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Edward n'avait aucune idée de ce qu'il faisait ici. Esmée l'avait appelé et mis le déjeuner devant lui mais il ne pensait pas que quelqu'un avait remarqué qu'il n'avait pas dit plus de trois mots. Bien sûr que non. Le sujet de la conversation était tellement plus important que lui - et un sujet dont il ne connaissait rien.

"On voit qu'il se bat," dit Alice. "Je crois qu'il veut sourire."

"Les bébés ne sourient pas, chérie," dit Jasper, le petit-ami d'Alice, en ébouriffant ses cheveux avec tendresse. Parce que, bien sûr, même Jasper avait rencontré bébé Henry alors qu'Edward n'en avait pas le droit.

"Celui-là, si," dit Esmée, son sourire de grand-mère fière de lui. "Il a le sourire de son père. Il avait l'air tellement mieux aujourd'hui, tu ne trouves pas ?"

Edward baissa les yeux sur son café, faisant tourner son poignet pour que le liquide tourbillonne, tourbillonne et tourbillonne.

"Alors, Edward ?"

Edward leva la tête, regardant Jasper à travers le salon. Il arqua un sourcil.

"Comment se passe la recherche d'emploi ?"

Le coin de sa bouche se releva et il baissa la tête. "Je n'ai pas encore eu de réponse des épiceries. Je passe aux quincailleries cette semaine."

Jasper cligna des yeux. "Quoi ? Tu es sérieux ?"

Edward se sentait presque mal, sachant qu'il rendait la conversation gênante alors que Jasper était le seul à avoir pris la peine d'essayer de l'inclure. Le petit-ami de sa sœur semblait assez gentil. Sérieux et visiblement fou d'elle. Pourtant, il ne pouvait pas s'en empêcher. Il garda son regard stable et son ton posé. "Mettre les courses dans les sacs est un travail honnête. Morgan Freeman l'a fait quand il est sorti de Shawshank Redemption."

Carlisle soupira, lançant une expression à Edward qui suggérait qu'il était juste un peu exaspéré. Et ça... c'est ce pour quoi Edward avait toujours été remarquablement doué. Quiconque connaissait Carlisle aurait dit que l'homme était imperturbable. Pas quand il s'agissait de son beau-fils rebelle. "Tu as un diplôme, Edward. Tu en as deux."

"En commerce et comptabilité." Il leva un sourcil provocateur vers son beau-père. "Tu penses vraiment que je vais arriver à quelque chose avec ces diplômes alors que je suis allé en prison pour détournement de fonds ?"

Carlisle fronça les sourcils. Alice se racla la gorge et sourit avec éclat. "Hé, j'ai oublié de te demander. Comment s'est passé ton test pour ton permis ?"

A ce moment-là, le sourire d'Edward devint authentique. "J'ai réussi l'examen écrit. Dans quelques jours, je pourrai reprendre la route en toute légalité."

"Cependant, tu devrais quand même envisager une voiture," déclara Carlisle. "Ce serait judicieux, surtout lorsque tu dois prouver ta fiabilité à une entreprise."

La mâchoire d'Edward se crispa.

"Et nous glisserons un mot en ta faveur," dit Esmée. "Nos amis nous prendrons au mot pour dire que tu es digne de confiance." Elle posa une main sur son épaule. "Entre nous tous, tu pourras choisir le secteur auquel tu aimerais être associé."

"Je ne veux pas..."

"Il ne faudra pas longtemps pour que ta vie redevienne ce qu'elle devrait être."

Edward se tut. Il savait par expérience que personne n'avait besoin qu'il participe à cette conversation.


Edward sursauta lorsque Bella posa une main sur son genou. De l'électricité lui parcourut l'échine. Il était perdu dans ses pensées mais son contact l'avait ramené dans son corps, le laissant hyper conscient de tout - l'air frais, l'obscurité de la nuit... et sa main chaude sur lui.

"Désolée." Elle retira sa main et serra le volant plus fort. "Tu faisais rebondir ta jambe. C'était distrayant." Elle fit une pause, lui jetant un regard. "Tu es nerveux ? Les bébés ne sont pas si difficiles à impressionner."

