Il fallut quelques minutes à Rhadamanthe pour s'habituer à la présence des deux dieux. Ceux-ci s'imposaient tour à tour en faisant changer ses cheveux en argenté ou en doré. Finalement, ce fut l'argenté qui domina. Thanatos.

Celui-ci s'étira en grognant. Mais sa mauvaise humeur disparut rapidement en voyant Macaria. Il s'avança vers elle et comme pour Hadès, la serra dans ses bras. Il approcha son visage du sien mais fut repoussé vivement par la déesse.

— Thanatos, fit-elle, non. Ce n'est pas ton corps et ça mettrait Rhadamanthe mal à l'aise.

Mal à l'aise ? Kanon, qui avait retrouvé ses cheveux bleus, ne comprenait pas pourquoi la fille d'Hadès disait cela. Il entendit alors la voix du dieu des Enfers dans sa tête.

— J'imagine que tu ne sais pas quels liens j'entretiens avec les dieux du sommeil et de la mort.

— Comment ?! Attendez mais…

— Tu croyais que je ne pouvais communiquer que si je te possédais ? devina le frère de Zeus en soupirant. Je serais toujours là tant que je n'aurais pas retrouvé mon corps. En attendant, je peux communiquer par télépathie avec toi.

Par la pensée ? Pour le coup, le chevalier d'or était surpris. Il ne pensait pas qu'il pouvait avoir une discussion télépathique avec une divinité autre que Athéna. Néanmoins, ça ne le dérangeait pas tant que ça. De plus, il avait remarqué que même si il occupait son corps, Hadès ne le broyait pas avec sa puissance. Il lui laissait une place pour qu'il assiste aux échanges mais sans pouvoir intervenir.

— Bon, reprit la divinité, revenons à ce que je disais. C'est une partie mythologique très peu connue mais Thanatos et Hypnos sont mariés chacun à l'une de mes filles. C'est pour cette raison qu'ils sont aux Enfers avec moi. En tant que gendres, ils font partie de ma famille.

— Et j'imagine que Thanatos a épousé Macaria et Hypnos a eu Melinoe, devina Kanon.

— Exactement. Et comme ils ne se sont pas vus depuis des siècles, j'imagine qu'il va vouloir rester avec elle. Même si au vu du peu de cosmos qu'il lui reste, il va surtout se faire entrer en phase d'hibernation.

— D'hibernation ? répéta Kanon.

— Quand un dieu a trop forcé et n'a plus beaucoup de cosmos, il va ralentir ses fonctions vitales pour récupérer son énergie. Je vais sans doute faire de même. Je te demanderais de ne pas me solliciter sauf en cas de grave danger. Il en va de même pour les dieux jumeaux.

Sur ces mots, Kanon sentit la conscience du dieu des Enfers disparaître aux tréfonds de son être. En portant son regard sur Rhadamanthe, il constata que le juge avait de nouveau les cheveux blonds. Il semblait un peu étourdi mais pas en trop mauvais état. Il lâcha Macaria, qu'il tenait toujours dans ses bras, et se tourna vers Kanon.

— Je te préviens, Kanon des Gémeaux, même si tu as un accord avec le seigneur Hadès, je te garde à l'œil. N'espère pas que parce que tu souhaite aider les Enfers que ça va essuyer tes fautes passées.

L'ancien marina soupira tandis que Macaria levait les yeux au ciel. Décidément, même si elle était contente qu'ils soient avec elle, ils ne semblaient pas s'apprécier du tout.

— Serait-il possible de ne pas vous sauter à la gorge ? demanda-t-elle. Je n'ai plus assez de cosmos pour vous ramener à la vie et je ne tiens pas à perdre mon père, mon mari et mon beau-frère à cause de vos querelles.

Effectivement, si ils mouraient, les âmes des trois dieux seraient contraintes de quitter les corps et se retrouveraient faibles et vulnérables.

Finalement, Rhadamanthe fit volte face et partit un peu plus loin. Ces trois mille ans à combattre lui avaient fait voir pas mal de choses. Mais il n'avait jamais rencontré un adversaire comme Kanon des Gémeaux. En consultant le Livre des Âmes, il avait pu lire son histoire et se rendre compte de l'intelligence et de l'esprit de cet homme. Avoir réussi à manipuler un dieu n'était pas un mince exploit et il fallait admettre que le juge le saluait pour une telle réussite.

