Edward en avait assez.
Depuis qu'il était tout petit, il avait toujours eu l'impression d'être dans un bateau constamment secoué par une mer agitée. Les gens lui disaient toujours qu'il avait le pouvoir de changer son destin pour le meilleur. Etre une bonne personne et il aurait une bonne vie. Mais qu'il fasse un bon ou un mauvais choix ne faisait guère de différence. Meilleur ou pire, sa vie se tordait et tournait au gré des caprices de quelqu'un d'autre.
Mais il en avait fini de voir cela arriver à Bella.
Il descendit l'escalier, ignorant Bella et sa mère qui l'appelaient. Quoi que le bon sénateur veuille maintenant, il pouvait aller en enfer et Edward allait s'assurer qu'il le sache.
Dans le salon, Edward trouva Eléazar en train de s'occuper d'un homme dans un costume d'affaires impeccable. "Pas besoin de ça, Eléazar," dit-il en posant une main sur le bras du majordome. "Notre invité ne va pas rester."
Eléazar se redressa et l'étranger se leva. Il offrit un sourire confiant à Edward et une main à serrer. "M. Cullen, je présume ? Mon nom est..."
"Ne vous dérangez pas. Personne dans cette maison n'est intéressé par vos services."
Le sourire de l'homme ne fit que s'agrandir. "Vous n'avez pas entendu ce que j'aie à proposer."
"Ce n'est pas la peine," dit Bella en arrivant. Elle se tenait à côté d'Edward et il mit un bras protecteur autour d'elle. "Bonjour, Benjamin."
"Mademoiselle Swan." Sa lèvre se retroussa au coin. "Je ne savais pas que vous saviez qui j'étais."
"Mon père pense que je ne fais pas attention." Bella leva les yeux vers Edward, un bras autour de sa taille. "Benjamin Touma est à la tête de l'équipe de relations publiques de mon père. Il est excellent dans son domaine, il donne un air présidentiel à mon père." Elle se retourna vers l'homme. "Ecoutez, je ne suis pas vraiment intéressée par le contrôle des dommages sur l'image de Charlie."
"C'est bien, parce que ce plan que j'aie ici, est potentiellement dévastateur pour sa carrière."
Cela attira l'attention d'Edward et de Bella. Edward se crispa, se méfiant de toute ruse ou manipulation. "Qu'est-ce que vous voulez dire ?" demanda-t-il.
Benjamin tapa dans ses mains. "Eh bien, tout dépend de la façon dont vous voulez le jouer."
"La vie de Bella n'est pas un jeu."
"Non… et la vôtre non plus." Benjamin fit un geste vers le canapé opposé à celui où il était assis. "Pourquoi ne pas vous asseoir tous les deux ? Ecoutez-moi."
Edward sentit une main douce sur son dos et regarda par-dessus son épaule pour trouver sa mère là, les yeux inquiets. "Je ne l'aurais pas laissé entrer si je ne pensais pas qu'il y avait quelque chose dans ce qu'il disait. Tu n'es pas allé sur Internet. Tu n'as pas vu certaines théories, les choses qu'ils impriment sur toi, la façon dont ils déforment tout. Moi si."
"Votre mère a raison, M. Cullen. Je suis conscient que ça n'a jamais été votre intention ou votre désir d'être dans l'œil du public mais vous y êtes. Pour l'instant, la seule histoire qui existe est celle que les gens de M. Fontaine racontent dès qu'ils en ont l'occasion… et ce n'est pas une image très flatteuse. Je peux vous aider." Il se tourna vers Bella. "Vous deux. Pas votre père. Vous."
"Plus nous interagissons, plus ils ont de quoi se nourrir," rétorqua Bella. "Ils vont se lasser de nous. Nous ne sommes pas des célébrités. Nous ne sommes même pas des politiciens."