Elle avait un sourire si doux, il ne pouvait pas s'empêcher de sourire en retour. "Mes parents m'ont dit que j'étais digne de confiance aujourd'hui," dit-il, se détournant d'elle pour regarder les rues sombres par la vitre. "Et quelle est la première chose que je fais ?" Il gloussa sans humour. "Le droit chemin, mon cul !"

Bella resta silencieuse quelques instants puis, à sa grande surprise, elle rit elle aussi. "Comme si c'était un crime que tu veuilles rencontrer ton neveu. Un comportement de mauvais garçon si intense..." Elle soupira. "Mon père dirait la même chose. C'est contraire à l'éthique. Encore une mauvaise décision mais que peut-on attendre d'autre d'un mauvais garçon ?

Quand je suis retournée à l'école après... tout, c'était dur." Elle secoua la tête, regardant la route droit devant elle. "J'étais tellement fatiguée tout le temps. Alors, un jour, j'ai séché les cours. Une chose parfaitement normale que tous les étudiants du monde ont fait, non ? Même pas parce qu'ils passaient un mauvais moment, juste pour s'amuser. Mais mon père m'a surpris et il avait cette putain d'expression sur son visage. J'avais travaillé si dur pour revenir là où j'étais censée être mais rien de tout cela n'avait d'importance. Il a vu ce qu'il s'attendait à voir : je faisais encore de la merde. Comme d'habitude."

Edward ressentit cette affirmation jusqu'à la moelle de ses os. Il repensa au nombre incalculable de fois où, durant son adolescence, il avait commis la moindre erreur et à l'expression des visages de Carlisle et d'Esmée, fatigués, déçus et tellement peu surpris qu'il ait encore tout foiré.

Et d'un autre côté, la façon dont ils regardaient Emmett et Alice - rayonnant de fierté à chaque petit accomplissement... également sans surprise. Ce n'était jamais un choc quand Emmett et Alice réussissaient.

Bella se gara sur une place de parking et coupa le contact en le regardant. "Quoi qu'il en soit, je pense que c'est une connerie. Ce n'est pas parce qu'on est des ratés qu'on a perdu le droit d'être humain. Et d'une certaine façon, c'est sûr, c'est une chose merdique à faire. C'est l'enfant de Rosalie et on devrait respecter ça. Mais tu es la famille d'Henry. Elle aura toujours affaire à toi, qu'elle le veuille ou non, alors lequel d'entre vous a eu tort en premier ? Ou plus mal ? La sémantique me rend folle."

Elle inclina la tête, le regardant avec un petit sourire. "Alors, je comprends si tu ne veux pas faire ça finalement mais je ne suis pas là pour te juger. C'est quoi le bon mot ?"

Il la fixa un temps puis rejeta sa tête en arrière contre l'appui-tête pour rire. "Allons faire les méchants."

"Ok, Mal. Calme-toi," dit Bella en sortant de la voiture.

Edward était déraisonnablement ravi qu'elle ait reconnu l'obscure citation. "Tu as vu Firefly ?"

"Ça te choque qu'une série pleine d'antihéros criminels soit l'une de mes préférées ?" Elle se montra du doigt. "Oeuf pourri, tu te souviens ?"

"Vous n'êtes pas mauvais, vous êtes juste faits de cette façon."

Elle lui lança un regard perplexe et il gloussa. "Firefly oui. Qui a piégé Roger Rabbit non, hein ?"

"Nous devrions corriger cela."

Son pas s'arrêta et elle le regarda, quelque chose de timide dans son expression bien qu'un sourire jouait sur ses lèvres. "Est-ce que tu me proposes un rendez-vous ?

"Euh," fut sa réponse brillante. Son rythme cardiaque s'accéléra à un mile par minute et sa bite ? Personne ne l'avait invitée dans la conversation mais elle était définitivement à l'écoute.

Eh bien, quoi ? Edward était en prison depuis longtemps et Bella était distraitement féminine. Et hérissée. Et gentille. Et...

