Depuis combien de temps étaient-elles enfermées dans ce lieu coupé de tout ?
Couchée sur un lit aux draps immaculés, les yeux à demi clos, Perséphone avait perdu le fil des jours passés dans cet endroit isolé. Cependant, elle savait que son enlèvement s'était produit il y a longtemps. Trop longtemps, sans doute. Hadès devait être mort d'inquiétude.
Hadès… même si il lui aussi l'avait kidnappée par le passé, il lui avait toujours témoigné un respect et une affection qu'elle n'avait jamais vu chez aucun autre dieu. Même pas chez sa mère. Surtout pas chez sa mère.
— Je comprends pourquoi il ne vient jamais à la surface. Il doit être tellement déçu, par le comportement des autres, murmura-t-elle.
Doucement, elle se redressa, migraineuse, et chercha, du regard, ses filles. Elle les vit rapidement dans un des coins de la pièce, Melinoe, assise à même le sol, tenait Macaria contre elle. Les tâches de doré contrastaient avec le noir de la robe déchirée de la plus jeune.
En voyant le sang, une colère sourde monta en la déesse blonde qui eut envie de faire pousser une barrière infinie de plantes autour d'elles. Cependant, elle ne le pouvait pas. Son cosmos semblait avoir déserté son corps, la laissant impuissante. Elle ne pouvait que voir la détresse de ses enfants mais sans pouvoir les aider.
Il lui avait fallu un moment avant de comprendre que Demeter leur donnait quelque chose pour museler leur cosmos et empêcher ainsi leur évasion. Bien sûr, elles restaient des déesses suffisamment puissantes pour conserver quelques miettes d'énergie et avoir encore quelques pouvoirs. Mais bien trop faibles pour attaquer ou protéger.
Perséphone avait bien essayé de stopper l'arrivée de cette drogue dans son organisme mais elle ignorait de quelle façon elle était administrée. Elle avait tenté de ne rien avaler et de boire mais cela n'avait rien changé à son état. En désespoir de cause, elle avait élaboré un plan pour avertir Hadès de ce qui s'était passé. Elle ne le faisait pas de gaité de cœur mais c'était là la seule solution qu'elle avait trouvé.
Se levant, chancelante, elle se dirigea vers ses filles et s'agenouilla près d'elles.
— Elle dort ? demanda-t-elle à Melinoe qui hocha la tête.
— Grand-mère est vraiment brutale avec elle, chuchota la déesse des fantômes.
A ces mots, sa mère serra les poings. Mais elle s'obligea à se calmer. S'énerver ne servirait à rien. Posant sa main sur le front de Macaria, elle fit étinceler le peu de cosmos qu'elle avait encore en elle et le transmit à sa fille. La déesse de la mort eut un sursaut dans son sommeil mais resta endormie. Elle fut rejointe par son aînée qui donna sa force à sa sœur.
— Tu penses que le cosmos qu'on lui transfère depuis des années va être assez puissant pour faire disparaître les effets de cette saleté ?
L'épouse d'Hadès soupira avant d'arrêter le flux de cosmos et de passer un bras autour des épaules de sa fille.
— Je ne sais pas, Melinoe. Mais il faut avoir confiance en Macaria. Elle n'en donne pas l'air, mais son cosmos est plus puissant que le nôtre. Avec nos cosmos en soutien, elle devrait pouvoir s'enfuir et retrouver Hadès.
La jeune femme aux cheveux blancs aquiesca en regardant celle aux cheveux noirs.
— J'ai toujours été étonnée qu'elle ne se soit pas encore éveillée. Tu sais pourquoi elle ne l'est pas ?
Perséphone haussa les épaules.
— Ton père et moi partageons ton étonnement. On pensait qu'après que tu avais éveillé ton cosmos au sens divin, elle atteindrait cette étape à son tour et assez rapidement. Mais elle est toujours restée dans cette sorte d'entre-deux entre le cosmos humain et le cosmos divin.
Elle fit une pause avant de continuer.
— Nous ne sommes pas certains qu'il y ait une véritable explication à pourquoi ta sœur n'éveille pas ses pouvoirs de déesse. Peut-être n'en voit-elle pas l'utilité. Mais elle est forte et saura comment retourner aux Enfers.
— Je n'en doute pas. C'est la déesse de la mort, après tout. Sa perception des énergies du monde des âmes est bien supérieure à la nôtre. Et puis, avec un peu de chance, elle tombera sur Thanatos qui la ramènera auprès de papa.
