Adrien a bien profité de sa toute première soirée entre amis avec Marinette, Nino et Alya chez Sabine et Tom.
Mais que va-t-il se passer le lendemain ?
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CHAPITRE 15
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Lorsque Adrien ouvrit les yeux le lendemain matin, son regard se posa sur le velux qui s'était recouvert d'une fine couche de neige pendant la nuit. Son visage s'éclaira, et son sourire s'étendit en repensant à la merveilleuse soirée qu'ils avaient passée la veille. Il referma ses paupières, un sentiment de sérénité s'emparant de lui d'avoir la chance d'être aussi bien entouré. Pour la première fois de sa vie, il n'avait pas l'impression d'être le fils d'un célèbre styliste ou d'être un mannequin internationalement connu. Il n'était plus le fils du terroriste qui avait attaqué Paris et ses habitants pendant quatre ans. Ce matin-là, Adrien Agreste n'était qu'un adolescent parmi tant d'autres, qui venait de passer une soirée géniale avec les personnes qu'il aimait le plus. Il se sentait simplement et désespérément normal, et ce sentiment lui faisait un bien fou.
Il sentit Marinette bouger à côté de lui, et sa coéquipière se retourna dans le lit pour venir se blottir tout contre lui, comme à son habitude. Adrien esquissa un sourire et passa son bras autour d'elle, profitant de ce moment suspendu, et il replongea sans s'en rendre compte dans un demi-sommeil léger.
A l'étage inférieur, Alya ouvrit les yeux, et lorsqu'elle constata qu'elle était la première à s'être réveillée, son esprit se focalisa immédiatement sur Marinette et Adrien au-dessus d'eux. Voyant que Nino dormait toujours, elle en profita pour s'extraire discrètement de leur lit et grimpa le plus silencieusement possible les marches qui menaient à la mezzanine, son téléphone à la main. Lorsqu'elle eut atteint le lit, elle manqua de tomber à la renverse en trouvant Marinette et Adrien lovés l'un contre l'autre. Alya contint difficilement un éclat de rire en voyant sa meilleure amie presque entièrement allongée sur Adrien, qui ne semblait pas le moins du monde gêné par ce poids supplémentaire sur sa poitrine au vu de ses deux bras noués autour d'elle, un tendre sourire figé sur son visage endormi.
Alya se doutait que l'arrivée d'Adrien au sein du foyer Dupain-Cheng n'avait pas été de tout repos après tant de bouleversements dans sa vie, mais elle pouvait voir à quel point il semblait apaisé par la présence de Marinette, et Alya se mentirait si elle disait qu'elle n'était pas extatique face à ce rapprochement.
En les voyant bouger légèrement, la jeune journaliste s'empressa de les prendre en photo pour garder une trace de ce moment (et pour pouvoir potentiellement les taquiner avec), et les contempla un instant, se posant mille questions.
- Al', entendit-elle soudain en bas.
La jeune fille sursauta et se tourna vivement vers la voix qui venait de chuchoter son surnom ; Nino était visiblement réveillé et la regardait d'un air confus.
- Qu'est-ce que tu fais perchée là-haut ?
Alya lui fit signe de se taire et l'invita à la rejoindre d'un signe de la main.
- Viens voir, chuchota-t-elle entre ses dents de façon à faire le moins de bruit possible pour ne pas les réveiller.
Encore endormi, Nino grimpa maladroitement à sa suite et jeta un coup d'œil à Marinette et Adrien, toujours paisiblement assoupis dans les bras l'un de l'autre. Il lança un regard à Alya et tous les deux redescendirent discrètement pour se recoucher et restèrent un instant pensifs.
- C'est quand même fou ! murmura Alya. Si on m'avait dit ça la semaine dernière, je ne l'aurais pas cru ! Non mais tu ne penses pas qu'il s'est passé quelque chose ? J'ai du mal à croire qu'ils se soient rapprochés d'un seul coup comme ça. J'ai l'impression qu'il y a plus derrière leur nouvelle relation qu'ils ne veulent bien nous le dire.
Nino esquissa une moue dubitative.
- Tu es sûre que tu ne t'emballes pas un peu là ?
- Nino ! fit Alya un peu trop fort. Regarde-les ! Marinette ne bégaie plus du tout devant Adrien, et même, regarde Adrien ! Je ne l'ai jamais vu aussi... joyeux. C'est quelqu'un de plutôt réservé d'habitude, et là, avec Marinette, il la taquine, fait des blagues, lui fait des câlins... on ne l'arrête plus, il a l'air métamorphosé !
Nino haussa les épaules.
- Oh, ne me dis pas que c'est la première fois que tu vois Adrien comme ça ! C'est sûr que la plupart du temps, il est tellement vissé par son daron qu'il s'est toujours montré plutôt calme et réservé en cours, mais tu sais bien que sans la pression qu'il lui mettait en permanence sur les épaules, il avait tendance à se lâcher. Il doit se sentir plus à l'aise pour se laisser aller maintenant.
- Non mais je suis d'accord là-dessus Nino. Mais tu les as vu dans le lit là ! Et quand on jouait à Ultimate Mecha Strike ? Si Adrien s'était roulé sur les genoux de Marinette comme ça la semaine dernière, elle se serait évanouie sur place !
Nino lâcha un petit rire.
- Je pense que tu sous-estimes l'esprit de compétition de Marinette lorsqu'il s'agit des jeux vidéos. Si elle avait vraiment perdu cette partie, je n'aurais pas été étonné qu'elle laisse réellement Adrien dormir dehors.
Alya semblait dubitative mais dut bien admettre que Nino marquait un point.
- Tu crois ? demanda-t-elle.
- Je crois surtout qu'il aura fallu que Marinette habite avec Adrien pour qu'elle découvre comment interagir normalement avec lui, argumenta-t-il en croisant ses mains sur sa nuque. Elle se mettait tellement la pression à chaque fois qu'elle cherchait à lui parler qu'ils n'avaient jamais réussi à avoir une conversation normale tous les deux. Là au moins, ils ont appris à se connaître vraiment, et ils ont visiblement découvert qu'ils s'entendaient très bien.
