Disclaimer : Je ne possède pas MFB.
Jour 4 : Reincarnation – Cloth swap
Vie après vie
Ginga caressait pensivement les cheveux de Kyouya. Il était assis sur le canapé, regardant à peine des informations qui défilaient à la télévision. La moitié de son attention se concentrait sur son compagnon, adossé contre lui. Ginga continuait de s'émerveiller de leur relation. Kyouya était à lui. Il avait choisi de se tenir à ses côtés et de le garder aux siens. Ginga avait l'impression que pas un jour ne se passait sans qu'il ne s'émerveille de ce miracle. Il adorait les moments qu'ils partageaient au quotidien, comme Kyouya qui somnolait contre lui, à présent. Son dos arrondi se lovait le plus possible contre Ginga. Ses jambes pliées lui permettaient de tenir dans le canapé. Ginga avait une conscience aiguë de sa présence, tout en laissant son esprit vagabonder. Il pensa à son quotidien aux côtés de son compagnon, à leurs intenses duels Beyblade, à leurs – pardon, à ses – amis... Tout naturellement, ses pensées se portèrent sur le monde actuel du Beyblade et les dangers qu'il courait. Leur aventure la plus récente se rappela à ses pensées. Son humeur s'assombrit. Kyouya l'avait accompagné – il faisait toujours son possible pour. Ils s'en étaient sortis, mais ça avait été juste. Ginga avait bien cru le perdre, et Kyouya l'avait cru aussi.
Son cœur se comprima. Il ne voulait plus jamais vivre une telle épreuve.
Si je perds Kyouya...
La main de Kyouya se posa sur son genoux. Il le frotta affectueusement du pouce.
- Tout va bien.
Sa voix n'était pas entièrement réveillée. Ginga posa un baiser sur ses cheveux pour se faire pardonner. Kyouya se contorsionna jusqu'à se trouver sur le flanc, sa joue appuyée sur l'épaule de Ginga. Le rouquin ferma un bras autour de sa taille et le serra contre lui. Il nicha son visage dans les cheveux verts et inspira. Kyouya était là, tout chaud et tout vivant contre lui. Ginga devait oublier ce qui aurait pu se passer. Ce n'était pas arrivé. Ça n'avait aucune importance.
Alors pourquoi n'arrivait-il pas à l'oublier ?
- Ginga.
- Je sais.
Kyouya renifla.
- Tu n'es pas crédible.
Ginga étouffa un son. Il ne savait pas s'il risquait de rire ou d'éclater en sanglots.
- Je suis là.
- Oui.
- Tu ne te débarrasseras pas de moi si facilement, ajouta Kyouya d'un ton joueur.
Ginga avait beau savoir que c'était une plaisanterie, elle le glaça jusqu'aux tréfonds de son être. Il raffermit sa prise sur Kyouya.
- Je ne veux pas me débarrasser de toi. Jamais.
- Et c'est une des raisons qui empêchent tes amis de te comprendre.
Ginga se raidit. Kyouya avait failli mourir. Comment pouvait-il en parler comme si ça n'avait aucune importance ?
Il ouvrit la bouche. Ses reproches moururent sur ses lèvres, qu'il referma. Il observa Kyouya, blotti contre lui avec une confiance absolue. Il était dans son rôle. Quelle que soit la gravité de la situation, Kyouya la regardait à peine et, quand elle était passé, en parlait comme s'il s'agissait d'un simple détail. Ça faisait partie de son charme... même si Ginga n'avait pas immédiatement compris cet aspect de son caractère. Cela n'avait fait sens qu'après leur victoire contre Nemesis, quand Kyouya avait poussé les bladers légendaires à se lancer dans de nouveaux combats – à les attendre avec impatience – en utilisant une poignée de mots.
Ginga posa un nouveau baiser sur les cheveux de Kyouya, plus long, plus détendu. Il desserra sa prise sur sa taille.
- Merci, souffla-t-il.
Kyouya leva la tête vers lui et lui sourit. Ginga se sentit fondre. Il se laissa tomber sur le côté et entraîna Kyouya dans sa chute. Après quelques manœuvres ils parvinrent à s'allonger côte à côte, leurs mollets et leurs cheveux dépassant de chaque extrémité du canapé.
