Suite à cette interruption, pour le moins inattendue, Rhadamanthe et Kanon se reculèrent, en hâte. Ils ne savaient pas ce que c'était mais ils pouvaient sentir un faible cosmos en émaner. Kanon resta abasourdi quelques secondes avant de comprendre ce dont il s'agissait. Il se tourna vers Rhadamanthe qui observait la fumée avec un mélange étrange de soulagement et de colère.

— Ta déesse a réussi son coup qu'à moitié, on dirait, dit-il un peu nerveusement.

— Hadès est encore en vie… murmura le chevalier des Gémeaux. Mais comment…

— Le seigneur des Enfers n'est pas l'un des plus puissants Olympiens pour rien. Il a assez de force pour résister à une blessure par arme divine.

Kanon hocha la tête. C'était très impressionnant. Il n'était pas certain qu'Athéna puisse faire de même. Néanmoins, le dieu des morts semblait vraiment mal en point et son cosmos faible.

— Il ne va pas tenir longtemps, prédit-il. Son cosmos est à peine perceptible.

Le juge voulut protester mais il réalisa que son adversaire avait raison. Dans cet état, Hadès n'était guère plus puissant qu'un piètre humain lambda. Il serra les poings. Non, son dieu ne pouvait pas disparaître comme ça. Il ne pouvait pas le permettre. Pas tant qu'il serait en vie. Il ne savait pas encore comment aider le frère de Zeus et de Poséidon mais il allait le faire. Parce qu'il était un spectre et entièrement dévoué à son dieu. Pas comme un certain type aux cheveux bleus à ses pieds.

— Seigneur Hadès, l'appela-t-il.

Aussitôt, la brume noire sembla pivoter vers lui. Même si elle n'avait aucun visage apparent, elle paraissait heureuse de constater qu'un de ses hommes était encore en vie. Elle s'approcha de lui et sembla le fixer en attente de quelque chose. Kanon observa cet échange silencieux avec curiosité. Qu'est-ce qui allait se passer, au juste ? Est-ce que Rhadamanthe allait l'attaquer ? Vu le peu de cosmos qu'ils avaient tous les deux, ce serait une confrontation à mort, une nouvelle fois. D'ailleurs, est-ce que le roi des Enfers l'avait vu ? Il avait un doute à ce sujet mais il était plausible qu'effectivement, il avait remarqué le chevalier d'or.

— Vous pouvez faire ce que vous voulez, finit par dire Rhadamanthe.

Comme si c'était le signal qu'il attendait, la fumée noire libéra Macaria avant d'entrer dans la bouche du spectre. C'était tellement inattendu que Kanon en resta interdit pendant la poignée de secondes qu'il fallut au dieu pour entrer entièrement dans le corps de la Wyvern. Il n'avait pas assisté à la possession de Shun et ignorait que le dieu du monde souterrain était capable de faire ça.

Il sentit une présence près de lui. Il pensait que c'était Macaria mais quand elle entra dans son champ de vision, il su que ça ne pouvait pas être elle. Baissant les yeux près de sa main, il vit deux boules de fumée. Une argentée et une dorée. Il sursauta en se demandant de quoi il s'agissait.

— Bordel, jura-t-il.

Ce qui fit tourner la tête à Macaria et son regard s'écarquilla en voyant les deux boules de fumée. Elle s'approcha d'elles et les prit dans ses mains.

— Hypnos, Thanatos, mais que vous est-il arrivé ?!

— C'est les dieux du sommeil et de la mort ? s'étonna Kanon intérieurement. Hadès devait sans doute les traîner avec lui. Que ?!

Il fut stupéfait de voir la fumée argentée s'enrouler autour du poignet de Macaria tel un bijou fait de brume. La dorée restait calmement dans sa main. Manifestement, l'un des deux était vraiment heureux de la voir.

Il fut sortit de ses pensées en entendant Rhadamanthe émettre un bruit à mi-chemin entre un grondement et un gargouillis. Il ne savait même pas qu'un humain pouvait produire un son pareil. Puis, les cheveux blonds du juge se mirent à noircir et son regard devenait bleu. Mais pas bleus et vides comme ça avait été le cas pour Shun. Non, c'était des yeux avec des pupilles et limpides. Kanon comprit alors que Hadès avait pris possession du corps du spectre.