"Je suis d'accord, c'est quinze minutes d'infamie," dit Benjamin. "Mais ce que vous devez vous demander, c'est combien de dégâts peuvent être faits en quinze minutes. L'histoire qu'ils essaient de faire passer est horrible. Je suis d'accord avec votre père qui estime que vos ennuis judiciaires seront au mieux éphémères mais vous êtes en mesure de connaître mieux que quiconque le pouvoir de jugement de l'opinion publique. Cela peut et va avoir un impact sur vos amitiés, vos perspectives d'emploi actuelles et futures. Il n'est pas exclu que votre école vous demande de ne pas revenir."
"Bella a parlé avec l'école et j'ai parlé avec mon travail. Tout le monde est au courant de ce qu'il se passe. C'est bon," dit Edward.
"Pour l'instant. Parce que le public ne sait pas où vous travaillez. Ils vont le découvrir. Et les gens sont..." La lèvre de Benjamin se contracta. "Les gens font une fixation sur les choses, surtout quand il s'agit d'homophobie. Ils ne peuvent pas vous envoyer en prison parce que vous êtes homophobe mais ils peuvent s'en prendre à tout le reste et ils le feront. Pour l'instant, M. Fontaine a beaucoup à faire sur ce plan. C'est un politicien républicain avec un passé de rhétorique anti-gay. Le jury de l'opinion publique ne sait pas qui croire. Mais s'il n'y a qu'une seule histoire racontée..."
"Entendez quelque chose assez souvent et vous commencez à y croire." Edward échangea un regard avec Bella. Elle haussa un sourcil et il soupira. Il fit un signe de tête à Benjamin et lui fit signe de s'asseoir. "Bien."
Ils s'installèrent tous. Eléazar alla chercher des boissons pour tout le monde et Esmée s'excusa, donnant une pression réconfortante à l'épaule d'Edward en partant. Edward et Bella s'assirent en face de Benjamin, les doigts entrelacés tandis qu'ils écoutaient.
"Vous avez plusieurs options. La première et la plus agressive est un entretien en face à face. La télévision."
Edward secoua la tête. "C'est impossible. Quelqu'un essaiera de nous faire déraper devant la caméra."
Benjamin balaya l'argument de la main dans un geste d'apaisement. "Vous êtes une histoire d'intérêt humain, ce ne serait pas une interview percutante. Les questions seraient approuvées à l'avance et ce ne serait pas en direct, donc si l'intervieweur tente quelque chose de drôle, vous pourriez lui dire d'aller se faire foutre. Et..." Il fit un sourire plein de dents. "C'est l'option où vous pouvez jeter le bon sénateur sous le bus."
Bella poussa un petit soupir. Elle s'entoura de ses bras. "Qu'est-ce que ça veut dire ?"
"Vous aurez l'occasion de raconter votre histoire. L'avantage de cette option, c'est qu'il n'y a pas de subterfuge. Pas de manipulation. Les enfants, ils vont adorer votre histoire. Il y a tout ce qu'il faut. Deux adolescents à problèmes." Il désigna Edward. "Vous leur raconteriez comment c'était. Comment des gens comme le sénateur ont exagéré chaque petite erreur et comment cela vous a séparé de la possibilité d'une autre voie."
"Vous essayez de vous faire virer ?" demanda Bella, l'air incrédule.
La lèvre de Benjamin se contracta. "Croyez-moi, j'ai passé les deux derniers jours à essayer de faire revenir M. Swan sur sa décision de me payer pour détruire sa carrière. Non pas parce que je pense qu'il a raison mais parce que j'ai consacré beaucoup de temps et d'efforts à son éligibilité."
Edward se moqua. "Votre honnêteté est remarquable."
"En fait, dans mon secteur d'activité, M. Cullen, l'honnêteté est la meilleure politique." Il pointa Edward du doigt. "Ce qui n'est pas vrai pour la plupart des pratiques, malgré ce que votre mère vous a dit mais je suis sûr que nous aborderons ce sujet bientôt." Il fit un signe de la main et se retourna vers Bella. "En tout cas. Votre père, qui m'a rappelé en des termes très clairs qu'il devrait être le responsable de la façon dont son argent est dépensé, estime que c'est vous qui êtes la plus importante dans ce scénario."