- Tu penses que c'est ça ? demanda Alya, un peu sceptique.
Nino acquiesça et ajouta :
- C'est certain. Et puis tu étais la première à dire qu'ils s'entendraient forcément très bien si Marinette arrivait à dépasser son blocage. Et Adrien a toujours adoré Marinette, tu le sais bien.
- Depuis quand est-ce que tu as des discours aussi sensés ? le taquina Alya.
Pour toute réponse, Nino lui tira la langue, mais Alya se pencha vers lui et l'embrassa, baiser auquel Nino répondit instantanément avec un soupir bienheureux.
- En tout cas, malgré tout ce qu'il lui est arrivé, il a l'air heureux, constata-t-elle. Mais connaissant les parents de Marinette, je suis presque étonnée qu'ils n'aient pas déjà signé des papiers pour l'adopter légalement. Ils adorent Adrien. Peut-être qu'eux aussi ont toujours l'espoir qu'ils finissent ensemble ?
Nino dut réprimer un éclat de rire.
- C'est vrai qu'ils ont vraiment l'air de l'avoir adopté ! C'est vraiment génial pour lui.
Un mouvement au-dessus de leurs têtes les obligea à se taire ; Adrien et Marinette venaient de se réveiller et descendaient l'escalier de la mezzanine.
- Coucou ! s'exclama Marinette, visiblement de bonne humeur en constatant que Nino et Alya étaient déjà debout. Vous nous faites une petite place ?
Pour toute réponse, Nino passa son bras autour de la taille d'Alya pour l'attirer tout contre lui et Marinette se jeta sur le matelas à côté de sa meilleure amie, suivie de près par Adrien qui s'allongea à côté d'elle.
- Alors, vous avez bien dormi ? demanda Alya avec un regard qui en disait long.
- Oh oui, répondit Adrien en acquiesçant, la voix encore gorgée de sommeil.
Pour corroborer ses dires, il se blottit exagérément contre Marinette avec un sourire bienheureux et ferma les yeux. Face à ses simagrées, Marinette leva les yeux au ciel et lança un regard désabusé à Alya et Nino.
- Je crois que je suis officiellement devenue sa peluche préférée pour dormir, dit-elle d'un air blasé.
Même Adrien ne put s'empêcher d'éclater de rire à cette remarque, aussitôt rejoint par Alya et Nino qui contenaient difficilement leur fou-rire. Alors qu'ils tentaient de retrouver leur calme, Adrien se redressa pour s'étirer de tout son long, et un détail accrocha le regard affûté d'Alya : le T-shirt que portait Adrien était rose, et était orné d'un motif floral que la jeune fille aurait pu reconnaître entre mille.
- Mais c'est le T-shirt de Marinette ! s'exclama-t-elle, à la fois incrédule et extatique.
Adrien esquissa un sourire d'approbation à cette remarque, tandis que Marinette confirmait l'information d'un mouvement timide de la tête, les joues légèrement rouges.
- Oui, je lui avais prêté ce T-shirt le premier jour quand il n'avait pas ses affaires ici. Il est trop grand pour moi mais il lui va très bien du coup, je crois qu'il l'a définitivement adopté, se justifia-t-elle, soutenant le regard de sa meilleure amie. J'imagine que je ne le récupèrerai jamais, hein ? ajouta-t-elle avec un clin d'œil à l'intention d'Adrien dont le sourire s'étendit alors qu'il secouait négativement la tête de gauche à droite.
Alya se redressa d'un coup en fronçant les sourcils, les deux bras croisés sur sa poitrine. Elle regardait tour à tour Adrien et Marinette, comme si elle cherchait à lire dans leurs pensées.
- Bon, allez, crachez le morceau, lança-t-elle soudain. Qu'est-ce qu'il y a entre vous ? Vous sortez ensemble et vous ne voulez pas nous le dire, c'est ça ?
A ces mots, Marinette et Adrien se figèrent de surprise et tournèrent vivement la tête l'un vers l'autre en se lançant un drôle de regard, rougissant jusqu'à la racine des cheveux.
- Mais... non Alya enfin, on... on n'est pas du tout ensemble ! On est... amis, rien de plus ! se défendirent-ils à l'unisson.
Soudain très raides, ils s'écartèrent l'un de l'autre, n'osant plus se regarder ni même se toucher.
Malgré tout, ces mots semblaient sonner faux à leurs oreilles. Qu'étaient-ils vraiment ? Pouvaient-ils réellement définir ce qui les liait ? Ces derniers jours avaient tissé entre eux un lien plus fort que tout, brouillant les lignes de leurs relations fusionnées, et les laissant avec un trop-plein de sentiments confus. Ils étaient heureux d'être ensemble, et ne voulaient pas se poser plus de questions pour le moment, mais d'être ainsi mis au pied du mur par Alya les rendit tous les deux soudain extrêmement mal à l'aise.
Nino lança un regard d'avertissement à Alya pour lui signifier qu'elle avait peut-être été trop loin, et la jeune fille baissa sa garde, poussant un léger soupir.
- Je suis désolée, je ne voulais pas vous confronter aussi abruptement... Mais j'ai l'impression qu'il y a quelque chose entre vous et que vous refusez de nous en parler. Vous ne nous faites pas confiance ?
Marinette se sentit coupable de voir à quel point sa meilleure amie avait l'air peinée à l'idée qu'elle puisse avoir des secrets pour elle. Bien entendu, il y avait cet immense non-dit sur son identité secrète qui planait entre elles depuis leur rencontre au collège et dont Marinette ne pouvait pas se délester aussi facilement. Elle aurait tellement aimé n'avoir aucun secret pour sa meilleure amie, mais même si le Papillon était vaincu, leurs identités devaient rester secrètes à tout prix.
Marinette finit par opter pour ce qu'elle savait faire de mieux : noyer le poisson.
- Alya ! Bien sûr qu'on vous fait confiance ! Et puis tu sais bien que je ne peux rien te cacher ! s'exclama-t-elle d'une voix un petit peu trop aiguë pour être honnête, tout en évitant soigneusement le regard d'Adrien.