- Il nous faudrait un canapé plus long, et plus large.
- Ça s'appelle un lit.
- Arrête de te moquer.
- Arrête de dire des bêtises si tu ne veux pas que je me moque de toi.
Ginga se pelotonna sur le flanc et posa sa tête contre le torse de Kyouya. Il ferma les yeux et écouta les battements de son cœur. Il lui faudrait du temps pour être totalement rassuré.
Il tint la main de Kyouya et se mit à jouer avec.
- Tu le pensais ? Ce que tu as dit ce jour-là ?
- Évidemment.
Ginga revit Kyouya, à quelques mètres de lui, si près et pourtant hors de portée. Il se souvint du moment où ils avaient cru que Kyouya ne s'en sortirait pas – avant que leurs toupies, poussées dans leur ultime retranchement, ne parviennent à réaliser un miracle. Il se souvint avoir senti son cœur se briser, vouloir promettre à Kyouya que tout irait bien sans être capable de forcer les mots hors de sa bouche – il était incapable de lui mentir, même dans ce dernier moment. Kyouya l'avait regardé, et il avait souri – affichant un mélange d'excuse, de résignation, de tristesse... mais surtout une sérénité qui avait réduit en cendres le cœur de Ginga.
"On se fera des duels Beyblade dans une prochaine vie." (1)
Si nous pouvons passer nos prochaines vies ensemble...
Il serra la main de Kyouya dans la sienne. Il ne pouvait pas imaginer un futur plus lumineux.
Une vie à ses côtés ne serait pas suffisante.
XXX
PÉRIODE ASUKA
(entre 592-710)
XXX
Kyouya, âgé de cinq ans, observait le paysage hors de sa chaise à porteurs. Un serviteur de confiance l'emmenait au temple pour la cérémonie de ses cinq ans. Ses parents – les seigneurs locaux – avaient bien trop à faire pour l'accompagner. La guerre guettait aux quatre coins de la province, les récoltes n'étaient pas aussi bonnes qu'espérées... Il ne restait qu'à prier les dieux pour que l'hiver soit clément et qu'ils subissent le moins de pertes possible.
Je devrais profiter de ma visite au temple pour leur adresser une prière.
Ou serait-ce considéré comme un affront, étant donné qu'il venait pour une toute autre raison ?
Kyouya voyait des familles se diriger vers le temple. Il n'avait pas l'habitude de voir autant de monde, et encore moins de voir autant d'enfants. Il y avait de nombreux garçons de trois et cinq ans, ainsi que des filles de trois et sept ans. Ils marchaient, discutaient, se chamaillaient, regardaient la chaise avec émerveillement...
Nous n'appartenons pas au même monde.
C'était mieux ainsi. Kyouya avait des tas de choses à apprendre pour pouvoir succéder à ses parents. Il n'avait pas de temps à perdre avec les futilités qui parsemaient leurs vies.
Même s'il se sentait un peu seul des fois.
La chaise à porteurs atteignit le temple. Le serviteur aida Kyouya à descendre. Une fois qu'il eut mis le pied à terre, l'enfant regarda autour de lui. Il y avait déjà du monde.
Il carra les épaules et afficha son air le plus assuré. Il était le futur souverain de cette contrée. Tout le monde le savait. Il ne pouvait pas montrer la plus petite étincelle de doute.
Il s'avança et avisa un groupe d'enfants, qui jouait avec des toupies... Non, plus précisément, deux garçons – de son âge – jouaient pendant que les autres les encourageaient. Les toupies s'entrechoquaient avec force, provoquant des cris enthousiastes. Kyouya fronça le nez. Il ne connaissait pas cette version du jeu.
- Que font-ils ? glissa-t-il à son serviteur.
- Un jeu à la mode. Désirez-vous que j'aille m'enquérir du nom ?
- Inutile, répondit fièrement Kyouya. Je suis capable de leur demander moi-même.
Et de se diriger d'un pas hautain vers le regroupement d'enfants. Les élans d'enthousiasme se muèrent en murmures puis en silence à mesure qu'il approchait. Quand il fut à côté du groupe, il n'y avait plus que les joueurs et leurs toupies qui osaient faire du bruit. L'un d'eux le remarqua et se tut. Le second, remarquant que son camarade ne prêtait plus attention au jeu, se tourna et avisa Kyouya. S'il semblait curieux, il lui manquait le respect mêlé d'appréhension des autres.