Sa génitrice hocha la tête et ferma les yeux un instant. L'idée de devoir laisser à Macaria le soin de fuir les dryades et de retourner aux Enfers pour tout expliquer à Hadès lui déplaisait. Demeter détestait la déesse de la mort. Elle ressemblait trop au seigneur des Enfers et cette haine se manifestait par de mauvais traitements. La jeune femme était couverte de plaies et de marques à cause de la déesse des moissons.
Cette vue mettait la reine du monde des morts dans une colère noire envers sa propre mère. Cependant, sans son cosmos et engourdie comme elle était, elle n'avait pas la force de protéger son enfant. Sa seule chance était de fuir. De nuit, de préférence. Les dryades préféraient vivre le jour sous les rayons du soleil plutôt que exposées à la lumière de la lune.
Grâce à ce manque d'activité de leur part, Macaria aurait plus de chances de s'échapper sans qu'on lui donne la chasse. Même si c'était une manœuvre risquée.
Bien que la notion du temps n'existait presque plus, il y avait encore la possibilité de savoir si il faisait jour ou nuit à l'extérieur. Et cette façon était les bruits de discussions des nymphes végétales qui revenaient passer la nuit dans la plante qui leur avait donné naissance. Généralement, ces plantes se trouvaient près de la prison des trois déesses et ces voix indiquaient que la nuit était en train de tomber.
Le seul hic était qu'il fallait que Macaria sorte de cette chambre pour s'échapper. Et bien entendu, la porte était verrouillée. Demeter n'avait pas confiance et n'avait pas envie que sa précieuse fille aille retrouver son bien-aimé. De ce fait, la porte était maintenue fermée à clé et scellée par un sort emprunté à Hécate.
Double précaution pour empêcher une fugue.
Bien entendu, il y avait les dryades qui montaient la garde autour de la prison et également une forêt épaisse. Avec un tel moyen de protection, il semblait impossible pour quiconque d'approcher et encore moins de fuir.
Néanmoins, il fallait tenter le coup. Malgré sa puissance, Hadès et ses spectres risquaient de ne pas pouvoir les retrouver et le temps passé ici n'avait que trop duré. Il fallait passer à l'action.
Le plan de Perséphone était assez simple: simuler un malaise pour que quelqu'un ouvre la porte de la chambre. Ensuite, Melinoe devait l'assomer ou la rendre incapable de donner l'alerte et ainsi, Macaria pourrait fuir et ainsi sortir. Bien entendu, cela serait très compliqué et une énorme partie de ce plan se basait sur les capacités de la déesse en noir d'utiliser son cosmos et sur la puissance de celui-ci.
Il n'y aurait qu'une seule tentative possible. Si elle échouait, Demeter allait encore plus durcir son plan de sécurité et tout espoir serait perdu.
— Il y a juste une chose qui me pose problème, maman, finit par dire Melinoe.
— Quoi donc ?
— Je pense que si Macaria peut réussir à sortir dehors, je ne suis pas certaine qu'elle ait l'énergie nécessaire pour se mettre à l'abri. Comment va-t-elle faire si elle se retrouve devant les dryades ?
Effectivement, c'était un élément à prendre en compte. Cependant, Perséphone se contenta de sourire.
— Tu sais que ton père peut ouvrir des abîmes dans le sol qui mènent droit aux Enfers ?
— Des abîmes ? répéta la déesse en rouge sans vraiment comprendre. Attends… Macaria peut faire la même chose ?!
La déesse du printemps eut un petit rire.
— Il est vrai que tu n'étais pas présente le jour où elle s'est fâchée contre Thanatos. Elle était tellement en colère que le sol s'est ouvert sous ses pieds. Après, ce n'est pas si surprenant: les dieux affilés à la mort sont souvent des psychopompos. Ouvrir un passage vers les Enfers pour y faire entrer les âmes est monnaie courante. Même si ça se manifeste différemment selon le dieu. Ta soeur a hérité de la capacité à fissurer le sol d'Hadès.
— Mais elle ne le fait pas quand elle est calme. Il faudrait qu'elle s'énerve pour que ça arrive, répliqua la déesse albinos.
— Ou qu'elle ait très peur.
— Tu comptes utiliser la terreur de Macaria pour qu'elle puisse ouvrir un passage vers les Enfers ?! Maman, c'est horrible !
— Chut, moins fort !
Il eut quelques secondes de silence avant que Perséphone ne reprenne la parole.
— Je sais que c'est honteux, en tant que mère, de mettre Macaria dans une situation qui va certainement l'effrayer au point de lui faire perdre le contrôle de ses nerfs. Mais c'est le seul moyen pour lui permettre de se mettre en sécurité rapidement. Ni Demeter ni les dryades n'oseront entrer sur le territoire d'Hadès. Hécate est la seule qui possède ce privilège en dehors de nous. Ce serait trop risqué pour elles de s'y rendre de toute façon.