Néanmoins, la raison qui l'avait poussé à l'affronter était parce qu'il l'intriguait. Pourquoi avait-il décidé de combattre pour Athéna ? Qu'est-ce qu'il cherchait ? D'ailleurs, sa proposition d'aider Macaria l'avait beaucoup surpris. Il ne s'attendait pas à ce qu'il propose ça. Mais il n'était pas dupe: avec un historique comme le sien, sans doute que ce rat cherchait à s'en tirer en entrant dans les bonnes grâces de son seigneur. Après tout, il était dans les Enfers. Du moins, ce qu'il en restait.

— Je ne te laisserai pas utiliser Dame Macaria pour arriver à tes fins, murmura-t-il en dardant ses yeux jaunes sur Kanon.

Même si il sentait le regard du juge sur lui, Kanon préféra l'ignorer. Il avait encore quelques questions à poser.

— Quand vous dites que vous avez utilisé vos pouvoirs de psychopomp, ça signifie quoi, exactement ?

— J'ai ouvert un passage vers les Enfers dans le sol.

La création d'une abîme ? Un pouvoir pour le moins intéressant. Mais pour l'heure, c'était surtout un gain de temps monstrueux.

— Il suffit donc de passer par là pour nous rendre à l'endroit où Perséphone et Melinoe sont enfermées, dit-il.

— Si seulement c'était si simple, soupira Rhadamanthe.

— Pourquoi tu dis ça ?

— Les passages vers les Enfers sont instables et ont même tendance à bouger de leur propre chef quand ils ne sont pas refermés. L'emprunter pourrait nous faire arriver n'importe où. Et je doute fortement que Demeter ne l'ait pas déjà bouché. Sans compter que ça peut être très dangereux d'utiliser ce genre de passage par son instabilité.

— On va donc devoir chercher ce domaine et faire la route jusqu'à lui par les moyens à notre disposition ?

— A moins que tu ne sache faire autrement, alors oui.

Kanon grogna. Il pensait que ce serait facile de s'y rendre mais ça allait être bien plus compliqué que prévu.

— Dame Macaria, dit-il, j'aurais besoin de quelques éclaircissements de votre part. Tout d'abord, est-ce que vous avez une idée où votre mère et votre sœur pourraient être ?

La jeune femme réflechit à la question.

— Dans le domaine de Demeter, j'imagine. Je pense que c'est là que grand-mère nous a enfermé.

— Et il se trouve où, ce domaine ?

La déesse haussa les épaules. Elle ne savait pas.

— Peut-être dans une montagne. Il y avait une forêt autour de l'endroit d'où je me suis échappé.

Une montagne ? C'était bien vague comme description. Kanon passa une main dans ses cheveux. Ça n'allait pas être évident de chercher si ils ne savaient pas où commencer.

— Il n'y a pas un détail qui pourrait donner plus d'indications sur le lieu ? Parce que je vous avoue qu'une montagne, c'est très vague.

— J'étais souvent dans une chambre ou une pièce vide pour être battue. Je ne sais pas à quoi ressemble le lieu. Surtout que j'ai fui de nuit.

A la mention des mauvais traitements subits, les yeux de Kanon se posèrent sur le bras ensanglanté de la jeune femme.

— En parlant de ça, il faudrait soigner vos plaies. Et en profiter pour qu'on change de vêtements.

Il ne savait pas comment les dieux s'occupaient de leurs blessures ni même si elles pouvaient s'infecter mais se promener avec une déesse couverte de sang et avec les habits déchirés, ça allait attirer, inévitablement, l'attention. Sans compter que Rhadamanthe et lui étaient quasiment nus.

Macaria regarda son bras. Les ronces avaient écorché et arraché la peau. Elle détourna le regard de son membre abîmé et soupira. Elle devait faire peine à voir.

— Un peu de nectar ou d'ambroisie me guérira, assura-t-elle. Il suffit d'aller dehors et de trouver un temple. Il…

— Hum, Dame Macaria, l'interrompit Rhadamanthe, cela fait longtemps que le système que vous connaissez n'existe plus.

La jeune femme se tourna vers le spectre.

— Comment ça ?

— Et bien… hésita le spectre.

— Les humains ne croient plus aux dieux grecs, lui apprit Kanon. Pour eux, ce sont des mythes et par conséquent, les temples ne sont plus actifs depuis plusieurs siècles.