Kyouya ne savait pas si c'était une bonne ou mauvaise chose.
- À quoi vous jouez ?
Des bredouillements lui répondirent. Même s'ils s'étaient parés de leurs plus beaux kimono, la différence de rang était impossible à ignorer : Kyouya portait plusieurs couches de kimono luxueux – chacune valant des vies de travail – comme il seyait à son rang.
- Aux toupies ! répondit le deuxième joueur.
Kyouya fit la moue. Le prenait-il pour un idiot ?
- J'avais remarqué, répliqua-t-il sèchement. Cela ne ressemble pas à la version habituelle du jeu.
Les autres enfants se tenaient en retrait, adressant des regards inquiets à leur pair, qui afficha un immense sourire.
- C'est une nouvelle version ! Au lieu de faire tourner les toupies le plus longtemps possible, on les fait se combattre. C'est plus amusant, non ?
Kyouya était obligé de l'admettre... intérieurement.
- Ça te dirait de faire une partie ?
- Eh bien...
- Tu pourrais jouer contre moi ! proposa le garçon, sans remarquer les signes – discrets – des autres enfants.
Il ramassa les deux toupies et lui en tendit une. Son sourire s'agrandit. Kyouya hésita un instant avant de l'accepter.
- Au fait, je m'appelle Ginga, et toi ?
-...Kyouya.
- Tu verras Kyouya. Les toupies, c'est super pour s'amuser et se faire des amis !
Kyouya le regarda et songea qu'il avait sûrement raison.
XXX
ÈRE DE MEIJI
(1868-1912)
XXX
Ginga s'étira. Il laissa ses bras retomber contre lui en soupirant. Jouer les gardes du corps était épuisant en ces temps mouvementés, surtout quand la personne à protéger était absolument inconsciente des dangers qui l'entouraient et qu'il fallait avant tout la protéger d'elle-même.
Qu'est-ce que je suis venu faire dans cette galère ?
Ah. Oui. Il avait eu besoin d'un boulot et s'était dit que ce serait facile. Après tout, que risquait le fils d'un couple de marchands ? Ses parents devaient juste vouloir s'assurer qu'il ne dilapidait pas tout son argent dans des jeux et des paris.
Comme il avait été naïf.
- Alors Ginga ? On abandonne ?
Ginga se tourna pour se retrouver face à l'objet de ses afflictions. Kyouya affichait un sourire en coin. Il était tellement beau que c'en était ridicule.
Et intelligent. Et passionné. Et sûr de lui.
Et riche. Même si cette partie n'intéressait pas Ginga.
Il doit avoir de nombreuses prétendantes.
Son cœur se comprima à cette pensée.
- Si ça continue, je n'aurais pas besoin d'attendre ma majorité pour me débarrasser de toi.
- Sans moi, tu seras incapable de survivre jusqu'à ta majorité.
- Que tu crois.
- C'est une certitude absolue.
Le sourire de Kyouya s'emplit de défi.
- Tu veux parier ?
Ginga déglutit. Kyouya lui faisait bien trop d'effet. Il devait détacher son regard de lui mais il en était incapable.
Souviens-toi que c'est l'enfant de tes employeurs. Leur fils.
- Tu auras vingt-et-un ans dans quelques semaines...
- Cinq semaines et deux jours, précisa fièrement Kyouya.
Ginga roula des yeux. Kyouya croisa les bras et afficha une moue supérieure.
- Quoi ? Un peu de précision n'a jamais tué personne.
- Une telle précision, pour ce sujet, ça fait gamin.
La moue de Kyouya s'accentua, confortant Ginga dans son opinion. Il faisait très gamin sur les bords. Peut-être était-ce une conséquence d'avoir grandi dans un milieu favorisé – à l'instar de son manque flagrant d'instinct de survie.
- En parlant de ton anniversaire qui approche... tu n'es pas encore fiancé ? C'est surprenant. Tu dois être... populaire.
- Jaloux ? demanda Kyouya, son demi-sourire de retour.
Certainement pas pour la raison que tu imagines.
