Winner is coming
Chapitre 6
L'heure des soldes
Lord Omble avançait vers Etor, l'épée tendue, prêt à un étripage dans les plus nobles règles de la chevalerie ouestrienne. Coincé dans un corps qu'il commençait tout juste à découvrir, Eté savait le combat perdu d'avance. Juvénile contre Alpha, y'a pas. En temps normal, il aurait fui, se serait caché, ou, au pire, aurait fait le mort. Mais là… Impossible !
Alors il fléchit ses pattes arrière, brandit ses poings, et fit la grimace la plus menaçante possible pour bien faire comprendre à Lord Omble qu'il vendrait très cher sa peau. Savait-on jamais, sur un malentendu, ça pouvait marcher…
Il se vit soudain surgir d'un buisson et sauter à la gorge de son ennemi. Surpris, Lord Omble tomba dans la neige, tandis que les crocs du loup lui broyèrent la face. Il hurla jusqu'à ce que l'étouffement, les lacérations, l'haleine de la bête eurent raison de lui.
Etor restait là, pantois, à regarder son propre moi achever sans pitié le chasseur.
Ben ça alors, se dit-il, pour du pot, c'est du pot !
Une fois Jon Omble salement trépassé, Etan le loup redressa son museau sanglant et regarda Etor le géant.
« T'as vu ? J'y suis arrivé ! »
« Super », dit le géant, blasé.
« J'avais lu cette technique dans un livre écrit par Ser Conan Doyle, mais je ne pensais pas que ça fonctionnait ! »
« Bon, lui dit Eté, ça y est, t'as fini, Bran ? Je peux récupérer mon corps ? »
« Pas de problème, lui répondit le loup, on n'a plus besoin de s'inquiéter du corbeau, maintenant que son destinataire est mort. »
Le loup regarda le corps, puis dit au géant : « Tu veux bien attendre que je le déshabille avant de le manger ? »
Le déshabiller ? C'était quoi encore, ce plan ?
« Oui, dit Etor, mais fais vite… »
Eté retrouva aussitôt son corps. Il se sentit soudain beaucoup mieux. Tout content, il laissa Brandor enlever les vêtements de Lord Omble, puis se jeta sur le cadavre et se servit un copieux déjeuner.
Brandor, quant à lui, examinait les vêtements de Lord Omble. Ils n'étaient pas vraiment à sa taille. L'ample tunique du défunt le serrait comme un justaucorps, les bottes étaient trop étroites, les gants passaient…
« Oh la la, soupirait-il, je vais continuer à ressembler à un bouseux pendant combien de chapitres ? »
Il attrapa les lanières des braies de Lord Omble, et tâcha d'améliorer la tenue de ses galoches en les redressant et les serrant contre ses mollets. Le pauvre Hodor n'avait vraiment aucune allure, mais là, ça passait déjà mieux. Il prit la ceinture en cuir, les baudriers en métal, et toutes les armes de Lord Omble. Ça commençait à prendre forme. Joie et bonheur : il trouva même une bourse ! Enfin, il se drapa dans la cape du mort.
« Comment tu me trouves ? », demanda-t-il à son loup.
Eté, tout content de festoyer, lui jeta un regard distrait.
« T'as une odeur de moins en moins reconnaissable », lui dit-il placidement.
Bran enroula les bottes de Lord Omble dans la tunique, et alla vers le cheval. Il coinça son paquet sous les sangles de la selle, puis monta à son tour.
Monter à cheval ! Enfin une chose qu'il pouvait faire de nouveau. Le cheval se montra rétif, mais Bran était heureux.
« T'inquiète, dit-il à sa monture pour la rassurer, j'ai juste besoin d'un cheval pour faire classe ! »
« Sérieux ? », fit Eté, « on va se promener avec une ménagerie juste pour se la péter ? »
Bran ? Allô, l'hiver arrive !
Mais Bran était le roi du Nord. Quand on joue le jeu des trônes, on monte à cheval ou on boit, il n'y a pas de juste milieu.
« Allez, fit-il à ses bêtes, tous à Peyredragon ! »
« Qu'est-ce qu'on va foutre à Peyredragon ? », demanda le cheval.
« On va récupérer mon frère Rickon, qui y est retenu prisonnier ! »
« Oui, fit Eté, avec mon frère Broussaille ! »
« Euh… ça, fit Brandor, on ne me l'a pas précisé ! »
Eté lui jeta un regard noir : « Bon sang, Bran, t'aurais pu au moins te renseigner ! »
« J'étais prisonnier, je te rappelle ! »
Le destrier ne pipa mot, laissant les deux compères l'emmener tout en se disputant.
C'est ainsi que Bran et sa folle équipée partirent pour Peyredragon.