C'était une chose de mentir à sa meilleure amie pour protéger son identité secrète, mais c'en était une autre de le faire tout en sachant qu'il y avait dans la pièce quelqu'un qui était parfaitement au courant que ces mots n'étaient qu'un immense bobard.
Marinette tenta d'occulter la présence de son coéquipier et continua sur sa lancée pour rassurer sa meilleure amie.
- Je te le jure Alya ! Et puis tu sais très bien que tu serais la première personne que j'appellerais si jamais il se passait quelque chose entre nous ! Je ne pourrais jamais garder un truc pareil pour moi, haha, tu le sais bien ! continua Marinette avec enthousiasme pour la rassurer.
Fière de s'être rattrapée, le sens de sa phrase ne la percuta que quelques instants après.
- Enfin... Pas qu'il va se passer quelque chose entre nous, ce n'est pas ce que je voulais dire, je... nous... on est amis, rien que des amis, de très très bons amis, mais des amis, enfin, tu as compris ce que je voulais dire, hein ? s'embrouilla Marinette en faisant de grands gestes, sous le regard amusé d'Alya et Nino. On ne vous cache rien, promis, on est des amis, des amis, hein, de toute façon, il ne... et je... bref, s'il vous plaît, par pitié, faites-moi taiiire, dit-elle d'une voix mourante en enfouissant sa tête sous un oreiller, morte de honte de s'être une nouvelle fois ridiculisée devant Adrien.
Nino et Alya éclatèrent de rire face à son discours décousu, mais la lueur de tristesse qui s'égara un bref instant dans le regard d'Adrien passa complètement inaperçue. Le jeune homme placarda un sourire artificiel sur son visage, ne sachant pas comment interpréter la tirade de Marinette, et préféra se focaliser sur la neige qui tombait encore dehors.
- Bon, on va la faire cette bataille de boules de neige ? lança Nino pour détendre l'atmosphère, et Marinette et Adrien le remercièrent d'un regard.
Le sourire d'Adrien était revenu. Il acquiesça si fort que Marinette crut un instant qu'il allait se déboîter le cou. Mais l'enthousiasme de son coéquipier sembla soudain retomber d'un coup.
- Par contre... commença-t-il, une certaine hésitation dans la voix. Je ne sais pas si c'est une bonne idée que je vienne avec vous. J'ai peur qu'on me reconnaisse et les gens pourraient faire le lien avec vous si ça arrivait. Ils comprendraient que nous sommes toujours en contact et que je ne suis pas allé me réfugier bien loin.
Adrien passa sa main sur sa nuque d'un air embêté en fixant le sol.
- J'ai un peu menti au proviseur en disant que je n'habitais plus en France pour le moment mais chez de la famille à l'étranger pour m'accorder avec la version que Ladybug et Chat Noir ont donné aux médias. Ce serait dommage de tout ruiner. Et puis je ne veux pas que vous soyez harcelés par ma faute. Non, allez-y sans moi.
Le regard infiniment déçu qu'il affichait serra le cœur de ses amis.
- J'aimerais tellement être invisible pour une fois dans ma vie... murmura-t-il dans un soupir douloureux en fixant le sol.
Alors qu'elle allait lui répondre qu'il était hors de question qu'il reste tout seul dans l'appartement alors qu'eux étaient en train de s'amuser dehors, une lueur s'alluma dans le regard de Marinette. Le même genre de lueur qui apparaissait dans ses yeux lorsqu'elle cherchait à comprendre comment utiliser son Lucky Charm. Adrien connaissait ce regard mieux que personne.
- J'ai peut-être une idée... murmura-t-elle, plus pour elle-même que pour ses amis.
Sans un mot de plus, elle se mit à s'agiter dans tous les sens et à retourner sa chambre, ouvrant les placards et déplaçant des piles d'habits. Alya et Nino ne purent s'empêcher de laisser échapper un rire amusé lorsque Marinette plongea littéralement la tête la première dans sa malle, si bien que seuls son bassin et ses jambes étaient encore visibles. Adrien la regardait faire avec un étonnement grandissant.
- Aha ! s'écria-t-elle en se redressant, brandissant d'un air de triomphe ce qui semblait être une perruque noire, un bonnet, ainsi que de grandes lunettes rondes et fines à monture écaille.
Elle s'approcha d'Adrien en lui montrant ses trouvailles, et il comprit instantanément ce qu'elle avait derrière la tête.
- Tiens, essaie tout ça ! fit-elle avec excitation.
Adrien s'empara du déguisement improvisé et s'empressa de tout essayer.
- Et voilà ! s'exclama Marinette avec de grands gestes comme si elle le présentait sur une scène de théâtre après un tour de magie. Je t'assure que si tu sors comme ça, personne ne te reconnaîtra. Encore moins une fois que tu te seras pris des boules de neige en pleine figure, ajouta-t-elle avec malice.
Le moral jusqu'alors en berne d'Adrien remonta en flèche. Il se planta devant la glace pour admirer la transformation. Il n'y avait vraiment que Marinette pour trouver une solution à tout.
- Et vous avez remarqué ? ajouta Marinette en désignant les lunettes.
- Tu as les yeux marrons Adrien ! réalisa Alya. Les lunettes ont un filtre ?
- Oui, répondit Marinette, avec un sourire empli de fierté. C'était une commande pour Jagged Stone mais il ne les a jamais utilisées au final. En tout cas, je dois admettre que ça te change complètement le visage, Adrien. Qu'est-ce que tu en penses ?
Adrien s'observait minutieusement dans la glace, n'en croyant pas ses yeux.
- C'est parfait, lâcha-t-il, les yeux ronds. Je me reconnais à peine.
- N'empêche, avec ce genre de lunettes et le bonnet, il ne te manque qu'un T-shirt imprimé avec des équations ou des lignes de code dessus et tu es prêt pour la fac d'informatique, lança Nino.
- Et le plus fou, c'est que ça te va bien les cheveux noirs un peu plus longs en fait ! ajouta Alya.
Adrien se tourna vers elle.
- Tu sais que l'idée de me teindre les cheveux ou de les raser pour être un peu plus tranquille m'a traversé l'esprit l'autre jour ? fit-il avec amusement en enfonçant le bonnet sur sa tête avant d'arranger sa coiffure devant le miroir.
