Vous êtes 375 à lire ces chapitres
Une fois Bella avait eu une commotion cérébrale. C'était terrible - rien à voir avec les films où l'on est assommé et où, une fois réveillé, on se remet sur pied et on va bien. Une vraie commotion cérébrale s'accompagne de nausées incessantes, de vagues de vertiges et de bourdonnements d'oreilles. Le pire de tout c'est la désorientation. Ses pensées avaient du poids et elles se déplaçaient lentement dans son esprit embrumé.
Elle n'était pas commotionnée - un peu étourdie - mais c'était un million de fois pire ce soir. Ses pensées décousues et désorientées étaient teintées d'une peur profonde. L'effroi reposait comme une pierre dans son estomac, faisant remonter à la surface des souvenirs bruts. Elle se souvenait de ce qu'elle avait ressenti à la naissance de son fils, comment le fait de savoir qu'elle allait devoir le regarder mourir pesait sur son cœur et dans ses tripes. Le sentiment d'inéluctabilité, qu'elle avait fait quelque chose d'horrible et d'irrévocable, lui donnait la chair de poule.
"Mais... il n'est pas mort ?" chuchota-t-elle. "Dimitri n'est pas mort ?"
"Pas encore," dit Edward, son ton sombre et dangereux. "Il est en chirurgie."
Bella ferma les yeux et souffla un peu. "Je ne l'ai pas tué."
"C'est une bonne chose parce que je vais le faire."
Une vague de peur la traversa et de la glace se répandit dans ses veines. Elle revivait ces moments de quelques heures auparavant - violence, cris, douleur. Elle avait imaginé Edward pris au milieu de tout ça. Du sang partout. Une tache fleurie s'étendant sur sa chemise. Recouvrant ses mains. Tant de sang.
"Non ! Non, je..." Ses mots furent coupés, perdus dans une quinte de toux. Bella se recroquevilla sur elle-même, essayant de respirer à travers la douleur et l'irritation que chaque toux lui envoyait en une vague. Elle avait mal, sa gorge lui faisait mal.
"Merde," entendit-elle Edward murmurer une fraction de seconde avant de sentir son contact doux et chaud sur ses cheveux. "Je suis là, baby. Je ne voulais pas te contrarier. Respire."
Il approcha une paille de ses lèvres, l'aidant à siroter l'eau qu'une infirmière avait laissée pour elle. Cela ne fit pas grand-chose pour calmer la douleur - c'était comme si elle avait avalé du gravier - mais cela calma suffisamment l'irritation pour qu'elle puisse à nouveau parler de façon rauque. "Je ne veux pas que tu t'approches de lui."
"Ha, eh bien, on est deux." Il lissa ses cheveux loin de son visage. "Je déteste qu'ils l'aient amené dans le même hôpital. Je déteste qu'il soit près de toi." Ses yeux la parcoururent, se crispant aux coins.
Elle devait être un vrai régal à voir. Un poignet dans le plâtre. Du sang dans les cheveux et sur la peau. Si l'ecchymose à sa gorge était aussi grave qu'elle faisait mal…
Les larmes lui brouillaient la vue et elle secoua fortement la tête, comme si cela pouvait l'éclaircir. "Je ne comprends pas..." chuchota-t-elle, surtout pour elle-même.
"C'est un psychopathe," marmonna Edward.
"Non. Je ne veux pas dire que je ne comprends pas pourquoi il a f ait ça. Je..." Elle secoua la tête de nouveau. Pourquoi ne pouvait-elle pas réfléchir clairement ? "Je... il a réagi de façon excessive. Il était effrayé."
"Ne lui trouve pas d'excuses !" La voix d'Edward était rude, en colère.
"Pas des excuses. Je ne dis pas que ce n'est pas un connard. Mais..." Elle souffla et ferma les yeux, essayant encore une fois de rassembler toutes les pièces du puzzle.
Il y avait eu des événements. Des événements sans fin. Des collectes de fonds. Des galas de charité. Il y avait toujours une fête à laquelle assister. Essayant d'être une fille compréhensive, Bella avait assisté à un certain nombre d'entre eux ces derniers mois.
