Winner is coming

Chapitre 4

Un cri dans la nuit

Chez les Omble, on était habitué aux hivers froids et rigoureux, et aux longues nuits noires et glacées, peuplées de monstres en tout genre. Néanmoins, le hurlement du loup ce soir-là, au crépuscule, avait de quoi terroriser les paysans.

« J'y vous assule, messile, c'ét'y n'glos lébélou qué voilà ! »

« Plaît-il ? », demanda Jon Omble en mordant dans sa perdrix.

Jacquou le Cloquant, un de ses serfs, se tenait debout devant lui, chaperon bas, tandis que le seigneur et maître des lieux dévorait son dîner à la lueur des flambeaux.

« J'y vous plie d'm'escuser, messile, mâ c'ét'y à la VF qu'y z'ont voulu m'y faile pâler avec n'accent d'melde ! Palaît-y qué ça fait plus léaliste ! »

« Ouais, bah du coup, je comprends rien à ton patois ! »

Jon Omble se tourna vers la porte : « Mestre ! MeeEEEestre ! », hurla-t-il.

Un petit moine en robe de bure arriva, clopin clopant sous ses lourdes chaînes. Quand on a un blason comme celui des Omble, on se doit d'avoir un mestre hautement qualifié.

« Mon seigneur ? »

« Traduisez-moi cette affaire ! », déclara Lord Omble en balayant l'air en direction du bouseux.

Pendant que ce dernier exposait son problème, Jon Omble mâchonna sa perdrix. Puis il avala une grande rasade de cervoise, rota, péta, puis se leva.

« En fait, messire, expliqua le chapelain, vos terres sont hantées par un loup géant. »

« Un loup géant ? Bah merde, manquait plus que ça ! On n'avait pas assez des Sauvageons, voilà que les loups aussi franchissent le Mur ! »

Jon Omble regarda le paysan. Celui-ci, effrayé par son regard, se mit à pleurer.

« C'est bon, tonna le seigneur du Bout-du-Monde, demain, dès l'aube, nous partirons en chasse ! »

Et alors qu'il s'éloignait d'un pas tonnant pour gagner ses appartements, le serf blêmit : « Mâ n'hivel, murmura-t-il, lé solêh n'y se lèv'pâ vant midi ! »


Alors que les premiers rayons passaient à travers les barreaux de sa cellule-en sous-sol, Brandor entendit le bruit de la meute qui s'activait. Se levant, il profita de sa haute taille pour jeter un œil à l'extérieur : Lord Omble s'apprêtait à partir en chasse.

Bon, se dit Bran, s'il sort, il ne passera pas de sitôt ici ! Je dois en profiter pour me sauver. La veille, on ne m'a donné qu'un quignon de pain à manger, alors, si je ne veux pas perdre ma force et dépérir dans ce trou, c'est maintenant ou jamais !

Ni d'une, ni de deux : Bran prit son élan et courut jusqu'à tirer sur ses chaînes. Il faillit s'étrangler la première fois.

« Aaaargh ! Non mais, c'est décidé : le jour où j'ai un chien, je ne le tiens pas en laisse ! »

Il agrippa l'étau qui enserrait son large cou, pour éviter le coup du lapin, et recommença. Les chaînes tenaient bon.

« Oh la la, soupira-t-il, mais c'est quoi, ça ? De l'acier valyrien ? »

Et de trois. Les écrous tremblaient, mais ne cédaient pas. Bran en avait les larmes aux yeux. Il tomba à genoux sur le sol en terre battue.

Une vision apparut alors devant ses yeux : son père, auréolé d'une lumière irréelle, vêtu d'un kimono blanc immaculé comme la neige du Nord, ceint d'une bande verte comme le blason des Stark, lui dit :

« Continue de t'entraîner, Bran. »

Cela résonna dans toute la cellule.

« Ok… Je commence à avoir des hallucinations, ça n'est pas bon signe ! »

Bran respira longuement, et ferma les yeux.

Alors Robb lui apparut à son tour, vêtu d'un kimono blanc ceint d'une ceinture marron (parce que ça va trop bien avec ses cheveux !) :

« Ne dis pas ça. »

« Quoi donc ? », demanda Brandor, lui aussi vêtu pour le coup d'un kimono blanc, ceint d'une ceinture blanche.

« N'abandonne pas. », répondit simplement Robb, avant de s'évanouir à son tour dans la lumière.

Bran hésita, comme toujours : « Moi j'veux bien, mais… »

Alors Jon lui apparut, vêtu d'un kimono blanc et d'une ceinture noire :

« Si tu baisses les bras, la vieille Nan le saura… »

« Oh non, pas ça ! »

Brandor se releva aussitôt. L'idée que son aïeule ressuscite pour lui tirer les oreilles lui flanquait une de ces peurs…

Il détala : l'une des chaînes se brisa.

« Oh oui ! Miracle ! »

Bran inspira un grand coup. Son père et ses frères aînés lui apparurent de nouveaux en kimono : « Allez, Bran, tout Winterfell est avec toi ! »

Même sa sœur Arya apparut, dans un kimono ceint d'une bande rouge : « Vas-y, lance ton kiai ! »

« Par la poussière de diamants ! »

« Pas celui-là, crétin ! », soupira Arya.

« L'HIVER ARRIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIVE ! »

Patatras ! Brandor emporta le mur de son cachot avec lui.