Le dieu cligna des yeux et fit bouger ses doigts comme pour tester la réactivité de son nouveau corps. Et il semblait plutôt satisfait. Il se tourna alors vers sa fille qui l'observait avec les dieux jumeaux dans les mains.

Et sans crier gare, Hadès combla la distance entre eux et la serra dans ses bras avec force.

— Macaria, fit-il avec émotion, tu es revenue.

En guise de réponse, la déesse de la mort se colla à lui. Les deux fumées glissèrent à ses pieds où elles formèrent à nouveau deux boules. Ce qui permit à la jeune femme de serrer contre elle son père. Après un instant où ni l'un ni l'autre dirent quoique ce soit, Hadès finit par se reculer un peu. Il était heureux de retrouver sa plus jeune fille. Mais sa joie fut de courte durée en voyant l'ichor un peu partout sur elle. Et notamment de la plaie qui lui faisait tout le bras.

— Qui a osé te faire ça ?! tonna-t-il.

Même si il était diminué, un cosmos noir, parsemé d'étincelles rouges, l'entoura. Macaria tenta de l'apaiser.

—- Ce n'est rien, papa, dit-elle doucement. Enfin, si mais ce n'est pas grave.

— Pas grave ? répéta le dieu comme si ces mots lui étaient étranger. Cela fait trois mille ans que ta mère, ta sœur et toi avez disparu ! Et tu reviens seule et couverte de sang et de blessures ! Et tu me dis que ce n'est rien ?!

Il était difficile de savoir si Hadès était triste ou en colère. Sans doute un mélange des deux songea Kanon qui s'était un peu éloigné pour échapper à la puissance du cosmos noir et rouge. Et aussi par extension aux âmes des dieux jumeaux qui semblaient le fixer.

Il avait envie de partir mais quelque chose le retenait ici. Une curiosité qui le poussait à assister à l'échange entre Macaria et Rhadamanthe possédé par Hadès.

Quand elle entendit les mots de son géniteur, la princesse des Enfers se figea. Trois millénaires ?! Ça faisait aussi longtemps qu'elles avaient été emprisonnées ?! C'était bien plus que ce qu'elles avaient pensé !

— Attends, ça fait aussi longtemps que nous nous sommes pas vu ?

Devant son air choqué, Hadès se calma. Visiblement, sa fille n'avait aucunement conscience du temps écoulé depuis qu'elle avait quitté les Enfers. Il resta silencieux quelques minutes, cherchant à comprendre, avant de reprendre la parole.

— Macaria, mais qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi vous avez disparu toutes les trois ? J'ai fais quelque chose qui vous a déplu ?

Macaria voulut lui répondre mais Hadès ne lui laissa pas l'occasion.

— Quand je ne vous ai pas vues rentrer, je vous ai cherchées partout. J'ai envoyé les spectres dans toute la Grèce mais sans succès. J'étais tellement inquiet que j'ai commencé à faire jaillir mon cosmos et à l'étendre pour détecter le vôtre. Mais Athéna m'a arrêté car ma puissance menaçait les humains car des passages vers les Enfers s'ouvraient un peu partout et les âmes menaçaient d'en sortir.

Il se tut avant de reprendre.

— Pourquoi Perséphone ne veut pas revenir ? Si j'ai commis une faute, je ferai en sorte de me rattraper. Elle le sait, n'est-ce pas ?

Il avait l'air tellement perdu et malheureux que Kanon se sentit mal pour lui. C'était l'ennemi juré d'Athéna mais en cet instant, il lui faisait penser à un homme s'inquiétant pour sa famille. Il paraissait tellement plus humain que tous les textes le dépeignant que le chevalier d'Athéna ne savait plus quoi en penser. Hadès était la cible numéro une à abattre mais il n'avait aucune envie de le faire en ce moment.

— Je ne devrais pas ressentir ça mais ça me fait presque de la peine, murmura-t-il. Les dieux ressemblent bien plus aux hommes que je le croyais. Je pensais que seul Athéna pouvait agir ainsi mais j'ai l'impression que ce sont tous les dieux qui peuvent avoir ce genre de comportements.