Avec Dimitri ? Ce serait difficile à dire. Ils en parlaient à l'avance. Ils savaient qu'ils se verraient là-bas. Mais était-elle là avec lui puisqu'ils arrivaient séparément ? Ils partageaient une danse de temps en temps mais ils fréquentaient des cercles différents, ce qui était à prévoir, étant donné leurs opinions politiques divergentes. Malgré tout, Dimitri n'avait jamais essayé de la faire sienne - il n'avait jamais essayé de l'embrasser ou même de la toucher avec une intention romantique.
Ce soir-là, elle pensait enfin avoir compris pourquoi.
Edward savait déjà ce qu'il s'était passé mais elle avait quand même prononcé les mots. Si elle continuait à rassembler les pièces du puzzle, peut-être que tout cela finirait par avoir un sens.
"Je l'ai surpris en train d'embrasser un autre homme. Félix." Elle fronça le nez. Dimitri était acceptable mais Félix était ignoble. "Ce secret. S'il est gay, ou..." Elle haussa les sourcils. "Bi ? Dans tous les cas. Ça le détruira. Si les gens savaient. Ça détruirait sa vie, son avenir. Tout ce pour quoi il a travaillé."
"Au diable son avenir !"
"Je ne dis pas qu'il avait raison. Je dis que ce n'est pas un mystère. J'ai vu quelque chose qu'il ne voulait pas que tout le monde sache et il..." Elle agita sa bonne main.
"Il s'est comporté comme un psychopathe," ajouta Edward.
Bella baissa la tête, en prenant une inspiration frémissante. "Ouais." Elle trembla, luttant contre une vague d'émotion et essuyant furieusement les larmes qui débordaient.
"Bella." Edward s'appuya sur la barrière de son lit d'hôpital, prit sa main et lui caressa le dos avec la plus grande douceur. "Il ne te fera pas de mal. Plus jamais."
"Je sais." Elle serra sa main avec force. Son toucher tendre, sa proximité, avaient un effet calmant sur elle. Il était un port dans la tempête. Son rocher. Avec lui assis à côté d'elle, elle se sentait en sécurité. A l'abri. Réconfortée.
Et ça ? Cela rendait la confusion pire. "Je ne comprends pas ça," chuchota-t-elle.
"Quoi ?"
"Je n'ai rien ressenti pour lui. Je ne ressens rien pour lui. Le truc de l'âme sœur... C'était censé signifier quelque chose. Je sais que ça ne le rend pas bon pour moi mais c'était censé signifier quelque chose. Mais s'il est gay... Je ne comprends pas. Quel est le but ? Que je reste près de lui. De rester loin de toi ? Quel est le but ? J'étais heureuse." Elle leva la tête, regardant dans ses beaux yeux et souffrant. "Nous aurions pu être si heureux."
Il prit sa main et la posa contre sa joue, la tête inclinée alors qu'il caressait sa joue. Elle le regarda déglutir, ses yeux étudiant son visage. "Le truc de l'âme sœur n'était que le sommet de l'iceberg de toutes les raisons pour lesquelles je n'ai aucun sens pour toi."
Sa poitrine se serra. "Edward..."
Il lui serra la main. "Nous avons le temps de travailler sur tout ça. J'ai le temps d'être l'homme que tu mérites." Il se pencha sur la barrière qui les séparait et inclina son front pour le poser contre le sien. "Le connard en charge de l'univers a décidé que je ne suis pas l'autre moitié de ton âme. Ce n'est pas grave. Tu es tout mon cœur. Je suis à toi si tu me veux."
Avec ses mots, la tempête dans la tête de Bella se calma. Elle souleva son corps endolori du lit juste assez pour déposer un doux baiser sur ses lèvres. "Je te veux."
Et il n'y avait rien de déroutant dans tout ça. C'était juste.
Au diable les âmes sœurs. Au diable l'idée que sa moitié parfaite était écrite dans les étoiles, decidée à la naissance. Au diable l'idée qu'elle n'avait pas le choix. Elle avait trouvé Edward toute seule. Au diable tous ceux, y compris son père et l'univers, qui pensaient savoir mieux qu'elle ce dont elle avait besoin.
