce qui avait dû motiver la directrice à proposer un emploi à Diane, et la jeune femme avait d'autant plus de mal à se faire à la situation qu'elle avait l'impression d'être victime d'une charité qui lui était totalement indésirable. Elle aurait préféré disparaître du monde plutôt que de demander la moindre aide – et c'était d'ailleurs ce qu'elle avait fait pendant trois longues années. Et voilà où ça l'avait mené.

Le reste de la visite se passa dans un flou incommodant : Diane ne parvenait pas à prêter attention à ce que lui racontait la directrice et ce fut presque sans s'en rendre compte qu'elle confia sa baguette à cette dernière pour recevoir le précieux sésame destiné aux professeurs. Le reste ne dépendait à présent plus que d'elle, d'après les propres mots de la professeure McGonagal.

- Eh bien, je n'ai rien d'autres à vous montrer, conclut finalement la directrice, reprenant le chemin du hall. Je vous fais confiance pour retrouver vos marques dans le château et, quant au reste, nous verrons cela en temps voulu.

- Le reste… ? questionna la jeune femme.

Un instant, Diane se demanda ce qu'il pouvait bien y avoir de plus que tout ça, mais la question mourut sur ses lèvres à l'instant où une ombre se dressa devant elle, bloquant les dernières marches menant au Grand Hall.

La lumière du jour entrait à flot par les fenêtres de l'entrée, plongeant en contre-jour dans les ténèbres des cachots, aussi l'ancienne Serdaigle ne vit pas immédiatement le visage de la silhouette qui se tenait là, la surplombant de toute sa taille – et, de toute façon, elle n'en avait pas besoin. Diane avait suffisamment côtoyé cet homme pour reconnaître même sa forme la plus vague, et cette cape qui ondulait autour de lui ne pouvait que confirmer ce qu'elle savait déjà.

Avançant de quelques pas, Severus Rogue révéla alors son visage à la lueur des torches et tout le corps de Diane se contracta, comme prêt à encaisser un coup. Car s'il y avait bien une situation à laquelle elle s'était préparée, c'était celle-là. Et lorsque son regard croisa enfin celui de son ancien professeur de Potions, la jeune femme prit sur elle plus que jamais pour ne pas détourner le regard.

La tension se créa soudain dans le maigre espace de l'escalier et la directrice n'y resta pas insensible, s'interposant immédiatement en avançant d'un pas vers son tout nouveau professeur de Défense Contre les Forces du Mal.

- Bonjour Severus.

- Minerva…

Diane prit une profonde inspiration. Elle n'avait plus entendu cette voix depuis des années et l'écho que lui renvoyèrent les murs de pierre lui laissa une sensation amère dans la poitrine.

- Je finissais justement d'expliquer à Miss Turman les commodités que nous avons mises en place pour la rentrée.

Un mince rictus étira alors les lèvres de Rogue et Diane sentit la colère se mettre à flamber en elle. Le mépris qui se lisait sur le visage de cet homme lui retournait le ventre et ravivait en elle un ressentiment qu'elle pensait avoir noyé sous des litres et des litres de whisky. Qu'il ose la regarder ainsi, que lui, entre tous, se permette tant de condescendance à son égard… Diane avait envie d'exploser.

- Merveilleux, finit-il alors par répondre, d'une voix mielleuse. Ne reste plus qu'à savoir combien de temps votre nouvelle recrue tiendra avant de mettre les voiles.

L'indignation enfla dans le cœur de Diane, mais alors qu'elle ouvrait la bouche pour répliquer, Rogue descendit les quelques marches qui les séparaient encore et sa voix mourut dans sa gorge. Là, juste devant lui, l'ancienne Serdaigle se sentit soudain insignifiante, plus encore qu'à aucun autre moment. Elle qui avait autrefois défié cet homme sans ciller… Comment pouvait-elle seulement se dresser face à lui maintenant ?

- Je ne parierai même pas sur une semaine. Après tout, quand on voit ce qui est advenu de son empire…

- Severus !

La directrice, du haut des quelques marches qui les séparaient, foudroyait l'homme en noir d'un regard sévère qui en aurait fait frémir plus d'un. Cependant, Rogue ne broncha pas – au contraire, un instant, il soutint le regard de son ancienne collègue sans ciller, comme pour la défier. Puis il se détourna et, sans un regard pour la jeune femme, la contourna sans un mot avant de se perdre dans la pénombre des cachots.

De toutes les longues minutes qui s'étaient écoulées, Diane n'avait pas bougé. Bloquée sur sa marche, elle tremblait comme une feuille, faible et pantelante. Les poings serrés, le cœur également, elle sentait ses dernières limites être atteintes. Elle n'en pouvait plus. Car si Diane s'était attendue à pire de la part de son ancien professeur de Potion, chacun de ses mots avaient pourtant fait mouche avec une précision digne d'un chirurgien.

Elle le détestait. De tout son cœur, Diane détestait cet homme.

- Miss, je suis navrée, soupira finalement la directrice, posant une main sur son épaule. Je ne pensais pas qu'il serait aussi…

Il n'y avait de toute évidence pas de mots pour décrire son comportement, puisque la professeure McGonagal abandonna sa phrase, invitant plutôt Diane à avancer pour, enfin, sortir des cachots.

- Sachez que je ne cautionne en aucun cas son comportement, déclara-t-elle ensuite sèchement, une fois dans le hall. Néanmoins, Severus est un excellent professeur lorsqu'il s'en donne les moyens, et, comme je vous l'ai déjà dit, peu de gens tiennent à revenir entre ces murs. Tout aussi désagréable qu'il soit, nous avons besoin de lui. Je lui parlerai.

Diane ne comprenait plus très bien ce que lui disait la directrice. Mécaniquement, elle hocha la tête ; elle était épuisée, en réalité.

- Faites ce qui vous semble pertinent, professeure, lâcha alors la jeune femme, la bouche pâteuse.

La directrice posa un instant sur elle un regard qui ne plut pas à la jeune femme, puis soupira légèrement.

- Nous en reparlerons plus tard, répondit-elle d'un ton implacable. Pour l'instant, essayons tous de retrouver nos esprits et retrouvons-nous pour le dîner. Les horaires sont inscrits sur l'emploi du temps, si jamais l'envie vous prenait de nous rejoindre.

Diane hocha la tête, n'ayant absolument aucune envie de se montrer au repas du soir, et prit enfin congé de la professeure McGonagal. Le chemin retour jusqu'à ses appartements lui parut alors bien plus rapide – peut-être à cause des battements affolés de son cœur qui n'avait cessé de tourner à cent à l'heure depuis leur passage dans les cachots, ou peut-être à cause de l'envie obsédante qui lui serrait les tripes depuis que la fièvre semblait s'être emparée d'elle.

Car l'ancienne Serdaigle avait soif – soif d'oubli.