Soudain une pensée lui traversa l'esprit. Avec l'information que sa femme et ses filles avaient disparu, cela lui donnait une nouvelle vision de la guerre entre Athéna et Hadès. Et si c'était parce que…

— Vous avez déclaré la guerre à Athéna parce que son intervention vous empêchait de retrouver votre famille ?

Sa question fusa tel une flèche et paralysa Hadès pendant quelques secondes. Lentement, il se tourna vers le jumeau de Saga. Il semblait s'apercevoir de sa présence. Manifestement, il avait été trop concentré sur sa fille et Rhadamanthe pour le remarquer vraiment.

— C'est ça, n'est-ce pas ? tenta à nouveau Kanon.

Il n'avait rien à perdre à poser la question. De toute manière, il était déjà mort une fois et même si Macaria lui avait rendu son corps, il n'avait plus aucun but maintenant qu'Athéna était en sécurité et plus menacée. Alors, tant bien même que le dieu des Enfers le tuait, ce ne serait pas si grave.

Cependant, l'aîné des Olympiens se contenta de le fixer, quelques secondes, avant de répondre.

— Oui. Et aussi parce que les humains ne méritent pas son attention. Ils ne nous vénèrent plus et nous craignent plus comme autrefois. C'est…

— La guerre à Athéna ?! s'écria Macaria visiblement choquée.

Elle se mit entre Kanon et son père et regarda le chevalier sans cacher sa surprise.

— Alors si c'est ma tante est venue aux Enfers, c'était pour éliminer mon père ?!

L'ancien marina se sentit mal à l'aise. La déesse semblait totalement perdue et ne comprenait pas ce qui était en train de se passer.

— Oui, confirma-t-il. Les spectres ont attaqué son Sanctuaire. Alors elle est descendue pour s'expliquer avec votre père. J'ignore ce qui s'est passé mais elle est parvenue à le vaincre encore une fois.

— Encore une fois ? répéta Macaria.

— Ils se font la guerre depuis trois mille ans. Tous les deux cent ans, ils se réincarnent pour se battre avec leur armée respective. Et c'est toujours ma déesse qui gagne.

Suite à l'entente de ces mots, Macaria se tourna vers son père.

— C'est vrai ?

— Elle sait où vous êtes. Athéna a toujours été proche de ta mère. Je veux lui faire avouer et aussi lui…

— Idiot !

Ce qui fit tressaillir les deux hommes. Kanon parce qu'il ne pensait pas que Macaria réagirait ainsi et Hadès parce qu'il ne s'attendait pas à se faire traiter d'imbécile. Ce qui le vexa un peu. Après tout, il était loin d'être bête.

— Tu a expliqué à Athéna que tu nous cherchais ? Connaissant ta discrétion, je doute que ce soit le cas. Tout ce qu'elle a vu c'est que tu menaçais les humains. La Terre est sous sa responsabilité, c'est normal qu'elle ait réagit ! Je suis sûre que si tu lui avais expliqué la situation, elle aurait cherché avec toi. Après tout, vous vous entendiez très bien, tous les deux.

Hadès et Athéna, bien s'entendre ? Au vu des circonstances actuelles, cela sonnait comme une blague aux oreilles de Kanon et il se doutait que Rhadamanthe devait penser pareil que lui. Mais après tout, pourquoi pas ? Même s'il avait du mal à se représenter les deux divinités réunies autour d'une tasse de thé et de petits gâteaux à discuter tranquillement.

— Il est vrai que je n'étale pas ma vie privée comme du beurre sur une tartine, contrairement à d'autres. Mais je suis persuadé qu'elle sait quelque chose.

— Il est rancunier, devina Kanon. Même si je pense qu'Athéna n'a rien à voir avec cette histoire. Et Demeter ? demanda-t-il. de mémoire, Perséphone est sa fille et elle ne vous apprécie pas.

Hadès soupira.

— Ma querelle avec Demeter date de très longtemps. Elle n'aime pas ce que je représente et mes frères et sœurs… et bien, ils ont tendance à me diaboliser par mon rôle. Cependant, Zeus s'était montré ferme à ce sujet après qu'elle ait mit le bazar aux Enfers pour parler à Perséphone.