Le teint de la déesse pâlit à la suite de cette annonce. Elle avala bruyamment sa salive. Derrière elle, Rhadamanthe grimaça.

— Le tact est quelque chose qui t'es étranger ? apostropha-t-il son ancien adversaire.

— Elle l'aurait remarqué tôt ou tard, répliqua l'ex général de Poséidon.

— Certes. Mais il y a des façons de dire les choses.

— C'est sûr que tu dois savoir dire les choses plus en douceur que moi.

— Dites, fit Macaria, si l'humanité ne croit plus en nous, alors, elle croit en quoi ?

Un silence suivit sa question. En quoi croyaient les humains ? En beaucoup de choses à vrai dire et les deux hommes ne savaient pas comment l'expliquer à la fille d'Hadès.

— C'est… compliqué, lui dit Rhadamanthe. Mais ne vous inquiétez pas: on continue de parler de vous. Et quelque part, il n'est pas faux de dire que les dieux ont encore le droit à un peu de vénération de la part des mortels.

Son explication laissa Macaria quelque peu sceptique mais elle resta silencieuse. Décidément, ce nouveau monde était pour le moins étrange.

— Et j'imagine que ce monde ne s'étend pas qu'à la Grèce, dit-elle.

Kanon hocha la tête. Autant essayer de chercher une aiguille dans une botte de foin avec le peu d'informations dont ils disposaient. Il rajusta son morceau de tissu autour de sa taille. Il venait de s'embarquer dans une aventure hasardeuse et aux chances de réussite bien maigres. Il regrettait presque de ne pas être resté à l'état de cendres.

— Kos, lâcha subitement Rhadamanthe.

— Hein ? fit le chevalier d'or.

— Dans les temps anciens, Demeter avait un grand temple à Kos. La ville existe toujours et c'était le lieu de culte principal de la déesse des moissons. Essayons déjà par là.

— Formidable ! s'exclama Macaria. Allons y !

— Et bien, c'est parfait ! fit Kanon.

— Un instant ! les interrompit Rhadamanthe.

— Qu'est-ce qu'il y a encore ? s'agaça le Gémeaux.

— Plusieurs choses, répliqua le juge. Premièrement, au vu de nos apparences, on va attirer l'attention dès qu'on aura un pied dehors. Parce que bon, une jeune fille saignant doré et deux mecs presque à poil, c'est loin d'être discret. Sans compter que Demeter risque de nous tomber dessus dès que nous allons sortir. Deuxièmement, on se rend à Kos comment et avec quel argent ? Et troisièmement, avant toute chose, on devrait soigner Dame Macaria.

Effectivement vu ainsi, se rendre immédiatement à Kos n'était plus une si bonne idée que ça. Kanon soupira de dépit tandis que Rhadamanthe essayait de trouver une idée. Si les Enfers étaient encore debouts, il aurait eu des solutions pour tous ces problèmes mais à présent que tout était en ruines…

Le juge des Enfers se creusa la cervelle. Il ne restait rien des bâtiments et ce qu'ils contenaient étaient sous des tonnes de gravats. Inutile d'espérer récupérer quoique ce soit de ce côté-là. Déblayer et ramasser ce qui restait prendrait des jours. Et ils n'avaient pas le loisir d'attendre aussi longtemps.

— Merde, marmonna-t-il à voix basse.

Kanon regarda autour de lui. Il ne savait même pas où ils se trouvaient. Macaria ne semblait pas être plus à son aise que lui.

— Vous n'avez pas une sorte de plan de secours si jamais les Enfers venaient à tomber ? demanda-t-il.

Il reçu un regard noir de la Wyvern.

— Techniquement, ce n'était pas censé arriver ! Les Enfers sont encore plus anciens que les dieux. Ils ne devaient pas s'effondrer.

— Ah oui ? rétorqua Kanon en croisant les bras. Alors comment tu expliques ça ? ajouta-t-il en balayant de la main leur environnement.

Rhadamanthe resta muet un moment. Après une bonne minute, il finit par répondre.

— C'est qu'une théorie mais je crois que la puissance du seigneur Hadès s'est mélangée avec celle des Enfers au point qu'elles sont devenues indissociables. Si l'une disparaît, tout s'effondre.

Effectivement, ça se tenait. Macaria hocha doucement la tête.

— Mais notre problème reste entier, dit-elle. Si seulement on avait au moins des drachmes ou de l'or. Ça résout tous les problèmes.