"Je plaisantais," dit Bella en baissant la tête. Dans la lumière trop vive de l'hôpital, la rougeur de ses joues était évidente.

Edward y pensa l'espace d'un autre battement de cœur, les questions et les remontrances ricochant sur son crâne. Est-ce que sortir avec quelqu'un était quelque chose à quoi il devait penser, tout juste sorti de prison, sans un sou ni même un permis de conduire à son nom ? Était-ce juste pour elle ? Était-ce mal qu'elle soit si jeune ? Son intérêt - parce qu'il était très, très intéressé - était-il dû à autre chose qu'au fait qu'elle était la première femme sans lien de parenté sur laquelle il avait posé les yeux quelques heures après sa sortie ?

"Non," dit-il, sachant que son silence rendait cet échange embarrassant. Il se racla la gorge et leva les yeux au ciel. Il lui jeta un coup d'œil en coin, sa bouche se tordant dans un sourire qui à une époque avait été puissant. Il se pencha plus près d'elle, dans son espace personnel alors qu'ils entraient dans l'ascenseur et baissa le ton jusqu'à un faible grondement près de son oreille. "Ce serait un honneur et un privilège de t'apprendre les délices du pattycake."

Elle prit une grande inspiration et se retira pour pouvoir le regarder dans les yeux. Elle cligna plusieurs fois, clairement confuse. L'air entre eux crépitait d'énergie. "Attends. Quoi ?" demande-t-elle, essoufflée.

L'ascenseur sonna et Edward inspira par le nez et expira de nouveau lorsqu'il entra dans le couloir stérile et trop lumineux. Il l'avait encore, ce qui était gratifiant mais ce n'était guère l'endroit pour que sa libido passe à la vitesse supérieure. "Roger Rabbit," marmonna-t-il dans son souffle, en secouant la tête pour constater à quel point sa vie était bizarre en ce moment. La prison était contraignante mais il supposait que c'était le but.

Bella le fixa encore quelques instants avant de reporter son attention sur la femme qui l'avait accueillie derrière la vitre de la petite pièce dans laquelle ils étaient entrés. "Salut, Bella. Je ne t'ai pas vu depuis quelques semaines."

"L'école m'a un peu cassé les pieds."

"Continue comme ça. Tu vas y arriver." Les yeux de la femme se tournèrent vers Edward et revinrent vers Bella. "Tu as amené un ami ?"

"Ouais." Elle se tendit et prit la main d'Edward, la levant pour la tapoter avec son autre main. "Voici Edward. Il a eu une sacrée semaine. J'ai pensé l'emmener avec moi à la thérapie aujourd'hui."

La femme jeta un regard méfiant à Edward. Il se surprit à serrer la main de Bella plus fort, avec l'impression ridicule que les flics allaient surgir et l'emmener à nouveau.

Mais ensuite, la femme lui sourit. "Les enfants aussi ont eu une sacrée semaine. Tu seras en bonne compagnie." Elle s'approcha et appuya sur un bouton. Les doubles portes s'ouvrent devant eux .

Edward ne se rendit compte qu'à mi-chemin dans le couloir qu'il n'avait pas lâché la main de Bella. Ou, il supposa, qu'elle n'avait pas lâché la sienne. En fait, son pouce passait sur ses jointures dans un mouvement de réconfort pendant qu'ils marchaient. "Tu es nerveux," dit-elle, cette fois sans le demander.

"Je ne pense pas avoir tenu un bébé depuis Alice." Il pencha la tête, un vague souvenir lui revenant. "Je crois qu'il y en a eu un... J'étais censé garder un bébé une fois. Mais j'ai trébuché et le père a été effrayé ou quelque chose comme ça." Il haussa les épaules. La liste des personnes qui l'avaient observé, attendant qu'il fasse une connerie, était longue. Elles avaient tendance à se mélanger dans sa tête.

"Tu n'as pas à t'inquiéter de trébucher ici." Elle lui serra la main et la lâcha. Elle s'approcha d'un bureau où travaillait un homme blond. "Hé, Mike !"