C'est peu après ça que la police vint la voir.
Ce n'est pas comme si elle s'était cachée. Sa priorité avait été de s'éloigner de la maison, de l'homme qui avait essayé de la tuer. Il lui avait fallu quelques minutes pour comprendre ce qu'il s'était passé, pour réaliser ce qu'elle lui avait fait et qu'elle était elle-même en mauvaise posture. Elle avait appelé le 911 pour avoir une ambulance pour Dimitri et ensuite, elle avait appelé Edward.
Les flics semblaient ennuyés d'avoir eu à la retrouver mais ce n'était pas comme si elle avait été au café. C'était les premières heures du matin, le soleil faisait à peine son apparition. Les six dernières heures de sa vie avaient été un flou de médecins, d'infirmières, de pincements, de piqûres, d'auscultations et de questions.
Et Edward avait promis qu'il était à elle. C'était tellement adapté à l'histoire de leurs deux vies - juste un peu foiré mais peut-être qu'ils allaient y arriver cette fois.
Il y avait même un soupçon de rationalité dans tout ça. Son âme sœur l'avait envoyée à l'hôpital. Edward était là pour elle, lui apportant son soutien, lui tenant la main pendant qu'elle répondait aux questions de la police. Il était un vrai partenaire.
"J'ai quitté la fête juste après avoir vu Dimitri avec Félix," dit Bella en racontant les événements.
"Étiez-vous fâchée ?" demanda l'officier Birdy.
"Non. J'étais confuse."
Birdy fronça un sourcil. "Vous veniez de voir votre petit-ami à moitié habillé avec un autre homme. Cela ne vous a pas fâchée ?"
"Non. Ce n'est pas mon petit-ami. Les choses n'étaient pas comme ça entre nous."
"Mais c'est votre âme sœur."
"C'est pour ça que j'étais confuse."
Birdy souffla, griffonnant quelque chose sur son bloc-notes. "Et ensuite, que s'est-il passé ?"
"J'étais presque chez moi quand il a commencé à faire exploser mon téléphone."
"Appel ou texto ?"
"Appels."
Birdy hocha la tête. "Vous ne lui avez pas répondu tout de suite ?"
Maintenant, c'était au tour de Bella de froncer les sourcils. "Je conduisais."
"Bien. Alors quoi ?"
Bella prit une profonde inspiration. Edward caressa ses jointures avec son pouce, ce qui l'apaisa quelque peu. "Quand je me suis retrouvée en sécurité sur le parking de chez moi, j'ai rappelé Dimitri. J'ai commencé à lui poser beaucoup de questions. Des choses qui ne me regardaient pas du tout."
"Comme ?"
"S'il était gay ou bi. Si ça faisait longtemps que ça durait entre lui et Félix. Je n'étais pas en colère," dit-elle encore, la gorge serrée par les nerfs. "Toute cette histoire d'âme sœur... Ça a été déroutant pour moi. Et j'étais un peu coincée là-dessus. Je n'ai pas remarqué qu''il s'agitait. Peut-être qu'il s'est senti attaqué ? Je ne sais pas. Mais il m'a demandé... il m'a supplié de venir chez lui pour qu'on puisse parler."
Son cœur se mit à battre la chamade, sa respiration bégayant alors qu'elle essayait de se rappeler la suite des événements. "Il a ouvert la porte et m'a offert un verre." Il a été tellement formel, rigide et correct. "Nous étions dans la cuisine."
Réagissant manifestement au tremblement de sa voix, Edward se déplaça et posa sa main sur son dos. Il frotta en cercles lents et elle respira plus facilement. "Il était... Ça n'avait pas beaucoup de sens. Il a commencé à dire que c'était juste une erreur. Peut-être qu'il avait un peu trop bu. Et puis il a commencé à se défiler. Il a complètement changé de sujet. Sur nous. Que nous étions des âmes sœurs et que nous devions vraiment essayer. Il a dit que j'étais faite pour le mariage."
