10 / 24


Le son d'un message entrant ne manquait jamais de faire sourire Edward. La raison en était simple. Le plus souvent, c'était un message de Bella.

Ce jour-là, malgré la simplicité de ses propos, Edward ne pouvait s'empêcher de penser que quelque chose n'allait pas. Il ne pouvait pas l'expliquer, même à lui-même. Il savait juste qu'elle avait besoin d'être réconfortée.

Pour être honnête, c'est probablement sa propre humeur qu'il ressentait. Il s'était encore disputé avec ses parents. Il savait que leur inquiétude partait d'un bon sentiment mais il n'avait pas besoin qu'on lui rappelle constamment qu'il vivait mal sa vie. Ils pensaient avoir toutes les réponses.

Edward : Que penses-tu des motos ?

Bella : Elles m'énervent quand je suis coincée dans les embouteillages. Pour qui se prennent-elles, à avancer alors que je ne le peux pas ?

Edward : Et si tu en prenais une ?

Une minute s'écoula puis elle envoya un lien YouTube. Edward dut rire. C'était une vidéo datant de quelques années, avec quelques milliers de commentaires. C'était un cinglé d'extrême droite qui parlait de Charlie Swan... et plus précisément de sa fille adolescente et délinquante.

Il y avait une courte vidéo granuleuse de Bella et quelques, eh bien, délinquants. La quintessence du stéréotype - une bande de gamins aux cheveux longs, hérissés de la plus grande crête iroquoise qu'Edward ait jamais vu dans le cas d'un gamin, conduisant des motos avec cette expression sur leur visage. Le regard de quelqu'un qui n'est pas prêt d'attendre que les problèmes les trouvent.

Une bande de gamins prétendant être des mauvais garçons, en d'autres termes. Il ne pouvait pas juger, il avait été ce gamin une fois.

Il inclina la tête, regardant l'adolescente Bella - il n'y a pas si longtemps - monter sur une moto et faire un doigt d'honneur à ceux qui la filmaient.

Elle était visiblement enceinte.

Son cœur se mit à battre la chamade, les pièces du puzzle qu'était Bella Swan se mettant en place avec précision. Il se souvenait de la façon dont elle avait pâli lorsque l'infirmier Mike lui avait suggéré de tenir le bébé Henry. Il se pourrait qu'elle ait donné l'enfant à l'adoption mais il ne le pensait pas.

Il voulait demander mais ... Eh bien. Cela pouvait attendre.

Edward : Tu es occupée demain ?


Ils étaient assortis.

Bella sortit de son immeuble en portant la même chose que lui, un jean et une veste en cuir noir. Ses cheveux flottaient librement et il se dit qu'il était peut-être un génie d'avoir organisé cette virée. C'était une belle journée et elle était éblouissante. La pensée de ses cheveux au vent se répandant tout autour d'elle...

Mais il prenait de l'avance sur lui-même. Il y avait de l'énergie entre eux - des éclairs et du feu - mais rien de ce dont ils avaient parlé. Il était loin d'être naïf. Il savait comment des journées comme celle-ci se terminaient mais il savait aussi qu'il n'avait pas le droit de le considérer comme une certitude. Il n'en avait pas envie. Il voulait plus avec elle. Rien de précis. Rien qu'il ait vraiment réfléchi. Juste plus.

Il tendit la main vers elle automatiquement. Si elle trouva ça étrange, elle ne dit rien, elle prit seulement la main qu'il lui tendait. A son contact, une grande partie de la tension qu'il portait disparut de lui. Elle aussi, quand elle était sortie du bâtiment, avait une lourdeur qui semblait se dissiper de ses traits.

C'était agréable de penser que sa simple présence pouvait rendre quelqu'un heureux, plus léger. Il avait l'habitude d'être la cause de soucis et de drames.

"Prête ?" demanda-t-il.

"Allons-y," dit-elle avec un sourire.

Pourtant ils se dirigèrent vers sa moto à un rythme lent, les doigts serrés à l'extrémité, jouant à ce qu'ils ne disaient pas. Il lâcha ses doigts pour mettre le casque qu'il avait apporté pour elle. Ils savaient tous les deux qu'elle était plus que capable d'attacher les sangles elle-même mais il prétendait qu'il était utile. Elle ne semblait pas ennuyée. Ses yeux s'attardaient sur les siens alors qu'il lissait ses cheveux en arrière et ses lèvres se retroussaient en un petit sourire.

Il avait envie de l'embrasser. Encore une fois. Il avait rêvé de son goût.

Au lieu de cela, il enfourcha la moto et tourna la tête pour regarder par-dessus son épaule. Il la regarda monter derrière lui et il ne put s'empêcher de sourire. Ses bras passèrent autour de sa taille.