L'air horrifié de Marinette lui arracha un petit rire.
- Raser ?! Mais non mais... Tu es si beau... Enfin je veux dire, tes bleaux cheveux bonds… euh... beaux cheveux blonds ! Ça serait tellement dommage ! bafouilla-t-elle les joues cramoisies de son lapsus.
Alya affichait un air narquois : quelle que soit la nature de la relation entre ces deux-là, certaines choses ne changeraient décidément jamais.
- C'est gentil, mais ne t'inquiète pas, je n'ai vraiment pas envie de passer à l'acte, je préfère largement l'idée de la perruque ! la rassura Adrien.
Le soulagement qu'éprouvait Marinette était visible sur son visage, et Adrien ne put s'empêcher de sourire.
Ragaillardis à l'idée qu'Adrien allait finalement pouvoir profiter de la matinée, les quatre adolescents s'empressèrent de se préparer et de s'habiller, et descendirent retrouver Tom et Sabine qui prenaient leur petit-déjeuner. Adrien pénétra dans la cuisine le premier, impatient de voir l'effet qu'il allait bien pouvoir produire sur eux. Leur réaction ne se fit pas attendre : le visage jusqu'alors souriant de Tom et Sabine se mua en une expression d'incompréhension totale en le découvrant. Nino, Alya et Marinette s'empressèrent de le rejoindre et se délectèrent de leur réaction.
- Mais... commença Tom. Ce n'est pas Adrien, comment... ?
- Adrien, c'est bien toi ? fit Sabine, les sourcils froncés. Qu'est-ce que tu as fait à tes cheveux ? Et tes yeux ?
Adrien éclata de rire et enleva sa perruque pour les rassurer.
- Oui, pas de panique, c'est bien moi. On a prévu de sortir un peu et Marinette a eu cette idée pour que je sois tranquille.
- Et bien c'est parfait, tu es méconnaissable ! fit Tom, les yeux toujours ronds d'étonnement.
- Si tu cherchais une confirmation que ton déguisement fonctionne parfaitement, tu l'as, lui fit remarquer Alya. Tu vas être tranquille au parc, personne ne te reconnaîtra.
- Et si quelqu'un demande qui tu es, tu n'auras qu'à dire que tu es un cousin éloigné ou bien quelque chose dans le genre, suggéra Marinette.
Adrien acquiesça vivement, à la fois rassuré par ce test et surexcité à l'idée de cette matinée qui se profilait. Le jeune homme n'avait qu'une hâte à présent : sortir profiter de la neige.
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Une fois dans le parc Place des Vosges, l'excitation d'Adrien était telle qu'il ne savait plus où donner de la tête. De gros flocons s'étaient remis à tomber, et il tirait la langue pour essayer d'en attraper, avant de se jeter par terre dans la neige fraîche et agiter les bras et les jambes pour y laisser l'empreinte d'un ange. Il semblait si insouciant et heureux à cet instant que Marinette sentit son coeur se serrer douloureusement de bonheur pour lui.
Les quatre adolescents passèrent une bonne partie de la matinée dehors à se promener dans le quartier, et Adrien put constater à son grand soulagement que personne ne lui adressait plus d'un regard. Pour la première fois de sa vie, il n'attirait pas l'attention, et ce sentiment était des plus agréables pour lui.
Lorsqu'ils repassèrent par le parc, Adrien s'arrêta un instant face à la statue de Ladybug et Chat Noir, perdu dans ses pensées, et Nino profita de son inattention pour lui glisser une boule de neige dans le col de son pull ; le froid arracha un cri de surprise à Adrien qui se tortilla pour se débarrasser de la neige qui lui gelait les omoplates tandis que Nino se tordait de rire, visiblement fier de sa blague. De son côté, Alya poursuivait Marinette qui détala avec un cri, évitant de justesse la boule de neige qu'elle lui envoya. Elle ne réussit à la semer que grâce à l'intervention d'Adrien qui se mit à attaquer Alya pour détourner son attention. Marinette se dépêcha de plonger derrière une haie pour se protéger et reprendre son souffle tout en guettant où se trouvaient les trois autres. Lorsqu'elle vit Adrien se cacher derrière le buisson qui bordait l'autre côté de l'allée où elle se trouvait, elle lui fit discrètement signe ; Marinette savait que Nino et Alya était en train d'approcher pour tenter de les surprendre, mais Adrien et elle avaient l'avantage. Sans un mot, elle lança un regard à son coéquipier et d'un mouvement de tête, lui fit comprendre son plan pour les prendre à leur propre piège. Adrien acquiesça avec un clin d'œil il y avait tout de même de sacrés avantages à se comprendre sans avoir besoin de se parler. Mais lorsque leurs regards se croisèrent à nouveau, ils détournèrent rapidement la tête et se focalisèrent sur un point devant eux, le cœur battant sourdement dans leurs tempes. Que leur arrivait-il ?
Alya et Nino approchaient, et Marinette préféra momentanément refouler ses états d'âme pour se focaliser sur leur mission ; elle lança un signal à Adrien, et les deux coéquipiers contournèrent les buissons et bondirent dans leur dos avant de les bombarder de neige. Tous les quatre furent très rapidement recouverts de poudreuse, et lorsqu'ils s'arrêtèrent enfin, haletants, ils ne purent s'empêcher d'éclater de rire. Adrien se redressa et s'ébroua comme un chat qui serait malencontreusement tombé dans une baignoire, un sourire malicieux suspendu à ses lèvres, tandis que Marinette poussait des cris indignés, ses bras croisés devant elle pour tenter vainement de se protéger de la neige dont il se délestait dans sa direction.
Tous les quatre restèrent encore un bon moment dehors et ne se décidèrent à rentrer que lorsqu'ils commencèrent à grelotter de froid dans leurs habits humides.
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Avant qu'Alya et Nino ne rentrent chez eux, Adrien tendit un papier à Nino qui lui lança un regard interrogateur.