Bella cligna des yeux. "Quoi ?"
"Il a dit que vous avez travaillé dur pour surmonter votre passé, ce qui, en passant, est une autre raison pour laquelle vous pouvez vous servir de la presse si vous le souhaitez. Les gens adorent les histoires de rédemption. Deux rédemptions et une histoire d'âme soeur ?" Il fit le geste de les saluer avec un couvre-chef. "Mais je m'avance un peu. Votre père a dit qu'il ne voulait pas être la personne qui vous rendait la vie plus difficile. Il a aussi dit qu'il vous avait appris à assumer vos erreurs, alors il pourrait vous faire la courtoisie d'en faire autant."
"Oh." Le mot semblait essoufflé et Bella regarda droit devant elle, les yeux non focalisés.
Edward posa une main sur son genou et après un moment de réflexion, Benjamin s'éclaircit la voix. "Puis-je continuer ?"
Elle hocha la tête.
"Une interview mettrait en valeur votre quête de rédemption dans votre jeunesse, M. Cullen, et maintenant. Il y a une belle poésie dans votre histoire. Le jour où vous sortez de prison, voulant être un membre attentif de la famille - un bon frère et un bon oncle - vous vous précipitez à l'hôpital et elle est là. C'est le début d'une toute nouvelle vie pour vous deux, même si vous ne le savez pas encore."
Le tableau peint par Benjamin était idyllique mais plus il parlait, plus l'estomac d'Edward se retournait. Il serra la main de Bella avant de se lever, tournant le dos à l'homme. Il fléchit ses mains sur les côtés pour essayer de maîtriser sa colère.
"Arrêtez !" dit soudainement Bella, interrompant Benjamin au milieu de son histoire - leur histoire. Comment ils avaient construit une amitié, se comprenant comme personne. Comment ils avaient travaillé pour surmonter leur chagrin d'amour mutuel parce que Charles avait rappelé à Bella que cela ne pouvait que mal se terminer, comment il avait menti en disant que son âme sœur était toujours là, attendant de détruire la vie qu'elle avait construite avec Edward.
Bella secoua la tête. "Je suis désolée," dit-elle, sèchement. Edward vint se placer derrière elle, une main sur son épaule. Elle posa une main sur la sienne et leva les yeux, prenant une profonde inspiration. "Ecoutez, je sais combien vous êtes bon dans ce que vous faites, Benjamin. C'est un plan brillant. Nous pouvons redorer notre image, vendre notre histoire aux gens, avec une seule interview si tout se passe bien et je sais que vous ferez en sorte que ce soit le cas.
"Mais... c'est..." Elle tordit ses mains. "C'est moche. Rien de ce que vous dites n'est faux. Tout est vrai, mais..." Elle posa sa main sur celle d'Edward sur son épaule. "C'est à nous. L'idée que les gens nous 'consomment' cette... belle chose que nous avons trouvée..." Elle secoua la tête, déglutissant difficilement. "Je ne veux pas que quelqu'un d'autre ait notre histoire."
Edward lui serra l'épaule et elle leva les yeux vers lui. Il lui sourit, effleurant sa joue du bout des doigts de sa mauvaise main. C'était exactement ça. Bien qu'il comprenne la valeur du plan proposé par Benjamin, il était physiquement malade à l'idée que des milliers d'étrangers pensent avoir le droit d'avoir une opinion sur quelque chose d'aussi précieux.
"Je sais que ça a probablement plus de sens pour vous d'être logique, mais..."
Le gloussement de Benjamin la coupa et il leva une main. "C'est tout à fait correct, Mlle Swan." Il fit un clin d'œil. "Ce n'est pas parce que je suis un démon suceur de sang que je ne peux pas comprendre les émotions humaines. Vous avez vécu votre vie sous les feux de la rampe sans l'avoir choisi. J'ai une femme magnifique. Je n'ai aucun désir de la partager ou de partager nos moments les plus intimes avec tout le monde." Il acquiesça succinctement. "Alors, parlons de vos options."