Les deux hommes ne pouvaient qu'approuver. Même après trois mille ans, les humains avaient un goût prononcé pour l'argent.

— Il n'y a vraiment rien qui puisse nous aider, ici ? voulu savoir le Gémeaux.

Rhadamanthe et Macaria se regardèrent. Le premier était incertain de sa réponse et la seconde ne savait pas quoi répondre. Le plus âgé du trio soupira. Ça allait décidément être très difficile, cette mission de sauvetage.

— Voyons, réfléchit-il, il doit y avoir une solution. Essayons déjà ceci.

Ce disant, il fit briller, doucement, son cosmos l'entourant d'une aura dorée.

— Qu'est-ce qu'il fabrique ? se demanda Rhadamanthe en se mettant sur la défensive.

À des centaines de kilomètres de là, l'armure des Gémeaux, qui était revenue au sanctuaire d'Athéna, sentit l'appel de cet homme qui l'avait portée aux Enfers. Elle hésita un instant. Ce n'était pas vraiment son véritable porteur mais il avait en lui la puissance et la mentalité pour être un bon chevalier digne de sa constellation.

Finalement, elle décolla du sol pour rejoindre Kanon.

Alors qu'elle traversait le ciel tel une étoile filante, un adolescent aux cheveux verts tourna la tête dans sa direction.

— Shun ? fit un jeune homme à la longue chevelure noire.

— Dans le ciel, fit le chevalier d'Andromède, c'était l'armure des Gémeaux !

— Que dis-tu ?! s'exclama son ami. Mais c'est impossible !

— Pourtant… fit l'ancien hôtel d'Hadès.

Le deuxième chevalier de bronze regarda dans la direction que son demi-frère observait et put apercevoir une forme étrange et dorée filer droit en direction de l'Europe.

— Ça par exemple… murmura-t-il.

— Shiryu, commença Shun, tu penses que…

— Que Kanon ou Saga soit encore en vie ? comprit le Dragon. Je ne pense pas que Saga ait survécu mais peut-être que Kanon a réussi à s'en sortir.

— Il faut le retrouver ! Il doit être gravement blessé et…

— Non. Nous avons beaucoup à faire ici. Et ce n'est pas dit que ce soit lui qui ait appelé l'armure. Nous ferions mieux d'avertir Saori.

Andromède hocha la tête et ils se hâtèrent de monter le reste des escaliers jusqu'au treizième temple.

Pendant ce temps, Rhadamanthe observait Kanon et son manège. Il n'avait aucune confiance et il comptait bien savoir ce qu'il tramait.

Il eut rapidement sa réponse en voyant apparaître l'armure des Gémeaux. Il serra les dents.

— Alors c'était donc ça, grinça-t-il, tu compte revêtir ton armure et nous tuer.

— Détrompe-toi, répliqua l'ancien Dragon des Mers alors que la protection dorée le recouvrait. C'est juste pour m'habiller.

Et accessoirement s'assurer que son cosmos était suffisant pour se battre si il le fallait. Mais ça, il préféra le garder sous silence.

— Alors la si tu penses être discret, raillia Rhadamanthe en croisant les bras.

Effectivement, un type de la carrure de Kanon portant plusieurs kilos d'orichalque et d'or sur le corps, c'était très loin d'être un camouflage idéal. Mais Kanon se contenta d'hausser les épaules.

— Au moins, je peux descendre à la ville la plus proche pour trouver le nécessaire pour vous habiller et de quoi voyager. Certes, je vais attirer l'attention mais n'étant pas un spectre, je cours bien moins le risque de me faire attaquer.

Évidemment, il n'avait pas tort. Malgré cette armure claquante, il était relativement en sécurité. Le juge soupira avant de se laisser tomber sur une pierre. Il détestait devoir laisser Kanon gérer la situation mais il était le plus neutre et le moins susceptible d'attirer l'ennemi. Contrairement à lui. Son visage était largement connu des autres divinités car il était souvent en visite diplomatique aux côtés d'Hadès. Si il mettait le pied dehors, il allait sans doute se faire directement attaquer.

— Et tu comptes payer comment ?

— Ne t'en fais pas. Je sais me débrouiller.

— Ça ne répond pas à ma question.

— Rhadamanthe, intervint Macaria, ça suffit.

La Wyvern grogna. Il ne comptait pas désobéir à l'ordre de la déesse mais il souhaitait mettre les choses avec Kanon.