L'homme leva les yeux et sourit. Edward ne manqua pas son regard appréciateur sur le corps de Bella avant de remonter vers ses yeux. Il ne rata pas non plus le serpentin de colère dans ses tripes et la façon dont ses doigts le démangeaient pour la toucher à nouveau.

Au lieu de cela, il se battit pour garder son visage impassible lorsque l'homme se leva et tendit la main pour toucher brièvement son bras. "Mauvaise nuit ?"

Elle enroula ses bras autour de ses épaules mais donna à Mike un sourire fatigué. "Mauvais mois."

"Eh bien, je te soutiens, petite." Il se leva et regarda Edward. "Tu as de la compagnie ce soir ?"

"C'est Edward. Il aurait besoin d'une réinitialisation d'usine."

"Une réinitialisation d'usine ?" Edward haussa un sourcil.

Mike le regarda avec une gentillesse qui montrait clairement pourquoi il était infirmier en soins intensifs. "C'est ce qu'on appelle l'effet que produit le fait de tenir ces bébés. Tout le stress. Tout ce qu'il se passe à l'extérieur ? Tout s'évanouit. Ils sont si petits et ils luttent mais les tenir vous donne un sentiment de paix et d'utilité. C'est bon pour eux et c'est bon pour toi."

"Gagnant-gagnant," dit Edward, la gorge serrée.

Cette fois, c'est Bella qui toucha le bras de Mike. Elle inclina la tête, le regardant de dessous ses cils. "Alors, qu'est-ce que tu en penses ? Tu me ferais une faveur ? Edward est quelqu'un de bien."

Mike serra ses lèvres mais après un moment, il hocha la tête. "Ouais, ok. Pas de problème."

"Tu penses qu'il peut tenir le petit Henry McCarty ? Son père est un de mes amis."

"Alors ne voudrais-tu pas être celle qui le tiendra ?"

Bella prit une grande inspiration et le visage de Mike se décomposa. "Oh, zut. Chérie, je suis désolé. C'était stupide. Je sais comment tu te sens avec les petits garçons."

Edward fronça les sourcils, confus et curieux. Il fut distrait tout aussi rapidement lorsque Mike posa ses mains sur les épaules de Bella et les massa. C'était du réconfort pur et simple mais Edward découvrit qu'il n'aimait vraiment pas que cet homme la touche.

"On fait appel à un substitut, alors ?" demanda Mike dans une tentative évidente d'alléger la lourdeur qui avait teinté l'air autour d'eux. "Pas de problème. Laisse-moi t'installer avec Bébé Bree." Il fit claquer sa langue. "Pauvre petite. Ses parents n'ont pas été très accueillants avec elle, alors elle a besoin d'un bon câlin." Il désigna Edward. "Tu peux regarder et ensuite je te guiderai, d'accord ?"

L'attention d'Edward se porta alors sur les bébés dans la pièce juste derrière Mike. Ils entrèrent d'abord dans une antichambre où Mike expliqua la nécessité de l'hygiène, montrant à Edward comment se laver les mains. De là, il pouvait voir les bébés - d'effroyables petites créatures dans des états divers, certaines avec des lumières spéciales, d'autres avec de minuscules œillères, toutes avec un fil ou un autre attaché à elles. Fragiles, ces petites choses.

Et soudain, il n'était que trop conscient de la merde qu'il était. Ses nerfs passèrent à la vitesse supérieure et il eut l'étrange envie de faire demi-tour et de courir. S'il se plantait - et il s'était planté sur tant de choses dans sa vie - il pouvait blesser le bébé, son neveu. A ce moment-là, il ne put s'empêcher d'être d'accord avec Rosalie : il n'était pas censé être ici.

Puis la main de Bella était à nouveau dans la sienne. Elle la serra fort, en le regardant. "Ça va aller."

Inexplicablement, il la crut, il lui faisait confiance.