— Papa, commença Macaria, c'est de ça que je voulais te parler !

Le dieu des Enfers regarda sa fille, toujours entre lui et Kanon, comme si elle craignait que le chevalier ne termine en pièces détachées si elle les laissait face à face.

— Quand nous sommes allées sur Terre, raconta Macaria, Demeter est venue nous voir. Elle a commencé à discuter avec maman de manière agressive et quand elle m'a vue, elle s'est énervée et à commencé à m'attraper avec des ronces. Maman s'est mise en colère et elle a commencé à se battre avec sa grand-mère. Sauf que les dryades sont intervenues et nous ont piquées avec une aiguille. Nous avons perdu connaissance et depuis, nous étions emprisonnées par Demeter. Elle… nous donne quelque chose pour que nous n'utilisons plus nos cosmos et j'ai réussi à m'échapper que parce que maman et Melinoe m'ont donné de leur cosmos. Ensuite, mes pouvoirs de psychopomp ont fait le reste.

Elle continua sur sa lancée.

— Maman ne comptait pas disparaître sans rien dire, papa. Et nous non plus. Ça nous a pris plusieurs siècles pour que mon cosmos puisse contrecarrer les effets de la drogue et que je puisse me sauver. Nous sommes coupées de tout et nous ne savions pas ce qui se passait dehors. Je ne pensais pas retrouver les Enfers dans cet état. Je croyais que rien n'avait changé depuis notre départ. Demeter veut éloigner maman de toi et définitivement. Avec sa prison et sans nos cosmos, nous ne pouvions plus entrer en contact avec le monde extérieur. Je ne sais même pas si un autre dieu sait ce qui s'est passé.

Son explication glaça Hadès. Bien sûr, il avait eu de sérieux doutes au sujet de sa sœur et belle-mère mais de là à croire qu'elle aurait décidé de faire une chose abominable que de séquestrer et de droguer sa fille et ses petites-filles, il ne l'aurait jamais imaginé. Une vague de colère le fit déployer son aura et les Enfers se mirent à trembler.

— La garce ! tonna-t-il. Oser s'en prendre à ma famille !

Le sol tremblait tellement que Macaria et Kanon avaient du mal à rester debout. Finalement, la déesse fut obligée de s'agripper à son père et le chevalier de s'asseoir pour ne pas tomber.

— Papa ! s'exclama-t-elle. Calme-toi ! Tu n'as pas la force de t'énerver ainsi !

Elle fit jaillir son cosmos pour le calmer.

— Maman et Melinoe sont bien traitées. Il n'y a que moi que Demeter déteste vraiment. Tu n'as pas la puissance nécessaire pour l'attaquer. S'il te plait, reste tranquille. Tu n'as plus ton corps, plus d'armée ni d'arme. Grand-mère a tout ça. En plus, ça pourrait être dangereux pour maman et Melinoe.

A l'annonce de la possibilité que son attaque se passe mal, Hadès stoppa son cosmos et le sol cessa de trembler. Même si ça lui coûtait de l'admettre, Macaria avait raison. Il n'avait plus rien à part son âme. Il tendit néanmoins le bras et quelques instants plus tard, réagissant à son cosmos, son épée apparut dans sa main.

— Je refuse de laisser ta mère et ta sœur entre les griffes de Demeter. Il faut les délivrer.

— Dans ce cas, laisse-moi faire, décida Macaria.

Son père la regarda, surpris. Macaria était pourvu d'un cosmos qui ne servait nullement au combat. C'était une psychopomp dans le sens le plus pur du terme: ses pouvoirs servaient uniquement à guider les âmes et à les sortir du corps des mourants. Elle n'avait aucune compétence guerrière. Elle ne possédait aucune arme pour se défendre ni surplis. Alors la voir mener une bataille pour récupérer sa mère et sa sœur semblait inconcevable. Si encore elle avait les spectres avec elle, il se sentirait plus tranquille. Mais elle était seule.

— Hors de question que tu te battes, tu n'as pas les capacités pour ça.