A côté d'elle, Edward fit un petit bruit au fond de sa gorge. Elle ne le regarda pas mais elle serra doucement sa main.
"J'étais... je ne savais pas quoi dire," poursuivit-elle. "Peut-être que je n'ai pas bien réagi. Je l'ai dit, notre relation n'était pas comme ça. Je ne ressens pas ça pour lui et il n'a jamais montré ce genre d'intérêt pour moi auparavant."
Elle dut prendre une autre inspiration pour se calmer. "Mais c'était comme s'il avait basculé. Il était calme. Peut-être un peu bavard mais fait, son ton était condescendant. Comme s'il parlait à un enfant avec lequel il n'avait pas envie de converser mais qu'il souhaitait voir faire exactement ce qu'il lui disait. Plus je disais non, plus il était frustré." Elle déglutit, sa gorge semblait palpiter. "Puis, il m'a attrapée."
Les choses sont allées vite alors. Elle n'avait pas bien réagi quand il était devenu agressif. Elle se souvenait de la façon dont il l'avait secouée - assez fort pour faire claquer ses dents. Elle avait essayé de s'enfuir mais il l'avait attrapée, lui avait tordu le bras derrière le dos et l'avait plaquée en avant, la tête contre le comptoir. C'est là qu'il lui a cassé le poignet ? Elle se souvint de la douleur aiguë et du son de son propre cri. Elle avait été stupéfaite, luttant contre le choc et la douleur pour essayer de se défendre alors qu'il grognait dans son oreille - son ton était un sifflement dangereux.
"Il voulait..." Bella lutta contre le tremblement dans sa voix. "Ce n'était pas un truc sexuel. Il ne me touchait pas de cette façon." La pensée lui traversa l'esprit alors qu'elle était coincée sous lui. "C'était comme si le fait d'être dans une vraie relation allait arranger les choses. Il voulait juste que je sois d'accord avec son plan, sa version de ce qu'il se passait. Mais il avait son autre main sur ma tête. Il n'arrêtait pas... Il n'arrêtait pas de cogner ma tête contre le comptoir."
Juste assez. Pas trop mais assez pour qu'il soit difficile de réfléchir, comme si la panique ne faisait pas déjà un bon travail.
"Et ensuite..." demanda l'officier.
"Comme je l'ai dit, nous étions dans la cuisine. Ma main droite était libre. Je suppose..." Malgré le fait qu'elle était assise bien droite dans un lit d'hôpital, la vague de vertige qui l'envahissait menaçait de la faire tomber. "Je suppose qu'il y avait un couteau."
"Vous supposez ?" L'officier lui lança un regard.
"C'est très flou. Je ne pensais pas vraiment à quoi que ce soit. J'avais juste besoin de m'éloigner de lui avant qu'il ne me fasse plus mal. Je l'ai frappé avec ce que j'avais dans la main. Le couteau, je suppose ? Il a crié. Et il m'a lâché. Mais il m'a attrapé à nouveau. Par la gorge."
Son larynx était meurtri. C'est ce qui l'avait convaincue d'aller à l'hôpital. Edward avait dû la convaincre, la ramener à la raison alors qu'elle était paniquée et irrationnelle et qu'elle tentait de lui parler en haletant. Mais il s'avéra que la blessure à la gorge était relativement mineure. Elle avait été essoufflée plus parce qu'elle était dans un état de terreur que parce qu'elle était blessée à la gorge.
"J'ai continué à le frapper avec le couteau," chuchota Bella.
"Le poignarder," dit l'officier.
"Je... Ouais ? J'ai continué à le frapper jusqu'à ce qu'il recule. J'ai couru. Je me suis enfuie. Je suis sortie de la maison."
Il y avait tellement de sang. Sur ses mains. Sur ses vêtements. Sur son volant. Elle se souvenait qu'il s'était répandu en fleur sur la chemise blanche de Dimitri. Elle avait appelé le 911 pour Dimitri et ensuite Edward parce qu'elle avait besoin de lui. Elle avait tellement besoin de lui.
L'officier Birdy avait posé quelques questions complémentaires puis lui avait dit de ne pas quitter l'État sans les prévenir. "Nous restons en contact."