- Mes parents me laissent le choix. Il y a bien... une personne, reprit-il plus doucement. Mais nous ne pouvons pas nous marier.
- Pourquoi ?
Kyouya chassa sa question d'un haussement d'épaules. Ginga eut un pincement au cœur. Il craignait de voir Kyouya amoureux, mais c'était encore pire si Kyouya ne pouvait pas connaître le bonheur avec celle qu'il aimait.
- Je pourrais te poser la même question, reprit Kyouya. Tu es jeune, en bonne santé, avec un avenir prometteur... Pourquoi n'es-tu pas fiancé ?
- J'ai beaucoup de travail.
Les yeux de Kyouya s'arrondirent de surprise puis son expression s'assombrit.
- Ce n'était pas par choix alors.
Ginga fronça les sourcils. Est-ce que Kyouya s'en voulait ? L'idée était dérangeante.
- C'est par choix, affirma Ginga. Je suis bien mieux ici que je ne le serais ailleurs... même si tu es impatient de me virer !
Tant qu'il était aux côtés de Kyouya, tout allait bien, même s'il ne pouvait rien avoir de plus.
Kyouya l'observa. Ginga soutint son regard, même si une part de lui redoutait qu'il puisse y lire la profondeur et l'intensité de ses sentiments.
Un lent sourire se dessina sur le visage de Kyouya. Il indiqua un arbre et Ginga et lui s'installèrent sous les branches. La ville commençait à se réveiller au-delà des murs de la propriété familiale, et une journée de travail débuterait bientôt pour Kyouya. S'il s'était levé si tôt, cela signifiait sans doute qu'il aurait de nombreuses tâches à accomplir. Et Ginga se tiendrait à ses côtés pour s'assurer qu'il ne s'empêtrerait pas dans une situation dangereuse.
Ça ne le dérangerait pas de passer le reste de sa vie ainsi.
- Tu as beaucoup voyagé, commenta Kyouya.
- J'ai vu du pays.
- Tu as même rencontré des étrangers, vu la mer, traversé Hokkaidou.
Kyouya peinait à contenir l'excitation enfantine de sa voix. Pour lui, tout cela semblait exotique. Fantastique. Les rares fois où il avait quitté sa ville natale, c'était pour se rendre à la capitale, à deux jours de marche.
- Tu aimerais que je te décrive un lieu ?
Kyouya balaya sa proposition d'un revers de main. Il le regarda avec intensité.
- Pourquoi se contenter de descriptions quand on peut les découvrir de ses propres yeux ? Je maintiens ma décision : le jour de ma majorité, je te licencie. Je n'ai pas besoin d'un garde du corps.
Ginga s'efforça de ne pas le prendre trop à cœur. Il savait que Kyouya ne reviendrait pas sur sa décision, alors pourquoi ne pouvait-il pas s'empêcher d'être blessé à chaque fois qu'il en parlait ?
L'expression de Kyouya se para d'un soupçon d'hésitation, trop subtil pour être remarqué par ceux qui ne le connaissaient pas.
- Par contre... j'aurai besoin d'un guide. Si ça t'intéresse.
Le cœur de Ginga manqua un battement. Imaginait-il le sous-entendu... ?
Chaque chose en son temps.
Pour l'instant, Kyouya désirait le garder à ses côtés. C'était tout ce qui importait.
Il sourit.
- Bien sûr.
Kyouya eut un léger sourire. Il se mit debout et lui tourna le dos.
- Nous avons du travail.
Ginga se leva à son tour. Il suivit Kyouya avec l'impression de marcher sur un nuage.
XXX
ÈRE DE ?
futur
XXX
Kyouya exécuta une cabriole dans les airs. Il entendit des murmures admiratifs en contrebas. Il maîtrisait à la perfection ses bottes à propulsion – les tout derniers modèles. C'était comme patiner sur de l'air. Il fallait de la maîtrise, de l'adresse... et cela procurait des sensations fortes. Surtout quand on s'amusait à cinq mètres du sol, comme lui, et qu'on s'efforçait de dompter les bourrasques provoquées par les immeubles.
C'est pas mal, se dit Kyouya en regardant les minuscules badauds qui le suivaient des yeux, bouches bées.