Il la regarda s'asseoir sur une chaise à côté de l'un des berceaux fermés à l'aspect effrayant. Il y avait quelque chose dans son visage à ce moment-là qui le frappa comme étant beau. Il y avait quelque chose de douloureux dans le regard qu'elle portait en suivant les mouvements de Mike. Mais l'émerveillement se lisait aussi sur ses traits, alors que Mike aidait à installer le bébé - une petite chose avec le plus petit bonnet rose à rayures qu'Edward ait jamais vu - sur sa poitrine. Il arrangea les fils pour qu'ils ne soient pas gênants et Bella passa une main sur le dos du bébé. Sa main avait été si petite dans la sienne mais elle était énorme comparée au bébé qu'elle tenait.

Son cœur lui faisait mal et il ne savait pas trop pourquoi.

Quand elle fut installée, ce fut son tour. Il était très attentif, son cœur battant la chamade alors que son neveu était placé si soigneusement dans ses bras.

Il n'avait pas réussi à mettre des mots sur la raison pour laquelle il était si important pour lui de faire partie de tout cela. Oui, il y avait quelque chose d'apaisant dans l'idée que le petit Henry ne connaisse jamais Edward comme un bon à rien. C'était plus que le pacte qu'il avait fait avec lui-même. Il s'était promis que lorsqu'il sortirait, il trouverait comment être un membre de sa famille. Un frère et un fils, pas juste un type qui appartenait à la famille vaguement et dont ils devaient se soucier quand il continuait à déconner.

En tenant Henry, cependant, toutes ces choses semblaient sans importance. L'enfant se tortillait, un poids chaud et léger sur la poitrine d'Edward et il pensait qu'il n'avait jamais vu quelque chose d'aussi précieux et incroyable. Il comprit de quoi sa famille parlait. Il fallut une fraction de seconde à Edward pour voir que le petit garçon était un battant. Et oui, il crut voir un soupçon du large sourire de son frère là aussi.

"Le petit Henry a beaucoup de gens qui le soutiennent," dit Mike en ajustant un fil de plus. "Appelle-moi si tu as besoin de moi, d'accord ?"

Edward se contenta de hocher la tête, trop absorbé par l'observation des petits mouvements du bébé, la flexion de ses doigts incroyablement petits.

"C'est un plaisir de te rencontrer, petit homme," murmura Edward, surpris par la forte envie de parler. "Les circonstances auraient pu être meilleures mais voilà."

Il soupira, caressant la forme du bébé à travers la couverture de l'hôpital. "Ton père... J'avais l'habitude de penser qu'il avait une vie enchantée. Je suppose que, de bien des façons, c'est le cas. Il semble toujours obtenir tout ce qu'il veut. Il donne l'impression que c'est sans effort. Il a été dans les équipes sportives qu'il voulait au lycée. Il a eu des professeurs faciles. Il a eu des notes qui étaient suffisantes. Il a eu la fille qu'il voulait pour ses deux bals de promo. Il est entré dans l'école qu'il voulait. Son entreprise a été un succès du jour au lendemain. Il n'a rencontré ta mère, son âme sœur, qu'après avoir eu le temps d'être jeune et sans attaches.

"Mais alors, ça..." Edward frotta le dos du bébé en faisant de légers cercles. "Je ne sais pas. Etre si près de te perdre, toi et ta mère ? Ce que ma vie a été n'est rien comparé à ça."

Il se plongea alors dans le silence, écoutant les doux sons qu'Henry émettait lorsqu'il vacillait entre le sommeil et l'éveil. Son cœur était lourd et plein, brisé par le fait que ce nourrisson de quelques jours avait dû se battre et se développer jusqu'à doubler sa taille de poitrine pour exister.

Il leva les yeux et vit Bella non loin de là, berçant la petite fille qu'elle tenait avec un sourire mélancolique sur le visage. Et il sut. Les pièces du puzzle qu'était Bella Swan se mirent en place et il sut qu'il fut un temps où elle avait tenu un bébé à la néonatalité - un petit garçon, si Edward ne se trompait pas - et avait ressenti ce qu'Edward ressentait maintenant. Qu'il pouvait faire mieux, être meilleur qu'il ne l'était, parce qu'il avait tout pour lui. Ce précieux enfant était là, luttant pour respirer. Pour la vie. Edward faisait partie de ce combat, donnant ce qu'il pouvait - sa chaleur, son affection physique, sa sollicitude.