Bella retint sa respiration jusqu'à ce qu'il franchisse la porte et que ses lourds bruits de pas se soient estompés. Puis, elle expira en une bouffée. A côté d'elle, Edward fit de même.
"Connard condescendant. Je déteste les flics," murmura-t-il.
En dépit d'elle-même, de son cœur qui battait encore la chamade et de ses nerfs à vif, Bella dut rire. "Mon père était flic." Puis, elle soupira. "Je l'ai appelé. Et ma mère. Quand l'infirmière est venue te chercher ? Elle a appelé mon père et ma mère." Elle secoua la tête. "Je n'ai pas réfléchi. Je suis surprise qu'il ne soit pas..."
"Isabella ?"
Bella dut étouffer un gémissement en entendant la voix de son père.
Bella bailla et posa sa tête sur la poitrine d'Edward pour s'y blottir. Elle poussa un soupir de satisfaction, plus en paix qu'elle n'aurait dû l'être après tout ce qu'il s'était passé. C'était une longue nuit qui s'était transformée en une longue matinée. Mais, blottie contre Edward, repliée sous son bras, elle se sentait vraiment en sécurité. Son père était allé chercher sa mère à l'aéroport. Ils n'attendaient plus que l'examen final du médecin et elle serait libérée.
"Est-ce que mon père t'a paru bizarre ?" demanda-t-elle, les paupières mi-closes alors qu'elle luttait pour ne pas s'endormir. Il passait ses doigts doucement dans ses cheveux.
Il gloussa. "Ton père me semble être beaucoup de choses." Il resta silencieux un moment, réfléchissant. "Il avait l'air d'être sur les nerfs mais c'est normal, non ? Tu es sa fille."
"Il a été très gentil aujourd'hui. Avec moi, en tout cas. Pendant tout ce temps, tout ce que j'avais à faire pour avoir un peu d'attention positive était de me faire botter le cul." Son ton devint sardonique. "J'ai été surprise, en fait. Je sais que je l'ai demandé. Je voulais... je ne sais pas. J'avais peur. Je voulais ma maman et mon papa."
Elle roula des yeux. Apparemment, son psychisme ne s'était toujours pas fait à l'idée qu'elle n'aurait jamais de parents réconfortants. "Mais quand il s'est pointé, j'ai cru qu'il allait me dire que j'avais fait quelque chose de stupide pour que Dimitri se mette dans cet état."
Elle sentit qu'Edward était tendu mais son ton était égal quand il fit. "Tu n'as rien fait. Tu le sais, non ? Rien de ce que tu as fait ou dit ne peut justifier cela."
"Je sais. Mais je ne lui fais pas toujours confiance sur ce point. Quand il s'agit d'autres personnes, bien sûr, mais pas pour moi."
Il resta silencieux un moment. "Tu sais, peu importe ce que j'ai fait - et tu sais que j'ai fait des choses terribles - mes parents m'ont toujours trouvé des excuses. C'est ennuyeux mais je ne pense pas que je l'apprécie assez." Elle sentit le bout de son nez contre ses cheveux. "C'est une chose merdique… que la compassion de ton père soit une telle surprise."
Elle laissa échapper une longue et lente inspiration. Son cœur souffrait mais il y avait quelque chose d'apaisant dans ce qu'il avait dit. Parfois, elle se sentait comme une enfant ingrate. Son père lui avait tant donné mais tout cela avec une froideur, voire une pointe de dégoût.
Peut-être qu'il y avait eu un temps où elle le méritait, le justifiait. Mais pas maintenant. "Il m'aime," murmura-t-elle. "Quand j'étais petite..." Elle secoua la tête. "Je pense qu'il était occupé quand j'étais jeune - après avoir gagné la bataille pour la garde. Je pense que sa carrière a décollé et qu'il a cligné des yeux. Il a cligné des yeux et j'étais quelqu'un de différent. Quelqu'un qu'il n'a pas reconnu ou aimé.