Sauf qu'il manquait quelque chose. Ce n'était pas sa passion.
Kyouya recherchait une activité pour remplir son quotidien. Pour l'instant, ce n'était que des échecs et le roller sur nuages, comme c'était couramment appelé, rejoindrait bientôt la longue liste des tentatives infructueuses.
Kyouya avait l'impression d'avoir tout tenté, sans rien trouver qui lui convenait. Il y avait bien le Beyblade qui était sorti du lot. D'ailleurs, il avait essayé plus longtemps, s'était accroché... mais personne n'avait le niveau. À quoi bon continuer une activité qui ne vous stimulait pas ? Malgré sa déception, Kyouya gardait constamment sa toupie sur lui. C'était une présence rassurante.
Quelque chose le percuta violemment et il perdit le contrôle. Il tomba et tomba et tomba, tournoyant sur lui-même, incapable de s'arrêter. Des cris résonnaient à ses oreilles.
Je vais mourir !
Alors que le sol était à moins d'un mètre, un coussin d'air se forma sous lui et suspendit sa chute. Kyouya en profita pour reprendre le contrôle de ses bottes. Il atterrit à quelques pas de là, le cœur battant si fort qu'il lui semblait au bord des lèvres.
- Je suis vivant, murmura-t-il, choqué.
Il n'en croyait pas ses yeux, ni ses oreilles. Il n'avait jamais vu la mort d'aussi près. D'ailleurs, son cœur semblait incapable de se calmer et sa tête lui tournait.
Mais je ne m'évanouirai pas, décida-t-il en s'accrochant à sa fierté – sa plus grand motivation. Je suis Kyouya Tategami et il est hors de question que quiconque me voie dans un état de faiblesse.
S'il devait s'effondrer – ce qui n'arriverait pas – ce serait dans sa chambre, loin des regards indiscrets.
- Ça va ?
Kyouya se retourna, prêt à invectiver l'impertinent. La première chose qu'il remarqua fut le lanceur dans sa main. Il balaya le sol des yeux et vit une toupie Beyblade qui tournait avec vigueur.
Ça n'avait pas été un coup de chance incroyable. Il avait été sauvé.
Sa fierté ne s'en remettrait jamais.
Kyouya reporta son attention sur le blader – un adolescent de son âge – ne sachant comment réagir. D'un côté, il avait une dette envers lui – et pas n'importe laquelle : une dette de vie. De l'autre, avoir été secouru l'énervait vraiment.
L'adolescent leva la tête et toisa quelque chose en hauteur, les sourcils froncés.
- Tu le connais ?
Kyouya leva la tête. Il plissa les yeux et aperçut une silhouette. C'était l'un des nombreux types sans nom qu'il avait écrasé au Beyblade. Il était en train de s'enfuir.
- Je pensais à lui justement. Il est nul au Beyblade.
Comme tant de personnes comparées à lui.
L'adolescent renifla.
- Rien d'étonnant, dit-il d'un ton dégoulinant de mépris. Un type pareil ne peut pas être un bon blader.
Kyouya se retourna, intrigué. Il n'était pas en face d'un défenseur de la justice alors ? D'un moralisateur qui classifiait tout en bien et en mal, incapable de voir que le monde n'était pas aussi simple ?
Il était tout de suite plus intéressant.
L'adolescent baissa la tête et lui sourit. Un frisson descendit le long de la colonne vertébrale de Kyouya.
- Par contre, j'en déduis que toi tu es un bon blader.
Kyouya eut un sourire fier.
- Le meilleur de la ville.
Et sûrement de la région.
Kyouya se rendit compte que son corps avait oublié sa mésaventure : son cœur et sa respiration avaient retrouvé un rythme normal. Il ne semblait plus sur le point de s'effondrer. Tout cela uniquement parce qu'il avait échangé quelques paroles avec cet adolescent.
Il n'eut pas le temps de s'attarder sur ce miracle que l'adolescent reprit la porte, arborant un sourire amusé.
- Je suppose que c'est mon jour de chance aujourd'hui : cela fait des semaines que je voyage à la recherche d'un adversaire et il tombe du ciel juste devant moi. Un vrai miracle.
- Tu te rends compte que tes paroles ressembles à une tentative de drague ?
