Winner is coming
Chapitre 8
I know, I know…
Ce fut avec un grand soulagement que le pêcheur nordien accosta sur les côtes de Peyredragon. Brandor débarqua, avec son cheval, pendant qu'Eté sauta sur le bord.
« Bon, soupira le loup, c'est bien gentil, mais on fait quoi, maintenant ? »
« Tu flaires, répondit Bran, jusqu'à ce qu'on retrouve la trace de Rickon ! »
Eté leva le museau vers les murailles de Peyredragon : elles étaient d'une hauteur impressionnante. A son avis, ils avaient dû déjà se faire repérer. Mais bon, il n'était qu'un loup, son avis, tout le monde s'en fichait.
La nuit tombait. Aidés par la pénombre, Bran et ses amis firent le tour de la forteresse, flairant le sol à la recherche de Rickon. Ce n'était pas facile : l'eau venait claquer contre les rochers, aussi le flair d'Eté était-il quelque peu affecté. Quant à Bucéphale, pas moyen d'avancer sur un terrain pareil. Bran dût se résoudre à le laisser sur la plage, juste devant les portes d'entrée. C'était un coup à se le faire voler. Il décida de laisser un message : il tailla une tête de loup dans le cuir de la selle. Ce n'était pas très réussi, parce que seule Sansa savait dessiner dans sa famille, mais c'était une tentative comme une autre, au cas où Rickon le verrait.
Il partit ensuite à l'assaut des rochers, suivant le loup.
Il marchait depuis quelques heures lorsque, au tournant d'une tourelle, il entendit une voix : une jeune fille chantait, quelque part dans les vagues.
« Une sirène ? », se demanda Bran.
Mais, en tendant l'oreille, il se rendit compte que le chant émanait de la tourelle : il vit une ouverture. Il décida de l'escalader. Eté le regarda faire, pas du coup convaincu du bien-fondé de cette idée, puis décida d'en profiter pour aller pêcher (ben quoi, il avait faim ! Les loups géants mangent huit-cents livres de viande par jour, vous savez…)
Alors que Bran gagnait de la hauteur, le chant mélodieux se faisait plus précis à ses oreilles :
« Mother's telling
I know nothing;
I'm like Jon Snow,
Ow, ow, ow… »
Il en fut charmé. Comme la muraille était haute et son corps plus lourd, il eut tout le temps d'imaginer à quoi pouvait ressembler la jeune fille qui chantait. Il l'imaginait grande, mince et rousse, comme sa mère, en fait. Ou brune. Ou blonde. Avec des yeux bleu ciel. Ou vert prairie de Winterfell. Ou marron gadoue. Ou gris robe de bure de Mestre Luwin. Bon, on imagine ce qu'on peut…
Quelle ne fut pas surprise quand, atteignant la fenêtre, il découvrit une gamine de son âge ! Il s'était attendu à une sirène, une femme plus mûre, une sorte d'amante expérimentée qui déniaise. Raté.
Comble de malchance, la fillette l'entendit et se tourna vers lui. Bran découvrit avec horreur qu'elle avait le visage ravagé par une vieille lèpre grise. Mais le plus horrible resta que la fille appela aussitôt la garde en le voyant.
« Mince, se dit Bran, comment je redescends ? »
Impossible, il était bien trop haut.
« Eté ! Sauve-toi ! », hurla-t-il.
La bête l'entendit et ne se le fit pas dire deux fois – pas fou, le loup !
Puis Bran se retourna vers la jeune fille. Un homme avait surgi à son cri et se tenait à côté d'elle. C'était un vieil homme chauve et barbu, mais qui tenait une épée dans sa main.
« Chevalier Oignon, fit l'enfant, il… cet homme… »
« Ne vous inquiétez pas, princesse Shireen, je m'en vais vous en débarrasser ! »
« Attendez ! », fit Brandor, « je ne vous veux aucun mal ! Je… je suis à la recherche de mon… Euh… »
« C'est ça ! Arrière, brigand ! », s'écria le vieux.
« Je ne suis pas un brigand ! »
« Oh si ! Crois-moi, je vous reconnais à la mine, foi de Daavos Mervault ! »
« Je suis Brandor, chevalier au service de la Maison Stark, et je recherche le jeune Rickon ! », glapit pleutrement Bran.
« Un Stark ? », demanda Daavos.
« Un chevalier ? », s'étonna Shireen.
« Je vous en supplie… Je vous assure que je ne suis pas un ennemi ! »
« Alors ça… », fit Daavos, indécis.
« Menons-le à mon père, fit Shireen, il pourra en décider ! »
« Bon idée, fit Daavos, le roi Stannis a toujours été un homme de justice. Toi, mon gros, fit-il en saisissant Bran par le col, tu vas venir avec moi… Mais d'abord, tu vas me faire le plaisir de jeter à terre tes armes ! »
C'est ainsi, par l'entremise d'une petite fille et d'un papi, et surtout grâce à beaucoup de lâcheté, que Brandor se retrouva captif du roi Stannis.