- Est-ce que tu pourras donner ça à Chloé ? demanda timidement Adrien. C'est mon nouveau numéro de téléphone si jamais elle veut me joindre et qu'on se voie. Je l'aurais bien donné à Marinette, mais je sais que Chloé n'acceptera jamais le message si ça vient d'elle, du coup, il vaudrait mieux que tu le lui donnes toi. Ça ne t'embête pas ?
Nino échangea un bref regard avec Alya et Marinette dont le sens échappa à Adrien et prit le morceau de papier à contrecoeur ; tous les trois ne savaient que penser de l'attitude de Chloé dernièrement, et ils se demandaient s'ils devaient vraiment lui transmettre le numéro d'Adrien. Leur camarade de classe ne semblait aucunement pressée de prendre des nouvelles de son ami d'enfance, et Alya l'avait même surprise un jour à ricaner ouvertement avec Sabrina à la lecture d'un magazine people qui étalait sans vergogne la déchéance de la famille Agreste. Tous les trois savaient que son attitude ne présageait rien de bon et ils mourraient d'envie de prévenir Adrien de se méfier, mais ils se doutaient que leur ami ne comprendrait pas leur mise en garde. Après tout, Adrien était bien la seule personne sur Terre à avoir réussi à supporter Chloé depuis sa plus tendre enfance, et les trois adolescents ne pouvaient qu'admirer la capacité de leur ami à ne voir que le meilleur chez les gens qui l'entouraient. L'attitude de Chloé risquait de lui faire énormément de peine.
Nino relâcha un bref soupir et finit par prendre le papier en lui jurant de le donner à Chloé dès que possible.
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Nino et Alya les quittèrent dans l'après-midi, en se promettant de refaire ce genre de soirées dès que possible. Adrien ne semblait plus pouvoir se déplacer autrement qu'en sautillant tant il était joyeux, ce qui arracha un petit sourire à Marinette. Mais une fois leurs meilleurs amis partis, un drôle de sentiment s'empara d'eux ; l'excitation du moment retombée, une gêne presque palpable s'installa dès lors qu'ils se retrouvèrent seuls tous les deux dans l'appartement. Ni l'un ni l'autre ne savait comment se comporter, comme s'ils avaient soudain perdu le mode d'emploi qui leur avait permis jusque-là d'évoluer et d'interagir ensemble de façon naturelle. Adrien d'ordinaire très tactile semblait constamment se retenir de se montrer trop démonstratif, et le visage de Marinette prenait une teinte cramoisie malgré elle au moindre regard qu'ils échangeaient.
Au moment d'aller se coucher, Marinette ne put s'empêcher de remarquer que, contrairement à son habitude, Adrien avait bien pris soin de rester de son côté du lit, sans empiéter sur son espace vital, et cette distance commençait à lui peser. Pourquoi étaient-ils soudain si gênés l'un envers l'autre ? Adrien semblait véritablement mal à l'aise, et Marinette ne savait plus comment agir pour dissiper cette gêne ; elle craignait que leur relation ne se détériore alors qu'elle avait enfin réussi à ne plus paniquer en sa présence, et cette idée lui noua légèrement l'estomac. Dépitée, elle se pinça les lèvres et maudit intérieurement Alya et sa manie de mettre les pieds dans le plat.
Allongés sous les draps, ni l'un ni l'autre n'osait se regarder, et Adrien sentit sa poitrine se dégonfler. La remarque d'Alya semblait l'avoir affecté bien plus que raison, et il n'avait cessé de se poser des questions depuis. Sa relation avec Marinette était-elle si étrange aux yeux des autres ?
Adrien savait pertinemment que, même s'il n'était plus le petit garçon naïf qu'il était à 13 ans lorsqu'il avait enfin pu mettre un pied hors de chez lui, il avait encore parfois beaucoup de mal à décrypter les codes et les conventions sociales, et il avait constamment peur d'agir de façon bizarre ou bien de blesser quelqu'un sans le vouloir par son attitude ou bien ses réactions parfois peu logiques. Était-il trop collant avec Marinette pour qu'Alya croie qu'ils étaient devenus plus que des amis ?
Adrien secoua la tête. Ils étaient pourtant tellement plus que de simples amis ! Sa relation avec Marinette - avec Ladybug ! - était unique et ne ressemblait à aucune autre, mais ça, il ne pouvait pas en parler à Alya.
Adrien se mentirait s'il disait qu'il ne ressentait rien lorsque les grands yeux bleus de Marinette se posaient sur lui, mais son cœur était encore trop meurtri par les récents évènements pour qu'il ose sortir son palpitant du bunker dans lequel il l'avait enfermé à double tour pour éviter de souffrir.
Paradoxalement, Adrien ne pouvait littéralement plus se passer d'elle ; il avait un besoin viscéral d'avoir Marinette auprès de lui à tout moment, de la prendre dans ses bras et de se laisser éblouir par sa lumière, lui qui ne se sentait fait que d'obscurité. Mais la dernière chose qu'il souhaitait était de la mettre mal à l'aise. La remarque d'Alya avait l'air d'avoir complètement embrassé sa partenaire qui osait à peine le regarder à présent, et depuis ce matin, leur dynamique habituelle semblait éteinte.
Un long soupir lui échappa.
Marinette pouvait voir qu'une tempête faisait rage derrière le regard d'émeraude de son coéquipier. A quoi pouvait-il bien être en train de penser ? Timidement, elle posa sa main sur celle d'Adrien qui sursauta légèrement à ce contact qui l'avait visiblement tiré de ses pensées.
- Tout va bien, Chaton ? lui demanda-t-elle du bout des lèvres.
Ces quelques mots emplis de douceur suffirent à Adrien pour que ses idées noires s'envolent instantanément, et un sourire apparut sur son visage. Il acquiesça et prit la main de Marinette pour la porter délicatement à ses lèvres. Les joues de sa coéquipière se parèrent d'une jolie teinte de rose lorsqu'il y déposa un baiser, et elle n'hésita qu'une seconde avant de venir se blottir tout contre lui. L'instant de surprise passé, Adrien referma ses deux bras autour d'elle, tout à coup plus léger.