Une heure plus tard, ils avaient un plan provisoire.
Benjamin se leva et reboutonna sa veste. Il faisait ça, Edward l'avait remarqué. Il boutonnait, reboutonnait et lissait sa veste de façon obsessionnelle. C'est un truc que faisaient les hommes de pouvoir. Edward l'avait vu des milliers de fois par jour au travail.
Et quand il arrivait au travail, il enlevait sa veste.
"Alors, M. Cullen." Benjamin offrit sa main pour une poignée de main. "Qu'est-ce que vous en pensez ? Vous regrettez de ne pas m'avoir mis à la porte quand vous en avez eu l'occasion ?"
"Vous n'avez pas idée," marmonna Edward. Il rit quand Benjamin sourit. "Vous vivez pour ça."
Le sourire de l'homme ne fit que s'agrandir. "Oui, mais pas pour la raison que vous pensez. Je suis doué pour faire voir aux gens ce que je veux qu'ils voient."
"Mentir, vous voulez dire."
"La ruse n'est pas un mensonge, M. Cullen. C'est arranger soigneusement la vérité." Il hocha la tête. "Il est vrai que certaines personnes de ma profession utilisent leurs pouvoirs pour le mal." Il se tourna vers Bella. "Les gens de M. Fontaine ont déterré les motifs d'intolérance derrière les crimes de certains de vos anciens associés, par exemple. Ça n'a rien à voir avec vous mais il y a du vrai dans leur histoire. Le fait que vous étiez amie avec ces gens est vérifiable. Il n'est pas impossible que vous pensiez comme eux."
"Je ne pense pas comme…" dit Bella, avec véhémence.
"Bien sûr que non." La voix de Benjamin était conciliante. "Et j'aime à croire que je suis très particulier quant à ma clientèle. Des gens comme vous, dont les vies et les réputations méritent d'être protégées."
"Et les politiciens menteurs," dit Edward, les mots sortant d'un ton cinglant.
La lèvre de Benjamin se contracta. "Le sénateur Swan a fait des choix... regrettables en tant que père. Mais je continue de croire que ses idées pour ses électeurs ont de la valeur." Il hocha la tête en signe de déférence envers Edward. "En tant que père, il a eu du mal à pratiquer ce qu'il prêchait lorsqu'il s'agissait du jeune voyou qu'il a laissé entrer chez lui mais si le programme a échoué pour vous, il a aidé beaucoup d'autres personnes. C'est ce qui, selon moi, fait que le sénateur vaut la peine qu'on se batte pour lui. Et je me battrai pour lui pour surmonter ce problème de réputation."
Edward serra ses lèvres en une fine ligne mais la main de Bella sur son bras le fit taire. "Il y a une raison pour laquelle je l'ai laissé me traîner à toutes ces réceptions," dit-elle, la voix tendue mais ferme. "Je crois aussi en ses idées. Mais..." Elle déglutit et releva le menton. "Ça fait partie de votre travail d'être honnête, non ? C'est ce que vous avez dit tout à l'heure."
Benjamin hocha la tête, l'étudiant avec une expression curieuse. "C'est vrai."
"Alors, qu'avez-vous conseillé à mon père de dire à mon sujet ?"
Edward s'était également demandé si cet homme avait conseillé au sénateur de jeter sa fille en pâture aux médias pour se distancer de ce scandale.
Le sourire de Benjamin s'adoucit. "Cette fois-ci ? La vérité pure et simple. Même moi, je m'opposerais à toute action qui contribuerait à mettre une femme innocente en prison. M. Fontaine et lui ont conspiré pour vous tromper. Vous êtes une victime." Il fit une grimace. "Bien que, dans ce cas, ce ne soit pas une question d'altruisme. La vérité joue. C'est un père qui n'a jamais su comment parler à sa fille. Ça, c'est de l'or. La plupart des parents vont s'identifier à ça dès le départ."