Une fois, pensa Edward, Bella avait tenu un enfant comme celui-ci et avait dû espérer que ce serait suffisant, qu'elle pourrait être suffisante. Et peut-être que, comme lui, elle avait juré en silence qu'elle pourrait être meilleure. Si ce petit garçon pouvait se battre si fort juste pour respirer, il pouvait sûrement trouver un moyen de changer sa vie.

Comme si elle pouvait entendre ses pensées, Bella leva les yeux. Le souffle d'Edward se bloqua dans sa gorge. Il se sentait nu et vulnérable, partageant ce moment avec elle. Comme si elle était la seule au monde à pouvoir comprendre ce qu'il ressentait en ce moment. Pendant un instant, c'est comme si cette pièce était la seule à exister - tous les deux, parias de bonnes familles, les yeux rivés l'un sur l'autre alors qu'ils conversaient sans parler.

Quelques minutes plus tard, alors qu'il se tenait à ses côtés et regardait Mike installer Henry dans son berceau, Edward s'efforça de trouver un sens à ce sentiment d'intimité qui s'était installé comme une brume sur ses pensées. C'était une sensation de chaleur. Gênant, parce qu'il n'en connaissait pas ou n'en comprenait pas la teneur mais pas désagréable.

Il était lié à cette femme d'une certaine manière. De l'attirance, oui, mais aussi une affinité.

Et ce que cela signifiait, Edward l'ignorait. Il savait simplement que ça existait, comme des liens invisibles dans l'air entre eux.

Il se frotta la nuque, sans vraiment prêter attention à ce que Bella disait à Mike alors qu'ils se préparaient à partir. Il la suivit quand elle se retourna et marcha à ses côtés, se demandant ce qui allait se passer. Il voulait parler. Il y avait beaucoup de choses qu'il voulait savoir. Il voulait flirter. Il y avait beaucoup de choses qu'il voulait faire. Il ouvrit la bouche. La referma. Il souffla. Ouvrit la bouche.

Bella sursauta. Avant qu'il n'ait pu comprendre ce qu'il se passait, elle lui avait attrapé la main et l'avait tiré dans un couloir dans la direction opposée à celle qu'ils étaient censés suivre. Elle le poussa contre le mur. "Quoi..." commença-t-il mais elle mit un doigt sur sa lèvre. S'accrochant toujours à sa main, elle plaqua son dos contre le mur.

Quelques secondes seulement s'écoulèrent avant qu'il ne voie ce qui avait effrayé Bella. Son frère passait, dans le hall principal, en direction de la Réa Néonatale. Bien sûr, Edward avait toujours su qu'Emmett était à l'hôpital. Il y passait toutes les nuits mais il avait dit plusieurs fois qu'il passait la nuit dans la chambre de sa femme.

Bella laissa échapper un soupir de soulagement lorsque les pas d'Emmett s'estompèrent. Elle le regarda. Il lui rendit son regard. Ils commencèrent tous deux à rire, gloussant à voix basse parce que c'était ridicule. Ils se faufilaient dans l'hôpital comme de vulgaires criminels aux petites heures du matin.

Il pivota de façon à ce que son côté s'appuie sur le mur mais le mouvement le rapprocha de Bella plus qu'il ne le pensait car elle s'était tournée vers lui au même moment. Surprise, elle tendit sa main comme pour garder son équilibre. Sa paume se posa sur sa poitrine.

Un temps s'écoula. Elle ne bougea pas sa main et leur rire mourut sur leurs lèvres.

Il inclina sa tête vers le bas. Elle releva son menton. Leurs bouches se rencontrèrent, se testèrent. Elle émit un son doux et son souffle était chaud contre son visage, l'enivrant de sa proximité. Il se pencha à nouveau, sa main sur sa hanche. Ce baiser était plus complet. Plus doux.

Quelque part au fond de son esprit, quelque chose se mit en place avec un petit bruit sec - l'univers rempli de tout ce qui est léger et bon pour une fois.