Peu importe si son cœur battait un peu plus vite lorsqu'il était dans ses bras, peu importe si sa présence suffisait à illuminer sa journée, ils n'avaient pas besoin de définir leur relation pour le moment. Leur lien était unique, étonnant, merveilleux. Ils étaient heureux ensemble et c'est tout ce qui leur importait, et Adrien se promit de ne rien faire qui pourrait mettre en danger leur relation magique.
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Au bout d'un moment, Marinette se releva si subitement qu'Adrien sursauta à nouveau.
- On va faire un tour ? lança-t-elle soudain, ses grands yeux bleus étincelants de malice.
Sans attendre la réponse de son coéquipier, elle ouvrit la lucarne et se faufila par l'ouverture. Adrien aperçut un bref flash de lumière rose, et, le moment de stupeur passé, il se redressa d'un air déterminé et se transforma avant de sortir à sa suite.
Ladybug était nonchalamment accoudée à la rambarde qui bordait son balcon, observant les alentours calmes à cette heure avancée de la nuit. Ses cheveux lâchés ondulaient sous la légère brise qui soufflait sur Paris, et Chat Noir dût se faire violence pour ne pas faillir à ses très récentes résolutions : il était ensorcelé par l'aura que dégageait sa partenaire en cet instant. Une aura à la fois tranquille et forte, à la fois douce et sûre d'elle. En un clin d'œil, il se retrouva propulsé dans le passé, aux pieds de la Tour Eiffel alors que Ladybug venait de défier le Papillon pour la toute première fois et s'adressait aux habitants de Paris. Ce moment où il était tombé éperdument amoureux d'elle.
Un maelström de sentiments l'envahit.
Ladybug sentit le regard insistant et captivé de son partenaire posé sur elle ; elle se retourna, ses yeux bien plus brillants que d'ordinaire. La façon dont Chat Noir la dévorait des yeux la fit rougir jusqu'aux oreilles, et elle prétexta s'attacher les cheveux afin de détourner la tête et retrouver rapidement une contenance. Son cœur pulsant sourdement dans ses tempes, Chat Noir s'approcha d'elle et se retint de lui déposer un baiser sur l'épaule, tout en mourant d'envie de se blottir tout contre elle. Après toutes ces années d'anonymat, rien que de penser qu'il savait à présent qui se cachait derrière le masque rouge et noir de sa coéquipière lui donnait légèrement le tournis.
Alors qu'il s'approchait, Ladybug saisit vivement son yoyo et le lança droit devant elle avant de décoller, non sans avoir adressé un clin d'œil taquin à son partenaire.
- Attrape-moi si tu peux, Chaton ! s'exclama-t-elle en s'élançant dans le vide.
Le regard d'émeraude de Chat Noir s'alluma, et il s'empressa de déplier son bâton.
- Tu veux jouer à chat, ma Lady ? répliqua-t-il avec malice en lui emboîtant le pas.
Tous deux s'élancèrent sur les toits de Paris le cœur léger ; ils survolaient la ville endormie, dans une course-poursuite au creux d'une nuit d'encre seulement éclairée par la pleine lune.
Ladybug ne mit pas longtemps à atteindre la Tour Eiffel ; elle sentait Chat Noir sur ses talons, aussi prit-elle une autre impulsion pour se rapprocher de la tour le plus vite possible. Mais avant qu'elle n'ait pu atterrir sur l'une des plateformes du monument, son coéquipier bondit sans crier gare et l'intercepta en plein vol ; son élan les envoya tous deux rouler sur le plus haut étage de la tour, et Chat Noir l'attira tout contre lui en plaçant instinctivement une main derrière sa tête pour la protéger, l'englobant ainsi toute entière avec son propre corps pour amortir l'impact de l'atterrissage. Ils se retrouvèrent allongés l'un sur l'autre dans un enchevêtrement de membres et éclatèrent de rire, relâchant enfin toute la tension qui planait entre eux depuis le début de la matinée.
Au lieu de se redresser, ils restèrent allongés sur le dos et contemplèrent les étoiles qui n'étaient visibles dans le ciel parisien que depuis leur perchoir.
Un sentiment de sérénité s'empara d'eux.
Ils avaient souvent eu l'occasion de tutoyer les nuages au cours de leurs missions, à deux doigts de toucher le ciel, et ils se sentaient incroyablement chanceux d'avoir ce privilège que leur conféraient leurs pouvoirs.
L'un des bras de Chat Noir était étendu sous la tête de Ladybug, tandis que son autre bras était replié sous sa propre tête ; ils restèrent un long moment dans cette position, perdus dans leurs pensées, profitant du calme de la nuit. Ladybug relâcha un léger soupir de satisfaction et se tourna vers son partenaire dont les yeux commençaient à se fermer tout seuls. Il avait l'air si paisible et détendu qu'elle ne put s'empêcher d'esquisser un sourire avant de déposer un baiser sur sa joue et elle enfouit sa tête dans le creux de sa clavicule. Pris de court, Chat Noir se sentit rougir, puis la voyant se rouler en boule tout contre lui en fermant les yeux, il ramena son bras autour d'elle et la contempla longuement. Elle était tellement adorable ainsi blottie dans ses bras que Chat Noir sentit son rythme cardiaque accélérer. Il remarqua que la respiration de sa partenaire se faisait de plus en plus lente et régulière, et un sourire apparut sur ses lèvres lorsqu'il réalisa qu'elle s'était tout bonnement endormie. Elle semblait si sereine que Chat Noir n'eut pas le coeur de perturber son sommeil. Il ferma les yeux un instant pour savourer ce moment suspendu, bercé par le silence de la nuit parisienne, tout en notant mentalement de la réveiller un peu plus tard au moment où il se déciderait à rentrer.
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Lorsque Chat Noir ouvrit les yeux, il fut surpris de constater que le jour était en train de se lever. Sa nuque était raide, et il mit du temps à comprendre qu'il se trouvait toujours au sommet de la Tour Eiffel. La dernière chose dont il se souvenait était leur course poursuite au beau milieu de la nuit et de s'être allongé à même le sol avec Ladybug pour contempler les étoiles.