Edward grimaça mais il pouvait voir dans le regard de Benjamin qu'il le taquinait. Bella sourit un peu.
"Les parents disent souvent qu'ils feraient n'importe quoi pour protéger leurs enfants," poursuivit Benjamin. "Ils seraient prêts à mourir pour leurs enfants. Tueraient pour leurs enfants."
"Mentir à leurs enfants." Bella croisa ses bras sur sa poitrine. "Leur présenter une fausse âme sœur qui est un psychopathe homophobe en réalité."
Benjamin acquiesça. "Le fait est que les parents vont jusqu'à l'extrême pour protéger leurs enfants. Ils se trompent mais leur cœur est à la bonne place. La plupart des parents seront compréhensifs à ce sujet et il sera en mesure de réparer son image avec eux." Il inclina la tête, étudiant Bella un moment. " Votre père est fier de vous. De la façon dont vous avez travaillé dur et du chemin que vous avez parcouru. Ce sont ses erreurs, pas les vôtres."
Bella déglutit de manière audible. " Vous lui avez dit de dire ça ? "
"Je n'ai pas eu à le faire. Comme je l'ai dit. C'est la vérité et c'est ce qu'il voulait dire." Benjamin tendit la main. "Les circonstances sont regrettables mais je suis impatient de travailler avec vous. M. Cullen et vous êtes mon genre de personnes."
Alors qu'ils roulaient dans la rue, Edward jeta un coup d'œil par la vitre à l'océan Pacifique qui se profilait juste derrière le sable. Il se mordit l'intérieur de la joue, essayant d'étouffer le ressentiment qui lui donnait mal au ventre.
Ils étaient censés aller à la plage sur sa moto, c'étaient les plans murmurés qu'ils avaient faits. Ils auraient dû rouler sur l'autoroute, le vent fouettant les cheveux de Bella et ses bras serrés autour de sa taille.
Mais Benjamin avait mis un frein à la moto. Pas de chance, ce n'était pas l'image qu'ils voulaient donner à ce moment-là. Ils étaient dans la Volvo de ses parents, plus calme.
Et ça, se rappelait Edward alors qu'ils se garaient dans l'une des nombreuses places disponibles, c'est très bien. Un rendez-vous avec Bella pour commencer la reconstruction de leur image publique n'était pas une torture rituelle.
Les choses s'amélioraient. Les journaux commençaient à utiliser des phrases comme "les charges devraient être abandonnées" quand ils parlaient des problèmes judiciaires de Bella. Ils avaient des experts pour essayer de donner un sens à ce qu'il s'était passé.
Il y avait tellement de trous dans le récit et Bella ne correspondait pas au profil d'une personne qui aurait commis un crime haineux. Ses démêlés avec la justice dans sa jeunesse n'avaient jamais été violents. Quelqu'un avait même fouillé dans son historique Facebook et autres médias sociaux, déterrant quelques fois où elle avait rebloggué un article pro-LGBT ou ajouté un cadre à sa photo de profil Facebook indiquant qu'elle était une alliée LGBT. Benjamin avait dit que l'équipe de Dimitri aurait été plus intelligente en présentant l'attaque comme celle d'une petite-amie lésée qui avait surpris son âme sœur en train de la tromper. Tromper est tromper, peu importe le sexe.
Et maintenant ça - donner aux gens quelque chose d'autre sur quoi se concentrer.
" Prête ? " demanda-t-il, en jetant un coup d'œil à Bella sur le siège passager.
Elle lui lança un sourire en coin. "Je pensais que les rendez-vous étaient censés être amusants."
" Ce sont des paroles en l'air. "
Se tenant par la main, ils sortirent de l'obscurité pour rejoindre le soleil.
Il lui fallut toute sa volonté pour ne pas regarder autour de lui. Benjamin avait sélectionné quelques photographes et leur avait indiqué où ils allaient. C'était un bon tuyau. A ce stade la presse était à la recherche de n'importe quelle information. Et ce n'était pas comme s'ils étaient des célébrités. Personne n'allait les bousculer. Ils garderaient une distance respectueuse parce que Benjamin leur avait assuré que c'était la seule façon d'obtenir un autre tuyau.