— Alors, tu proposes quoi ? Dans ton état, tu ne peux pas faire grand-chose et il te faudra beaucoup de temps pour récupérer ton corps d'origine et reconstruire les Enfers. D'ici là, grand-mère sera prête à combattre contre toi. Elle sait que je suis aux Enfers et sans doute que tu es vaincu. Si on lui laisse le temps, ce sera une guerre horrible. S'il te plaît, laisse-moi essayer quelque chose.

Une guerre entre Demeter et Hadès serait un chaos total. La déesse des moissons était un des Olympiens les plus anciens et l'un des plus puissants. Même si ses capacités n'égalait pas celles de son frère, la mère de Perséphone était suffisamment forte pour provoquer un désastre sur Terre et si Athéna s'en mêlait, ce serait un conflit ouvert de grande ampleur et malgré sa colère et sa rancoeur, le dieu des Enfers ne souhaitait pas déclencher pareille apocalypse. Surtout que d'autres dieux pourraient s'en mêler. Après tout, cela faisait longtemps que ses frères se méfiaient de lui et craignaient pour leur trône.

— D'accord, finit-il. Mais si jamais cela devient trop dangereux, reviens aux Enfers immédiatement. Demeter n'osera jamais te suivre. Même diminué, je suis capable de la blesser.

Il glissa le manche de son épée dans la main de sa fille. Celle-ci fut surprise et chancela un peu sous le poids de l'arme.

— Elle te sera plus utile qu'à moi.

En voyant la déesse peiner à soulever l'épée, Kanon laissa échapper un soupir. Elle ne manquait pas de courage mais elle n'allait jamais y parvenir toute seule. Si elle ne savait pas manier une arme et n'avait aucun soldat à sa disposition, elle allait terminer en hachis en deux secondes. Sauf si elle était accompagnée.

— J'aurais une question, dit-il en regardant le dieu des Enfers. Si vous récuperez votre femme et votre fille, vous n'auriez plus aucune raison de vous battre, je me trompe ?

— En effet. Si Perséphone et Melinoe rentrent aux Enfers, je n'aurais plus aucune raison valable de combattre. Mais je sens que ta question cache quelque chose.

Ce qu'il allait faire était risqué mais si ça marchait, alors des siècles de conflits pourraient être résolus. Cependant, il allait lui falloir de la chance et un sacré culot pour faire la demande. Il possédait déjà l'un des deux, ce n'était pas si mal. Et puis, à part mourir une deuxième fois, il ne risquait pas vraiment grand-chose

— Effectivement. J'ai une proposition à vous faire.

— Quelle audace. Tu devrais t'estimer heureux que je ne t'arrache pas ton âme et l'expédie dans le Tartare. Telle devrait ta punition pour t'être cru plus malin que les dieux.

— Sans doute. Mais ce que je vous propose pourrais vous arranger.

Hadès était sur le point de protester. Il n'allait certainement laisser ce sale rat lui dicter sa conduite ni le menacer en ce domaine. Il n'était pas Poséidon ou Athéna. Kanon ne pourrait pas le manipuler à sa guise.

Heureusement pour l'ex Dragon des Mers, Macaria semblait bien plus disposée à l'écouter. Elle posa une main sur le bras de Rhadamanthe pour apaiser le dieu des Enfers. Celui-ci n'osa utiliser son cosmos pour éviter de la blesser encore plus qu'elle ne l'était.

— Ecoutons-le d'abord. Il n'a pas cherché à m'attaquer quand il a su qui j'étais ni de s'en prendre à nous alors qu'il l'aurait pu pendant notre discussion.

Kanon se sentit un peu plus à l'aise à la suite à l'intervention de la déesse. Il proposa alors ce à quoi il avait songé.

— Votre fille ne tiendra pas longtemps seule. Le monde en surface à beaucoup changé depuis la dernière fois où elle l'a vu et je ne pense pas qu'elle puisse affronter Demeter.

— Pour l'instant, je suis plutôt d'accord.

— Merci de croire en moi, répliqua Macaria.

— Il n'a pas tort même si je n'aime pas l'admettre. Tu n'es pas faite pour une guerre.

— Néanmoins, continua Kanon, si elle est accompagnée, ses chances de réussir vont augmenter. Ma demande est simple: je vais aider votre fille à libérer Perséphone et Melinoe. En guise de remerciements, faites la paix avec Athéna.