Étendu de tout son long sur la plateforme, Chat Noir poussa un grognement en se frottant l'arrière du crâne et jeta un coup d'œil à sa coéquipière, toujours blottie tout contre lui dans ses bras. Ce qui était censé n'être qu'une courte balade nocturne venait de se transformer en nuit à la belle étoile. Cette pensée lui arracha un doux sourire ; malgré le fait que son corps peu habitué à dormir ainsi à même le sol était en train de protester avec véhémence, Chat Noir savait qu'il chérirait ce moment jusqu'à la fin de sa vie. Chaque instant passé avec Ladybug à ses côtés était spécial à ses yeux, et il les conservait avec un grand soin dans un coin de sa mémoire. Ces moments qui n'appartenaient qu'à eux avaient une valeur inestimable pour lui.
Il resta encore un peu allongé, le temps d'émerger complètement de sa torpeur ; le jour n'était pas encore complètement levé, mais Chat Noir savait qu'ils allaient devoir se dépêcher de rentrer s'ils ne voulaient pas que Sabine et Tom ne découvrent leur disparition.
Alors qu'il tentait de se redresser, Ladybug s'agrippa à lui plutôt fermement et elle resserra inconsciemment son étreinte en le sentant bouger, ce qui lui arracha un petit rire attendri. Les secousses provoquées par son hilarité réveillèrent sa partenaire qui grommela en enfouissant un peu plus son visage dans le creux de son cou, mais Chat Noir l'empêcha de se rendormir en la secouant de la façon la plus délicate possible.
- Buginette, lui souffla-t-il tout bas comme si quelqu'un pouvait surprendre leur conversation à une telle hauteur. Buginette, réveille-toi, il faut qu'on rentre.
Ladybug finit par ouvrir les yeux de mauvaise grâce, mais son air ronchon fut très rapidement remplacé par une expression à la fois surprise et perplexe lorsque son regard empli de sommeil se posa autour d'elle.
- Qu'est-ce que... ? bégaya-t-elle, laissant sa question en suspens sans savoir comment finir sa phrase.
- Je crois qu'on s'est endormis tous les deux comme des masses au sommet de la Tour Eiffel hier soir, expliqua-t-il avec un petit rire.
Sans enlever son bras posé autour d'elle, Chat Noir déplia son bâton de sa main libre et vérifia l'heure sur l'écran ; par chance, il était encore tôt.
- Il va falloir battre nos records de vitesse pour rentrer avant que tes parents ne s'aperçoivent que nous avons disparu, ma Lady.
L'esprit encore brumeux, Ladybug acquiesça mollement et se redressa avec des gestes désordonnés en titubant légèrement de fatigue. Malgré tout, la jeune héroïne se sentait paradoxalement plutôt reposée pour quelqu'un qui venait de passer la nuit à même un sol plutôt inconfortable. La voyant chanceler, Chat Noir s'empressa de se relever à son tour et de saisir délicatement ses deux mains dans les siennes pour la stabiliser.
Au lieu de repartir immédiatement, ils prirent tout de même un instant pour contempler les alentours en silence, alors que Paris s'éveillait progressivement en contrebas. Le soleil venait de poindre à l'horizon et ressemblait à une boule de feu qui se hissait très lentement dans le ciel dans un mouvement presque imperceptible à l'oeil nu ; le spectacle qui s'offrait à eux était saisissant et les laissa un instant bouche bée face à ce ciel marbré de couleurs éclatantes. A contrecœur, ils détournèrent leur attention de la scène qui se déroulait devant eux ; ils échangèrent un regard complice avant de bondir du haut de la plateforme en direction de la boulangerie de Tom et Sabine pour terminer leur nuit.
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Lorsqu'Adrien rouvrit les yeux quelques heures plus tard, un sourire tendre apparut sur son visage en constatant que Marinette dormait toujours à poings fermés à côté de lui. Décidément, sa Lady n'était vraiment pas du matin.
Une idée germa instantanément dans l'esprit du jeune homme, et il tenta de s'extraire du lit sans la réveiller avant de descendre silencieusement dans le salon. Une fois dans la cuisine, il retroussa ses manches et se mit en action, le sourire aux lèvres.
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Marinette émergea une demi-heure plus tard, presque déçue de trouver le lit vide. Les yeux encore emplis de sommeil, elle attrapa un sweatshirt à capuche qui traînait au pied de son lit et s'empressa de l'enfiler pour avoir chaud. Elle roula sommairement les manches qui s'obstinaient à passer par-dessus ses mains et le réajusta au niveau des épaules qui tombaient légèrement tout en se demandant vaguement si elle avait rétréci pendant la nuit, avant de descendre lentement jusqu'à la cuisine en bâillant.
Lorsqu'Adrien l'aperçut, son visage s'illumina et son cœur manqua un battement en la voyant ainsi vêtue. Les joues légèrement roses, il dût s'éclaircir la voix avant de pouvoir parler.
- Il est un peu grand pour toi mais il te va bien, dit-il avec un sourire timide.
Marinette fronça les sourcils et le questionna du regard ; elle baissa les yeux pour comprendre de quoi Adrien pouvait bien parler et réalisa subitement que le sweatshirt qu'elle venait d'enfiler et qu'elle pensait être le sien appartenait en réalité à son partenaire.
- Oh, je suis d-désolée, je n'ai pas fait attention, je croyais que c'était le m-mien ! bégaya-t-elle, joliment rougissante. Tiens, ajouta-t-elle en tirant vivement sur une des manches pour enlever le sweatshirt et le lui rendre, mais Adrien l'arrêta d'un mouvement de main.
- Non, garde-le si tu veux, tu es mignonne dedans.
Si Marinette était déjà rouge, son visage prit une teinte cramoisie. Elle acquiesça timidement pour le remercier et se blottit dans le sweatshirt ; elle ne s'était même pas rendue compte qu'il portait encore l'odeur d'Adrien, et elle réprima de justesse un long soupir de contentement en enfouissant son nez dans l'encolure. De son côté, le cœur de son coéquipier semblait vouloir fracasser sa cage thoracique ; Adrien ne comprenait pas bien pourquoi, mais de la voir ainsi vêtue avec ses propres habits semblait avoir complètement déréglé son rythme cardiaque.