Puis ils partirent.

Il fallut environ une demi-heure pour sortir de la zone urbaine. Un virage sur une route secondaire et ils étaient sur leur chemin.

La route qu'il avait choisie était une des préférées des motards. Le genre de route pour laquelle les motos sont faites - toutes les routes sinueuses et les virages en épingle à cheveux. Au fur et à mesure qu'ils gravissaient la montagne, les nuages matinaux qui étaient restés bas dans le ciel depuis la vallée où ils vivaient se levaient soudainement sur eux, masquant la route à plus de quelques mètres devant lui. C'était le genre de scène effrayante - juste assez de danger pour être excitant. C'était le genre de scène dans laquelle un vampire ou un loup-garou se sentirait à l'aise. Les bras de Bella se resserrèrent autour de sa taille et son corps se pressa contre le sien.

Ce n'est que lorsqu'ils eurent traversé le banc de nuages qu'Edward s'arrêta. Ce n'était pas une destination officielle, juste un endroit où ils pouvaient se dégourdir et admirer la vue. Il s'arrêta à un tournant, tenant la moto immobile pendant que Bella descendait. Il la regarda un instant - ce moment où elle a enlevé son casque et laissé ses cheveux retomber. Elle était magnifique. Avec la toile de fond, la scène était stupéfiante.

Edward descendit de la moto et laissa enfin ses yeux s'éloigner de Bella pour admirer le panorama. Il était difficile de croire qu'une telle vue existait si près de la banlieue tentaculaire. A ce moment-là, la vallée et la ville lointaine n'étaient pas visibles à travers l'épaisse couverture nuageuse. Cela ressemblait à une rivière de blanc duveteux épousant les lignes des montagnes.

"On dirait qu'on pourrait descendre de la falaise et marcher dessus comme dans une pub Charmin*,"dit Bella.

Edward gloussa, s'approchant du bord de la falaise et jetant un coup d'œil par-dessus. "Ouais, je ne recommanderai pas ça."

Il entendit le craquement de la terre sous ses pieds alors qu'elle s'approchait. Ils regardèrent la vue, appréciant l'air frais et pur.

"Tu n'as pas demandé pour la vidéo," dit Bella comme s'ils étaient au milieu d'une conversation.

Pour une raison quelconque, cela ne le choqua pas. "Quoi à propos de la vidéo ?"

"Tu sais."

Il savait. "Ce n'est pas vraiment le genre de chose que les gens devraient demander, je pense. Mais si tu veux me le dire..."

Elle soupira. "C'est une histoire courte. Il est né trop tôt. Comme Henry, sauf que je n'ai pas entendu les mots. Il n'avait pas les mots de l'âme sœur. C'est à ce moment-là que j'ai su qu'il s'en sortirait pas. Je le savais. Il a mis deux jours à mourir, pourtant." Sa voix était lointaine et faible. Triste. "Tu vas me dire que j'étais stupide ?"

"Pourquoi dirai-je une chose pareille ?"

"Tu m'as vue. Enceinte de sept mois et faisant de la moto."

"Je ne pense pas que ce soit stupide."

"Les motos sont dangereuses."

"Les voitures aussi, statistiquement. Le truc, c'est de ne pas les planter." Il fit une pause. "C'est pour ça qu'il est venu plus tôt ?"

"Non. C'est juste arrivé, a dit le docteur. Mais je me demande toujours s'il n'était pas juste gentil." Elle gratta la terre. "J'étais pathétique. Pas de petit-ami. Ma mère... au moins elle m'a vue sur FaceTime, je suppose." Grattement. "Mon père a envoyé une aide."

"Seigneur," Edward ne put s'empêcher de murmurer dans un souffle.

"C'était une année d'élection. C'était probablement mieux, vraiment. Qu'est-ce que mon père allait bien pouvoir dire ? Au moins, il a envoyé une femme."

Edward ne savait pas quoi dire. Il se déplaça et prit sa main, serrant ses doigts autour des siens. Le contact le faisait toujours se sentir plus humain. Il cherchait des mots mais ils ne venaient pas. Que pouvait-il dire sur la perte d'un enfant ? Inimaginable. Que pouvait-il dire sur ses parents qui n'étaient pas là avec elle ? Injuste. Tout orphelin qu'il était, il avait toujours eu des parents aimants d'une manière ou d'une autre. C'était encore moins juste que quelqu'un lui laisse croire qu'elle était responsable de la mort de son fils.

Il replia ses doigts autour des siens, soupira et laissa tomber un secret qu'il avait gardé pendant onze ans. C'était la seule chose qu'il avait, une partie de lui-même, son pire moment parce qu'elle avait déjà abandonné le sien.

"J'ai un enfant," dit-il.

