Chapitre 22 : Tu
Deidara prit une grande inspiration sereine, la vie au quartier général n'avait jamais été plus agréable que depuis que l'immortel ne s'approchait plus de son partenaire. Il avait souffert le martyre des effets du poison pendant cinq jours, sous l'indifférence la plus totale de Kakuzu. Puis, ce dernier s'était lassé de voir son équipier le suivre en rampant et en gémissant, aussi avait-il été demander l'antidote à Sasori. Mais après la conversation avec lui, Kakuzu avait simplement placé le produit en hauteur sur un meuble dans une pièce, et Hidan avait mis quelques jours de plus à l'atteindre car il n'était plus capable de se lever et de tenir debout. Mais au moins, Kakuzu avait été débarrassé de sa présence. L'argenté avait du pousser avec le peu de force qu'il lui restait pour faire tomber le meuble sur lui, lui causant une grande douleur en plus, et la fiole s'était explosée sur le sol, et il avait du lécher le sol, s'éraflant la langue sur les fragments de verre, pour récupérer le produit précieux. Personne n'avait éprouvé la moindre compassion pour lui, et ce dernier s'était fait discret depuis. Le blond sentait aussi que son duo était de plus en plus complice, naturel, efficace. Il s'entendait mieux avec son aîné, et ils avaient pris l'habitude de parler assez souvent. Pour la première fois, Sasori avait autorisé quelqu'un à rester avec lui dans son atelier pendant qu'il travaillait. Le marionnettiste avançait dans ses projets, Deidara lui posait des questions, et le plus âgé lui montrait comme il procédait. Ils discutaient aussi de l'art de Deidara, Sasori lui suggérant des méthodes d'entraînement personnalisés pour l'aider à progresser, et l'accompagnait durant ses exercices pour le conseiller. Ce qui ne les empêchait pas de parfois se disputer foncièrement sur leurs visions de l'art, différentes, mais de façon bon enfant, plus à travers des taquineries que des insultes. Petit à petit, le blond s'était rendu compte de plusieurs choses. Tout d'abord, le respect qu'il avait eu pour son partenaire s'était transformé en affection sincère, et en grande estime. Ensuite, plus il passait de temps près de lui dans sa forme humaine, plus il le trouvait beau, même psychologiquement, ses défauts s'effaçaient. Enfin, il n'y avait plus seulement une attirance physique, il acceptait désormais ce qu'Hidan avait supposé, il était tombé amoureux de Sasori. Mais il n'osait pas encore lui en parler, de peur de détruire cette si belle relation qu'ils avaient maintenant. Il entra dans la chambre de son partenaire, et au même moment, celui ci sortait de sa salle de bain, une serviette autour de la taille. Deidara rougit.
- Pardon… J'aurais du frapper…
Sasori saisit des vêtements posés sur le lit et il retourna dans la salle de bain.
- Tu peux attendre là, j'arrive.
Il ferma la porte derrière lui, avant d'ajouter.
- Mais oui, apprends à frapper à la porte, c'est quoi cette politesse ?
- Désolé, Danna.
La marionnette humaine revint ensuite dans la pièce, et regarda son cadet.
- Tu venais comme ça, ou pour quelque chose en particulier ?
- Juste comme ça, pour vous voir.
- D'accord.
Sasori s'installa sur la banquette près du mur et il prit un livre. C'était devenu une habitude que Deidara vienne près de lui, même s'il faisait autre chose, même s'il ne parlait pas. Étonnamment, la présence du blond ne le dérangeait pas, au contraire, ça l'apaisait, alors il le laissait venir, de plus en plus souvent. Deidara avait vraiment évolué, il n'était plus aussi impulsif, plus aussi immature dans ses réactions, il s'était calmé, et toute son intelligence, toute sa droiture, toutes ses qualités avaient pu prendre davantage de lumière. Il avait conscience que son secret n'y était pas pour rien. Face à des thématiques si horribles, tout le monde changeait, et s'endurcissait. Pour autant, le blond se s'était pas enfermé sur le sujet, il n'avait pas essayé de prendre des pincettes avec lui, ou d'en reparler après cette conversation en quittant le repaire d'Orochimaru, il était inutile de revenir là dessus. Deidara voulait juste l'aider à aller de l'avant. Il s'assit en tailleur près de Sasori et laissa le silence les envelopper dans une ambiance paisible.
- Danna, vous avez déjà été amoureux ?
Sasori leva les yeux de son livre pour lever la tête vers le blond.
- C'est quoi cette question ?
Deidara confronta son regard, caché par des mèches couleur sang.
- Pardonnez ma curiosité, c'est que, à part Pain et Konan qui sont proches, j'ai pas forcément beaucoup d'occasions de parler de sujets qui tournent autour des émotions et des sentiments, et je n'ai plus vraiment une vie normale faite d'expériences sociales.
- Tu t'attends quand même pas à ce que je prenne le rôle de ton père en te parlant d'amour rassure moi ?
- NON !
Sasori haussa un sourcil, il ne s'attendait pas que ce que son jeune équipier réagisse si vivement.
- Pardon, se reprit Deidara, le visage tout rouge, je ne voulais pas m'emporter. C'est que à aucun moment, je ne vous attribue un rôle paternel, vraiment Danna. C'est juste que… vous êtes le seul à qui je peux parler personnellement, je ne communique pas beaucoup avec les autres….
- Je ne pensais pas que le fait de parler de paternité te mettrait dans cet état. C'est un sujet sensible ?
- Non, du tout, c'est juste que c'est vraiment pas comme ça que je vous vois, je ne voudrais pas qu'il y ait méprise, vous êtes mon aîné, mais pas à ce point. Je me plais à croire qu'on arrive à peu près à une certaine égalité, même si vous avez plus de puissance et d'expérience. Un peu… comme des amis ?
Il y eut un silence.
- Tu me considères comme un ami Deidara ?
- Oui, est ce que ça vous déplaît ?
- Disons que ça m'intrigue, je n'ai pas l'habitude de l'amitié.
- Vous n'en avez jamais eu ?
Sasori réfléchit. Avait-il considéré Komushi comme un ami à l'époque de Suna. Pas vraiment, c'était le garçon qui lui courrait sans cesse après.
- Non.
- C'est triste.
Sasori haussa les épaules, il s'en foutait bien.
- Et toi alors ? Tu en avais à Iwa.
- Oui ! Et du coup, je suppose que c'est pareil pour ma question de tout à l'heure, vous n'avez jamais été amoureux non plus ?
- Non. Deidara ?
- Oui Danna ?
- Tutoie moi.
Le blond fut étonné.
- Pourquoi soudainement ?
- Parce que tu as raison, c'est plus comme avant, je ne te vois plus comme un gamin, mais comme un collègue artiste, et surtout comme mon égal, j'aimerais que tu aies ce même ressenti.
- Je pense pouvoir l'avoir, et réussir à te tutoyer, mais je veux continuer à t'appeler Danna, parce que j'ai quand même une grande estime pour toi, et même si tu nous vois en égaux, je sais que tu me surpasses encore sur de nombreux points, particulièrement sur l'expérience.
- Si tu y tiens.