- Vraiment ?
Le sourire de l'adolescent s'accentua et il ne se défendit pas. Kyouya haussa un sourcil. Voilà qui était inattendu.
Mais s'il est aussi intéressant qu'il en a l'air... pourquoi pas ?
Surtout que son physique était loin d'être déplaisant.
- Et je peux connaître le nom de mon prochain adversaire ? lança Kyouya.
- Ginga Hagane. Et toi ?
- Kyouya Tategami.
- Ravi de faire ta connaissance, Kyouya Tategami.
Kyouya ne répondit pas mais il partageait son sentiment. Sa vie prenait un tournant auquel il ne s'attendait pas quelques minutes plus tôt... et c'était loin de lui déplaire.
XXX
ENTRE-MONDES
XXX
La rivière serpentait, furieuse, au milieu des rochers escarpés. Ginga la suivit des yeux et son cœur – qu'il ne possédait plus – manqua un battement. Une silhouette était assise sur la rive, regardant les âmes qui traversaient. Elle caressait pensivement la crinière d'un lion pelotonné contre elle. Ginga les rejoignit avec l'impression, à chaque pas, que son cœur se réchauffait.
Ce cœur ne bat que pour lui.
Il s'arrêta à côté du duo.
- Kyouya.
Kyouya leva la tête vers lui et lui sourit. Qu'est-ce qu'il lui avait manqué !
- Je t'attendais.
Ginga s'assit à côté de lui. Il lui tint les joues et posa un baiser chaste sur ses lèvres. Quand il s'écarta, Kyouya tourna la tête et embrassa la paume de sa main.
- Tu m'a manqué, souffla Ginga.
- Toi aussi.
Ginga s'appuya contre lui et ferma les yeux. Il ne savait pas s'il s'était passé une seconde ou une éternité quand Kyouya posa une main sur la sienne. Le temps s'écoulait étrangement ici. Et ils se souvenaient de toutes leurs vies.
Il ouvrit les yeux et regarda son compagnon, celui qui se tenait à ses côtés dans toutes ses existences, qui n'hésitait jamais à faire face au danger.
- Prêt pour une nouvelle aventure ? lança Kyouya.
- Toujours.
Ils se levèrent. Kyouya adressa un signe de la main au lion.
- À bientôt Leone.
Le lion rugit doucement. Kyouya prit la main de Ginga et s'avança vers la rivière. Son pas ne trahissait aucune hésitation. Il s'arrêta sur la rive et tourna la tête vers lui. Ses yeux étincelaient.
- C'est moi qui te trouverai cette fois.
- Aucune chance, rit Ginga. C'est moi qui te trouve. Regarde en arrière.
- Ce n'est pas immuable, bouda Kyouya avant de sourire. Par exemple, dans cette vie où on était des bladers légendaires, c'est moi qui t'ai trouvé.
- Je dirais plutôt qu'on s'est trouvé tous les deux.
Ginga avait voulu empêcher le gang de Kyouya de s'en prendre à Kenta, ce qui avait provoqué tout un tas d'événements dont sa rencontre avec Kyouya.
C'est dans cette vie que nous avons forgé les plus belles amitiés, pensa-t-il avec nostalgie.
- Tu crois qu'on les reverra cette fois ?
- Quelle importance du moment que nous nous retrouvons ?
Ginga posa sa joue sur son épaule. Kyouya avait raison : c'était ça le plus important.
- En parlant de cette vie...
Ginga grogna intérieurement. Il savait ce que Kyouya allait dire.
- Je me souviens avoir dit qu'on ferait des combats Beyblade dans une autre vie.
Ginga grommela.
- Je n'ai rien entendu ! se moqua Kyouya.
- Tu avais raison, marmonna Ginga. Tu comptes me le rappeler à chaque fois ?
- Vu que j'aime te l'entendre dire, il y a des chances.
Ginga grogna.
Kyouya serra sa main dans la sienne. Le moment était venu. Ils se regardèrent...
- À notre prochaine vie.
- À notre prochaine vie.
...et firent un pas dans la rivière.
FIN
(1) Citation du manga.
Évidemment, les autres incarnations portent d'autres noms. Le choix de garder Kyouya et Ginga était pour faciliter l'écriture et la lecture.