Du coin de l'œil, il vit son corps tressaillir, il sentit ses doigts sauter dans sa main. " Tu as un enfant ? Je... Quel est... Je veux dire, quel est son nom ? Elle ou lui..."

Il regarda au loin, au-delà des épais nuages qui épousaient les montagnes, jusqu'au paysage urbain. "Je ne sais pas," admit-il, se demandant s'il pouvait voir l'enfant d'ici, s'ils étaient encore si proches. Il soupira. "C'était à deux heures de l'après-midi, le vingt-neuf octobre. J'étais au travail et puis... mon esprit s'est éclairci. C'est devenu complètement vide pendant une seconde, sauf pour les mots. Une phrase d'âme sœur." Il secoua la tête. "'Es-tu consciente d'avoir choisi une peinture de la couleur de la merde?'"

Bella cligna des yeux. "Vraiment ?"

"Pauvre enfant. Il semblerait que leur goût en matière de peinture ne soit pas très bon."

"Et son âme sœur est un connard curieux si c'est son premier mot." Elle lui serra la main. "Tu ne savais pas, alors ? Pour le bébé ?"

Edward secoua lentement la tête. "Je n'étais avec personne. Aucune des personnes avec qui j'ai été n'a même laissé entendre qu'elle était enceinte. Ce n'était peut-être pas intentionnel. C'est peut-être parce que la mère me l'aurait dit si elle avait pu. Le sexe occasionnel est... Eh bien, je suppose que c'est ce que c'est. Je n'ai jamais cherché à sortir avec quelqu'un mais ça ne veut pas dire que ça n'est pas arrivé. Si je m'entendais bien avec une femme et qu'une chose menait à une autre..." Il haussa les épaules. "Pas d'attaches. Pas de chichis. Pas de petit-déjeuner le matin."

"Et pas d'échange de numéros ou d'informations de base pour te trouver ?" ajouta Bella.

"Ouais." Il glissa sa main hors de la sienne et enfonça ses deux mains dans ses poches, les épaules affaissées alors qu'il tanguait vers le sol. "J'aurais été là."

Sa main était chaude au milieu de son dos. Elle se pencha près de lui. "Je sais." Elle cogna son épaule avec la sienne. "Tu peux toujours aller chez Maury."

Maury Povich avait une partie populaire dans son émission - des pères comme Edward qui avaient entendu la phrase de l'âme sœur résonner dans leur tête, marquant la naissance d'un enfant qu'ils ne connaissaient pas. Mais la plupart du temps, dans son émission, les hommes avaient une idée de qui était la maman du bébé. Maury leur demandait de se soumettre à un test génétique pour prouver que l'enfant n'était pas celui du père et, comme on pouvait s'y attendre, un drame s'ensuivait.

"Je n'ai pas su quoi faire quand c'est arrivé. Par où commencer," déclara-t-il. "Un mois a passé puis deux. Un an est passé comme si de rien n'était. J'ai rencontré Tanya. Puis, la prison est arrivée et me voilà."

Le silence s'installa alors qu'ils se tenaient côte à côte mais pas un silence inconfortable. La conversation était bien trop lourde pour un rendez-vous manqué, pensa Edward. Mais d'une certaine façon, ce n'était pas inconfortable non plus. Cela semblait étrangement naturel de partager ces choses avec elle - les secrets les plus profonds et les plus sombres de leurs âmes. C'est peut-être pour cela qu'ils s'acceptaient mutuellement, avec leurs défauts, leurs blessures et tout le reste.

Quelle chose de profond et de paisible que d'être simplement accepté.

"Tu es prête à partir ?" Ils avaient encore du chemin à parcourir.

En réponse, elle se baissa, ramassant son casque de l'endroit où elle l'avait posé à ses pieds. "En avant."

Pour la première fois depuis qu'il était sorti de prison, Edward ressentait vraiment sa liberté. Il se sentait plus grand et plus léger. Il eut un éclair du souvenir du jeune homme qu'il avait été, arrogant et sûr de lui dans sa progression dans le monde.

Il avait un plan. Il n'était pas sûr de le faire mais il l'avait fait. C'était un plan vague, assez large pour aller dans plusieurs directions.

Mais il laissa cette pensée s'échapper avec l'air frais du matin.

Au sommet de la route sinueuse, ils atteignirent leur première destination prévue - un bel observatoire tout simple. Ils marchèrent, les doigts effleurant le minuscule musée. Ils se touchèrent beaucoup. Une tape d'elle pour attirer son attention. Il posa une main sur son épaule en se penchant pour regarder de plus près l'une des photos sur le mur. C'était si naturel de la toucher, d'être si familier.