— Écoute-moi bien, Kanon des Gémeaux, je ne te fais pas confiance. Tu es un ennemi et même si tu as choisi d'aider Dame Macaria, vu ton historique, je me méfie de tes raisons.

Il se tut quelques secondes avant de planter son regard doré dans celui d'émeraude du chevalier.

— Cependant, tu as raison sur un point: tu es le moins à même de nous trahir en sortant. Mais, je te pose malgré tout des conditions. Premièrement, tu vas juste en ville et pas ailleurs. Et deuxièmement, tu as deux heures. Pas une minute de plus pour revenir. Suis-je clair ?

Le ton était sans appel: menaçant et sans ouverture à la discussion. Un ton impartial qui correspondait bien à l'image que le juge renvoyait. Et même si il n'avait plus de surplis, Kanon devinait aisément que si l'envie lui en prenait, il pourrait le blesser gravement. Aussi, il hocha la tête.

— Très bien. J'accepte, puisque je n'ai pas le choix, manifestement.

— Tu sais comment sortir ? lui demanda Macaria. Sinon, je peux peut-être créer un passage.

— Par où je suis entré.

Et ce disant, il s'éloigna. Rhadamanthe leva les yeux au ciel.

— Si il cherche à sortir par le trou qu'il y avait au château, il sera devant un cul-de-sac. De plus, je ne suis pas certain qu'il puisse le remonter. Sauf si les escaliers sont encore là.

Mais il n'avait pas d'autres choix que de rester en compagnie de Macaria le temps que ce fichu Dragon des Mers revienne.

Retourner à la surface fut plus compliqué que prévu. N'ayant pas réellement de quoi se repérer en dehors des fleuves, Kanon avait eu beaucoup de mal à retrouver son chemin. En arrivant, il fut soulagé de constater qu'il était presque intact. Il en sortit au prix d'une petite Galaxian Explosion pour détruire les débris qui avaient bouché l'entrée.

Une fois dehors, il utilisa la vitesse de la lumière pour se rendre à la ville voisine.

Ce n'était pas une très grande ville. Kanon s'en rendit rapidement compte. Il était à l'orée de celle-ci et elle ne semblait pas avoir beaucoup de choses à offrir.

— Bon, fit-il, j'espère que ma technique va fonctionner.

Ce disant, il ôta les protections de son armure ne gardant que le pantalon.

Sa technique était simple: un touriste grec qui s'était perdu et avait subi une agression où on lui avait tout volé. C'était un peu risqué car si les habitants appelaient la police, son plan tombait à l'eau. Mais il avait bon espoir.

Le jeune homme avait rapidement appris que son physique avantageux et son don pour la tchatche étaient ses meilleures armes pour parvenir à ses fins. Après tout, c'était ainsi qu'il avait mit Thétis dans sa poche quand la sirène s'était manifestée. Mais il avait réussi à endoctriner les autres généraux grâce à ses paroles.

Il s'approcha en chancelant. Un homme se précipita vers lui au bout de quelques secondes.

— Monsieur, vous allez bien ? lui demanda-t-il en allemand.

Une langue que Kanon ne connaissait pas. Mais, pour son plan, ce n'était pas bien grave.

— J'ai besoin d'aide, dit-il en grec.

Évidemment, l'homme ne le comprit pas. Mais il semblait avoir deviné car il le soutenu pour le conduire chez lui. Il l'installa alors sur une chaise et alla dans la cuisine. Une femme en sortit. Sans doute son épouse.

Il avait presque réussi son coup, manifestement. Kanon s'autorisa un petit sourire. C'était vraiment facile. Il avait l'habitude de manipuler les gens et il était passé maître en l'art de tromper son monde.

Par la suite, il expliqua au couple, dans un anglais, volontairement approximatif et forçant sur son accent grec, qu'il était en randonnée dans le coin et qu'il s'était perdu. Il avait demandé à un groupe son chemin et il se serait fait agressé et volé. Une histoire avec peu de détails pour ne pas éveiller les soupçons.

Il se débrouilla pour donner une piteuse image de lui-même. Il craignait un peu que le couple appelle la police mais il se contenta de lui donner une carte et un sac contenant plusieurs vêtements, de l'argent et de la nourriture. Parfait.

Une heure plus tard, Kanon repartit en direction des Enfers. Il avait réussi.