Peut-être qu'il commence enfin à comprendre, cependant. Que c'est fini pour moi. Je suis devenue adulte. Je suis la fille qu'il aura - pas de substitution, d'échange ou de remboursement. Ces derniers mois ont été meilleurs avec lui. Je suis toujours énervée parce qu'il ne m'accorde jamais le bénéfice du doute, je devrais peut-être suivre mon propre conseil."
Edward déposa un baiser sur sa tempe. "C'est normal de faire attention à ton cœur, Bella. C'est valable pour les parents aussi. Peut-être que cela vaut surtout pour les parents."
Des voix familières approchant de la porte de sa chambre d'hôpital attirèrent l'attention de Bella. Elle se redressa, une bouffée d'excitation la traversant au son d'une voix.
"Je t'ai envoyé un message, Renée," dit la voix de son père, qui semblait irritée. "J'ai dit que je viendrais te chercher."
"J'oublie toujours d'allumer mon téléphone après l'atterrissage de l'avion," dit Renée.
"C'est irresponsable. Tu devrais..."
"Charlie." Renée avait l'air exaspéré et Bella dut sourire. "Qu'est-ce que ça peut faire maintenant ? Je suis ici. Tu es là. Tout s'est arrangé."
"Il y a des choses dont nous devons parler avant..."
"On en parlera plus tard. Je veux voir ma..." Renée entra dans la chambre et s'interrompit quand ses yeux tombèrent sur Bella. "Oh, chérie !"
"Maman." Bella traversa la chambre et se jeta dans les bras de sa mère.
Lorsqu'on lui demandait de décrire sa relation avec sa mère, Bella répondait souvent qu'elles étaient comme de vieilles amies qui s'étaient éloignées l'une de l'autre. Des années pouvaient s'écouler entre les visites mais lorsqu'elles étaient ensemble, elles s'amusaient. Elles souriaient. Renée était facile et chaleureuse, comme son père ne l'avait pas été depuis tellement longtemps.
Bella n'avait pas toujours été impressionnée par elle en tant que mère. C'était une femme beaucoup plus jeune qui se battait contre un homme plus âgé et puissant lorsqu'elle et Charlie se disputaient la garde de Bella. Et elle avait le type de personnalité qui fait qu'elle n'avait pas été dévastée quand elle avait perdu. Elle avait livré un bon combat et continuait à vivre sa vie. Bien qu'il y ait eu des moments où Bella aurait vraiment eu besoin d'une mère, elle avait toujours pardonné à Renée d'être qui elle était.
"Regarde-toi." Renée la tenait à bout de bras, la regardant de haut en bas avec une expression pincée. "Ce petit bâtard... Une vraie merde !"
Pour une raison quelconque, la fureur de sa mère la fit rire. Bella la serra de nouveau dans ses bras. "Je vais bien. J'irai bien." Elle se recula et sourit. "Tu es arrivée juste à temps. Ils sont sur le point de me libérer."
"Bien. Je déteste les hôpitaux." Renée passa un bras doux autour des épaules de Bella, la serrant encore une fois. Elle se pencha vers elle et murmura : "Tu vas me dire qui est ce beau gosse ou quoi ?" Elle fit un signe de tête vers Edward.
Bella rougit et Edward rit. Il s'avança et lui tendit la main. "Edward Cullen."
"Edward..." La bouche de Renée resta ouverte. Elle avait sorti sa main mais elle ne bougea pas quand Edward la prit. "Oh, mon dieu !"
"Maman ? Quoi ?" Bella fronça les sourcils.
Charlie laissa échapper un grognement d'irritation et un soupir de ce qui ressemblait étrangement à de la résignation.
"Oh, mon dieu !" dit à nouveau Renée. Son expression bouche bée se transforma en un large sourire. "C'est bien toi. Hey, tu as bien grandi. Waouh !"
"Attends une minute. Est-ce que tu connais..."
Mais tout ce que Bella aurait pu dire fut coupé lorsque la pièce se remplit soudainement de nouvelles personnes. Plus précisément, deux flics, dont le connard d'officier Birdy.
Deux flics qui informèrent Bella qu'elle était en état d'arrestation pour tentative de meurtre.