Le dieu des morts fut surpris en entendant la première partie de la phrase. Il comptait aider Macaria ? Il n'aurait jamais qu'un chevalier de son ennemie décide de lui prêter assistance de son plein gré. La dernière partie lui plaisait moins.

— Du chantage ? Crois-tu que je sois comme mon imbécile de frère ? Je connais ton palmarès, Kanon des Gémeaux. Ou bien tu préfères que j'utilise Dragon de Mers pour te nommer ? Tu as réussi à tromper Poséidon, je te félicite. Mais je ne suis pas aussi stupide que lui. Tu es dans mon domaine, qui plus est. Espères-tu vraiment que je vais plier devant une technique de manipulation ?

Kanon serra les dents. Hadès était beaucoup plus intelligent que Poséidon et, surtout, plus méfiant. Il n'allait jamais accepter cette proposition. Il pouvait faire une croix sur sa tentative de régler ce conflit millénaire.

— Au moins, j'aurais essayé, pensa-t-il amèrement.

Il allait renoncer à convaincre le dieu quand Macaria s'avança vers lui. Elle avait lâché l'épée pour s'approcher. Elle était complètement vulnérable face à lui. Son cosmos ne l'entourait pas. Quand elle ne fut qu'à quelques centimètres du chevalier, elle se mit à parler.

— Pour que mon père décide de te jeter au Tartare, c'est que tu as défié les dieux. Et de ce je comprends, tu as trahi Athéna.

— En effet. Ce fut une erreur de ma part.

Kanon ferma les yeux en se rappelant comment il avait manqué de tuer la déesse de la guerre.

— Mais je veux me racheter. Même si mes péchés ont été expiés par mes pairs, si je peux faire quelque chose pour aider ma déesse, dans ma situation, ce serait de lui apporter cette paix qu'elle désire tant.

Il regarda Hadès.

— Seigneur Hadès, je ne vous demande pas de devenir le meilleur ami d'Athéna. Je souhaite juste que ces guerres cessent. Vous avez dit que vous n'auriez plus aucune raison de vous battre si votre famille était réunie aux Enfers, n'est-ce pas ? Si nous parvenions à le faire, cela ne servirait à rien de continuer un conflit avec Athéna. Tout ce que je vous demande c'est de stopper ces guerres.

Il risqua un regard à Macaria.

— Vous gagnez beaucoup plus que moi dans cette demande. Même si je suis conscient qu'au vu de mon passif, vous ne me faites pas confiance.

— Je ne te fais pas dire, répliqua Hadès. Provoquer une guerre sainte pour ses intérêts personnels mérite la punition suprême. Néanmoins…

Pour la première fois depuis le début de la conversation, il n'avait plus l'air aussi assuré. C'était une proposition généreuse de la part de Kanon d'aider Macaria et ainsi, il agissait pour les Enfers et donc pour lui par extension. Un petit rire lui échappa.

— Ce qui m'amuse c'est qu'en faisant ça, tu changes encore une nouvelle de camp, Kanon.

Celui-ci pâlit en se rendant compte que ça faisait de lui un peu le sbire du dieu des Enfers.

— Sauf que je ne vous aie pas prêté allégence et que ça ne fonctionnera ainsi que si vous me donner votre parole de faire la paix une fois votre femme et votre fille à l'abri. De ce fait, j'agis encore pour Athéna mais de manière détournée.

— Tu marque un point.

Le dieu des Enfers eut un temps de réflexion tout en analysant de son regard azur Kanon. Des yeux vraiment surprenant. Si on lui avait demandé d'imaginer la couleur des iris du dieu des morts, le jumeau de Saga aurait dit rouge ou jaune. Mais pas ce bleu si limpide. Les mêmes yeux qu'Athéna. Mais avec moins de douceur dedans.

— Marché conclu, finit-il par dire. Mais je te préviens, ose abandonner ma fille et tu finis illico au Tartare et crois-moi que je suis inventif en matière de punition horrible.

Le chevalier d'or hocha la tête. Néanmoins, il ne put s'empêcher de sourire. Il avait réussi à convaincre Hadès et ce n'était pas rien.