L'image d'un dieu des Enfers, fou de rage, poursuivant la déesse de la terre avec son épée et des spectres réduisant les dryades en bouillie prit place dans l'esprit de Melinoe qui eut un petit rire.
— Ne jamais mettre papa en colère.
— C'est à éviter, confirma sa mère avec un sourire.
Sourire qui s'efface bien rapidement au souvenir de son époux.
— J'espère qu'il va bien…
L'idée de savoir son mari triste lui déchirait le cœur. Mais ils allaient bientôt être réunis. Il fallait juste que Thyché* donne sa bénédiction à Macaria.
Sur cette idée, elle secoua, en douceur, sa plus jeune fille qui ouvrit les yeux.
— Maman ? fit-elle perplexe.
— Désolée de te réveiller. Mais c'est le moment d'agir.
La déesse de la mort hocha la tête. Sa mère lui avait expliqué ce qu'elle voulait faire depuis un bon moment et elle savait que sa réussite était primordiale. Néanmoins, elle était nerveuse et craignait d'échouer. Dans sa vie, elle avait toujours été entourée de sa famille et soutenue sans jamais être seule. Sauf que là, elle ne pouvait compter que sur sa propre force pour s'en sortir. Pour se donner du courage, elle songea à son père. Une fois aux Enfers, elle serait en sécurité et en territoire connu. Elle n'aura plus qu'à le mettre au courant de la situation et immédiatement, il ira lui-même récupérer Perséphone et Melinoe avec son armée dans son sillage. Demeter et ses dryades ne feront jamais le poids face à l'un des plus puissants Olympiens. D'ailleurs, qui pouvait réellement se battre à force égale contre Hadès ?
Cette pensée lui redonna un peu confiance alors que sa mère simulait un malaise. Elle se releva, un peu chancelante mais avec un cosmos à peu près opérationnel quand elle fit appel à lui. Les années à transférer en elle du cosmos pour bloquer les effets de la drogue avaient finalement porté leurs fruits.
Bien plus diminuée mais avec un peu de cosmos utilisable, grâce à leur mère qui lui en donnait un petit peu depuis un moment, Melinoe se redressa et avança vers la porte de la cellule en criant.
— Maman ne se sent pas bien ! Aidez-nous !
C'était plutôt cliché comme mise en scène mais le stratagème était toujours efficace car une dryade, jeune fille aux cheveux verts et portant une longue robe rose, ouvrit la porte et entra à l'intérieur. Avec la drogue et la nature plutôt docile des prisonnières, elle n'avait pas à se méfier.
Il n'en fallut pas plus à Melinoe pour invoquer quelques âmes et la bloquer avant de se jeter sur elle et la bâillonner avec l'aide de sa mère. C'était le signal pour que Macaria ne sorte en courant.
Combien de temps sa mère et sa sœur allaient pouvoir retenir la dryade ? La déesse en noir ne le savait pas mais ça devait être suffisant pour qu'elle puisse au moins sortir. Comme il faisait nuit, peu de dryades étaient encore éveillées et si elle était assez rapide, elle allait pouvoir être dehors et…
Elle fut coupée dans ses pensées en se retrouvant nez à nez avec une des nymphes. Celle-ci écarquilla les yeux de surprise. Elle ne pensait clairement pas se retrouver face à face avec une déesse de la mort. Sans réfléchir, Macaria arma son poing de cosmos et lui donna un coup violent qui l'assomma. Tout pour réussir. Elle ne devait pas penser, juste agir et se mettre hors de la portée de Demeter.
Poursuivant sa course folle, elle traversa plusieurs couloirs. Sous l'effet du stress, son cosmos l'entourait d'une aura violet clair presque lilas. Cela aurait pu attirer des ennemies mais sa célérité jouant, elle parvint à sortir de la prison. Une fois dehors, elle continua de courir en direction de la forêt. Encore un peu et elle serait à l'abri.
Mais alors qu'elle approchait de la lisière de la forêt, quelque chose attrapa sa cheville et lui fit faire un vol plané. Elle tourna la tête pour voir ce qui venait de stopper sa course et vit avec horreur qu'il s'agissait d'une ronce. Et il n'y avait qu'une seule personne pour lui faire subir une chose pareille.
— Tiens, donc. Je me demandais qu'est-ce qui provoquait un tel désordre chez les dryades.