"Vous êtes amoureux," avait-il dit. "C'est ce que les gens veulent voir. Tout le monde n'est-il pas friand d'une bonne romance ? Soyez juste vous-mêmes."
Alors Edward la tira plus près comme il le voulait. Il lui frotta le dos pendant qu'ils marchaient et la tension dans ses épaules se relâcha. Elle leva les yeux vers lui, les joues roses et l'expression un peu timide et passa un bras autour de sa taille.
Au matin, il y aurait plusieurs belles photos dans quelques publications. Ils marcheraient tous les deux, manifestement plongés dans leur propre monde, tandis qu'il la regardait de haut en bas et qu'elle le regardait pareillement, tous deux se souriant avec adoration. Une photo de Bella, les pieds hors du sol, sautant pour célébrer une victoire à l'un des jeux de la foire sur la jetée et une autre d'Edward lui donnant le prix qu'elle avait gagné pour lui, un gigantesque Salamèche de Pokémon.
Tous les trois - Edward, Bella et Salamèche - marchant vers la grande roue de la jetée de Santa Monica. Les dernières photos les montreraient adossés à la balustrade, l'océan scintillant derrière eux, tandis que Bella essuyait le sucre en poudre sur ses lèvres, d'abord du bout des doigts puis avec un doux baiser. Les légendes diraient qu'ils étaient clairement faits l'un pour l'autre. Ils avaient les mêmes poignets cassés, pour l'amour de Dieu ! C'était mignon.
En temps réel, Edward avait ri et s'était légèrement reculé. Il avait sorti sa langue pour lécher le dernier sucre sur sa lèvre inférieure puis s'était retourné vers l'avant avec un soupir de satisfaction. Il savourait la sensation de sa main frottant son dos de haut en bas.
"A quoi penses-tu ?" demanda-t-elle après une minute de silence paisible.
Edward souffla et montra le morceau de gâteau qu'il avait entamé. "Les ingrédients. Le processus. Le grésillement satisfaisant de la pâte dans la friteuse."
Elle le regarda, l'air sérieux. " Tu sais quoi ? "
Il leva le menton, l'invitant à continuer.
"Je pense que tu devrais être pâtissier."
Ses lèvres tressaillirent. "Quoi ?"
"Tu n'es pas heureux au travail. Et tu as dit que tu y avais pensé quand tu étais plus jeune."
"Ouais, mais..." Il se défendit et se tourna de façon à ce que son dos soit contre la balustrade.
"Mais ?"
Il ouvrit la bouche, la referma, l'ouvrit puis rit en secouant la tête. "Ça... ne semble pas suffisant."
"Pour qui ?"
Il pencha la tête, pour y réfléchir.
Ce n'était pas lui. Quand il y réfléchissait, l'idée de travailler avec ses mains, de fabriquer quelque chose qui avait le potentiel de donner du bonheur aux gens, ne serait-ce que pour un moment. La cuisson, c'était des maths et de la chimie, une équation qu'il pouvait résoudre avec ses mains. Il y avait quelque chose de si apaisant à l'idée de rangées de friandises, uniformes en taille, en forme et en répartition de fruits et de pépites de chocolat.
Faire de la pâtisserie n'était pas impressionnant. Pas comme son frère qui possédait une entreprise prospère.
Mais ça n'était plus censé avoir d'importance pour lui.
"Je pense que ce serait une vie agréable," dit Bella. "Se lever tôt le matin. Pas de circulation." Elle sourit. "Et si tu apprenais à faire ce truc où on peut faire une rose avec du glaçage ?" Elle agita les sourcils. "C'est super sexy."
"Maintenant ça c'est une motivation." Il repoussa ses cheveux de ses yeux et essaya d'imaginer ce que sa vie pourrait être. L'odeur des gâteaux fraichement cuits et cette femme ?
C'était un beau rêve.