— Merci, seigneur Hadès, s'inclina-t-il. Mais maintenant que j'y pense, j'aurais une question.

— Qu'espère-tu avoir, encore ? soupira le dieu. Je veux bien tenir ma parole concernant la paix mais n'espère pas que je dise "oui" à toutes tes demandes.

— Est-ce qu'il y a une limite quand vous possédez un corps ?

— Pardon ? Je ne suis pas certain de comprendre.

— Ce qu'il vous manque, c'est un corps. Sinon, vous auriez pu aller vous-même délivrer votre femme et votre fille. Et le corps de Rhadamanthe vous limite aussi. Je me trompe ?

— J'ai besoin d'un corps pur et innoncent pour exploiter mes pouvoirs. Si j'avais celui d'Andromède, ce serait parfait. Certes, j'aurais toujours certaines limites mais je serais déjà plus puissant. Pourquoi cette question ?

Ce qui allait suivre était un peu délicat mais Kanon comptait sur sa bonne étoile pour parvenir à ses fins.

— Je ne peux pas vous donner le corps de ce chevalier. Mais je peux vous proposer une alternative.

— Une alternative ?

Pour le coup, Hadès était perplexe. Il ne comprenait pas où Kanon voulait en venir.

— J'imagine que les dieux jumeaux ont tout entendu et voudraient eux aussi vous aider. Mais sans corps, ça va être compliqué. Aussi, j'ai une option à vous proposer.

Il se désigna du pouce.

— Accompagnez-nous avec les dieux jumeaux. Prenez possession de mon corps et les jumeaux auront celui de Rhadamanthe. Vous serez limités mais pas incapables de vous battre.

Sa proposition stupéfia les deux divinités. Même les deux boules de fumée semblaient surprises.

— Me donner ton corps ? finit par dire Hadès. Vraiment ? N'est-ce pas là une entourloupe de ta part ?

Kanon secoua la tête.

— Je doute que Demeter nous laisse venir à elle aussi facilement. Surtout que Perséphone et Melinoe seront sans doute trop mal pour se déplacer seules. Le temps qu'on les évacue, Demeter nous tombera dessus. Si vous êtes avec nous, vous devriez pouvoir lui tenir tête.

C'était une remarque sensée. Hadès hésita malgré tout. Se retrouver dans ce corps ne lui plaisait pas spécialement. Mais si les dieux jumeaux voulaient venir, ce qui était probable, Kanon n'allait pas pouvoir supporter deux possessions et ils seraient trop à l'étroit à trois dans le corps de Rhadamanthe.

— Je vais déjà tenter quelque chose.

Le dieu s'agenouilla et s'expulsa du corps de Rhadamanthe pour entrer dans celui de Kanon. Aussitôt, les cheveux de celui-ci devinrent noirs et ses yeux bleus. Il tenta de faire jaillir son cosmos et y arriva sans trop de peine. Finalement, il était plus pur qu'il ne le pensait.

— Très bien, fit le dieu dans le corps de Kanon. Je ne peux pas y aller à fond mais c'est pas trop mal. Et quand ce corps aura pris des forces, je devrais pouvoir être utile.

Il regarda les dieux jumeaux et pointa Rhadamanthe qui reprenait ses esprits.

— Il est à vous. Mais pas de bêtises avec mon juge.

Aussitôt, les deux âmes entrèrent dans le corps de la Wyvern et aussitôt, les cheveux du juge prirent une teinte argentée puis dorée. Les dieux jumeaux venaient de s'ancrer eux aussi.


Et voici le chapitre 3 ! Merci pour les reviews, je suis contente que mon histoire vous plaise.

Pour parler un peu de ce qui passe dans le chapitre, je pense qu'Hadès peut posséder n'importe qui si il veut et il en est de même pour les dieux jumeaux. Seulement, ils ne peuvent pas utiliser leur pleine puissance.

J'admets que Kanon qui essaie de rattraper ses fautes en donnant la paix tant attendue est une idée qui me plaît bien. Surtout que pour négocier avec Hadès, ça demande une bonne dose de courage. Surtout quand on sait ce dont il est capable.

C'est tout pour cette fois et à la prochaine.