Par impulsion... Eh bien. Non. Tout son être avait souffert de la sentir contre lui, tirée vers l'avant alors qu'elle avait été appuyée contre son dos sur la moto. Alors qu'ils visitaient l'extérieur de l'observatoire, regardant la grande lentille, il enroula ses bras autour de sa taille. Il la tira vers le bas, amortissant l'essentiel de sa chute. Ils étaient tous les deux à bout de souffle, elle de surprise et lui parce que, bien qu'elle soit légère, son corps tombant sur le sien lui avait coupé le souffle. Ils étaient un enchevêtrement de membres, tous deux riant en se redressant.

Ce sourire. Un si joli, joli sourire.

Il caressa sa joue. Son sourire se transforma en quelque chose de plus doux et elle mit sa main sur la sienne. Il laissa son pouce balayer sa peau, effleurer ses lèvres avec la plus grande légèreté. Il leva ses yeux vers les siens. Elle pointa son menton vers lui, l'invitant.

Avec un soupir, il se pencha. Le vent ébouriffa ses cheveux et le bruit des autres personnes s'estompa. Pendant de doux moments, alors qu'il goûtait ses lèvres, il n'y avait qu'elle. Il se rapprocha d'elle, une main l'entourant et se posant sur sa taille.

Rapidement, ces minuscules goûts, les petits coups de dents sur ses lèvres, n'étaient plus suffisants. Il voulait plus. La dévorer. Il voulait la repousser sur l'herbe et mémoriser la sensation de son corps sous ses doigts.

Il voulait.

Le son d'une femme se raclant la gorge ramena la réalité. Ils se séparèrent. La femme entraîna son jeune enfant à l'écart, en leur jetant un regard par-dessus son épaule. Les joues de Bella s'enflammèrent. Il sourit et repoussa ses cheveux sur son oreille. Elle se lécha les lèvres et baissa la tête.

Ils respirèrent. Inspirèrent. Expirèrent. Et puis, elle soupira et pencha la tête, regardant le dôme de l'observatoire. "Nous devons revenir ici. Je veux dire. Je dois revenir ici. Un jour ou l'autre. La nuit." Elle pencha sa tête en arrière, regardant directement vers le haut. "La nuit."

Et c'était là. Un enchaînement naturel. "Eh bien..." commença-t-il.

Bella le regarda et arqua un sourcil.

"Il y a une petite ville de l'autre côté de la montagne. Un de ces endroits mignons. Des antiquités. Des magasins excentriques. De la nourriture chère." Il s'arrêta un instant, la regardant dans les yeux. "De beaux hôtels et auberges. Mes parents ont conservé mes cartes de crédit en règle. On pourrait prendre une chambre."

Elle se mordit la lèvre inférieure. Quelques instants de tension passèrent puis elle rit.

"Quoi ?" demanda-t-il, plus amusé que gêné.

"Ce n'est rien." Elle baissa les yeux, traçant ses doigts dans les brins d'herbe. "J'entends juste la voix de mon père dans ma tête. Apparemment, selon lui, un homme comme toi ne veut qu'une chose avec une fille comme moi."

" C'est... " Malgré son indignation, ce n'était pas comme s'il pouvait nier qu'il la désirait. Il y avait plus que ça mais il y avait aussi ça.

Finalement, il sourit juste. C'était un sourire espiègle, qui correspondait à l'espièglerie qui jouait sur ses lèvres. Elle n'était pas une fleur naïve, facile à diriger et à plier à son caprice. Il chatouilla ses côtés avec le bout de ses doigts. "Que sait ton père, de toute façon ? Tout ça pourrait être innocent. Deux lits. On trouvera un exemplaire de Qui a piégé Roger Rabbit et on jouera au jeu du gâteau." Il laissa ses yeux soutenir son regard. "Si c'est ce que tu veux."

Il n'avait jamais eu l'intention de l'obliger.

Elle prit son visage dans ses mains avec beaucoup de tendresse puis passa ses doigts dans ses cheveux. Plutôt que de répondre sur ce qu'elle voulait ou ne voulait pas dans une chambre d'hôtel d'une petite ville pittoresque, elle l'embrassa. C'était un baiser lent et sensuel. Il gémit doucement dans sa bouche.

Non. Il ne la menait nulle part. Étaient-ils sur le point de commettre une autre erreur ? C'est possible mais il semblait que c'était ce à quoi ils étaient bons. Quoi qu'il en soit, où qu'ils aillent, ils allaient côte à côte, se tenant la main, et courant.

*Pub pour du papier toilette


Note de l'auteur

Ces deux-là avaient besoin d'une pause ! Héhé.

Bien que je ne pense pas avoir mentionné dans quel état ils se trouvent, le trajet sur lequel j'ai basé ce chapitre est le Palomar Mountain Loop. C'est une route magnifique (je l'ai fait en voiture...). ….Vous pouvez trouver les images sur Google