— Je ne pensais pas que ce serait si facile, sourit-il en remettant, d'une poussée de cosmos, son armure.

En vérité, il ne devait certainement pas avoir de poste de police ou de secours dans les environs et que le couple avait dû lui offrir ce qu'il pouvait vu qu'il ne pouvait pas appeler les autorités compétentes.

Aux Enfers, du bout du pied. Rhadamanthe dessinait des ronds sur le sol. Il avait profité pour parler avec Macaria sans ce maudit Gémeaux dans les parages. Mais il n'y avait pas vraiment plus de nouveauté que ce qu'elle avait déjà dit. Pas d'informations sur où elle avait pu être enfermée.

En réfléchissant, le juge était quand même parvenu à une conclusion: même si elle ne faisait pas partie du panthéon des déesses vierges, Demeter ne tolérait que très peu les hommes. Surtout depuis la naissance de Perséphone, ou Koré de son nom d'origine. Ses "serviteurs" étaient des dryades et quelques prêtresses. Ce n'était qu'un détail mais les dryades avaient tendance à disparaître à cause de l'avancement urbain ce qui réduisait l'armée de la déesse des moissons.

Et transporter trois femmes de taille moyenne ne devait clairement pas être une chose aisée et ce malgré l'aide des dryades. De ce fait, la prison devait se trouver dans les environs du lieu de l'altercation entre Demeter et Perséphone.

Mais où était ce lieu, exactement ? En trois mille ans, le paysage grecque avait énormément changé. Ce qui rendait presque impossible de trouver cet endroit avec juste ce que savait la déesse de la mort.

— Une plaine… une plaine… marmonna-t-il. Où est-ce que ça pouvait être ?

C'était trop vague pour que la Wyvern puisse le deviner. Et il se doutait que la fille d'Hadès n'avait pas d'autres indices à lui fournir.

— On va déjà tenter Kos. Même si je ne pense pas que ce soit dans le coin. Encore que… mais si ce n'est pas là-bas, il va falloir procéder à l'aveugle.

Alors qu'il réfléchissait, il sentit un cosmos qu'il commençait à bien connaître.

— Je vois que tu as tenu parole, dit le juge.

— J'ai dit que je vous aiderai, répliqua Kanon en posant le sac.

Il l'ouvrit laissant apparaître trois pantalons, trois hauts et un peu de nourriture et même des pansements et du désinfectant.

— Ce n'est pas du nectar mais ça devrait déjà permettre de nettoyer vos blessures.

Il voulut s'approcher mais Rhadamanthe l'arrêta.

— Ne l'approche pas.

Il lui prit le désinfectant des mains et alla soigner Macaria.

— Ne sois pas si méchant avec lui, lui dit la jeune fille. Il est sincère autant dans ses paroles que ses actes.

Le juge grogna en guise de réponse en pulvérisant le produit.

— Pardonnez-moi mais je me dois de vous contredire sur ce point. Kanon est un manipulateur qui est parvenu à déclencher une guerre sainte, comme votre père l'a souligné, entre Poséidon et Athéna. Il a menti à un dieu, mais aussi aux autres marinas, tenter de tuer Athéna et aurait possiblement pû menacer les Enfers. Et tout ça pour sa satisfaction personnelle.

Il marqua une pause pour prendre des pansements.

— J'ignore ses motivations mais ne vous faites pas avoir. C'est un ennemi et même si ses intentions semblent louables, je suis sûr qu'il a quelque chose derrière la tête. Je préfère qu'il ne vous approche pas.

Macaria resta silencieuse. Effectivement, le passif du chevalier d'or n'était guère glorieux. Pourtant, elle avait quand même envie de lui faire confiance. Après tout, il aurait pû se débarrasser d'elle et de Rhadamanthe quand il s'était réveillé. Mais il avait écouté son histoire et préféré tenter une réconciliation entre son père et Athéna. Un bien étrange comportement pour une personne semblant retourner sa veste quand bon lui semblait.

— Tu es bien dur avec lui, dit-elle après quelques secondes de silence.

— Je suis juste prudent. Avec cet homme, je ne peux pas être certain qu'il ne va pas nous trahir ou tenter quelque chose contre nous si il sent que le vent tourne dans la mauvaise direction.

— Je comprends. Mais essaie d'être un peu plus gentil avec lui.

Gentil ? Rhadamanthe leva son sourcil.

