Winner is coming
Chapitre 5
Chasse à courre
Eté n'avait jamais aimé les chiens. Encore moins quand ils lui couraient après. Les Nordiens avaient fâcheusement tendance à priser les grosses bêtes bien poilues, des sortes de croisement entre un loup et un ours, ou entre un sanglier et un dragon, et avoir ces limiers-là aux trousses, ça n'était pas rassurant.
« La barbe ! », pestait Eté, « ils ne peuvent pas utiliser des carlins comme la reine d'Angleterre ? »
L'animal courait à travers les bois, en listant dans sa tête tout ce qui lui aurait convenu. A vrai dire, tout lui aurait convenu. Tout plutôt que ces hybrides sortis des antres du Gévaudan.
« Des spitz, des fox-terriers, des bassets… pffff, pffff… Des beagles, des épagneuls… Ha… Ha… Ou même des teckels, tiens, c'est très bien les teckels ! »
Mais non, des chiens labellisés Willow, c'est plus rigolo…
Alors qu'il sautait par-dessus les troncs morts et glissait entre les buissons, il aperçut, droit devant lui, la haute silhouette de Brandor.
« Maître ? »
Pour Eté, que Bran ait pris deux mètres en quelques minutes ne le perturbait pas le moins du monde : il avait toujours la même odeur. Mêlée à celle d'Hodor, ça faisait un peu bizarre mais on s'y habituait (Eté ne tenait pas à savoir ce qu'ils avaient fait ensemble, ces deux-là…). De toute façon il ne restait jamais dans ses basques très longtemps, alors Bran pouvait fleurer ce que bon lui semblait, la sueur et la crasse des voyageurs ou l'eau de rose des bains de la vieille Nan, il y trouvait toujours ses repères.
« Eté ! », s'écria Brandor. « C'est super que tu sois là ! J'ai réussi à m'échapper, du coup les gens ont envoyé un corbeau à Lord Omble, il faut que tu le retrouves avant lui ! »
« Mais qu'est-ce que j'en ai à foutre de ton corbeau, Bran ? », aboya le loup, « je suis coursé par les sbires du barbu, tu crois que je suis d'humeur à chasser la volaille ? »
Mais le loup ne put protester davantage : il se retrouva d'un coup, sans trop bien comprendre comment, à la place de Brandor. Il vit, impuissant, son propre corps filer sans le regarder.
« Maître ! Maître ! » cria-t-il.
Piégé dans le corps d'Hodor, Eté entendait les aboiements des chiens se rapprocher. Il fit un pas devant l'autre, eut la tentation de plonger dans la neige pour se retrouver ventre à terre.
« Mais comment ils font, ces humains, pour courir avec deux pattes ? Pffff, deux pattes qui s'agitent en l'air, quel gâchis ! »
Eté se retrouva bientôt cerné au milieu des bois par une meute de chiens. Spontanément, il leur montra les crocs.
« Pffffff ! T'as l'air fin, avec tes dents de lapin ! », s'écria l'un d'entre eux.
« Aaaaaaaarrrrrghhh ! », rugit Eté, en se jetant sur lui.
Le chien le mordit violemment. Hodor avait beau être musclé, des crocs dans la chair, ça fait hurler. En réponse, Eté lui envoya un coup de griffe dans le museau. Le chien tomba assommé.
« Wouah, se dit le loup, c'est donc à ça que ça sert… Donner des coups de griffes ultra puissants ! »
Etor sourit. Les autres chiens le regardaient, estomaqués. Il en profita pour en assommer un deuxième, d'un bon coup de poing sur la caboche. Alors que trois d'entre eux lançaient une offensive simultanée (ce qu'il comprit très bien puisqu'ils parlaient des patois similaires), Etor expédia des coups de coude, de poing, de pied tous azimuts, avant d'attraper une des bêtes par les pattes arrière et de la faire tourner autour d'elle jusqu'à ce que toute la meute se retrouve étendue ou enfuie. Puis il lança le chien contre un tronc d'arbre, avant de tituber et de vomir son déjeuner. Somme toute, se dit-il, le tourniquet, c'est plutôt marrant.
Enfin… ça le fut moins quand il se retrouva face à Lord Omble en personne, dressé sur son cheval noir.
« Ok, se dit l'hybride, voilà un nouvel adversaire… »
Lord Omble sourit : « Alors, mon petit Lord, on s'est perdu dans les bois ? »
« Groâr ! »
« Oui ben ça sert à rien de râler, tu vas retourner fissa dans ta geôle ! »
Lord Omble pointa sa lance et lança son cheval. Face à cet espadon, Etor se cacha derrière un tronc.
« Manqué ! », s'écria Lord Omble, en faisant tourner sa monture.
Etor se retrouva donc à esquiver le dard de son ennemi en tournant sans cesse autour du même tronc.
« Bon, tu vas arrêter ce petit manège, oui ? »
« Certainement pas ! C'est trop rigolo ! », pensa Etor à voix haute.
C'est alors qu'il réalisa que Lord Omble comprenait parfaitement ce qu'il disait. L'homme le regarda froidement sans rien ajouter. Il mit pied à terre, et marcha vers lui en dégainant son épée.
Cette fois, songea Eté, c'est la fin.
