Winner is coming
Chapitre 2
King in the North
Se, fille, belle-sœur, nièce et épouse de Craster (et plus sans affinités), fut surprise en voyant entrer dans la maison le colosse demeuré que les hommes de Karl Tanner avaient enchaîné dehors. Lorsque les cris avaient retenti, elle s'était bien gardée de sortir voir ce qui se passait, d'une part parce que son seigneur et maître le lui avait toujours interdit, d'autre part parce que ça n'attire rien de bons, les cris dehors.
Elle fut encore plus surprise de s'apercevoir qu'il savait parler : « Hey, femmes ! Tout va bien, j'ai tué les hommes qui vous malmenaient. Maintenant j'ai faim. »
Se soupira. Encore un nouveau seigneur et maître qui allait s'incruster. Foutue maison de merde !
Elle lui servit de la soupe.
« Merci, fit Brandor en souriant, dis-moi, comment tu t'appelles ? »
« Se »
« Ah ? »
« Oui, comme la rose. »
« … »
Bran n'avait pas fait le rapprochement. En même temps, à part Mestre Aemon, qui peut le faire dans la VF ?
« Ecoute, Se : mes amis sont enchaînés dans la porcherie. Pourrais-tu, avec tes… euh… tes copines, les libérer et prendre soin d'eux ? »
« Ce sont des garçons, répondit Se. Ils doivent être offerts aux dieux. »
« Comment ça ? »
« Le seigneur doit les emmener dans le noir et les offrir aux dieux. Le reste, on sait pas. »
Brandor réfléchit.
« Hum… peut-être que vous devriez changer de dieux ? », suggéra-t-il finalement.
Les femmes le regardaient.
« Hey, dit l'une d'entre elles, qui s'appelait Rette, c'est peut-être ça la solution ! »
« La solution, soupira Tour, ce serait de brûler ce manoir et de partir. »
Les autres approuvèrent.
« Attendez, dit-il, mon ami est fragile, il faut qu'il reste à l'abri… »
« Inutile, dit Rette, s'il est fragile, il ne tiendra pas l'hiver. »
Les autres approuvèrent.
Bran commençait à s'affoler. Il n'allait quand même pas devoir buter des filles ? En plus elles lui avaient donné de la soupe !
« Bah, dit Se, à la rigueur on s'en fiche ! Faites ce que vous voulez, on vous offre la baraque, de toute façon elle est invendable, nous on se barre ! »
Elle accompagna tout de même Bran dans la porcherie. Là, le colosse fut saisi d'un spectacle terrifiant : étendu par terre, entre un Jojen et une Meera affolés, il vit son propre corps, agité machinalement de quelques : « Hodor… Hodor… Hodor… »
Oh, merde, songea Bran en se regardant, mais qu'est-ce que j'ai fait ?
« Hum… », dit Se, « je suppose que c'est lui, ton ami fragile ? »
« Pas tout à fait… », murmura-t-il.
« Bran, s'exclama Meera, tu es là ? »
« Bran, dit Jojen, il faut tout de suite que tu libères Hodor et que tu réintègres ton corps ! »
« Mais pourquoi je ferais ça ? », lui demanda Bran.
Ses deux amis le regardèrent, interloqués. Se, pour sa part, n'entendait rien à leur conversation surréaliste, et s'en moquait.
« Je peux marcher, me battre, parler. Ça n'en a pas l'air comme ç a, mais je viens de buter vingt gars pour vous délivrer ! »
« Mais… », protesta Jojen, « on doit aller retrouver la corneille à trois yeux ! »
« J'emmerde la corneille, dit Bran. Franchement, si tu ne peux pas comprendre que je préfère être un colosse intelligent à un gamin handicapé intelligent, c'est pas la peine que je t'explique ! »
Quelques heures plus tard, Bran, accompagné d'Eté (qui l'avait lâchement abandonné quand les ennuis s'étaient pointés) et de Fantôme qui se trouvait là pour une raison inexpliquée, après avoir fait ses adieux aux femmes de Craster, qui partaient pour des horizons inconnus mais certainement très froids, faisait le point avec les deux Reed.
« Qu'est-ce que tu vas faire, maintenant ? », demanda Meera.
« Je vais repartir pour le Sud, dit Bran. Je vais aller buter ce traître roux de Theon Greyjoy, reconquérir Winterfell, puis je vais lever une armée pour rejoindre Robb, s'il est toujours vivant, et j'irai dégommer cet enfoiré de Jaime Lannister qui m'a balancé par la fenêtre pour niquer tranquillement sa sœur la pute à couronne sous le toit de mes parents ! »
« Tu es obligé de parler comme ça ? », lui dit Meera, choquée.
« Euh…, tu ne vas pas récupérer Rickon ? », demanda Jojen, inquiet de ce désintérêt de Bran pour son petit frère (devinez à qui il s'identifie, le pauvre Jojen !).
« Ce n'est pas la priorité, dit Brandor. Avec Robb, on marchera sur Port-Réal, on libèrera mes sœurs, même si je les déteste, et ensuite on ira récupérer Rickon et on vivra tous ensemble heureux à Winterfell. »
« Hum…, nota Jojen, mais si vous envahissez Port-Réal, qui va occuper le Trône de Fer ? »
Bran fut surpris : il n'avait pas songé à ça. C'est ça, d'être un cadet : on a moins de perspectives.
Meera regarda son frère : elle n'aimait pas la lueur qui s'allumait dans ses yeux. Fais pas cette tête, Jojen, pensa-t-elle, tu me fais penser au Peter Pan de Once upon a time !
« Ben… Stannis Baratheon, dit Bran. C'est lui, le souverain légitime qu'a reconnu mon père. »
« Oui, dit Jojen, parce que son frère Robert a conquis Port-Réal. »
Bran releva l'accentuation.
« Et alors ? »
« Est-ce que Stannis sera à vos côtés lorsque vous conquerrez Port-Réal ? », insista Jojen.
Ah ben tiens, ça, c'est une bonne question, se dit Bran. Il n'avait pas songé à cet allié. Mais Jojen avait d'autres idées : « Parce que si ça n'était pas le cas et que vous étiez seuls… », poursuivit-il.
« Jojen ! Arrête tes insinuations ! », s'écria Meera.
Trop tard : Bran avait compris : « Alors logiquement, ça sera Robb. »
Un Robert pour succéder à un Robert, ça paraissait tout aussi logique qu'un Baratheon pour succéder à un Baratheon. C'est un jeu de Uno, en fait, le Game of thrones.
« Mais si Robb est sur le Trône de Fer, poursuivit Jojen, qui va régner sur le Nord ? »
Bran réalisa soudain qu'en l'absence de Robb, c'était lui, le seigneur de Winterfell.
« Raison de plus, conclut-il, pour que j'aille buter le Greyjoy ! »