- Qu'est-ce que tu fais ? lui demanda Marinette en le voyant sortir des bols du placard, et Adrien fut ravi de la diversion.
Il hésita un instant puis répondit :
- En fait, je voulais t'amener le petit-déjeuner au lit, avoua-t-il les joues légèrement roses. Mais vu que tu es là...
Marinette fut plus que touchée par cette petite intention. Attendrie, elle se pencha vers lui et déposa un rapide baiser sur sa joue.
- Tu es adorable mon petit chat, merci.
- Ne me remercie pas tout de suite, répondit-il d'un air gêné en se frottant la nuque. Ce n'est peut-être pas comestible du tout.
- Arrête, je suis sûre que tout est délicieux !
- Merci pour le vote de confiance, ma Lady, mais tu es au courant que je ne sais cuisiner que depuis une semaine ? Et puis je suis loin d'avoir votre talent naturel, à toi et tes parents.
Marinette leva les yeux au ciel avec un petit rire.
- Ce n'est absolument pas comparable ! Il y a un début à tout. Tu sais, la première fois que j'ai essayé de faire des croissants sans l'aide de mon père, ils étaient aussi noirs que du charbon ! Et demande-lui la tête qu'avait sa toute première baguette, c'était loin d'être un succès. Et puis honnêtement, pour quelqu'un qui n'avait jamais cuisiné avant, tu te débrouilles plutôt bien !
Sentant ses joues chauffer, Adrien détourna la tête ; il n'avait décidément pas l'habitude de recevoir des compliments, et il se sentait légèrement mal à l'aise car il savait tout au fond de lui qu'il n'avait rien fait d'extraordinaire et qu'il ne les méritait pas. Mais la lueur de fierté dans le regard immensément bleu de Marinette lui fit chaud au cœur.
- Je voulais te préparer des pancakes, expliqua-t-il. Ton père m'a montré comment on faisait l'autre jour mais je n'ai pas encore osé essayer tout seul, j'ai un peu peur de mettre le feu à la cuisine...
- C'est vrai que la destruction, c'est plutôt ton rayon, le taquina Marinette.
Pour toute réponse, Adrien lui tira la langue avec une grimace, et Marinette éclata de rire.
- Tu veux qu'on les fasse ensemble ? lui proposa-t-elle en le voyant bouder.
Le visage d'Adrien s'éclaira instantanément et il acquiesça vivement.
oOo
Un peu plus tard dans la journée, Tom et Sabine retrouvèrent les deux adolescents plongés dans leurs devoirs dans la chambre de Marinette ; le bac blanc approchait à grands pas et il n'était pas question de récolter de mauvaises notes.
Tous deux révisaient chacun de leur côté dans un silence confortable, veillant à ne pas distraire l'autre dans son travail.
Adrien termina ses exercices de physique-chimie et s'étira de tout son long sur sa chaise, s'octroyant une petite pause bien méritée. Il se tourna légèrement pour étendre le bras jusqu'à l'assiette de cookies que Tom et Sabine leur avaient laissée et il ne put s'empêcher d'observer sa coéquipière du coin de l'œil par la même occasion ; un petit sourire attendri apparut sur ses lèvres en la voyant tirer la langue pour se concentrer sur ses exercices et il resta un instant dans cette position à la contempler. Marinette dut sentir le regard d'Adrien sur elle car elle releva la tête et lui lança un regard interrogateur.
- Tu as déjà fini ? lui demanda-t-elle.
Adrien acquiesça, et Marinette ouvrit des yeux ronds.
- Mais j'ai à peine terminé la bio et j'ai pas encore commencé la physique-chimie ! Comment tu fais pour être aussi rapide ? C'est quoi ton secret ?
Adrien considéra la question un instant avant de répondre.
- Je ne sais pas trop. Ça doit venir du fait que j'ai longtemps eu mes cours à la maison. Depuis que je suis petit, j'ai toujours dû caser mes cours, mes devoirs, mes shootings photo, mes leçons de chinois et mes cours d'escrime dans une journée, donc j'étais obligé d'apprendre vite et d'être efficace pour pouvoir suivre le rythme. Du coup, j'imagine que j'ai pris l'habitude de travailler rapidement, dit-il en haussant les épaules. Et puis quand je suis arrivé au collège, j'étais un peu en avance sur les programmes scolaires donc j'avoue que ça me paraissait simple, c'était des choses que j'avais déjà apprises. Même encore aujourd'hui, il y a certains sujets que j'avais déjà vus avec Nathalie, j'ai juste à réviser.
Marinette ne savait pas bien si elle devait se montrer admirative ou triste pour lui après ses explications. Elle s'apprêtait à répondre lorsque la trappe de sa chambre s'ouvrit, et la main de Tom qui agitait une manette de console apparut par l'ouverture.
- Ça vous dit de faire une petite pause, les enfants ?
Adrien bondit instantanément de son siège mais il vit Marinette hésiter.
- Allez viens, on fait une pause maintenant et après je t'aide avec tes exercices de physique-chimie, qu'est-ce que tu en dis ? lui proposa-t-il en posant une main sur son épaule pour la rassurer.
Le grand sourire qu'affichait Adrien acheva de la convaincre, et les deux adolescents s'empressèrent de suivre Tom.
Déjà 15 chapitres alors que j'ai l'impression que l'histoire ne fait que commencer ?
En tout cas, j'espère que ce chapitre vous a plu ! N'hésitez pas à laisser des commentaires, ça fait toujours plaisir (et en tant qu'autrice, on se dit qu'on n'a pas fait tout ça pour rien, que ça intéresse tout de même quelques personnes qui lisent et suivent cette histoire et qu'elle ne flotte pas dans le néant des internets, ignorée de tous... Je suis quelqu'un qui écrit pour moi à la base, mes écrits n'avaient pas la vocation d'être lus, et puis je me suis lancée, l'estomac un peu noué. Autant vous dire que les retours que j'ai eu jusqu'à présent comptent beaucoup pour moi et me font chaud au coeur alors merci et continuez à me mettre des petits mots !)
A très vite et passez de bonnes fêtes de fin d'année !
Bug out!