— Gentil ? répéta-t-il. Gentil avec un ennemi ?

— Un peu moins agressif, si tu préfères, soupira Macaria. Il est inutile de toujours être méchant avec lui.

La Wyvern n'était pas convaincue. Mais il ne fit aucun commentaire et termina de panser la blessure. Une bande aurait été plus efficace pour bien protéger les plaies mais faute de mieux, il avait mis des pansements sur les plus profondes.

En se tournant, il constata que Kanon s'était changé. Il portait un jean avec un t-shirt blanc et une paire de chaussures marrons. Son armure dorée reposait près de lui.

— Je pense que ça devrait t'aller, dit-il en s'éloignant un peu.

Il avait bien compris que Rhadamanthe n'était pas du tout pour le fait qu'il les accompagne et qu'il était méfiant. Il ne pouvait pas lui en vouloir. Après tout, le juge avait lu son passé et savait ce qu'il avait fait. Il n'était pas fier de ces treize ans en tant que marina. Il avait commis beaucoup de fautes graves et ses excuses ne valaient pas grand-chose face à la tragédie qui était arrivée et qui aurait pu être encore plus grande encore.

Que son adversaire se méfiait de lui était normal. Mais il espérait qu'avec le temps et ses actes allant en faveur d'Hadès, que le spectre finisse par s'adoucir un peu. Il lui aurait bien demandé de le tester comme Milo l'avait fait avec son Scarlet Needle. Mais il avait un peu peur du "test" que la Wyvern pourrait lui faire passer et puis endurer une épreuve pour expier ses péchés ne semblait pas être quelque chose qui concordait avec la mentalité de Rhadamanthe. Au mieux, ça pourrait le rendre un peu moins méfiant vis-à-vis de lui. Peu de bénéfices et puis, si il se retrouvait blessé, le périple vers Kos serait bien pénible.

Alors qu'il regardait ailleurs, il sentit une présence près de lui. En tournant la tête pour voir Rhadamanthe.

— Dame Macaria va se changer. Donc regarde devant toi.

Ce qui devait plus ou moins signifier "si tu te retournes, je te massacre". Kanon hocha la tête. Il eut envie de parler un peu mais il ne savait pas quoi dire. Il aurait bien voulu dire à la Wyvern qu'il ne représentait pas une menace et que il voulait sincèrement aider Macaria et permettre la paix. Mais il savait que ce que le juge attendait, c'était des actes et non pas des paroles. Agir valait certainement plus qu'un millier de paroles aux yeux de cet homme. Il était d'ailleurs curieux d'en apprendre plus sur ce spectre.

Après plusieurs minutes, Macaria tira sur leurs manches. Les deux hommes se tournèrent pour la voir vêtue d'un t-shirt bleu trop grand et d'un pantalon en toile grise. Elle avait mis ses sandales à ses pieds. Mais vu qu'elle tenait le pantalon, il devait sans doute être trop grand pour elle.

— Attendez, fit Kanon en s'approchant d'elle.

Et sans attendre, il déchira une large bande du t-shirt de la jeune femme et la lui tendit.

— Ça devrait faire l'affaire.

Il se recula pour la laisser enfiler la ceinture de fortune. Et se fit saisir par le col par Rhadamanthe.

— Je sais, je sais, je ne dois pas approcher ta déesse, soupira-t-il.

La Wyvern allait répliquer quand Macaria intervint.

— Lâche-le, Rhadamanthe. C'est bon, il n'a rien fait de mal.

A contrecœur, le juge lâcha le chevalier.

— Bien, fit la fille d'Hadès, si tout est bon pour vous, nous pouvons nous mettre en route.


Salut ! Je vous retrouve pour ce nouveau chapitre. Je remercie chaleureusement les lecteurs qui ont laissé un commentaire. Même si je n'y répond pas, je les lis et je suis contente de savoir que ma fanfic plaise.

A présent je vais surtout me concentrer sur le trio Macaria, Kanon et Rhadamanthe qui sont les trois personnages centraux de cette histoire. En parallèle, je ferais quelques passages centrés sur Perséphone et Mélinoé ou sur le reste de la chevalerie d'Athéna, qu'on retrouvera un peu aussi. Hadès, Hypnos et Thanatos auront aussi un grand rôle à jouer.

Voilà ce que je peux dire sur ce chapitre.

Je vous dis à bientôt pour un nouveau chapitre.