Demeter. Certainement tirée en urgence du lit au vu de ses cheveux détachés et de la robe de chambre qu'elle portait. Cependant, elle avait pris soin de prendre une imposante faucille d'or presque aussi grande qu'une épée et luisant dans l'obscurité.
— Je savais que Koré était intelligente et allait élaborer un plan. Néanmoins, je ne m'attendais pas à ce qu'elle ait la bêtise d'envoyer sa fille dehors de cette manière.
Ce disant, elle fit pousser d'autres ronces qui s'enfoncèrent dans la peau de Macaria qui gémit de douleur alors que quelques gouttes d'ichor coulaient de ses nouvelles blessures.
— Tu ressembles tellement à ton père. Cette même aura de mort t'entoure. C'est presque irrespirable.
Les quelques dryades qui l'accompagnaient se mirent à glousser. Macaria serra les dents alors qu'elle se retrouvait soulevée et mise devant sa grand-mère. Celle-ci la gifla si violemment que sa lèvre inférieure se mit à saigner.
— Je savais que ta mère allait chercher à prévenir Hadès. Mais je suis au regret de t'annoncer qu'il ne pourra pas t'aider. Ni Hypnos et Thanatos d'ailleurs. Néanmoins, je n'ai aucune envie que tu ailles prévenir quelqu'un d'autre.
Ce disant, elle leva sa faucille.
— Je n'ai jamais aimé la relation de Koré avec cette brute d'Hadès. Et te voir me donne la nausée. Je t'ai épargnée pour ne pas faire de la peine à ta mère. Mais toute désobéissance mérite sanction, n'est-ce pas ?
Elle allait la tuer. Sans aucune once de pitié. Mais elle n'avait pas envie de mourir. Non. Elle devait trouver son père et retrouver Thanatos. Elle ne voulait pas partir. D'une mort violente en plus. Le comble pour une déesse censée offrir une mort douce. Et puis, elle refusait de rendre malheureuse sa famille.
Dans un élan de peur et de colère, Macaria donna un violent coup de poing à sa grand-mère. Cela lui coûta la peau de son bras mais le résultat fut que Demeter lâcha prise et les ronces disparurent.
— Alors toi ! cria la déesse des moissons.
C'était la fin si elle ne bougeait pas. Monopolisant son cosmos, l'aura violette de Macaria s'intensifia et, soudain, une faille béante s'ouvrit sous ses pieds la faisant disparaître dans les entrailles de la terre.
Voici le premier chapitre de cette fanfic. Pour l'instant, il n'y a pas beaucoup d'allusions à Saint Seiya mais cela va venir avec le chapitre 2.
On commence donc par l'évasion de Macaria et de l'apport de quelques informations sur les trois déesses et notamment celle de la mort. J'aime bien l'idée qu'Hadès soit idéalisé par sa femme et surtout par ses filles. Un peu un genre de super papa. Il le mérite bien après tout.
Mais parlons un peu de Demeter. Je l'ai toujours imaginée comme une mère poule très protectrice et stricte. Côté que j'ai renforcé en la faisant apparaître comme la belle-mère refusant l'union de sa fille et de son gendre et ne supportant pas tout ce qui s'en rapporte.
Déjà dans la vie courante c'est loin d'être agréable mais quand il s'agit d'une des plus puissantes déesses du panthéon grec, c'est encore pire.
Pour moi, Demeter veut garder sa fille quitte à se montrer odieuse à son égard. Un bon comportement de mère toxique en somme. Et qui va bien faire comprendre à Macaria qu'elle ne l'aime pas car trop proche de son père. C'est méchant et gratuit mais c'est malheureusement des choses qui arrivent dans notre société.
Il n'est pas vraiment question d'utiliser cette fanfic pour faire une satire de la société mais j'aime les relations familiales compliquées. Et chez les dieux, il y en a un sacré paquet.
Concernant son chara design, je me suis basé sur ses représentations. Elle est souvent montrée en robe blanche et avec des cheveux blonds. Je m'en suis donc inspirée. Pour son arme, j'ai simplement utilisé un de ses symboles qui est la faucille. Je l'ai juste agrandie pour qu'elle soit réellement menaçante.
Voilà ce que j'ai à dire pour ce chapitre. J'espère qu'il vous a plu et je vous dis à bientôt.
Petit lexique:
– Thyché: divinité de la chance. Associée à la déesse romaine Fortuna.
– Dryade: créature mythologique à l'apparence d'une femme qui est née à partir d'une plante.
Dans ma version des dryades, elles peuvent faire pousser le végétal auquel elles sont associées et ont pour arme des pieux ou des massues. Leur apparence est variée les faisant ressembler plus ou moins à des humaines. Leurs noms sont issus de divers végétaux.
